Le blog d'Yves Ballu, Cairn

Interview par mon ami Jean-Pierre Brouillaud

 

Jean-Pierre Brouillaud, écrivain, voyageur, philosophe etc... m'a invité dans son émission "Autour d'une bière".

L'occasion de parler, entre autre; de mon dernier roman "La possibilité du vide".

A voir sur Youtube.

 

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"La possibilité du vide" au Salon de Passy avec Jean-Marie Choffat

Peut être une image de 1 personne et plein air

YB et Jean-Marie Choffat de part et d'autre de Michel Moriceau, animateur de cette table ronde, à l'Espace Fontenay au Plateau d'Assy.

C'est à l'invitation de Michel Moriceau, président du Salon du livre de Passy, que j'ai participé le 6 aout dernier à une table ronde autour de mon roman "La possibilité du vide".

Un grand merci à Jean-Marie qui, en dépit d'un état de santé encore moins brillant que d'habitude, a fait le voyage de Belfort. Merci également pour son témoignage particulièrement émouvant lors de cette table ronde. Et merci enfin pour sa complicité dans l'élaboration de mon roman.

Cliquez sur ce lien pour voir la video de la table ronde.

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La possibilité du vide par le Républicain Lorrain

 

A lire. En librairie : La possibilité du vide

" 24 juin 1972. Tout commence selon le rituel immuable du samedi matin à Fontainebleau. Ils sont une demi-douzaine de copains à se retrouver au carrefour de l'Épine. Ils mettent leurs chaussures d'escalade, des PA, en attendant les retardataires, puis ils s'échauffent à petites foulées dans les sous-bois, avant de démarrer leur circuit place du Cuvier.

Une nouvelle critique de La possibilité du vide, par le Républicain Lorrain :

Le Républicain lorrain 1

Le Républicain lorrain 2

Le Républicain lorrain 3

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"La possibilité du vide" vue par Jean-Marie Choffat

Yves Ballu m’ayant envoyé le manuscrit de La possibilité du vide à lire pour avis, je me suis d’abord attaché à comprendre la cohérence générale de l’histoire : situations vécues par son personnage principal en milieu hospitalier (comme par exemple la réaction de Yann à l’annonce de la maladie par son médecin) ainsi que la manière dont son entourage allait réagir à l’annonce de son cancer.

J’ai même accepté de jouer un rôle – hé oui : celui de Jean Marie Choffat – et je lui ai apporté mon témoignage pour l’écriture du chapitre éponyme : mes motivations pour me battre (mon fils et la montagne), les opérations, transplantation, chimios etc. les « Dialogues avec mon infirmière »… tout cela est du vécu, fidèlement rapporté, à un détail près : il m’a fait déménager de Belfort à Massy !…

Mais ce n’est qu’à la lecture du roman dans sa version finale que j’ai eu la surprise de relever de nombreuses analogies entre ma propre histoire et celle de Yann, son héros. A commencer par notre espérance de vie : quelques mois. J’en suis à plus de trente ans de survie. J’en souhaite autant à Yann… Et puis, je me suis reconnu dans les décisions qu’il prenait concernant sa façon d’appréhender sa maladie, et surtout dans la manière dont il allait envisager de pratiquer la montagne.

Sans en avoir parlé avec Yves, j’ai en effet retrouvé dans son livre beaucoup de similitudes avec ce que j’avais vécu moi-même au plus fort de ma maladie dans les années 90. Yann partait gravir des montagnes en solitaire dans le but d’y mourir. Pas moi. Mais finalement, nous nous sommes retrouvés totalement. D’une part, Yann a rapidement réalisé que ses ascensions extrêmes en solitaire avaient quelque chose d’exaltant, qu’elles étaient l’occasion de vivre plus fort, plus intensément, plus librement, de croire que rien n’était impossible et que dans une belle voie, la vie pouvait être très belle malgré la maladie. Et puis, comme Yann, je me disais : « S’il t’arrive un accident et que tu meurs, il vaut mieux que ce soit en montagne, dans une belle voie, plutôt qu’au fond d’un lit d’hôpital bouffé par le crabe. » L’occasion, pour lui, comme pour moi, de s’accrocher à la vie, de mesurer combien on y tient instinctivement, fût-elle sans issue. Comme lui, je me suis retrouvé dans des situations désespérées où il aurait été plus facile de céder à la fatalité que de continuer à se battre : perte de mon sac à dos au cours d’une fausse manœuvre où, ahuri, je vis celui-ci faire un saut de 800 mètres dans le vide, me privant de tout mon matériel (bout de corde compris) pour les 200 derniers mètres d’ascension ; mauvaise surprise d’une écaille qui casse au plus mauvais moment au-dessus d’un vide de 600 mètres, alors que ne suis pas auto-assuré… Comme Yann, dans ces moments extrêmes je me suis terriblement accroché à la vie, je ne pensais pas à mourir, mais plutôt à vivre – à survivre- et à sauver ma peau au plus vite !

Puis la maladie a pris chez moi une dimension nouvelle, avec des contraintes beaucoup plus lourdes sur le plan médical. Ces contraintes ont encore changé ma façon d’aborder mentalement l’alpinisme. D’abord je dois souligner que mon cancer me condamnait souvent à partir seul en montagne : mon état de santé n’encourageait pas beaucoup de compagnons de cordée à me suivre. Comme le dit mon sosie : « S’embarquer dans une grande voie avec un type sous chimio, ça en fait hésiter plus d’un. » Je souffris un peu de l’attitude de certaines personnes, mais au final, ayant l’habitude de grimper seul depuis l’enfance, gravir une paroi en solitaire ne me gênait guère dans la pratique.

Avec La possibilité du vide, Yves Ballu a écrit un livre courageux, car il m’a souvent été donné d’observer que si les alpinistes acceptaient la mort avec fatalité, ils rejetaient avec force la maladie qui, je le crois, leur fait beaucoup plus peur que la mort elle-même : « En montagne, on accepte plus facilement la mort que la maladie. » Dans ce beau roman, Yves Ballu fait ressortir au plus près et au plus juste les éléments contradictoires que peut vivre un alpiniste gravement malade. Si l’on y ajoute un formidable suspens tout au long des pages, le lecteur ne pourra qu’apprécier cet ouvrage écrit avec grand talent.

Jm Choffat

 

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La possibilité du vide : "Un roman plutôt drôle que morbide"

Telle est l'avis de Gilles M... publié sur le site Bulle de culture dans une critique plutôt entousiaste dont je le remercie.

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La possibilité du vide sur Passion Montagne

L'ami Jean-Michel Asselin m'a invité dans son émission "Passion montagne".

A réécouter sur le lien "

Passion Montagne - Émission sur France Bleu

Portraits, sujets d'actualité reportages et découverte des montagnes d'ici et d'ailleurs, Passion Montagne est un magazine à écouter chaque week-end avec Christophe Chardon et Jean-Michel Asselin. Réécoutez ci-dessous toutes vos émissions. Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

https://www.francebleu.fr/emissions/passion-montagne-0


Passion montagne" émission du 18 avril.

 

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La possibilité du vide

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Le dernier Ballu...

... Un roman dans lequel j'ai invité quelques ami(e)s.

Par exemple :

-          Alors, tu as l’intention de continuer l’escalade ?

-          Bien sûr ! Je crois que je vais m’inscrire au CAF. J’ai envie d’apprendre et de progresser. J’adore ça !

-          Sa majesté Destivelle n’a qu’à bien se tenir.

-          Qui est cette majesté ?

-          Catherine Destivelle l’une des meilleures alpinistes de sa génération. Je te montrerai les reportages de Paris Match. Allez, on va descendre.

Ou encore :

Dès l'entrée, on devine que l'appartement est celui d'un célibataire plus intéressé par la lecture que par les tâches ménagères. Des livres partout : sur les étagères, sur la table, par terre. Jean-Marie est affalé sur son divan. Il porte son inséparable tee-shirt siglé « Himalayan Trekking » et affiche sa mine habituelle, cheveux en bataille, barbe négligée et lunettes d'écaille descendues sur le nez.
- Autant te le dire tout de suite, Lucie, aujourd'hui, j'en ai marre de ces chimios ! Nausées, vomissements, cœur qui s'emballe, aphtes, migraines, diarrhées, constipation, difficultés respiratoires... j'en passe et des meilleures... Allez, on va continuer à endurer toutes ces joyeusetés qui font ma vie depuis vingt-cinq ans ! Alors, qui m'as-tu amené cette fois ?
Présentations.
- Yann Béhat.
- Jean-Marie Choffat. Asseyez-vous, tous les deux, sinon, c'est moi qui vais devoir me lever. Alors, comme ça tu veux te suicider, lance-t-il à Yann tout de go, et tu as demandé à Lucie de t'injecter la potion fatale. C'est pas très sympa pour elle. Remarque, elle a bien essayé de m'empoisonner à l'hosto, mais moi, je suis un coriace. Je fais de la résistance.

Ou encore :

Le père Moreau s'essuie une main avant de la tendre :
- Ça y est. Je te remets. T'es comme moi, un vieux de la vieille. C'était dans les années soixante-dix, quatre-vingt, c'est ça ? Toute une époque ! Tu te souviens, il y avait Les carnets de l'aventure de Pierre-François Degeorges. Des chouettes émissions télé qui donnaient envie aux jeunes de se bouger. Tu te rappelles Patrick Edlinger, La Vie au bout des doigts ? Il grimpait plutôt dans le Sud, mais on l'a vu quelquefois par ici. C'était le bon temps. Les Parisiens débarquaient le week-end, on pouvait en voir une centaine sur les deux jours. Il y avait du monde dans toutes les voies, les faciles comme les plus dures. Les « couennes », comme ils les appelaient. Ça rigolait, ça chantait, ça couchait, ça fumait – pas toujours du tabac –, ça se bagarrait aussi parfois. Et en bas, les paysans du coin venaient au spectacle. Ils y passaient la journée. Ensuite, d'autres ont débarqué. Aucun respect pour les anciens. Ils ont tout repris à zéro. Ils ont décoté les voies, jauni les pitons ... Les Tribout, Le Ménestrel, Fagard, Droyer, Jacob, Bouvier... J'en oublie. Sans compter les filles : Simone Badier, la Dame de pic , rudement efficace ! Catherine Destivelle, fortiche et mignonne ! Maintenant on les voit moins. Même les badauds se font rares. Les gens regardent la Formule 1, le foot... Le Saussois est un peu passé de mode, non ?

 

Ou encore :  

- C'est pas possible ! Qui c'est, ce détraqué ?
Les Pures Lumières, qui se tiennent en embuscade, s'amusent tout autant de l'attraction dans la paroi que de son effet sur le public en contrebas :
- C'est Momo, l'Arabe. Il fait son numéro dans la Rech* .
- Vous l'avez déjà vu ?
- Oui. Il vient régulièrement.
- Et... c'est pas dangereux ?
- De montrer son cul ? Ça dépend à qui...
- Je veux dire... il n'a pas de corde, là.
- Non. Il est en solo.
- Alors, s'il chute, il se tue ?
- Pas forcément. L'autre jour, il est tombé du haut de la falaise. Tout le monde s'est précipité. Quand il a ouvert les yeux et qu'on lui a demandé ce qui s'était passé, il a répondu : « J'sais pas, je viens d'arriver »...
La blague ne fait rire que les Pures Lumières. Les badauds, eux, ne peuvent détacher les yeux du grimpeur en train d'escalader la Dalle du Cœur, avec pour tout harnachement un sac de pof attaché par une cordelette autour de sa taille.
- Et... il est pieds nus !
- Ben oui. Il est nu de la tête aux pieds. Ce gars va bientôt publier un livre ; il a déjà le titre : "La Rech pour un homme nu" ...

* Au Saussois

Disponible en librairie à partir du 24 mars prochain.

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Vincendon et Henry à la Brenva : l'ascension de Claude Dufourmantelle et François-Xavier Caseneuve

Dix jours avant Vincendon et Henry, du 17 au 20 décembre 1956, la cordée Dufourmantelle Caseneuve a réussi l'ascension hivernale du mont Blanc par l'éperon de la Brenva. Sans problèmes particulier si ce n'est un incident à la descente au cours de laquelle Claude Dufourmantelle s'est sorti difficilement d'une crevasse dans laquelle il était tombé.

Mon ami Claude a récemment retrouvé un document exceptionnel : le récit de cette ascension, raconté par son compagnon de cordée. C'est lui qui l'a dactylographié, et les annotations sont de sa main. Ce qui est remarquable, c'est que ce récit recoupe en tous points le témoignage qu'il m'a livré (il y a une vingtaine d'années) pour l'écriture de "Naufrage au mont Blanc".

Bravo ami Claude, ta mémoire est remarquablement fiable ! Et merci pour ce précieux document.

Claude Dufourmantelle

 

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En bon fils, Claude a envoyé une carte postale à ses parents pour les rassurer : "Tout va bien, pas de neige pour le ski. Rentrons de faire le mont Blanc 4 jours = crevés. Prenons un repas bien gagné. Bons baisers. Claude"

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L'exploit de Christophe Profit dans la face W des Drus. Les regrets de Nicolas Philbert sur son film "Christophe".

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Mon cher Nicolas,

 Je découvre avec intérêt la préface que tu as écrite pour « Dico Vertigo » de Benard Germain aux éditions Guérin, particulièrement cet extrait concernant notre film "Christophe" :"Aujourd’hui, bien des années ont passé, et pourtant... pourtant je ne suis pas totalement en paix avec ce film. La musique ? Trop présente. Une facilité ! C’est de ma faute. Peur du silence, peur du « vide », c’est le cas de le dire. On met souvent trop de musique dans les films. Le scénario ? Cette séquence de pure fiction où Christophe fait une pause au milieu de la paroi pour écouter ses messages téléphoniques ? Trop lourde de sens, fatalement. Comme si ces messages se voulaient « le » message du film. Bien sûr, on est loin d’un film comme Free Solo, Oscar 2019 du meilleur documentaire, qui raconte les préparatifs et l’ascension par un certain Alex Honnold, avec des images à couper le souffle, d’une voie diabolique dans la paroi d’El Capitan, au cœur du Yosemite, film qui atteint des sommets d’efficacité mais aussi d’impudeur et de roublardise puisqu’il n’a de cesse d’entretenir l’appétit pulsionnel du spectateur sur l’air de Tombera ? Tombera pas ? On en est loin en effet, mais tout de même, pourquoi fallait-il que je souligne artificiellement les risques que Christophe Profit prenait en grimpant sans corde ? Les images d’escalade n’étaient-elles pas assez explicites ? Les spectateurs assez grands pour s’en apercevoir ? Hélas, la scène faisait partie de la commande et je n’ai pas osé, pas su m’y opposer. Dommage ! L’ennemi du cinéma, c’est le vouloir-dire. Quand celui-ci est trop manifeste, il devient encombrant, contre-productif. Les films doivent maintenir les questions ouvertes. Anéantir toute trace d’intention. Du reste, un film dit tou­jours autre chose - et d’autres choses - que ce que son auteur a dit, voulu dire ou cru avoir dit. Restent ces longs plans-séquences où Christophe est en train de grimper, la fissure de 45 mètres, le dièdre de 90 mètres, et là, je ne suis pas trop mécontent. Il n’y a pas d’artifice de montage, pas de faux rythme, pas de plans de coupe sur des détails qui viendraient accroître de façon cynique ou calculée le coefficient émotionnel du film."

Je suis désolé d’apprendre que tu n’es pas totalement en paix avec le film « Christophe » depuis près de 35 ans, à cause de moi.

A cause de moi.

Car même si tu as eu la délicatesse de ne pas citer mon nom, je suis bien la cause de tes tourments : « Cette séquence de pure fiction où Christophe fait une pause au milieu de la paroi pour écouter ses messages téléphoniques ? Trop lourde de sens, fatalement. Comme si ces messages se voulaient « le » message du film. » est en effet de moi. Et non seulement je l’assume, mais je la revendique. Au demeurant, je pourrais difficilement m'esquiver, car le générique du film me démasque, précisant en ouverture : « Sur une idée d’Yves Ballu ».

Avant d'aller plus loin, je tiens à préciser que contrairement à ce que tu affirmes : « Hélas, la scène faisait partie de la commande et je n’ai pas osé, pas su m’y opposer. Dommage ! », cette scène ne t’a évidemment été imposée par personne ! Ni par les sponsors de Christophe avec lesquels je n’ai jamais eu le moindre contact, ni par Jean-Pierre Bailly, le producteur qui me l’a confirmé (budget du film : 560 000 francs financés à hauteur de 100 000 francs par les sponsors, 50 000 francs par la télévision et 410 000 francs par la production), ni par feu Pierre-François Degeorges, animateur des Carnets de l’aventure sur Antenne 2 qui n’a jamais imposé quoi que ce soit à un réalisateur. Ceux qui l’ont connu pourront en témoigner. Alors ?...

Alors, souviens-toi… C’est l’inverse qui s’est passé. En tant que coscénariste, je t’ai proposé cette idée de cassette - une séquence de pure fiction, non pour "souligner artificiellement les risques que Christophe Profit prenait en grimpant sans corde" (quel rapport ??), mais pour humaniser cet exploit hallucinant en le situant dans une autre dimension : celle des autres.

J'ai suggéré de filmer Christophe en train de partir de chez lui. Son téléphone sonne. Il ne répond pas, trop concentré sur ses derniers préparatifs. Mais en partant, il se ravise et emporte la cassette sur laquelle sont enregistrés ses derniers messages (nous sommes en 1983...). Cette cassette a une valeur symbolique : elle représente les autres qu’il emmène avec lui et qui l’accompagneront au long de son ascension. Et lorsqu’il aura un moment de doute, il l’écoutera, renouant ainsi le contact avec ces autres qui comptent tant pour lui et qu’il a hâte de retrouver (je n’irai pas jusqu’à affirmer que c’est pour les retrouver plus rapidement qu’il n’a mis que 3h10 pour grimper la W des Drus !...). Malheureusement, tu as refusé de filmer Christophe emportant sa cassette. Du coup, mon « idée » amputée de moitié tombe un peu à plat. Dommage. Mais cela prouve au moins que tu as eu toute liberté pour faire ce que tu voulais, et que personne, pas même ton coscénariste ne t’a imposé quoi que ce soit !

Connaissant bien Christophe, et ayant eu le privilège de beaucoup échanger avec lui dans les premières années de sa fulgurante carrière alpine, je savais combien les autres comptaient (et comptent) dans sa vie, et particulièrement dans cette décision incroyable de refaire, sous l’œil des caméras, à une date convenue, avec une équipe de 12 personnes installées ( !) dans la paroi ouest des Drus, une ascension aussi engagée. Sais-tu que lors de sa première le 30 juin 1982, son père, Pierre Profit, a suivi à la jumelle depuis le Montenvers la progression de son rejeton ? Il n’était pas là par hasard. Il y était parce que Christophe avait souhaité qu’il y soit. Et la lettre qu’il m’a adressée : « L’alpinisme et la paternité » témoigne d’une façon bouleversante des liens qu’il entretenait avec son fils et de la confiance qu'il avait en lui.

Suggérer ce lien, ces liens, à travers un bref message, était-ce une façon « d’accroître de façon cynique ou calculée le coefficient émotionnel du film » ? Franchement, je ne le crois pas. C'était au contraire une façon de faire passer au spectateur "l'appétit pulsionnel du Tombera, Tombera pas". Au demeurant, le coefficient émotionnel du film était très largement assuré par la prestation de Christophe, sa gestuelle, sa respiration, ses imprécations parfois...

Ou bien, était-ce une façon d’éclairer la personnalité attachante de ce jeune homme qui avait tant besoin de retrouver les autres après s'en être momentanément éloigné ? Peut-être, après tout...

En toute amitié.

Yves

 

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 Voici la lettre que m'a adressée Pierre Profit :

"L’alpinisme et la paternité

Vivre en direct une escalade inédite et extrêmement dangereuse de son fils est une expérience rare. Tel a été le cas de l’escalade de la Directe Américaine des Drus en juillet 1982 par mon fils Christophe, en 3h10, en solitaire et sans assurance. J’ai suivi cette ascension à la jumelle militaire depuis le Montenvers.

Oserais-je dire que je n’ai pas éprouvé d’angoisse ni de crainte ? Etais-je anesthésié, blasé face à un phénomène que j’appréhendais d’autant mieux que je l’ai vu naitre et en ai accompagné le cheminement ? Etais-je sadique ou inconscient ?

Je ne crois pas aisé de communiquer mon sentiment. L’attitude d’un père face à la mort possible d’un enfant vécue en direct, bien en vie et qui veut vivre tout en sachant que le risque encouru est extrême, relève de plusieurs réactions psychologiques.

1-            La réaction du propriétaire de son enfant : je ne pense plus avoir cette mentalité, si tant est que je l’ai eue. Si Christophe mourait en montagne, en pleine action, je ne perdrais pas un « bien », mais un compagnon que j’ai mis au monde, dont j’ai soutenu les premiers pas, à qui j’ai présenté ma vision du monde, et devant qui je me suis finalement effacé. Car un père, une mère, bref, des parents, ne sont que les instruments d’une émergence humaine face au Dieu auquel nous croyons.

2-            La réaction de l’ami : celle-là est réelle, car perdre un ami, c’est savoir qu’on ne le reverra plus sur terre et ma peine serait grande car cet homme à qui j’ai donné beaucoup de moi-même, même si cela peut paraitre dérisoire, m’apporte beaucoup, même si mon accord ne se fait pas sur toutes ses actions.

Mais j’essaie de sublimer une réaction finalement très égoïste. Quelqu’un meure et vous laisse seul, désemparé. J’essaie de ne pas me laisser envahir par cette crainte, car la vie continue pour les autres. Et les vivants ont mutuellement besoin des vivants. Que les morts lucides, qui restent présents à mon esprit, et dont l’Esprit demeure éternel, soient le témoignage du courage et de la grandeur des hommes.

3-            La réaction de l’adulte face à l’adulte. Mon fils est un adulte qui a choisi sa forme de vie. Je pense lui avoir fait percevoir que toute action humaine n’a de valeur que si elle sert aux autres hommes, lui avoir fait cerner les obstacles qu’il rencontrera, lui avoir fait choisir les moyens pour les contourner, lui avoir fait sentir la nécessité de l’humilité.

Je crois qu’il l’a compris et que son attitude apparemment insolente ne doit pas nous faire peur.

Sa mort, comme la nôtre du reste, souhaitons-le, sera le terme d’une vie qu’il a choisie, qu’il aime et qu’il pensera avoir bien remplie. Comme nous, il la souhaite la plus tardive possible.

Peut-on rêver mieux ?

Mais on peut rêver en frémissant."

Pierre Profit le 28/03/84

 

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Hommage à Robert Paragot par mon ami Momo

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De mon ami Momo, ce bel hommage à Robert Paragot :



Robert Paragot,un grand Homme qui restera à jamais dans nos mémoires de grimpeurs : un géant qui a su conquérir aussi bien les plus hautes cîmes du monde que le cœur de ses fidèles copains de cordée

Blocs, falaises ou haute montagne, rien ne résistait à Robert Paragot. Il a fait de l’alpinisme un art et de l’escalade un mode de vie à part entière : l’alpinisme perd un héros et les grimpeurs de Fontainebleau pleurent un maître.

Son grand coeur et sa rage de vivre ont toujours été des moteurs qui ont inspiré beaucoup. Quelque soit la difficulté, il ne laissait jamais un proche derrière, même dans les situations les plus exposées ou les moments d’épreuves les plus rudes. Une belle leçon de vie à jamais gravée dans ma mémoire.

Mais quelle époque ! L’alpinisme et l’escalade étaient peu pratiqués ; Robert Paragot a tracé un chemin pour chacun d’entre nous dans cette passionnante connexion de l’Homme avec les plus difficiles traits de Dame Nature. Combien de voies ont vu le jour grâce à ses talents ? Je ne les compte pas mais ma mémoire retient chaque prise tenue comme les notes d’une partition de musique. Dans le respect le plus total, il a été un chef d’orchestre en la matière et m’a guidé bien des fois où je m’égarais dans des chemins sans issue, toujours avec la même constance amicale, une bonne humeur et une joie de vivre qui résonnent en moi toujours aujourd’hui comme une musique réconfortante.

C’était un leader qui brillait par son humilité, un Homme de conviction généreux et profondément humain. La montagne élève ; il a su entraîner derrière lui toute une génération, acceptant même de grimper « à l’ancienne » sur les falaises du Saussois avec Berardini. l’arabe aux pieds nus que je suis né l’oubliera jamais. Dans l’effort, il n’y avait plus de classes, plus de couleur de peau ni d’origine mais seulement des hommes avec la même rage de vivre et une énergie folle qui me rappellent la chance que j’ai eu, Robert, d’avoir pu suivre tes voies et d’être aujourd’hui infiniment redevable pour tout ce que tu m’as apporté.
Douchka,mes enfants et moi sont tristes

Momo

Saussois 83 M 170 14 Momo_Momo sans corde et sans teeshirt au Saussois (dans La Rech) en 1983

Saussois 83 M 170 19 Momo

Saussois 83 Momo M 170 29Momo avec une corde et un teeshirt

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