Le blog d'Yves Ballu, Cairn

Hommage à Robert Paragot par mon ami Momo

Robert Paragot M43 01

De mon ami Momo, ce bel hommage à Robert Paragot :



Robert Paragot,un grand Homme qui restera à jamais dans nos mémoires de grimpeurs : un géant qui a su conquérir aussi bien les plus hautes cîmes du monde que le cœur de ses fidèles copains de cordée

Blocs, falaises ou haute montagne, rien ne résistait à Robert Paragot. Il a fait de l’alpinisme un art et de l’escalade un mode de vie à part entière : l’alpinisme perd un héros et les grimpeurs de Fontainebleau pleurent un maître.

Son grand coeur et sa rage de vivre ont toujours été des moteurs qui ont inspiré beaucoup. Quelque soit la difficulté, il ne laissait jamais un proche derrière, même dans les situations les plus exposées ou les moments d’épreuves les plus rudes. Une belle leçon de vie à jamais gravée dans ma mémoire.

Mais quelle époque ! L’alpinisme et l’escalade étaient peu pratiqués ; Robert Paragot a tracé un chemin pour chacun d’entre nous dans cette passionnante connexion de l’Homme avec les plus difficiles traits de Dame Nature. Combien de voies ont vu le jour grâce à ses talents ? Je ne les compte pas mais ma mémoire retient chaque prise tenue comme les notes d’une partition de musique. Dans le respect le plus total, il a été un chef d’orchestre en la matière et m’a guidé bien des fois où je m’égarais dans des chemins sans issue, toujours avec la même constance amicale, une bonne humeur et une joie de vivre qui résonnent en moi toujours aujourd’hui comme une musique réconfortante.

C’était un leader qui brillait par son humilité, un Homme de conviction généreux et profondément humain. La montagne élève ; il a su entraîner derrière lui toute une génération, acceptant même de grimper « à l’ancienne » sur les falaises du Saussois avec Berardini. l’arabe aux pieds nus que je suis né l’oubliera jamais. Dans l’effort, il n’y avait plus de classes, plus de couleur de peau ni d’origine mais seulement des hommes avec la même rage de vivre et une énergie folle qui me rappellent la chance que j’ai eu, Robert, d’avoir pu suivre tes voies et d’être aujourd’hui infiniment redevable pour tout ce que tu m’as apporté.
Douchka,mes enfants et moi sont tristes

Momo

Saussois 83 M 170 14 Momo_Momo sans corde et sans teeshirt au Saussois (dans La Rech) en 1983

Saussois 83 M 170 19 Momo

Saussois 83 Momo M 170 29Momo avec une corde et un teeshirt

Posté par Yves Ballu à 18:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Interview sur France Bleu

 

Yves Ballu, historien de la montagne

Yves Ballu, écrivain grenoblois spécialisé dans l'histoire de l'alpinisme, a été ingénieur, puis "conseiller montagne" au ministère de la jeunesse et des sports. Il possède à ce jour une documentation et des collections exceptionnelles sur le monde de la montagne !

https://www.francebleu.fr

 

Posté par Yves Ballu à 15:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]

La montagne sous presse

Scan-181113-0001_redimensionner

Scan-181113-0002_redimensionner

La montagne a depuis toujours été une source d’inspiration pour la presse écrite, offrant aux journalistes une matière qui a longtemps semblé inépuisable dans des registres aussi variés que les exploits, les drames, l’héroïsme, l’imprudence, l’humour, la fantaisie (volontaire ou non…), la vulgarisation, les sciences, les techniques, les polémiques parfois. Pour autant, l’intérêt porté à la montagne s’accordait-il avec celui des montagnards eux-mêmes, guides et alpinistes ? Pas vraiment. Pas toujours. Il suffit de mettre en regard la presse dite « grand public » avec les revues spécialisées. La même montagne y apparaît sous des jours parfois tellement différents qu’on peine à la reconnaître. Certes, les publics ne sont pas les mêmes. La presse « grand public » s’adresse aux non-initiés, privilégiant autant que possible la spontanéité, le sensationnel, quitte à céder aux approximations, voire à forcer le trait – l’ignorance étant le terreau favori de la crédulité ; le cas échéant, on assène des vérités pas toujours avérées, on porte des jugements définitifs… Dans les revues spécialisées, le propos est à la fois plus technique et plus intime, plus nuancé, plus prudent. Il s’adresse aux aficionados pétris de culture alpine qui partagent les mêmes valeurs – on est entre soi, on sait de quoi on parle, on connaît l’échelle des difficultés, on peut apprécier les performances sans avoir besoin de franchir les frontières du vraisemblable, et il suffit souvent d’une évocation pour susciter l’intérêt, l’admiration, l’envie, le désir.

Entre les hommes et la montagne, c’est une longue histoire, vieille de plusieurs siècles – et certainement bien plus vieille que celle de la presse, voire de l’imprimerie. Difficile en effet de ne pas imaginer que nos ancêtres ont, bien avant nous, levé les yeux vers les montagnes qui les dominaient et se sont interrogés : l’impossible était-il vraiment impossible, ou seulement improbable ? Et l’improbable resterait-il éternellement improbable, ou deviendrait-il possible ? Pour avoir la réponse, les plus intrépides n’ont pas résisté à l’envie de se mesurer aux difficultés de l’altitude, de la verticale, du froid, de l’inconnu… Sans doute ont-ils raconté leurs exploits. Mais la tradition orale s’est perdue dans la nuit des temps, et il ne nous reste aujourd’hui que les écrits – manuscrits, livres et journaux – pour retracer l’histoire de l’alpinisme. Et la comparaison entre ces différentes formes d’expression – qui constituent autant de prismes – n’est pas sans intérêt. Dans la presse, l’événement est traité à chaud, de façon directe, parfois brutale. Dans les livres, la forme est plus policée, le propos plus mature, l’actualité prend la pose – elle devient « présentable ».

Pourtant, il s’agit de la même montagne. Le modèle est resté quasi intact, à quelques éboulements près, et nonobstant une inexorable décrépitude de sa couverture glaciaire. On peut donc apprécier à loisir les « interprétations » des générations successives, et mesurer leur évolution.

 La presse est-elle un témoin neutre des événements ? Donne-t-elle une image pertinente, objective de l’histoire ? Non, évidemment. Au demeurant, ce n’est pas ce qu’en attendent ses lecteurs. Il convient donc de décoder les informations qu’elle propose pour en extraire les faits bruts qui constituent la « matière première » dont disposeront les historiens.

Qui plus est, non seulement la presse n’est pas un témoin neutre, mais il arrive même qu’elle ait un impact sur les événements, qu’elle les modifie, voire qu’elle les suscite. Comment se serait déroulée la conquête du mont Blanc si le savant suisse Horace-Bénédict de Saussure, qui en a conçu l’idée en 1760, avait disposé d’une fanfare médiatique équivalente à celle des « héros » de l’Annapurna ? À quel rythme auraient cédé les sommets des Alpes si L’Illustration, Le Petit Parisien, The Graphic, The Times, The Illustrated London News, l’Illustrirte Zeitung, la Domenica del Corriere, Epoca, ou Paris Match avaient, dès l’origine, tenu en haleine le grand public en publiant les péripéties des premières tentatives, des échecs, des drames, des succès ? Et plus récemment, la génération Desmaison, puis celle des Profit, Escoffier, Boivin, Destivelle auraient-elles été aussi téméraires sans les dithyrambes des grands hebdomadaires illustrés ? On peut même aller plus loin : quel rôle la presse a-t-elle joué dans le regard des hommes sur leurs montagnes ? Pourquoi ne voit-on plus la montagne aujourd’hui comme on la voyait hier ? A-t-elle changé ? Ou est-ce le regard des hommes qui n’est plus le même ? La réponse apparaît avec évidence en parcourant les journaux qui, depuis leur origine, en portent témoignage. C’est précisément l’objet de cet ouvrage : feuilleter les journaux qui ont parlé de la montagne, particulièrement ceux dits « grand public », écrits le plus souvent par des non-spécialistes à l’attention de non-initiés. S’intéresser aux sommets, aux drames et aux exploits, aux victimes et aux « héros » qu’ils ont évoqués, révélés, célébrés – créés parfois. Les suivre dans leurs choix. Les laisser raconter l’histoire de l’alpinisme. À leur façon.

 

 

Il est enfin en librairie... Un beau bébé de quelque 320 pages illustrées de près de 400 reproductions de journaux couvrant la période du 18ème jusqu'à nos jours. Des articles et des illustrations sélectionnés parmis les milliers de journaux et de magazines (grands public - j'ai volontairement laissé de côté les revues spécialisées) que j'ai rassemblés depuis... 50 ans ! Les grands thèmes sont ceux que les journalistes ont affectionnés au fil des 200 ans que couvre cette rétrospective : les grands sommets (mont Blanc, Cervin, Everest, Annapurna...), les drames, les guides, les femmes, les héros... Et comme tous les beaux livres des Editions du Mont Blanc Catherine Destivelle, il ne faut pas hésiter à... le déshabiller. Sous la jaquette, la surprise :

Scan-181113-0005__redimensionner

On commence à en parler

Grand Air - 15 OCTOBRE 2018 - Grand Air - TéléGrenoble

200 ans d'histoire de la montagne avec l'écrivain Yves Ballu, une expé ski et snowboard dans le Karakoram en Himalaya et la présentation des Rencontres Ciné Montagne de Grenoble, 20ème du nom.

http://www.telegrenoble.net

 

La montagne sous presse, Yves Ballu, Editions du Mont-Blanc

Yves Ballu, spécialiste de l'histoire de l'alpiniste et collectionneur revisite 200 ans de drames et d'exploits depuis la 1ère ascension du Mont-Blanc en 1786 . Les sommets, Le Mont-Blanc,le Cervin, Les alpinistes, les hommes, les femmes, les guides, les accidents, les drames, les héros. Yves Ballu parcourt les unes de la presse.

https://www.francebleu.fr

Le 25 novembre prochain de 11h à 12h dans l'émission "Passion Montagne" (podcastable ensuite) :

Une séance de dédicace est prévue à La librairie des Alpes (6 rue de Seine à Paris) le samedi 8 décembre de 17h à 20h.

Un avant-goût

Classeur 2 doc 035_redimensionner

Classeur 3 doc 13_redimensionner

Classeur 4 doc 24_redimensionner

Classeur 4 doc 41_redimensionner

Classeur 4 doc 302_redimensionner

Classeur 7_017_redimensionner

Classeur A5_37

Journaux 088_redimensionner




Posté par Yves Ballu à 10:07 - Commentaires [3] - Permalien [#]

Grand prix du livre de montagne du Salon de Passy

GRAND PRIX DU SALON INTERNATIONAL DU LIVRE DE MONTAGNE DE PASSY 2018

Le jury : Yves BALLU, président, Claire CRISCUOLO, Directrice de la librairie Arthaud à Grenoble (sans lien avec les éditions Arthaud), Jean-Michel ASSELIN, Jacques PERRET et Philippe REGOTTAZ.

Les ouvrages en compétition : au nombre de 23. Un cru exceptionnel tant par l’abondance des ouvrages présentés que par leur qualité, avec des auteurs déjà distingués par de prestigieux prix littéraires (Philippe CLAUDEL, Prix Renaudot et membre de l’Académie Goncourt ; Michel BUTOR, Prix Renaudot ; François GARDE, prix Goncourt du premier roman ; Paolo COGNETTI, Prix Strega et Prix Médicis étranger…), mais aussi des romans, poésies, bande dessinée et témoignages d’alpinistes émouvants et bien écrits. En voici la liste :

Léonce E.M. : « Topos… »

Françoise Fabre Rodes : « Partitions pyrénéennes »

Pierre Charmoz , Jean-Louis Lejonc : « Sherlock Holmes à Chamonix »

Manuela Gay-Crossier :  « Mon cœur dans la montagne »

Framuso : « La dent de Charlie »

Denis Ducroz : « Le pont de neige »

Gérard Glatt : « Et le ciel se refuse à pleurer »

Philippe Hiriart : « Le refuge »

Patrick  Breuzé  : « La montagne pour refuge »

Cédric Sapin-Defour : « Gravir les montagnes est une affaire de style »

Charlie  Buffet :  « Annapurna une histoire humaine »

Sam Beaugey : “Sales gosses”

Alf B. Bryn : « Cimes et bandits »

Patrice  Gain : « Denali »

Marc Turrel  Lliboutry : « le Champollion des glaces »

Michel  Butor : « Entretiens »

Ludovic Escande : « L'ascension du mont Blanc »

Gilles Modica : « Fontainebleau »

Philippe Claudel : « Entretiens »

François Garde : « Marcher à Kerguelen »

Jean-Marc Rochette : « Ailefroide Altitude 3954 »

Paolo Cognetti : « Les huit montagnes »

Nives Meroi : « Je ne te ferai pas attendre »

Dans un premier temps, le jury a sélectionné 6 ouvrages nominés :

Philippe CLAUDEL : Le lieu essentiel. Entretiens avec Fabrice Lardeau (éditions Arthaud). Le célèbre écrivain nous fait partager sa découverte de l’alpinisme et sa passion pour la montagne avec des mots simples et justes ; beaucoup de montagnards se retrouveront dans ses propos.

Paolo COGNETTI : Les huit montagnes (éditions Stock). L’auteur raconte l’histoire de Bruno, un enfant de la montagne (Val d’Aoste), et de Piero, un enfant de la ville (Milan). Les deux enfants se rencontrent et deviennent amis ; mais le destin finit par les séparer. Dans une langue pure et poétique, Paolo Cognetti évoque la vie rude mais intense des montagnards vue par un citadin.

François GARDE : Marcher à Kerguelen (éditions Gallimard). Les Îles Kerguelen culminent à 1850 m au Mont Ross et la traversée intégrale à pieds de l’ile de la Grande Terre, réalisée par François Garde et ses trois compagnons est une belle aventure humaine, et, pour l’auteur, un voyage intérieur émaillé de réflexions profondes.

Nives MEROI : Je ne te ferai pas attendre (éditions du Mont-Blanc). Nives est une célèbre alpiniste italienne, qui aurait pu être la première femme à gravir les quatorze 8000 ; elle a choisi d’y renoncer pour rester auprès de son mari et compagnon de cordée frappé par la maladie. C’est ensemble qu’ils termineront ce challenge. Un témoignage très émouvant, bien écrit, qui ne peut laisser personne indifférent.

Gilles MODICA et Jacky GODOFFE : Fontainebleau, 100 ans d’escalade (éditions du Mont-Blanc). Ce beau livre relate la saga des « bleausards », qui ont été à l’origine du renouveau de l’alpinisme français mais aussi d’aventures plus ou moins débridées. Un livre un peu trop sage, mais une remarquable rétrospective.

Jean-Marc ROCHETTE et Olivier BOQUET : Ailefroide, altitude 3954 (éditions Casterman). Ce livre est bien plus qu’une simple bande dessinée. Jean-Marc Rochette y relate avec un talent de conteur et de dessinateur son enfance contrariée, la découverte de l’alpinisme, ses ascensions, son rêve inabouti (gravir la face Nord d’Ailefroide) et ses relations avec ses compagnons de cordée… Tout est vrai, tout sonne juste.

 Le palmarès :

 Grand Prix attribué à Nives Meroi : "Je ne te ferai pas attendre"

Mention spéciale du jury à : Jean-Marc Rochette : "Ailefroide, altitude 3954" et à Paolo Cognetti : "Les huit montagnes"

 

 Pour en savoir plus, réécoutez "Passion montagne" sur France Bleu Isère en podcast.

 

Posté par Yves Ballu à 23:31 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Histoire du ski avant les JO. Sur France Inter avec Jean Lebrun

Jean Lebrun m'a invité à parler de l'histoire du ski. Ou plutôt de la préhistoire du ski, voire de la protohistoire comme l'a qualifiée Frison Roche dans la préface qu'il a écrite pour mon "Epopée du ski" (Arthaud).

A réécouter en cliquant sur ce lien.

Voici quelques images de ces temps anciens.

Magnus 1_redimensionner

Magnus 3__redimensionner

Magnus 6__redimensionner

Magnus 8_redimensionner

Ski104_redimensionner

Ski094_redimensionner

Posté par Yves Ballu à 17:25 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Vincendon et Henry, Revol et Mackiewicz : calvaires en montagne.

"Calvaire au Mont Blanc"

Vincendon et Henry naufragés 1

Revol _

Tel est le titre de l'article publié ce 4 février par "Le Parisien, Aujourd'hui en France" sous la plume de Rosalie Lucas pour évoquer le drame Vincendon et Henry. Avec en introduction une évocation du sauvetage d'Elisabeth Revol.

A retrouver sur ce lien.

Posté par Yves Ballu à 19:11 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Secours en montagne : Vincendon et Henry ne sont pas morts pour rien.

Demain lundi 5 février, aura lieu à Chamonix la commémoration du 60ème anniversaire de la création du Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne ainsi que du 30ème anniversaire de la création du Centre National d’Instruction du Ski et de l’Alpinisme de la Gendarmerie. Une gravure en bronze, en mémoire de Jean Vincendon et François Henry, sera inaugurée à cette occasion. Joseph Canova, fondeur d'art, qui a réalisé cette oeuvre témoigne :

"En 1957, à l’époque de ce terrible drame j’avais 9 ans. Comme la plupart des familles françaises, nous n’avions pas de télévision, mais comme tous les journaux de l’époque ne parlaient que de cela, nous suivions au jour le jour l’évènement. Ma mère terriblement impressionnée, transposait cette tragédie sur ses deux enfants, et répétait sans cesse : « Heureusement que nous n’habitons pas à Chamonix ».

 Quelque 45 ans plus tard, en 2002, ces vagues souvenirs sont ravivés à la lecture de l’ouvrage d’Yves Ballu : « Naufrage au Mont Blanc ». Un récit parfaitement documenté qui nous amène naturellement à une évidence : ces gamins ne sont pas morts pour rien, puisque suite à leur calvaire a été constitué un corps organisé de secouristes en haute montagne… et cela mérite bien un hommage !

 Que peut faire un artiste ? Comme je fais de la sculpture, en 2003 je planche sur un premier croquis. J’aimerais le modeler en terre, pour ensuite le convertir en  bronze. En 2009, à l’occasion de la diffusion du film reportage de Denis Ducroz : « Naufragés du Mont Blanc : Vincendon et Henry » remotivé et à l’aide de l’ordinateur je reprends ma recherche de 2003… et les années passent.

 Il faudra attendre Janvier 2016, pour qu’un concours d’heureuses circonstances réveille ce beau projet : à l’occasion des vœux municipaux, je rencontre Jean-Pierre Mirabail commandant  du PGHM de Bourg Saint Maurice et en quelques mots je lui expose mon idée. Un rendez-vous est pris et le 20 Janvier 2016, et je lui remets l’avant-projet détaillé : une petite maquette imprimée en 3D…"

 Joseph CANOVA, Fondeur d’art.

 

PGHM

 

 

Voici   un extrait de la plaquette éditée par le PGHM de Chamonix :

1958   : La création des unités de secours en montagne

Le système de secours en montagne était jusqu’à présent bâti sur la solidarité en montagne et le bénévolat. La tragédie de Vincendon et Henry en a montré les limites. L’événement de l’hiver 1956-1957 conduira à l’étatisation du secours en montagne, actée par la circulaire ministérielle du 21 août 1958.

Les Préfets ont désormais la charge de l’organisation du secours en montagne dans les départements concernés.

Une nouvelle organisation du secours s’esquisse : une structure professionnelle doit s’associer aux organismes historiques qui ont fait leur preuve (Ecole de Haute Montagne, Ecole Nationale de Ski et d’Alpinisme et Compagnie des Guides, soutenus et coordonnés par la Société Chamoniarde de Secours en Montagne).

A cette époque, de par son implantation en montagne et la connaissance du milieu de ses militaires, la gendarmerie participe également aux opérations de secours. En 1956, la Brigade de Chamonix a même 9 opérations de secours en autonomie à son actif.

L’étatisation du secours en montagne et l’implication de la gendarmerie conduira à la création du Groupe Spécialisé de Haute Montagne le 2 octobre 1958. Le GSHM, qui est localement appelé la « Brigade Blanche », a désormais pour mission principale le secours en montagne.

Rapidement, le GSHM aura besoin d’être remanié. En effet, le nombre d’engagements sur des missions de secours augmente. En parallèle, les militaires de la Brigade Blanche sont de plus en plus impliqués dans la formation montagne interne à la gendarmerie et à l’ENSA, ou pour des participations à des compétitions de haut niveau. Ces contraintes conduiront à la transformation du GSHM. Il devient Peloton Spécialisé en Haute Montagne en 1961 et est commandé par le Lieutenant Michel Monnier. Les effectifs sont alors doublés, avec la création de douze postes supplémentaires.

 Sur cette période, à partir de 1960, d’autres unités de gendarmerie spécialisées dans le secours en montagne sont mises en place dans les différents massifs français. Actuellement, 60 ans après la création de la première unité, 22 unités de gendarmerie de secours en montagne sont implantées sur tous les massifs du territoire national.

Dans les années 1970, l’arrivée de polémiques entourant certains secours entraîne le désir de dissocier la gestion du secours d’une part et la politique locale d’autre part. Le but recherché est le renforcement de la neutralité des opérateurs du secours.

Cette décision aura pour conséquence le renforcement de la place de la gendarmerie dans le dispositif de secours en montagne. En 1971, le PSHM assure désormais l’intégralité du secours dans le massif du Mont Blanc. Il est rebaptisé Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne le 03 septembre 1971, avec à sa tête le lieutenant Jean-Jacques Mollaret.

En 2018, le PGHM de Chamonix compte 44 militaires à l’effectif : 2 officiers, 2 secrétaires, 3 maître chiens secouristes, 33 secouristes et 4 gendarmes adjoints volontaires.

En 1988, une nouvelle étape est franchie avec la création du Centre National d’Instruction de Ski et d’Alpinisme de la Gendarmerie (CNISAG). Ce centre, basé àChamonix, forme toute la branche montagne de la gendarmerie nationale. Il forme les gendarmes à tous les niveaux : du stage d’initiation à la montagne destiné auxbrigadiers, jusqu’aux stages de haute techicité pour les gendarmes spécialisés dans le secours en montagne. Le CNISAG fête cette année les 30 ans de sa création.

 

Posté par Yves Ballu à 17:58 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Naufrage au Mont Blanc. Pourquoi Bonatti s’est-il séparé de Vincendon et Henry ?

Naufrage au Mont Blanc.

Pourquoi et dans quelles circonstances Bonatti s’est-il séparé de Vincendon et Henry ?

Suite à de nombreux échanges écrits et téléphoniques, suite également aux différents commentaires publiés sur Summit.post et sur mon blog, je souhaite sinon mettre un terme à la polémique Vola initiée par la « Bonatti controversy » dans Summit.post, du moins clarifier les choses en revenant à l'essentiel.

Dans un premier temps, Vola a remis en cause le témoignage de Bonatti dans Sport et vie : « Tu vas même jusqu’à te convaincre que l’article de Sport et Vie a été écrit par Walter lui-même, alors qu’il s’agit d’un interview d’un journaliste qui a enregistré et retranscrit ce que Walter lui a dit », m’a-t-il reproché. Après avoir contesté mes sources d’information « hautement douteuses », et récusé des "contradictions non validées" (?) de Bonatti qu'il considère comme des "explications plus détaillées", Vola s’est finalement rendu à l’évidence : il a admis l'authenticité de cet article, le plus proche de l'évènement, le plus personnel, le plus complet, le seul qui porte la signature manuscrite de Bonatti - d’autant plus crédible que Bonatti lui-même ne l’a jamais contesté.


 

Sport et vie 001

Sport et vie 002

Sport et vie 011_

« Très bien, a fini par concéder Vola, Bonatti a écrit cet article publié dans Sport et Vie, mais cela ne change rien ».

Cela ne change rien ?...

Voyons.

Si l’on admet que Bonatti a écrit cet article, il ne reste plus qu’à le lire. Et qu’a écrit Bonatti concernant la séparation des deux cordées ? Je cite : « Vincendon et Henry commençaient à peiner et ralentissaient notre progression. Vincendon proposa de faire une halte pour manger quelque chose et reprendre des forces. Mais le temps pressait, ce temps qui est plus impératif dans l’hiver que dans l’été du fait du raccourcissement des jours. Et pour ne rien perdre de la précieuse lumière du jour, nous avons décidé d’un commun accord de former deux cordées […] Pour moi, ce n’était donc qu’un bref au-revoir ».

Sport et vie 008___

En clair :

1- Vincendon et Henry ralentissaient la progression

2- Vincendon a proposé de faire une halte pour manger quelque chose.

3- Il a donc été décidé d’un commun accord de reformer deux cordées.

Sous la plume de Bonatti, la relation de causalité est indiscutable entre les attendus et la décision, et la séparation n'était qu'un "bref au-revoir". La conjonction « mais » évoque une discussion - sans doute tendue - que Gheser a rapportée dans le journal italien La Settima Incom (cité par Bonatti dans Sport et vie), et qu'il m'a confirmée oralement :

La Settima Incom 0005_

« Vincendon et Henry commencèrent à ralentir l’allure. Ensuite, ils se sont arrêtés en proposant une halte pour manger quelque chose afin de reprendre des forces. Bonatti par contre conseillait d’aller vite et il a expliqué au Belge et au Français le danger de passer une nouvelle nuit dehors. Tous deux ont persisté dans leur décision, par conséquent nous nous sommes séparés ». A nouveau, les adverbes "par contre" et "par conséquent" expriment bien la causalité.

A noter la remarquable concordance entre ces deux témoignages parus à un mois d'intervalle (janvier pour Gheser, février pour Bonatti qui citera même l'article de Gheser).

La séparation est donc incontestable, et ses raisons indiscutables. Pour autant, était-elle inéluctable ? Une question que Bonatti s’est sans doute posée et qui l’a peut-être tourmenté sa vie durant, l'amenant à se justifier - alors qu'il n'a jamais été mis en cause publiquement - avec des « explications plus détaillées », au fil de versions successives, franchissant parfois les limites de la contradiction (validée ou non...).

Une évidence : Vincendon et Henry ne pouvaient plus suivre Bonatti.

La veille, au cours de la montée de l'éperon, Bonatti avait déjà noté leur lenteur : "Les voyant monter si lentement, je ne peux m'empêcher de penser que si ensemble nous avions pu faire la voie de la Poire, certainement leur lenteur aurait été très préoccupante. Il est évident qu'ils manquent d'acclimatation, étant peu entraînés" (Rivista Mensile 1957). Dans Sport et vie, il ajoutait, toujours à propos du premier jour d'ascension, la veille, dans l'éperon :"J’ai pensé les attendre, mais ne valait-il pas mieux leur préparer la piste ?". Il ne les avait pas attendus, il avait fait la trace, mais même avec la trace, Vincendon et Henry n'avaient pas été capables de le rejoindre avant la nuit, et le lendemain matin il était redescendu les chercher 100 mètres plus bas, après un bivouac effroyable. Il les avait assurés pour sortir de l'Eperon, et il les avait  gardés sur sa corde - un comportement exemplaire de courage et de générosité. Il ne restait plus dès lors qu'à remonter une pente de neige sans difficultés techniques jusqu'au sommet du Mont Blanc. Mais cette fois, la lenteur de Vincendon (le plus éprouvé) et Henry n'était plus seulement préoccupante, elle était devenue insupportable tant pour Vincendon qu'elle humiliait que pour les autres qu'elle mettait en danger. La séparation s'imposait donc : quel que soit l’endroit précis ou l’heure exacte où elle a eu lieu, elle était devenue inéluctable.

Dès lors, à quoi bon ratiociner sur l’altitude ? Contrairement à ce que qu’affirme Vola, l’altitude est parfaitement explicite dans « Naufrage au Mont Blanc » : très précisément 300 mètres sous le sommet : 

Scan-171210-0002

Mais peu importe. La vraie question est celle-ci : pourquoi une séparation à proximité du sommet aurait été considérée comme un abandon alors que 400 mètres plus bas, elle ne l'était pas ? C’est la conviction de Bonatti - et un argument de défense repris par Vola. Sur quels fondements repose-t-il ? Bonatti ne l'a pas expliqué, Vola pas davantage.

Imaginons l’inverse : Bonatti aurait gardé sur sa corde les malheureux Vincendon et Henry épuisés, pour être sûr qu’ils ne décrocheraient pas et leur éviter un deuxième bivouac. Peut-être même, les aurait-il copieusement admonestés tout au long de la montée facile, mais épuisante,  pour les faire cravacher et les empêcher de succomber à la tentation mortelle de poser leur sac, pour manger ou pour toute autre (mauvaise) raison. A proximité du sommet, alors que le salut était en vue, il les aurait laissés parcourir seuls la cinquantaine de mètres qui restaient avant de basculer sur la descente vers Vallot. Il aurait ainsi pu aller ouvrir le refuge et mettre rapidement à l’abri son compagnon gravement gelé, avant, éventuellement, de revenir les chercher (bien plus facilement que s'il les avait laissés 400 mètres plus bas). Accuser Bonatti d’abandon dans une telle hypothèse aurait été non seulement injuste, mais surtout absurde. Qui l'a fait ?

Qui a accusé Bonatti d'avoir abandonné Vincendon et Henry ? A 400 mètres du sommet ou à 50 mètres ?

Personne.

Partir en guerre contre d'imaginaires détracteurs de Bonatti, c’est se battre contre des moulins à vent.

Posté par Yves Ballu à 00:59 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Affaire Vincendon et Henry : Jean Henry s'exprime sur l'attitude de Walter Bonatti

Après Claude Dufourmantelle, Jean Henry s'exprime sur l'affaire Vincendon et Henry

Le frère ainé de François vit aux USA depuis l'époque du drame. Lorsque j'ai rédigé "Naufrage au Mont Blanc", il y a 20 ans, son témoignage m'a été précieux, car il était très proche de son frère avec lequel il a gravi un certain nombre de voies dans les Alpes, et entretenu une correspondance passionnante. Il m'a notamment fourni des informations et des documents essentiels. En juin 2007, lors d'un voyage en France, il a passé quelques jours à la maison, et nous sommes allé à Chamonix. Ce fut l'occasion pour lui de rencontrer Jean Minster et Gilbert Chappaz, les derniers guides sauveteurs encore vivants. Une rencontre bouleversante au cours de laquelle Gilbert Chappaz lui a demandé pardon pour n'avoir pas pu tenir sa promesse de revenir chercher les "naufragés" installés dans la carcasse de l'hélicoptère. Un pardon évidemment accordé : « Ils n’ont pas pu aller les rechercher pour un certain nombre de raisons, notamment le mauvais temps. Il a vécu avec ça toute sa vie, et cela a du être très pénible. »

Chamonix Vincendon et Henry Chappaz Minster Henry 044_redimensionnerA gauche Glibert Chappaz, à droite Jean Henry au cimetière de Chamonix en juin 2007

Sortie de l'église mars 1957 en bas à gauche Aristide Vincendon tient son chapeau dans ses mains frère jumeau d´Emile A côté de lui, sa femme plus grande que lui Annie Vincendon_Mars 1957 : Jean Henry à la sortie de l'église lors des obsèques de son frère

Jean Henry a lu les différentes versions de l'article d'Eric Vola publié par le site summit.post. Et il a tenu à réagir. Ce texte qu'il m'a autorisé à publier apporte, me semble-t-il une réponse à la "controverse Bonatti" ouverte par Vola. Et en particulier à la question : "Bonatti a-t-il abandonné Vincendon et Henry ?". Si quelqu'un pourrait reprocher au guide italien d'avoir une responsabilité dans la mort tragique des "naufragés", et lui en vouloir, ce serait en premier lieu un proche des victimes. Concernant Jean Vincendon, je peux témoigner que ni sa maman, ni ses amis, en particulier Bob Xueref n'ont jamais émis un tel grief. Pour François Henry, je laisse la parole à son frère :

 

Jean Henry

Jean Henry Claire Simiand à Veurey 04_redimensionner

L’article d’Eric Vola publié récemment sur le site summitpost.org offre une version en langue anglaise de ce qui est généralement appelé « l’Affaire Vincendon et Henry ». Sous le titre  « Shipwrecked on Mont Blanc : the Vincendon and Henry Tragedy » (« Shipwreck » dans la suite), Vola offre un condensé du livre « Naufrage au Mont Blanc – L’Affaire Vincendon et Henry » (« Naufrage » dans la suite) de Yves Ballu, publié par les éditions Glénat il y a 20 ans et récemment réédité par les éditions Guérin avec  des illustrations et autres additions. Le livre de Ballu sert de base à l’article de Vola, auquel il a, bien entendu, ajouté ses propres contributions. La lecture de « Shipwreck » m’a, par moments, surpris. Mon objectif n’est pas d’initier une nouvelle polémique, l’Affaire en a généré suffisamment, mais de commenter certains aspects de l’article de Vola.

A la lecture de la version originale de l’article de Vola, la photo avec la légende « Henry souriant » (« Henry smiling ») m’a bouleversé. Après une série de bivouacs à même la neige, leurs membres profondément gelés, ils voient l’hélicoptère du salut s’écraser à quelques mètres d’eux et ils sourient ? Incidemment, l’alpiniste vu de face est Vincendon dont le sourire est plutôt un rictus et mon frère est à gauche de profil. Je suis soulagé que Vola ait éliminé cette légende de très mauvais goût des versions ultérieures et révisées de son article mais aussi déçu qu’il ne se soit pas donné la peine d’identifier les deux jeunes gens correctement.

Peu après le drame, (février – mars 1957), Bonatti et Gheser ont, indépendamment, publié des articles décrivant l’ascension en compagnie de la cordée Vincendon-Henry. Les deux articles sont essentiellement interchangeables, relatent les mêmes faits. Copies de ces articles et d’autres documents recueillis et utilisés par Ballu lors de la préparation de « Naufrage » sont accessibles sur le blog de Yves Ballu. Par la suite, et particulièrement quand Ballu préparait la première édition de « Naufrage », il a constaté des différences entre les articles originaux de Bonatti et ses autres articles et livres  ultérieurs. Gheser, par contre, n’a pas changé sa version des évènements quarante ans après les faits. Ballu dans son introduction avertit le lecteur que « dans le cas où le récit d’un témoin change, la première version des faits sera considérée comme la plus authentique », d’où le choix des  versions  originales de Gheser et de Bonatti. Etant donné la similitude de ces versions, c’est un choix logique. La version commune de l’ascension est en fait très simple : après un bivouac très pénible, Bonatti rejoint la cordée franco-belge et la ramène une centaine de mètres plus haut. Ils forment une cordée de quatre que Bonatti sort de l’éperon de la Brenva dans des conditions difficiles, la cordée commune explore la possibilité de descendre directement par le passage Balmat qu’ils abandonnent parce que trop dangereux, les alpinistes d’un commun accord décident de se séparer en deux cordées pour se retrouver au refuge Vallot. C’est ce que « Naufrage » relate.

Dans le chapitre intitulé « La controverse Bonatti » de « Shipwreck », Vola discute certains aspects des divergences entre les articles originaux de Bonatti et ses publications ultérieures.

La question du piolet de Bonatti cassé au cours d’une reconnaissance par Bonatti vers la Poire est un exemple de ces divergences de vue. Dans ses articles ultérieurs, Bonatti précise que le piolet n’était pas cassé mais seulement fêlé  ou fissuré et qu’il l’avait réparé à l’aide d’une cordelette. Une simple question de sémantique qui ne justifie pas la mention de « controverse » ou une critique de « Naufrage ». Si le piolet avait simplement été déclaré « endommagé », aucune question n’aurait été posée. De plus, rien ne permet d’affirmer que le piolet en question n’a pas rendu les services qu’il devait rendre et qu’il aurait constitué un handicap particulier durant le reste de l’ascension. Dans « Naufrage », il n’en est plus question après l'épisode du refuge de La Fourche. Affaire close en ce qui me concerne.

Une autre controverse mentionnée par Vola est que les deux cordées auraient repris leur indépendance, se seraient séparées, lorsque la cordée franco-belge qui peinait à suivre les Italiens a proposé un arrêt repos et casse-croûte près du sommet, ce qui pourrait suggérer que Bonatti les ait abandonnés. « Naufrage » situe précisément cette séparation à 350 mètres du sommet. Mais pourquoi une séparation à une altitude plus élevée serait-elle considérée comme un abandon alors qu’une séparation à une altitude moindre serait une séparation et pas un abandon ? On pourrait tout aussi bien imaginer l'inverse. Cela ne me semble pas clair, mais dans l’esprit de Bonatti et de Vola la controverse relative à un abandon possible semble dépendre de l’endroit où la séparation a eu lieu.  Personnellement, je n’ai aucun doute  : Bonatti n’a pas abandonné Vincendon et mon frère. De même, les membres de ma famille, amis et connaissances avec qui j’ai parlé avant et après la parution de « Naufrage » n’ont jamais mentionné un abandon. Un abandon ou une suspicion d’abandon n’apparaît nulle part dans « Naufrage ».

Dans ses deux articles initiaux (février et mars 1957) Bonatti déclare qu’après avoir abandonné l’idée de descendre directement vers Chamonix par l’ancien passage (passage Balmat), il a expliqué aux autres membres de la cordée que la seule solution viable était de rejoindre le refuge Vallot et que, d’un commun accord, ils ont décidé de se séparer en deux cordées, la cordée franco-belge, plus lente, profitant de la trace de Bonatti. Gheser dans son article initial (février 1957) et sa lettre à Ballu (1997) confirme ceci. Le témoignage de l’adjudant Blanc qui rapporte la description des évènements par mon frère est en complet accord. Sur base de ces témoignages concordants confirmant une séparation à une altitude relativement basse l’idée d’un abandon est éliminée. Vola, cependant se basant sur le fait que la toponymie de Gheser est erronée, suggère que le récit de Gheser pourrait laisser supposer que la séparation a pris place plus haut et que Bonatti les auraient abandonnés. Dans l’article de Sport et Vie de février 1957, Bonatti dit : « J’ai d’abord eu l’intention de passer par le Corridor… ». Il fait ici allusion à sa tentative de descendre vers Chamonix par le passage Balmat (ancien passage). Dans Rivista, mars 1957, Bonatti dit : « …nous nous trouvons exactement sur le col au-dessus du Mur de la Côte entre les deux Rochers Rouges … »  et aussi « …le couloir entre les deux Rochers Rouges (itinéraire 176 du Guide Vallot – parallèle au Corridor proprement dit) … » et dans une lettre à Ballu « me rendant compte du grand danger que présentait le Grand Couloir de l’ancien passage inférieur… ». Il semble que la toponymie de Bonatti est variable mais pas considérée comme erronée.  Gheser, certainement moins familier avec le côté français du Mont Blanc a probablement simplement adopté la terminologie de Bonatti. De plus, Gheser parle du col de la Brenva, ce qui est erroné, mais la combinaison du col et du Corridor à proximité l’un de l’autre correspond exactement à la description de leur position par Bonatti. Quelques lignes après  sa critique de la toponymie de Gheser, Vola ajoute «  la lecture attentive du texte de Gheser confirme que la séparation a eu lieu à l’endroit mentionné par Bonatti ». Dans l’espace de quelques lignes de son article, Vola approuve le lieu de séparation mentionné par Gheser, puis le met en doute, et puis l’approuve à nouveau. Tout ceci est confus, pas très convaincant et, en fait, inutile car les récits initiaux de Bonatti et Gheser établissent le point de séparation, et surtout la raison (lenteur de la cordée Vincendon et Henry, et demande d’un arrêt casse-croûte). De plus, le texte de « Shipwreck » a été révisé quatre fois à ma connaissance (j’ai peut-être manqué l’une ou l’autre révision) depuis la publication originale (juin 2017) ce qui donne au lecteur l’impression d’un texte brouillon et modifié lorsque l’auteur glane des nouvelles informations ou est averti de ses erreurs. Dans la première version, il n’y avait pas de chapitre « Controverse », et je pense que c’était mieux ainsi.

Dans le même chapitre de « Shipwreck », Vola s’en prend à Ballu pour « avoir fait parler les morts ».  En fait, Ballu ne fait pas parler les morts, il attribue leurs propres paroles à des protagonistes des évènements sous forme de conversations, discussions ou déclarations reprises à partir des témoignages qu’il a recueillis et des documents d’époque qu’il a rassemblés au cours de ses recherches (je lui en ai moi-même communiqué un certain nombre). Ce procédé, assez commun dans des ouvrages relatant des faits historiques, rend le texte plus vivant et d’une lecture plus attrayante, comme Vola le reconnaît, mais aussi d’après lui, et  ses amis, ramène « Naufrage » au rang d’un roman. D’après le Larousse un roman est « une œuvre d’imagination constituée par un récit en prose d’une certaine longueur ». « Naufrage » n’est certainement pas une œuvre d’imagination. Chacun est évidemment libre de ses opinions, mais il m’est difficile de comprendre comment le récit de la lente agonie de deux jeunes gens, de la souffrance et des gelures d’un pilote qui restera handicapé le reste de sa vie, des efforts et risques endurés par les équipes de secours dont certains membres seront hantés par leurs souvenirs, scrupuleusement relaté dans « Naufrage », puisse se comparer au récit des enquêtes de l’Inspecteur Maigret ou des aventures de James Bond.  De plus, pour apprécier à quoi  l’expression « faire parler les mots » fait allusion, il faut lire « Naufrage » dans la version française, ce que la plupart des lecteurs de « Shipwreck » n’ont pas fait. Pourquoi insérer cette référence au format d’un texte en français dans un article en anglais et  dans le chapitre consacré à la controverse de Bonatti ? « Naufrage » présente l’historique de l’affaire Vincendon et Henry, une description chronologique et soigneusement documentée des évènements qui, ensemble, constituent une étape importante dans l’histoire de l’alpinisme dans les Alpes françaises et de Chamonix en particulier. Pour moi qui ai vécu ces évènements de façon très personnelle, « Naufrage » est un document historique, mais, comme toujours, chacun est libre de son opinion.

Mes commentaires à propos de la « Controverse de Bonatti » peuvent apparaître comme une « contre-controverse » ou le début d’une nouvelle polémique ce qui n’est pas le cas. J’ai essayé de montrer que ces nouvelles interprétations basées sur des aspects relativement secondaires des évènements (toponymie de Gheser, localisation exacte de la séparation, allusion à un abandon possible, le piolet endommagé, l’arrêt casse-croûte,…) sont inconsistantes et n’améliorent pas notre compréhension des évènements. Il est temps de nous résigner à admettre que les faits tels que nous les connaissons sont les seuls que nous connaîtrons jamais et que certaines questions que nous nous posons n’auront jamais de réponse.

Au cours des années suivant le drame de la Brenva, Bonatti a modifié ses témoignages initiaux des évènements. Il s’en prend à Gheser qu’il réfute systématiquement et à Ballu pour n’avoir pas adopté ses versions modifiées des faits. Le ton adopté par Bonatti dans ses critiques de Gheser et Ballu suggère un homme vindicatif, verbalement agressif et même par moments méchant. Je n’ai jamais rencontré Bonatti, mais sur la base de ses publications que j’ai lues, de ses reportages photographiques, des commentaires de l’un ou l’autre, je me représentais un montagnard exceptionnellement doué, fier de ses accomplissements, sûr de lui et affable. Ce dernier trait est bien illustré par l’esprit de camaraderie qui s’était établi au refuge de la Fourche entre la cordée italienne et la cordée franco-belge. Pourquoi Bonatti a-t-il réagi de façon aussi virulente ? Comment expliquer ce changement de personnalité ? Nous ne le saurons jamais de façon certaine mais j’aimerais suggérer une possibilité qui pourrait réconcilier ces aspects opposés de sa personnalité. Après qu’il ait extrait la cordée franco-belge de son bivouac et l’ait jointe à la sienne, leur sauvant certainement la vie, il a assumé la responsabilité des trois alpinistes. Dans une lettre à Ballu, Bonatti explique : « Je dirais par ailleurs que tous, tacitement (et depuis le premier matin dans la tourmente et liés à la même corde), me faisaient confiance et me considéraient comme le plus fort et le plus expert ». Cela me parait évident. Lorsqu’il propose de séparer les cordées pour accélérer la progression et de se regrouper au refuge Vallot, tout le monde est d’accord, parce que tout le monde lui fait confiance. Cette confiance lui confère une lourde responsabilité qui, peut-être, par la suite, lui pèsera comme un lourd fardeau. A l’arrivée au refuge, en tant que chef de cordée consciencieux il prend soin de Gheser dont les gelures sont inquiétantes puis envisage de se lancer en pleine nuit à la recherche de « sa » seconde cordée. Gheser l’en dissuade. Bonatti ne savait pas que la seconde cordée était à bout de force et s’était résignée à un second bivouac et qu’il ne reverrait jamais les deux jeunes gens. Pour Bonatti, qui avait assumé la responsabilité des deux cordées, c’était un échec. Guide consciencieux, il a probablement cherché à reconstituer les évènements pour déterminer comment il aurait pu éviter cet échec. Et cet appel à sa mémoire est probablement ce qui l’a amené à modifier ses récits initiaux. Dans un article récent posté sur le blog de Yves Ballu, Claude Dufourmantelle discute la question du rôle de la mémoire dans la reconstitution de situations auxquelles nous avons participé. Il dit, entre autres, «  Cela signifie qu’un souvenir, une évocation, une réminiscence, est sans cesse reconstruit par votre pauvre esprit dans des tentatives futiles pour retrouver ce que vous avez réellement fait, ce qui s’est réellement passé et d’imaginer ce qui aurait pu arriver si…ou ce que vous auriez dû faire si…si quoi ? Pour changer le passé ? Pour expliquer le passé ? Pour comprendre le passé ou simplement pour s’exonérer du passé ». Compte tenu des critiques dont Bonatti avait été l’objet (notablement la question relative à l’ascension du K2), il est très possible que sa mémoire l’ait orienté vers une version des faits qui aurait dû éviter de nouvelles critiques, quitte à modifier son témoignage si nécessaire. Tout ceci n’est qu’une hypothèse qui ne pourra jamais être vérifiée et ne change en rien l’admiration et la gratitude que j’ai pour Bonatti.

Dans l’apologue de la récente édition de « Naufrage » j’avais suggéré que la lecture de « Naufrage » soit obligatoire pour les candidats aux professions montagnardes. J’ai appris récemment que le livre fait partie de la collection de la bibliothèque du Peloton de Secours en Haute Montagne et je m’en réjouis, même après soixante ans, les relations humaines décrites dans « Naufrage » restent d’actualité.

Jean Henry, frère de François

Affaire Vincendon et Henry : Claude Dufourmantelle s'exprime.

 

Claude Dufourmantelle France 2 Veurey 18_redimensionner

Claude dufourmantelle est non seulement l'un des acteurs majeurs du drame Vincendon et Henry, mais il en est également l'un des derniers survivants. Il n'en tire aucune gloire, bien au contraire. S'il a jusqu'ici accepté de répondre aux nombreuses sollicitations dont il a été l'objet, s'il a même bien voulu préfacer la réédition de "Naufrage au Mont Blanc", c'est sans doute par amitié, mais c'est également pour honorer un devoir de mémoire et peut-être aussi par courtoisie. Car Claude Dufourmantelle est un homme courtois et... discret. En soixante ans, il n'avait jamais pris l'initiative de s'exprimer sur ce sujet. Il a commencé à le faire récemment :

"Il est des faits-divers qui deviennent des affaires. La renommée aux cent bouches fait passer en pleine lumière certains  drames ordinaires, ceux de tous les jours, quand ils ont plus de charme. La société qui consomme la sensation comme une drogue s’en empare et s’y observe. Les médias entrent en résonnance sur ces objets d’actualité.

Il arrive que ces faits divers attirants prennent une véritable dimension culturelle comme des témoins d’une époque ou des signes annonciateurs de changement et même les causes immédiates de ces changements.

Telle est l’affaire Vincendon et Henry.

Elle est bien connue : deux jeunes alpinistes pendant les vacances de Noël sont échoués au pied de la face nord du Mont Blanc après quelques jours passés sur la montagne. Ils sont miraculeusement en vie. Les secours mis en place tardivement se terminent en catastrophe dans une cacophonie aéronautique, par l’abandon des jeunes gens et une retraite piteuse des sauveteurs courageux mais impuissants.

Le Destin, les Dieux et les Démons se sont emparés de ces deux garçons –encore des enfants- pour construire sur leur martyr une incroyable tragédie.

Le retentissement de ce drame fut immense et difficile à imaginer dans les temps présents qui sont saturés par la violence permanente des guerres de religions qui s’installent. De nos jours, comme il est normal dans la guerre que nous vivons sans le savoir, le drame est du consommable et il s’use vite.

Difficile à imaginer aujourd’hui, ce qu’était la France d’il y a soixante ans : c’est si loin déjà ! La télévision était encore une jeune fille et l’hélicoptère, comme l’histoire l’a démontré, balbutiait et faisait ses premiers pas militaires dans une Algérie maintenue en ordre.

Paris match triomphait et les journalistes italiens préféraient souvent le dessin à la photographie : point n’était besoin d’y être, imaginer suffisait.

Tout a été dit, tout a été écrit, des dizaines d’articles, de très belles évocations cinématographiques, un excellent livre, des émissions de télévisions, des piqures de rappel dans la presse à intervalles régulier ; une pièce de théâtre ou peut-être deux…

Mais moi, je n’ai rien dit. Ou presque."

Quelques mois plus tard, Claude Dufourmantelle s'est décidé, sinon à tout dire (il n'avait pas de révélations particulières à livrer en pâture aux amateurs de controverses), du moins  à jeter sur le papier quelques réflexions sur l'affaire Vincendon et Henry. Il l'a fait dans la langue de Shakespeare qu'il maîtrise avec une aisance qui confine à l'élégance. Outre des précisions nouvelles, ce texte qui n'est (évidemment) pas sans rapport avec un article publié au même moment et dans la même langue, s'interroge sur la mémoire et ses défauts (à bon entendeur...). Il n'était pas destiné à être publié. Après me l'avoir communiqué, Claude a bien voulu m'autoriser à le mettre en ligne. Et il a validé la traduction que je lui ai proposée.

Introduction, conclusion ou dernière impression ?

"Les circonstances, c’est-à-dire les mêmes émois médiatiques maintenant très édulcorés, me font  revenir sur ce passé déjà lointain.

Je disais  récemment à une amie qui évoquait cette période que les questions qu’elle me posait s’adressait à un jeune homme de vingt-trois ans qui, je le crains, est resté lui-aussi, il y a 60 ans quelque part sur les pentes d’un Mont Blanc d’il y a 60 ans.

 Enfin, sans plus y penser et je dirais machinalement, j’ai écrit, sans intention éditoriale, un texte très court, en anglais sur les seuls souvenirs auxquels je puisse me raccrocher. Pourquoi en anglais ? Je ne sais pas.

 

 Ça aurait pu être comme ça, ça aurait dû être comme ça, il aurait fallu que ça soit comme ça. De nos jours, ces triangles - certains disent trilemme - sont à la mode.

Cela signifie qu'un souvenir, une évocation, une réminiscence est sans cesse reconstruit par votre pauvre esprit dans des tentatives futiles pour retrouver ce que vous avez réellement fait, ce qui s'est réellement passé et d’imaginer ce qui aurait pu arriver si…  ou ce que vous auriez dû faire si…si quoi ? Pour changer le passé? Pour expliquer le passé? Pour comprendre le passé ou simplement pour s’exonérer du passé ?

Je suis tenté de laisser le passé reposer. C’est ce qu'il fait le mieux.

Certains semblent être attachés à leur passé. Ils bâtissent une relation particulière avec les choses qui ont influé le cours de leur vie. D'où l’expression "Faire son deuil" qui, pour moi, est un peu comme appliquer du Cilitbang sur une plaie. Un évènement fâcheux doit rester bien en vue et être valorisé à propos, pour mettre en évidence combien votre vie est devenue misérable. Et tant mieux si vous pouvez refiler la responsabilité à quelqu’un d’autre : c’est tout benef.

D’autres pensent différemment : ils estiment que le mieux est d'oublier.

Je suis très bon dans cet exercice.

Lorsque j’étais jeune – je l’ai été pendant un certain temps – gravir les montagnes était pour moi quelque chose de très important. Je crois qu'un nouveau venu dans une société, dans notre société, doit révéler ou tout au moins devrait avoir envie de révéler une certaine vertu guerrière qui lui ouvrira les portes du monde adulte.

Les générations qui ont connu les Grandes Guerres n'ont pas eu à chercher bien loin pour trouver  le terrain de ces nécessaires baptêmes. Il a été fourni gratuitement et en abondance.

Leurs successeurs, ont dû se tourner vers le sport, et de préférence les plus virils, et donc à mon humble avis vers l'alpinisme. L'alpinisme, cet Art de gravir les montagnes, couvre tout : l'aventure que vous épicez à votre goût. Il exige des compétences et peut devenir un métier, et pour les plus doués, il peut faire surgir la conscience narcissique de votre élégance sur le rocher.

Ces belles années... Quelle chance nous avions, Xavier et moi, deux étudiants partageant les mêmes bancs, le même emploi du temps, les mêmes vacances, le même appétit pour les mêmes montagnes, sans fil à la patte, sans réel problème d'argent, des pères indulgents et une 2CV Citroën  fidèle et fiable.

Des années de liberté alpine, quatre mois de vacances chaque année: nous avions de la chance et nous le savions.

Nous avons grimpé la plupart du temps en Dauphiné, collectionnant les premières répétitions des voies négligées par les Grands Guides de l'après-guerre, trop occupés à démocratiser l'éperon Walker, tout en ajoutant à notre palmarès une touche d’exotisme dans les Pyrénées. Nous étions un peu des David Thoreau d’une montagne amicale et bienveillante.

Nous étions confiants mais respectueux et tout à fait conscients de nos limites. Pour nous l'alpinisme est resté (et reste toujours) ce que je crois que cela devrait être: l'aventure que vous taillez à votre dimension et à celle de votre époque.

Nous avions donc gravi un certain nombre de choses mais jamais le Mont Blanc.

Notre standing nous imposait le versant italien et l'hiver mais, comme je l'ai dit, taillé à notre mesure. D'où l'éperon de la Brenva.

L’ascension de Noël en 1955 avec notre ami André fut un périple très agréable depuis Chamonix le long de la voie ferrée du Brévent jusqu'à la cabane Torino en survolant  une multitude de crevasses sous des chutes de neige persistantes et… moins agréables. Agréable,  mais pas de tentative et sans la gratification du sommet. Deux conclusions ont été tirées de l'expérience: d'abord, ne jamais skier encordé avec André et ensuite disposer de plus de temps pour attraper la bonne fenêtre météo.

Vint ensuite le truc de la pleine lune: monter côté est de la montagne et descendre côté ouest donnait au grimpeur malin une autonomie totale et aucun problème de choix de nuit ou de jour; la possibilité  de vaquer à ses occupations de jour comme de nuit ...

Et la flexibilité est sœur de la vitesse.

Nous voulions que ce soit une ascension « one shot ». Léger : un sac de couchage et un pied d'éléphant supplémentaire, un demi-litre d'alcool à brûler et le Gédéon * obligatoire, et quelques amuse-gueule, pour ce qui ne devait pas durer plus d'une douzaine d'heures. Le Bon Génie de la Montagne nous inspira la bonne idée de prendre une corde supplémentaire de 30 m, juste pour le cas où : c’est grâce à elle qu’aujourd’hui,  je suis en mesure de ré-imaginer ces évènements  et d'en parler. Sans ces 30 m de nylon, je serais dispersé dans les débris du glacier des Bossons sans la moindre possibilité d’identification médico-légale.

La stratégie de la pleine lune eut une autre conséquence: elle a fixé la date de l'ascension aux 17 et 18 décembre.

Comment avons-nous réussi à obtenir une semaine de congé ? Une fois encore, laissons le passé  reposer pour éviter d’avoir à révéler quelques faux en écriture…

Vincendon qui avait plus ou moins été conduit à penser qu’il viendrait avec nous ne pouvait pas se libérer. Et c’était bien comme ça : Xavier était inflexible sur ce point, il ne voulait pas que quelqu'un nous retarde. Pour moi aussi c’était clair : nous savions ce que nous faisions et nous ne voulions pas faire l’expérience d’une autre cordée.

En fait, Vincendon n'était pas mon ami. Je le  connaissais, mais je n'avais  jamais eu de relations étroites avec lui. C'est à l’occasion de rencontres banales après les réunions banales du jeudi soir au Club Alpin qu'il avait eu connaissance de notre projet. Banalement.

Quand j'ai dû commencer à demander et même à supplier de l’aide pour son sauvetage, j'ai endossé une amitié de circonstance qui depuis a été prise pour acquise mais qui n'a jamais vraiment existé. Mais ne pas être l’ami proche d'un grimpeur ou de n'importe qui n'est pas une raison pour le laisser mourir de froid en montagne.
Et je crois que c'est toute la philosophie de l'Affaire V et H.


L'histoire de notre ascension n’a guère d'intérêt. Elle s'est bien déroulée et malgré une couche de neige plutôt épaisse dans la partie inférieure, nous sommes allés vite. Une petite journée pour atteindre la cabane de La Fourche. Une journée complète pour gravir l'éperon, dont nous avons atteint le sommet au coucher du soleil. Je me souviens seulement de quelques passages sur un mur de glace assez raide qui, à notre soulagement, était agrémenté d’une bonne fissure, presque une cheminée. Ce morceau de choix - pratiquement sans sérac - avalé rapidement, nous franchîmes la barrière de 4 300 m. Nous fumes très heureux de rejoindre le Corridor et de reprendre haleine en perdant l'altitude si durement gagnée. De tout ça, je me souviens précisément, au sommet de l'arête des Grands Mulets, une crique minuscule, petit lac de glace, luisant sous l'énorme lune, propice à un bivouac bien mérité. Xavier ne voulait rien savoir, et il avait raison. Nous avons donc continué à descendre. Il est curieux qu'une telle vision fugitive m’ait marqué à ce point, alors que tant d’épisodes importants du drame se soient effacés de ma mémoire. Nous sommes des machines étranges.

Comment suis-je sorti de la crevasse dans laquelle je suis tombé le jour suivant : un cristal de miracle. À peu près le même scénario que celui écrit par Bonatti quelques jours plus tard. Il est de peu d'intérêt dans l'histoire V et H. Mais cela a eu un impact majeur dans mon expérience de montagnard, et de ce que j’en ai retenu. Je suis devenu maniaque sur la longueur de corde entre deux grimpeurs sur un glacier couvert de neige – corde bien tendue. Et croyez-moi, pour un guide, ce n'est pas toujours facile de l’imposer à tous les gens que vous emmenez sur les voies normales dans les montagnes normales.

De retour à Chamonix, nous avons dîné avec Jean Vincendon et François Henry.
Henry, nous ne nous étions jamais rencontrés et je ne l'ai plus revu. Ni Vincendon.

Xavier a quitté Chamonix pour passer avec sa famille les fêtes de Noël.

Trois jours plus tard, j'ai débouché l’amphore de Pandore et mis en mouvement ce qui est devenu vraiment l'affaire.

Tout a été raconté, re-raconté, analysé, critiqué, imprimé, photographié, filmé, radiodiffusé et télévisé. Le seul endroit où il ne reste plus aucune trace de cette affaire, aucun nouvel élément de preuve, aucune information inédite c’est la feuille blanche de ma mémoire. Tout ce que je sais, c'est ce que j'ai lu par la suite et les réponses que j'ai données à contrecœur aux journalistes à des moments où, peut-être, j'avais encore des souvenirs.

Un dernier flash : je dirige la cordée de secours sur la route des Grands Mulets. Il fait beau, nous avançons bien et Lionel est juste derrière moi. Une conversion et je découvre entre mes deux skis un trou profond - bleu profond. Enfer sans flammes. Je ne bouge pas et un petit avion nous survole. Un cri: « Ils sont tombés ! ». Dans mon esprit le rideau tombe. Je fais demi-tour et je ne suis plus en montagne. Je suis de retour à Paris où la famille m'attend.
J'ai fait ce que je pouvais. J'aurais probablement pu faire plus. La plupart des gens ont fait moins.
A partir de cet instant, l'avion qui nous survolait à basse altitude a étendu un voile d'oubli sur moi et ces événements.
C'est comme ça que je suis construit.
Le voile du pardon s'est étendu plus tard. Les jeunes ne sont pas enclins à l’indulgence et au pardon.
C’est beaucoup plus tard que je me suis rendu compte que le destin avait été l'acteur principal, sinon le seul acteur de cette tragédie.
 
* Le Gédéon: tel était le nom que les alpinistes parisiens donnaient aux deux pièces coniques du récaud en aluminium qu'ils utilisaient dans ces époques de pré-gaz. Le poêle à essence Primus était seulement utilisé pour des séjours plus longs dans des endroits plus sûrs.

Juin 2017 et relu en octobre 2017

 Et voici le texte original :

"An afterword, which sounds very much like a foreword. Indeed a last word

 It may have been like this, it must have been like this, it should have been like this. Nowadays, these triangles –some say trilemme- are fashionable.

It means that a recollection, a recall, a souvenir is constantly reconstructed in your silly mind by futile attempts at remembering what you actually did, what actually happened and comparing the outcome to what could have happened if or to what you should have done to… to what? To change the past? To explain the past? To draw conclusion from the past or simply to exonerate you from the past.

I am tempted to let the past rest which is what it does best.

Some people seem to be past-bound. They built a special relationship with things that deflected the course of their lives. Hence the very French “Faire son deuil” which, to me appears like a Cilitbang spray applied on a wound. Something bad which happened must be kept in full view and made a good usage of to enhance how miserable your life has become and if you can ascribe a responsibility somewhere else, it is all benefit.

Some others are different: they think that the best alleviation is to forget.

I am very good at that.

As a young man and for quite some time, climbing mountains was very important for me. I believe that a newcomer in a society, in our society has to display or should wish to display a certain warrior hue, an achievement of a sort which opens the doors of the adult world.

The generations that have lived through the Great Wars did not have to look far to find out the field of these necessary baptisms. It was provided free and the matter was ample.

Their followers had to resort to sports, preferably the very virile ones and in my humble view Mountaineering comes first. Mountaineering, the French call it Alpinism, covers everything: adventure which you seasoned up to you taste. It requires skill and becomes some sort of a trade and for the gifted ones it can flash the narcissist feeling of just how elegant you are on the rock.

 Those years. How lucky we were, Xavier and I, two students sitting on the same bench, with the same timetable, the same ample vacations, the same appetite for the same mountains, with no strings attached, no real money problem, full acceptance by the fathers and a very faithful and dependable  2CV Citroen.

Years of alpine freedom, four months each year: we were unbelievably lucky and we knew our luck.

We climbed mostly in Dauphiné, collecting second ascents that had been neglected by the afterwar Great Guides, who were too busy democratizing the Walker spur, and we added an exotic touch of Pyrénées. We felt like the Thoreaus of amicable and benevolent mountains.

We were confident but respectful and quite aware of our limitations. For us mountaineering remained (and still remains) what I believe it should be: the adventure that you cut to your size and to the time you live in.

So we had been up a certain number of things but never on Mont Blanc.

Our dignity implied both Italy and winter but, as I say, cut to the right size. Hence the Brenva spur.

 The 1955 X’mas climb with our friend André was a very pleasant trip up from Chamonix along the Brévent railway track up to the Torino hut across a multitude of crevasses with a very persistent and not so pleasant snowfall. Fun but no attempt and no summit gratification. Two conclusions were drawn from the experiment: first, never ski down roped up with André and second you need more time so as to catch the right weather window.

 Then came the full moon concept: climbing up the east side of the mountain and climbing down the west side gave the shrewd climber full timewise autonomy and no problem of night or day choice; you could choose to do your stuff by day or by night…

 And flexibility is sister of velocity.

We wanted it to be a fast one, a one shot thing. Light: a sleeping bag and an extra pied d’éléphant, a half a litre of alcohol and the compulsory gédéon*, and some titbits, for what could not last more than a dozen hours. Adequately Fate instructed that we took an extra 30 m rope, just in case: we had it and I am in a position to re-imagine those days and talk about them. Without these 30 m of nylon I would be scattered in the debris of the Bossons glacier past any forensic identification.

 The full moon ploy had another consequence: it gave the date of the ascent, December 17th and 18th.

How did we manage to get a week out of school? Here again let the matter rest lest some forgery be disclosed.

Vincendon who had more or less been led to think that he could come along with us was unable to make it. Xavier was adamant and did not want anybody dragging along, so that was fine. And fine with me: we knew what we were up to and we did not wish to run a test with any other team.

 The fact is that Vincendon was no friend of mine. I knew him and never had any close relationship with him. It was through casual encounters after casual Club Alpin Thursday night meeting that he knew of our intentions. Casually.

 When I had to begin asking and even begging for rescue I endorsed a temporary friendship which ever since has been taken for granted but which never really existed. But not to be a close friend to a fellow climber or to anybody is no good reason to let the chap freeze to death on the mountain.

And this I believe is the entire philosophy of the “Affaire V et H”.

 The story of our ascent is of little interest. It went smoothly and despite a rather dep snow trail in the lower half it went fast. One short day to reach the small hut of La Fourche. One full day to climb the spur, which says the chronicle we reached at sun set. My only recollection is of a couple of pitches on a rather steep ice wall which to our satisfaction was illustrated by an accommodating crack, almost a chimney. That piece of cake –practically no sérac- rapidly swallowed and crossing the 4.300 m barrier we were very happy to glide down the corridor, catching breath and dissipating the hard-won altitude. I remember clearly, of all things, at the top of the Grands Mulets ridge a tiny cove, pure ice, glistening under the enormous moon, calling for a well-earned bivouac. Xavier would have none of it and he was right. So we glided on. It is strange that such a fugitive instant should have stuck to me while so many important parts of the drama went unrecorded. We are strange machines.

 How did I get out of the crevasse I fell in the following day: pure miracle? Just about the same scenario that Bonatti wrote a few days later. It is of little interest in the V and H story. But it had a major impact in the pursuance of my climber’s expertise. I became manic on the matter of adequate rope length and no slack –not even a little bit- on a snow covered glacier. And believe me, for a guide, this is not always easy to get from all the people you ferry across the normal routes up the normal mountains.

 Back to Chamonix, we had dinner with Jean Vincendon and François Henry. Henry, we had never met and I did not see him again. Nor Vincendon.

 Xavier left Chamonix and went back to his Xmas family gathering.

 Three days later I uncorked the Pandora amphora and set to motion what became really the “Affaire”.

 Everything has been told, retold, analyzed, criticized, printed, photographed, filmed, radioed and televisionized. The one place where a trace cannot be found, a piece of evidence discovered is on the blank sheet of my memory. All I know is what I have read afterwards and the answers I gave reluctantly to the news men at times when, maybe, I still had some recollections.

 One last flash: I am leading the rescue party up the Grands Mulets route. The weather is fine, we are making good progress and Lionel is just behind me. A kick turn and between my two skis a deep blue deep hole. Hell without flame.  I don’t move and a tiny plane flies right over us. A shout: Ils sont tombés. In my mind a shutter falls. I undo my kick turn and I am no longer on the mountain. I am back in Paris where the family waits for me.

I have done what I could. I could probably have done more. Most people did less.

From that instant, the plane on its low altitude passage extended a veil of oblivion over me and these events.

That’s the way I am built.

The veil of forgiveness was extended later. Indulgence and pardon are not young men inclinations.

But then, much later, I came to realize that Fate had been the main actor, if not the only actor in this tragedy.

 *The gédéon: such was the name the Parisian climbers gave to the two conical pieces of the aluminum stove they used in these pre-gas canister eras. The explosive primus gasoline stove was only for longer stays in safer places.

 Juin 2017 et relu en octobre 2017"

Claude Dufourmantelle France 2 Veurey 04_redimensionner

 

 

 

 

 

Posté par Yves Ballu à 18:59 - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,