Antisémitisme : Jeunesse et montagne et les juifs
André Abel, "de naissance juive" en uniforme de Jeunesse et Montagne
Suite aux articles que j'ai publiés sur le sujet, j'ai reçu le message suivant que je verse au dossier :
"Mon père est décédé il y a quelques mois. De naissance juive, il n'a jamais revendiqué et plutôt renié ses origines. J'ai su par sa sœur qu'il avait fait parti de ce mouvement jeunesse et montagne pendant la guerre, j'ai même une photo de lui en uniforme. Je veux savoir ce que faisait ces jeunes, où peut on trouver des archives avec les noms des enrôlés" Patrick Abel.
Patrick Abel m'a envoyé la photo de son père, André Abel né le 17 septembre 1923 en uniforme de Jeunesse et Montagne. On voit bien l'insigne sur la poche droite de sa chemise.
Je pense que Patrick Abel trouvera l'essentiel des réponses à ses questions dans l'exposé remarquablement documenté que m'a adressé le général René Méjean, Président de l'association Jeunesse et Montagne.
En tout état de cause, cette photo prouve qu'en dépit des conditions d'admission figurant dans certains de ses documents officiels ("Ne pas appartenir à la race juive"), Jeunesse et Montagne a bien accueilli des juifs (sans nécessairement leur demander de renier leurs origines). Peut-être que des témoins de l'époque pourront reconnaitre André Abel, et identifier le lieu où a été prise la photo, ainsi que sa date ?...
Intouchables : Philippe Pozzo sur Antenne 2
Dans le cadre de son émission "Histoires en série" sur France 2, Béatrice Schöenberg présentera mardi prochain le 22 novembre à 20h30 un reportage de 35 minutes sur l'histoire de Philippe Pozzo.
Le journaliste Stéphane Sanchez et le caméraman Pierre Dehoorne ont filmé Philippe Pozzo lors de l'avant-première du film au Gaumont Marignan le 19 octobre dernier - un évènement fort. Ils l'ont accompagné à Kerpape, le centre de rééducation dans le Morbihan où Philippe qui y a passé une année après son accident, et en tout quatre ans, tenait à présenter le film au personnel avec lequel il a gardé des liens amicaux, et aux patients qui avaient souffert comme lui - un autre moment fort. Ils ont été en Champagne voir "La Pytance", la belle maison qu'il a habité à deux pas de la fameuse abbaye d'Hautvillers où Dom Pérignon a "inventé" le champagne, ils ont rencontré son ex patron, Yves Bénard ancien président de Moet et Chandon, ils ont filmé le superbe hôtel particulier parisien de la famille Pozzo di Borgo au 51 rue de l'Université (vendu récemment), et qui ressemble fort à celui du film "Intouchable" ("en bien plus beau", précise Philippe...), ils se sont rendus à Essaouira, dans la (belle) résidence marocaine de Philippe pour le voir - et l'entendre - dans son cadre de vie actuel, pour voir - et entendre - également son épouse Khadija. Enfin, ils ont bien sûr passé du temps avec Abdel pour recueillir son témoignage.
Avec Stéphane et Pierre, nous sommes allés à Crestvoland et aux Saisies (en Savoie), là où, avec Philippe et Max, le troisième larron, nous avons vécu - et partagé - tant de moments inoubliables : ces vols de parapente qui nous offraient la troisième dimension, celle des oiseaux... C'est précisément là qu'a eu lieu l'accident - le 27 juin 1993. Le vol n'était pas un vol dangereux. L'accident est malheureusement le résultat d'un concours de circonstances (aérologie, pilotage). Caméra au poing, Pierre a (courageusement) accepté d'être le passager de Jean-Luc en biplace pour me filmer en vol. Je crois qu'il ne l'a pas regretté. J'aurais bien aimé emmener à mon tour Stéphane pour un baptême, mais le temps nous a manqué... Ce sera pour une prochaine fois, Stéphane, promis!
Voilà... Je n'ai pas vu ce reportage, mais Stéphane avait l'air tellement passionné par son sujet que ça devrait être fort. Un seul regret : Max n'interviendra pas en plateau comme prévu. Dommage, car il aurait certainement dit des choses fortes. Après de nombreuses interviews, et après le reportage de Jean-Pierre Devilliers pour Mireille Dumas (en 2003), ce sera le premier véritable reportage consacré à Philippe Pozzo et à Abdel. L'idée de ce sujet est née il y a plus d'un mois, c'est-à-dire bien avant le "phénomène Intouchables". Une bonne idée...
La vétitable histoire des "Intouchables"
Voici quelques photos pour compléter le reportage de Stéphane :
Un concert donné en 2004 au 51 rue de l'Université : un air de ressemblance avec celui du film, non ?...
Philippe et Khadija
Et un autre concert, à Essaouira, en février dernier, pour ses 60 ans:
Avec Abdel (à gauche), sous les lambris du "51"
Intouchables : Philippe Pozzo di Borgo.
Il parait que ce sera le film français de l'année. "Intouchables" magnifiquement interprété par François Cluzet et Omar Sy, et réalisé par le duo Olivier Nakache et Eric Tolenado, raconte l'histoire d'une rencontre improbable entre Philippe, un aristocrate parisien, devenu tétraplégique suite à un accident de parapente et Driss, un jeune des cités, en rupture de ban. Ce film jubilatoire est inspiré d'une histoire vraie, celle de mon ami Philippe Pozzo di Borgo et de son auxiliaire de vie pendant dix ans, Abdel.
L'accident de parapente de Philippe Pozzo a eu lieu le 27 juin 1993. Nous étions ensemble au sommet du mont Bisane, lorsqu'après avoir décollé, il s'est (trop) rapidement rapproché du relief, et il a été pris dans une turbulence qui lui a fait perdre brutalement de l'altitude. Lorsque je l'ai rejoint, une centaine de mètres en-dessous du décollage, il était allongé, sans une égratignure, immobile. Il m'a dit : "Je ne sens plus mes pieds". Je lui ai pincé les mains, et il n'a pas réagi. Il était tétraplégique, la moelle épinière sectionnée très haut (entre les cervicales C3 et C4), il ne pouvait plus bouger que la tête. Lorsque Max, chirurgien, troisième larron de notre équipe de parapentistes, nous a rejoints, il n'a pu que le constater.
Ensuite, ça a été les mois d'hôpital, de rééducation, ou plutôt d'apprentissage de la tétraplégie et de ses galères. Béatrice, son épouse, s'est occupé de tout, depuis ses escarres, jusqu'à l'organisation de leur nouvelle vie. Mais Béatrice qui était atteinte d'une grave maladie est décédée trois ans plus tard. "Avant la mort de Béatrice, témoignera Pozzo, j'étais tétraplégique, après, je suis devenu handicapé". C'est alors qu'est arrivé Abdel. La suite de l'histoire, c'est celle des "Intouchables". Enfin, dans l'esprit... Le personnage du film - magistralement interprété par François Cluzet - qui porte le même prénom que Pozzo est presque aussi touchant, élégant, fin, cultivé, plein d'humour que son modèle. Avant son accident, Pozzo était déjà tourné vers les autres. C'est sans doute ce qui l'a sauvé après. Au lieu de se replier sur lui-même, il a continué à s'intéresser aux autres, avec la même curiosité, la même générosité.
Pozzo est un personnage exceptionnel - une leçon de vie.
A consulter : Un article paru dans le Dauphiné Libéré sur cette histoire...
Voici quelques photos de l'ami Pozzo :
Avant le décollage...
Décollage à Bisanne.
Après l'atterrissage...
Le casque, malheureusement ne l'a pas protégé.
Ci-dessous le trio infernal : Pozzo au centre, Max à droite, un mois avant l'accident.
A Paris, dans l'hôtel particulier de la famille Pozzo di Borgo
L'élégance, toujours...
Chez lui à Essaouira, en aout dernier au cours de la fête organisée pour ses 60 ans.
Avec Abdel à Essaouira en aout dernier
Eric Tolenado (à gauche) et Olivier Nakache (à droite) chez Pozzo à Essaouira en aout dernier
Gaston Rébuffat, nouvelle biographie
Pardon aux lecteurs de ce blog qui me reprochent amicalement mon manque d'assiduité... J'ai négligé de les informer de la parution de mon dernier livre. Une nouvelle biographie de Gaston Rébuffat "Gaston Rébuffat, la montagne pour amie" paru aux éditions Hoebeke. Sans images, autre que la couverture, ce livre de texte est beaucoup plus complet que celui de 1996, qui était illustré magnifiquement avec des photos de Tairraz, Ollive et Ichac. J'ai revisité mes archives et mes notes, et j'ai retrouvé pas mal de choses intéressantes pour compléter le texte de 1996. Et puis, comme il n'y a pas d'images, le livre est meilleur marché...
J'ai déjà eu l'occasion d'en parler sur France Inter avec Jean Lebrun ("La marche de l'histoire") et aussi sur France Info avec Régis Picard ("Les aventuriers") et sur France Bleu Isère avec Michèle Caron ("Portraits d'Isère"). Pour (ré)écouter l'une de ces émissions, il vous suffit de cliquer sur le lien correspondant.
Je vais également en parler avec Jean-Michel Asselin et Laurent Pascal dans l'émission "Passion montagne" qui sera diffusée samedi prochain 10/09 sur France Bleu Isère et France Bleu Pays de Savoie entre 12h et 12h30.
Je serai le 29 octobre à la Librairie des Alpes (rue de Seine à Paris) pour une séance de dédicace, avec, en principe, une petite conférence à la clé.
En guise de mise en bouche, voici l'introduction de cette biographie sinon définitive, du moins enrichie...
Gaston Rébuffat, nom propre et singulier de la montagne.
Gaston Rébuffat a d’abord été pour moi une signature. Celle d’ « Etoiles en tempêtes». Puis une silhouette, celle de « Entre terre et ciel ». Enfin une voix, celle du conférencier de « Connaissance du monde », avec son phrasé tranquille, parlant devant plusieurs milliers de personnes sur le ton de la confidence. Et puis, je l’ai rencontré à l’occasion d’une interview. J’étais très impressionné : Gaston Rébuffat… un mythe vivant ! C’était dans les années soixante-dix. Il m’a d’abord reçu dans son chalet de la Dye à Chamonix. De fait, le personnage était en tout point ressemblant au modèle : sous la tignasse en broussaille, des yeux vifs sans arrogance, un visage allongé, légèrement de biais, un menton saillant, une peau tannée de baroudeur. Il lui arrivait de sourire, ses traits se déformaient alors dans une expression qui semblait contrarier leur agencement naturel. La voix n’avait pas la profondeur du baryton. Sans doute l’aurait-il aimée d’une tessiture plus grave. Il parlait avec la justesse et l’application du premier de la classe récitant une leçon parfaitement apprise. Avec des mots simples qui avaient la force de l’évidence.
Je crois que ce qui nous a immédiatement rapprochés, c’est que nous nous sommes découvert une passion commune : nous étions tous les deux collectionneurs. Il avait une superbe bibliothèque, avec des éditions rares, des grands classiques – Saussure, Whymper, Mummery - des albums du dix-neuvième siècle sur Chamonix et le Mont blanc. Il avait aussi des gravures, des tableaux, des manuscrits… Ma collection d’alors était plus modeste que la sienne, mais tout de même, j’étais en mesure d’apprécier la rareté d’une édition originale de Saussure ou l’intérêt d’une aquarelle de Samivel. Il m’a proposé d’échanger une affiche qu’il avait en double contre un tableau du Cervin qui lui plaisait. C’était le premier d’une longue série…
Nous avons aussi parlé montagne - évidemment. Au fil de nos entretiens, j’ai pu mesurer l’intérêt qu’il portait aux jeunes alpinistes – un intérêt empreint d’affection et de curiosité J’ai également constaté combien sa conception de la montagne était incroyablement moderne. Christophe Profit que je lui ai présenté est tombé sous le charme.
Et puis il y a eu la terrible maladie ; ce cancer qui, avant de le foudroyer, lui a imposé des traitements de plus en plus lourds le contraignant à des séjours prolongés dans son appartement parisien. Il avait du temps. Nos rencontres se sont multipliées. Elles se sont également enrichies de longues discussions sur des sujets qui lui tenaient à cœur et qui me passionnaient. Il a aimé « Les alpinistes »[1]. Il me l’a dit simplement. Il a également apprécié la critique d’un livre de Maurice Herzog[2], que j’avais signée dans la revue « La montagne » de juillet 1981[3]. Et il m’a raconté son Annapurna - longuement. J’ai compris qu’il s’agissait pour lui d’un sujet grave et essentiel. Il en parlait sur le ton d’un homme meurtri, exaspéré. Il m’a encouragé à poursuivre et approfondir mon travail d’historien. Pour cela, il m’a livré des informations, certaines exclusives. Je notais tout. Parfois, lorsqu’il jugeait que c’était important, il écrivait lui-même, sous mes yeux, ou il me donnait des notes de courses, brouillons, « considérations », afin que son témoignage lui survive d’une manière incontestable. Ce qu’il me confiait, je le devais à l’histoire. J’en ai pris conscience au fil de nos entretiens.
Après sa mort, Françoise son épouse qui savait combien nous étions proches, m’a demandé d’écrire sa biographie. Sans doute aurait-elle pu s’en charger elle-même. Elle m’a d’ailleurs écrit de très belles lignes sur celui avec qui elle avait tant partagé. Mais elle souhaitait situer la vie de Gaston dans l’histoire. J’ai accepté parce qu’elle s’est engagée à m’aider. Sans elle, sans ce « goutte-à-goutte » qu’elle m’a instillé au rythme de nos innombrables entretiens, il m’aurait manqué des éléments essentiels sur la vie de Gaston Rébuffat, sur sa personnalité, sur ses amis, sur son caractère… et sur mille et une anecdotes qui permettent de rendre sa part d’humanité à un personnage qui, déjà, était entré dans la légende. Sur les conseils de Françoise, j’ai aussi parlé de Gaston avec nombre de ceux qui l’ont connu, et pour certains partagé sa vie – amis, clients, collègues : Maurice Baquet, Bernard Pierre, Paul Habran, Georges Livanos, Robert Gabriel, Paul Payot, Roger Frison Roche, Raymond Lambert, Loulou Boulaz, André Condeveau, Lucien Péramon, l’abbé Ceinturier, Christian Mollier, Marcel Ichac, Marcel Schatz, Marianne Terray, Francis de Noyelle, Albert Blanchard etc. Leur témoignage m’a permis d’enrichir, parfois de compléter, les informations dont j’avais besoin pour retracer l’histoire de cet homme dont le destin exceptionnel a été nourri par une personnalité profondément humaine, donc complexe.
Pour un historien, la biographie est un art difficile, peut-être l’un des plus difficiles qui soit. Raconter sans prendre parti, expliquer sans juger, témoigner sans trahir, mettre en lumière sans mettre à nu… Je l’ai fait avec le plus grand respect pour la vérité des faits – en particulier certaines prises de position ou opinions parfois tranchées- en les exposant sans arrangements ni interprétations. Je me suis en outre efforcé de le faire avec tout le discernement qui convenait, ne retenant que ce qui me semblait présenter un intérêt au regard de l’histoire. Biographe de Gaston Rébuffat, je n’ai pas vocation à être un thuriféraire, pas davantage un porte-parole. Il n’a besoin ni de l’un, ni de l’autre. Et il n’aurait supporté ni l’un ni l’autre.
Lorsqu’en 1996 est paru « Gaston Rébuffat, une vie pour la montagne » - un livre illustré, faisant la part belle aux superbes photos de Robert Gabriel, Georges Tairraz et Marcel Ichac - ceux qui l’avaient connu ont reconnu Gaston Rébuffat[4]. Les autres, plus jeunes, sont un peu comme monsieur Jourdain : ils grimpent Rébuffat, comme monsieur Jourdan dit la prose. Aujourd’hui encore, ils se reconnaissent dans sa vision de la montagne plus proche de leur pratique, celle des sports de glisse – ludique, apaisée, fraternelle, élégante, complice de la nature - que celle désormais révolue d’un sport de combat où l’alpiniste-héros s’attaquait à « L’Alpe homicide », tel un toréador, d’autant plus admirable que le taureau était féroce. Si Gaston Rébuffat n’a pas inventé l’alpinisme moderne, il a certainement contribué à le révéler en proposant d’en finir avec l’héroïsme pour cultiver l’hédonisme. Et il a trouvé les mots pour le dire.
Cette nouvelle biographie s’adresse plus largement aux générations qui, n’ayant pas connu Gaston Rébuffat, se reconnaitront dans la sensibilité de ce guide poète avant-gardiste.
Yves BALLU avril 2011
[1] « Les alpinistes », d’abord publié aux éditions Arthaud en 1982, puis réédité par les éditions Glénat (1997)
[2] « Les grandes aventures de l’Himalaya » Editions J.C. Lattès 1981
[3] « Enfin un article qui pose des questions – et il y en aurait bien d’autres – aussi bien sur le déroulement que sur l’esprit de cette expédition. Jusqu’à présent – à commencer par « Annapurna 1er 8000 », il n’y a eu que des récits officiels, autorisés avec bénédiction ou après censure du Comité de l’Himalaya ; récits assez cocardiers, parfois inexacts, oubliant certaines choses, en négligeant d’autres, et utilisant des formules creuses et fausses, personnalisant la montagne, du genre « La déesse Annapurna qui attendait ses victimes. L’article non seulement est exact, mais il est bien au-dessous de la vérité et de la réalité »
[4] « Comme l’a fait Maurice, je peux dire que « j’ai reconnu Gaston », puisque c’est moi qui vous l’ai infiltré goutte à goutte. Ce dont je vous suis reconnaissante, c’est d’avoir si bien assimilé ce goutte à goutte et vous en être servi à bon escient et avec brio ». (Françoise Rébuffat 1996) *Maurice Baquet.
Gaston Rébuffat : déserteur, planqué, antisémite ?...
J’ai reçu ce courriel sur mon blog :
J'ai lu avec attention votre ouvrage sur G.REBUFFAT, passionnant. Néanmoins j'aimerais savoir, de quelle façon tous les alpinistes dont vous parlez dans cet ouvrage ont pu échapper au service militaire ? au Service du Travail Obligatoire ? - au Maquis ? Visiblement personne ne semble avoir été inquiété, cela me semble quelque peu bizarre, si vous me permettez.
Voici ma réponse :
Permettez-moi de faire d’abord une distinction entre ces différents engagements. Si beaucoup de Français ont eu la chance d’échapper au STO, personne ne peut leur reprocher ! Ce serait plutôt à leur honneur que d’avoir réussi à échapper à cette réquisition pour éviter de participer à l’effort de guerre allemand. Pour le maquis, là encore, il est difficile de dire qu’on y a « échappé ». C’était un engagement volontaire, que certains ont décidé, dans certaines circonstances et dans certaines régions précises. Gaston Rébuffat n’a pas effectué de service militaire, car il s’est engagé à Jeunesse et Montagne, un mouvement créé en 1940 pour regrouper en moyenne et haute montagne d’abord des jeunes aviateurs démobilisés, en danger d'aller moralement à la dérive, puis des jeunes intéressés par la montagne. L’objectif étant de leur proposer une vie rude mais saine pour les endurcir, et en faire des combattants potentiels aguerris. Pendant une brève période (quelques semaines de septembre 1944), Gaston Rébuffat a participé à des opérations de surveillance et de protection de la frontière franco-italienne au sein d’une unité de SES (Section d’Eclaireurs Skieurs).
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Dans le même registre, cette critique parue dans Montagne Magazine :
Gaston Rébuffat, la montagne pour amie
On peut lire ce « Gaston » d'Yves Ballu de deux manières : en savourant cet éloge de la montagne et de l'alpinisme comme le panorama que l'on découvre depuis un sommet, ou en amateur d'histoires, voire d'histoire. Et si la première manière permet de revisiter l'illustre carrière du plus jeune guide de France, la seconde déçoit par les zones d'ombre que l'auteur ne cherche même pas à affronter. Bref, Yves Ballu s'offre Rébuffat par la face sud, pas forcément la moins belle d'ailleurs, mais ne tente pas le versant nord encore vierge de tout itinéraire. Je m'explique : le jeune Marseillais impétueux incorpore Jeunesse et Montagne, un mouvement émanant de l'armée de l'air mais créé en juin 1940 (pas le meilleur millésime...) visant à confronter les jeunes à la montagne et « à former une jeunesse saine débarrassée de l'esprit de jouissance et de revendication et imprégnée de l'idéal du service et de l'esprit de sacrifice ». Dans les conditions d'admission, il faut entre autres ne pas appartenir à la race juive, détail longtemps omis mais que précise Ballu. Sauf que rien d'autre, dans ces 300 pages, ne vient éclairer le lecteur sur les pensées politiques de Rébuffat dans cette période éminemment cruciale, comme si les montagnards vivaient dans une bulle, comme s'il ne fallait pas ternir la beauté de la montagne par des réalités plus terrestres. Ce parti pris de l'auteur est tout à fait respectable, l'historien laisse du coup planer un doute sur l'état d'esprit de Rébuffat durant ces années. Comme le précise Olivier Hoibian dans son travail intitulé Jeunesse et Montagne, fleuron de la révolution nationale ou foyer de dissidence: « Jeunesse et Montagne illustre donc le glissement progressif d'un mouvement de jeunesse, de l'idéal initial constitué par le projet de Révolution nationale à celui de la dissidence et à la préparation active de lutte de libération. Cette évolution ne s'opère qu'à partir du moment où la véritable nature du projet politique de Vichy, celui d'une France intégrée à la Nouvelle Europe et collaborant activement avec les puissances de l'Axe, se dévoile aux yeux de tous et où la croyance dans la souveraineté de la France montre ses limites. » Si, à partir de l'automne 1942, des cadres de Jeunesse et Montagne intègrent l'organisation de résistance armée, il aura fallu attendre que l'armée allemande envahisse la prétendue zone libre. Et que faisait Gaston Rébuffat dans ce tourbillon de l'histoire? A priori, il grimpait...
*
Cette critique des montagnards qui « vivaient dans une bulle », n’est pas nouvelle. Avant de laisser Lionel Terray répondre, je préciserai simplement que :
- Le « détail » concernant le prospectus de Jeunesse et Montagne interdisant l’admission à « la race juive » n’a pas été précisé par Yves Ballu, mais révélé. Je crois en effet, que personne n’avait précédemment signalé ce point, qui fait d’ailleurs l’objet d’un article sur ce blog.
- Concernant « les pensées politiques de Rébuffat » et son « état d’esprit », je ne les ai pas abordées dans cette biographie, car je n’ai découvert le prospectus de Jeunesse et Montagne qu’après sa mort. Je n’ai donc pas eu l’occasion de lui en parler. Je n’ai par ailleurs trouvé aucune information, aucun écrit, aucune déclaration, aucune prise de position de Gaston Rébuffat à ce sujet. Tout juste une évocation par Lionel Terray (citée plus bas). Je n’avais donc rien à en dire, sauf à me livrer à des supputations, interprétations ou hypothèses sans rapport direct avec des faits avérés. En tant qu’historien, j’évite ce genre de chose. Il convient cependant d'éviter les amalgames. Autant certains alpinistes - et pas des moindres - se sont exprimés pour manifester leur accord parfois enthousiaste avec l'idéologie dominante (Riccardo Cassin avec le régime faciste), ou se sont laissés récupérer par le régime (Heckmair et ses compagnons félicités par Hitler après leur succès à la face nord de l'Eiger), autant, aucun de ces alpinistes français qui "vivaient dans leur bulle" n'ont manifesté la moindre sympathie pour le régime de Vichy. Ce qu'on pourrait reprocher aux jeunes recrues de Jeunesse et Montagne – Rébuffat, Lachenal, Terray et bien d’autres – c'est de n'avoir pas prêté une grande attention à cette sinistre ligne du prospectus. Pour autant, Jeunesse et Montagne n’a jamais été un mouvement antisémite (voir l’article sur ce blog). Pas plus que les alpinistes qui « vivaient dans une bulle ».
- On peut aussi leur reprocher de n'avoir pas pris les armes pour s'enroler dans le maquis. C'est à ce reproche que répond Lionel Terray, avec une honnêteté et une dignité qui me paraissent exemplaires.
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Voici donc un témoignage direct. Celui de Lionel Terray, extrait de « Les conquérants de l’inutile » :
Aujourd'hui, je me demande pourquoi je n'ai pas participé plus activement à la première phase de la Libération. Les raisons me semblent assez nombreuses, sans pour cela être très valables. En premier lieu, je n'avais pas de nécessité matérielle d'entrer dans la clandestinité. Etant cultivateur, dirigeant une exploitation productive, j'étais dispensé du travail obligatoire en Allemagne et de fait, à l'exception de un ou deux contrôles, je n'ai jamais été l'objet d'aucun service ni même d'aucune restriction dans ma liberté.
Par ailleurs, n'ayant jamais eu d'attaches avec aucun parti, je n'avais pas non plus de raison politique de jouer un rôle actif dans les maquis. Reste le fait que la résistance cherchait à combattre et à éliminer l'envahisseur allemand et qu'en tant que Français j'aurais dû m'y joindre plus activement. A leur début, les mouvements clandestins ne me semblèrent pas avoir d'autre but que de permettre aux réfugiés politiques et aux jeunes gens appelés pour le service obligatoire en Allemagne d'échapper à un destin peu enviable. Pendant cette première période, j'ai eu l'impression de faire amplement mon devoir en ravitaillant les maquis et plus encore en abritant à mon domicile plusieurs garçons compromis. Lorsque le rôle militaire de la résistance commença à m'apparaître, j'avoue que je fus rebuté par l'ambiance de complot dans laquelle se déroulait le combat clandestin et aussi par les rivalités de personnes et de partis qui séparaient les différents mouvements.
Il est probable que je me serais joint avec enthousiasme à une insurrection à visage découvert et j'ai montré par la suite que j'en étais capable; mais, rien ne me contraignant à la clandestinité, je n'ai jamais pu me résoudre à m'y plonger de plein gré. Toutefois, j'avais assuré à plusieurs des chefs résistants, dont quelques-uns avaient des responsabilités dépassant le cadre local, qu'ils pouvaient compter sur moi le jour où le combat passerait à la forme insurrectionnelle.
J'avoue en outre qu'étant très absorbé par l'exploitation de ma ferme et quelque peu obnubilé par ma passion de la montagne, je ne réalisais pas du tout que la résistance pouvait jouer un rôle important dans la libération de la France. Je poursuivais aveuglément la voie que je m'étais tracée sans beaucoup me soucier des destinées du pays.
[…] Comme beaucoup d'alpinistes parisiens, entre autres Pierre Allain et René Ferlet, Maurice Herzog s'était réfugié dans la haute vallée de l'Arve. Il sollicita un commandement correspondant à son grade de lieutenant de réserve. Mais, comme il n'était pas un résistant de longue date, il fut assez fraîchement reçu par les chefs de l'A. S. Vexé, bien que n'ayant aucune attache avec le parti communiste, il se tourna vers le groupe- ment F. T. P. Celui-ci manquant de cadres, Herzog fut reçu à bras ouverts et on en fit un capitaine. Presque tous les alpinistes non chamoniards s'engagèrent dans la Compagnie Herzog, à l'exception de Rebuffat qui, après avoir figuré dans ses rangs pendant quelques jours, jugea plus prudent et plus politique de ne pas se compromettre avec un groupement quelque peu affilié au parti communiste et rejoignit le groupe A. S.
Jeunesse et Montagne, et la "race juive"
Suite à la mise en ligne d'un dépliant de Jeunesse et Montagne datant des années 1940, dans lequel figurait parmi les conditions d'admission l'interdiction d'appartenir à la "race juive", j'ai entretenu une correspondance à la fois intéressante et sympathique avec Roland Coquard, directeur de la revue actuelle de JM. Il m'a fait part des recherches qu'il avait lancées auprès des témoins de l'époque pour en savoir davantage sur ce qui lui apparaissait incompréhensible, compte-tenu de l'histoire du mouvement auquel il appartient. J'ajoute, comme je l'ai déjà écrit, que Gaston Rébuffat, ancien de JM, qui possédait un exemplaire de ce dépliant, n'a jamais manifesté la moindre opinion antisémite. Tous ceux qui l'ont connu peuvent en témoigner. Mais, personne ne contestant l'authenticité du document, il y avait bien une explication. La voici, telle qu'elle m'a été envoyée par le général René Méjean, Président de l'association Jeunesse et Montagne. Une explication particulièrement détaillée, prouvant d'une part le sérieux des recherches qui ont été menées, et certainement aussi, la volonté de ses membres actuels de lever tout ambiguité sur la réputation de leur mouvement.
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Le texte est disponible en pdf
AFFICHETTE DE RECRUTEMENT JM
Affichettes ……… Quatre années (1940 à 1944) à JM (effectif total 12 000) … Mention « ne pas être de race juive » dans les conditions d’admission à JM
Deux affichettes ont existé ; elles ne sont pas datées. Il n’est pas possible, aujourd’hui, de définir précisément leurs dates d’utilisation respective. La première ne comporte que 7 paragraphes. La seconde en compte un 8ème : « Ne pas être de race juive »
DONNEES
JM : Mouvement dit « Groupements de Jeunesse et Montagne », créé par l’Armée de l’Air en août 1940 : 1500 cadres (militaires Armée de l’Air affectés au Secrétariat d’Etat à la Famille et Jeunesse de Vichy), plus ceux issus des contingents des années 1941, 1942 et 1943 de volontaires JM, recrues du Service National Obligatoire.
Trois échelons hiérarchiques :
1 - secrétariat d’Etat à la Famille et Jeunesse Vichy (VICHY)
2 - commissariat central à Grenoble (CCG)
3 - unités en montagne (UM)
GENESE ET DEROULEMENT
Unités en Montagne (UM) – Environ 40 groupes de 24 ou 48 volontaires, dix cadres.
Année 1940 (à partir 15 août) : cadres et volontaires (tous anciens d’active ou engagés ou mobilisés) : aucune restriction relative aux Juifs, ces derniers citoyens ayant les mêmes droits et devoirs que les autres français et ayant assumé leur devoir de combattants comme eux. Les amitiés éventuelles étaient sincères et ne posaient aucun problème, pas plus (ou moins) qu’en vie courante d’avant-guerre.
Nota : - La loi antijuive de Vichy paraît en octobre : elle est reçue comme pour tous les français par presse ou autre médias. Aucun commentaire officiel du Commissariat central de Grenoble (CCG) ni de VICHY donc aucune raison, pour nous, d’en être avertis, nous, en montagne.
- Le service « Propagande » n’est pas encore créé, un adjoint au commissaire chef (Jacques Noetinger) prépare la création d’un trimestriel « Traces ».
- Le bureau « Personnel Effectifs » prépare l’affichette des « conditions d’admission » à JM pour les volontaires parmi les astreints au Service National Obligatoire » (SNO) convoqués à se présenter dès le 15 janvier 1941, dans les Groupements des Chantiers de la Jeunesse Françaises (CJF). C’est la forme « sans le paragraphe 8 » du modèle cité plus haut. Elle est largement distribuée aux CJF.
- Un exemplaire de l’affiche existe.
Année 1941 : premier contingent pour 8 mois de SNO par incorporation trimestrielle, (adhésion directe ou via les Chantiers CJF recevant les convoqués et faisant connaître JM aux arrivants consultants ou convoqués).
Nota : Aucune restriction d’adhésion ou de SNO pour les juifs, même si une nouvelle loi paraît en juin 1941. L’affichette « sans le paragraphe 8 » reste à l’affichage.
Année 1942 et 19431(Jeunesse et Montagne, d’ordre allemand, a été dissout le 31 janvier 1944. Les centres de JM ont survécu comme « travaillant pour le ministère de la Production Industrielle » mais les jeunes alimentant ces centres étaient des requis des CJF, désignés au sein des groupements CJF, pour être affectés à JM (Témoignage de l’auteur de cette étude, à l’époque chef du centre JM de Saint-Astier (Dordogne), affecté à travailler pour la SNCASO de Bordeaux, dans la construction d’une usine souterraine dans les mines de sel gemme abandonnées de ce village)
L’interdiction des juifs aux CJF entre en vigueur.
Nota : - Les centres en montagne ne sont pas directement concernés et personne n’est officiellement averti qu’il n’y a plus de juifs dans le contingent qui arrive en montagne.
- A Grenoble, il faut bien que les futurs candidats venus se renseigner soient informés : il est vraisemblable que l’affiche a été complétée à ce moment-là (avec l’ajout du § n° 8 et une mention de l’éditeur (Grenoble), avec visa du « Contrôle (étatique) des Publications ».
- L’affiche est expédiée aux CJ.F., pour être mise en vue dans les organismes administratifs susceptibles de recevoir de futurs astreints au S.N.O. Elle existe en diverses grandeurs et formats.
PLUSIEURS POINTS DE VUE
Remarque initiale : Les témoignages sont de quatre survivants actuels des cadres de JM : trois anciens officiers (deux généraux - Saint Cyr et Ecole de l’Air- et un colonel de réserve) de l’Armée de l’air, ayant servi à JM, deux comme chefs de centre de 1940 à 1944, dont le rédacteur de cette étude, le troisième comme chef du bureau Propagande de 1941 à 1943, au PC de Grenoble (CCG), le quatrième, adjoint au précédent.
Premier point – L’affiche n’a pas été préparée au niveau du service Propagande de JM (créé en mi 1941) à Grenoble : le témoignage recueilli des deux titulaires principaux de ce service, (de très proches amis du rédacteur de cette étude), est formel : ils n’ont jamais eu vent de l’affiche sous quelque forme que ce soit, (avec ou sans l’ajout du § n° 8) ce qui permet d’affirmer :
- que l’édition de l’affiche est bien un acte administratif imposé par décision de l’Etat pour le SNO et utile sur les lieux de recrutement. La mention du visa de « Contrôle étatique des Publications » confirme que ce document administratif est conforme à la législation du moment.
- qu’au niveau de la « Propagande », et cela m’a été répété par les titulaires au P.C. de Grenoble (CCG), aucune amplification de type « collaborationniste » n’a été entreprise, comment en pourrait-il en être autrement.
Deuxième point – Il a été dit que des affiches (avec § 8) avaient été conservées par le moniteur de montagne JM, Gaston Rébuffat, devenu le célèbre alpiniste. Or Rébuffat est un des astreints au STO, volontaire pour JM. On peut penser qu’il les tenait d’un centre ou bureau CJF, de (ou près de) Marseille, chargé de divulguer les « conditions d’admission » pour le SNO. Confirmation donc de la portée purement administrative de l’affiche.
Troisième point – Personnellement et comme quasiment tous les chefs, dans les centres de Montagne, nous n’avons jamais été avertis officiellement par courrier, lettre ou réunion de cette restriction relative au SNO des juifs à partir de 1942 et nous n’avons pas été destinataires de l’affiche.
Quatrième point : A ce sujet, il est bon de rappeler ce que beaucoup de nos jeunes compatriotes actuels ne peuvent avoir vécu : le souci de ne rien dire, de limiter totalement la divulgation des engagements pour la résistance, de ne jamais prendre position sur les textes émis par Vichy dans sa composante « collaboration », de se méfier de tout interlocuteur même les plus proches. Nous avions été battus, nous désirions tous la revanche. Personne n’en parlait à personne. Nous savions qu’un jour, cela viendrait. Et des juifs, beaucoup en ont connus, quelques-uns souvent camouflés à JM, le plus célèbre étant le futur compagnon de la Chanson, Jean-Louis Jaubert, (Jacob de son vrai patronyme), et, au moins (pour ma part) un chef aussi.
ET VICHY ?
Rappelons des points importants dans le débat.
1° - Les CJF dépendaient du ministère de l’Intérieur. JM dépendait non du Secrétariat d’état à l’Air, mais de celui de la Jeunesse et des Sports.
Ce rattachement empêchait les services Allemands de nous compter dans les cadres militaires Air, de faciliter les départs volontaires de certains de ces derniers (maquis, franchissement des Pyrénées), d’éviter d’avoir à avertir ou non le chef de ces départs (plusieurs cas vécus par le rédacteur de ce texte), et partir, en évitant ainsi à la hiérarchie d’avoir à déposer une plainte en désertion.
2° - Pour la plupart, nous étions des aviateurs et beaucoup de nos cadres allaient se renseigner au Secrétariat à l’Aviation (militaire et civile) de Vichy, pour éventuellement revenir dans l’armée de l’air d’armistice en zone libre (bases aériennes, groupes aériens, unités de DCA, Services).
Et avoir bien en tête que les Allemands utilisaient nos bases aériennes.
Il faut donc ne pas ignorer ce qui se passait à Vichy, précisément au Secrétariat d’Etat à l’Aviation qui a fonctionné pendant toute l’occupation.
Car cela a trait aux Juifs, particulièrement. D’où ces quelques analyses.
Le général Bergeret, secrétaire d’Etat à l’Aviation de septembre 1940 à avril 1942, a la particularité d’avoir pris position très vite pour appliquer les mesures de la loi d’octobre 1940 sur les juifs en leur interdisant, le premier des secrétaires d’état du gouvernement de Vichy, l’entrée dans les unités et services dépendant de son ministère.
Un article, sous la plume de Mme Claude D’Abzac-Epezy, en donne la teneur et apporte les explications les plus valables: « Sous la responsabilité du général Bergeret, secrétaire d’Etat à l’Air, en 1940 et 41, le secrétariat entendit prouver en France et Outre-mer comment la loi antijuive du 3 octobre 1940 pouvait être renforcée. Au moment des réunions interministérielles de préparation de la loi du 2 juin 1941, c’est le seul département d’état à demander et à obtenir une révision plus restrictive du texte. De très minutieuses enquêtes autorisent le secrétariat à contrôler qu’aucun militaire ou civil ne soit autorisé à échapper à la loi. »
L’article présente ensuite les résultats appuyés sur des chiffres de cette politique d’exclusion renforcée des juifs dans les unités du Secrétariat d’état à l’Air.
Mais, en conclusion Mme D’Abzac-Epezy, témoigne :
« Il y a de nombreuses raisons pour expliquer cette attitude : Ce secrétariat qui est très anxieux de son efficacité, est essentiel pour le gouvernement et essaie de gagner la faveur des services allemands desquels les services militaires aussi bien que civils dépendent. »
(Agrégée de l’université et docteur en histoire, Claude d’Abzac-Epezy est chargée de recherches au CEHD depuis 2002. Elle était auparavant chercheuse au service historique de la défense (département air) et au centre des sciences sociales de la Défense. Ses domaines de spécialisation sont : les armées françaises pendant la seconde guerre mondiale et au moment des sorties de guerre, l’histoire de l’aéronautique et la stratégie aérienne, certains aspects militaires de la colonisation et de la décolonisation et l’histoire politique de la défense sous les IVe et Ve Républiques. Membre de l’académie de l’air et de l’espace, elle anime au CEHD la "commission d’histoire socio culturelle" des armées, et a co-organisé plusieurs colloques internationaux dont le colloque International de Grenoble en 2008 « Les militaires dans la Résistance en Dauphiné et Savoie – 1940 - 1944 »).
Quelle conclusion peut-on tirer concernant le problème de l’affiche ?
Jeunesse et Montagne ne dépendait pas du secrétariat du général Bergeret.
Donc aucun rapport entre les prises de position du général et l’affiche de Jeunesse et Montagne.
Il faut remarquer que c’est aux cabinets (Armée de l’Air du général Bergeret, puis Jeunesse Aérienne du général d’Harcourt (ancien Inspecteur de la Chasse, en 39-40) donc dans leur entourage le plus immédiat, qu’Henri Ziegler, « colonel Vernon » dès 1941 dans la résistance, (le futur grand chef d’entreprise d’Aviation), fut affecté de 1941 à avril 1944.
Et, sous cette casquette, il fut mandaté par Londres au su, bien entendu, et en accord avec Bergeret puis d’Harcourt, pour parfaire le réseau Air clandestin entre Vichy et Londres.
En 1943, Ziegler fera un voyage, secret bien sûr, à Alger, où il rencontrera le général de Gaulle, avant un autre départ, clandestin toujours, via les prisons espagnoles et Alger, pour rejoindre Londres, en avril 1944.
Henri Ziegler y fut nommé chef d’Etat-major des Forces françaises de l’Intérieur du général Koenig, auprès de de Gaulle.
Ce fut d’ailleurs Henri Ziegler qui prit en charge principalement, le destin de Jeunesse et Montagne pour une place sur l’échiquier dans la phase active de résistance, en liaison avec les plans interalliés et l’avance de la 1ère Armée du général De Lattre après le débarquement du 15 août 1944 en Provence.
Discussion
- Donc, le général Bergeret, particulièrement, en même temps qu’il semblait manifester une collaboration entière avec l’occupant, participait aux actions de résistance. Il en paya d’ailleurs le prix, avec arrestation et internement par les Allemands.
Il en fut de même de ses successeurs, et, avec plus d’imprudence encore, du général Carayon qui s’engagea toujours plus directement, pour Jeunesse et Montagne, en particulier, et fut lui aussi arrêté et déporté, comme d’ailleurs le secrétariat à la Jeunesse et aux Sports, le général d’Harcourt, obligé à passer en clandestinité en 1944, pour échapper à une arrestation.
- Double jeu, recherche du moindre mal et du plus grand bien, opportunisme.
- On comprendra qu’aucune assertion, aucune interrogation, ne peuvent être apportées sur un quelconque sujet, au long d’une période aussi noire que 39-45, sans explicitation sur et par le contexte.
- On peut comprendre une jeune personnalité choquée par la découverte d’un document portant le sigle Jeunesse et Montagne pouvant donner l’impression d’une participation active à la politique de « collaboration » de Vichy.
Mais, il ne faut surtout pas isoler la découverte d’un document particulier, de la conjoncture générale de l’époque.
Il nous revenait, tant par l’histoire elle-même que par nos propres témoignages, de recadrer cette particularité et de l’expliquer clairement, donc ….. Longuement !
POSTFACE
L’affiche et …..Quatre années (1940 à 1944) à JM (effectif total 12 000) …
L’affiche
Voici l’affiche, dynamique, officielle, positive, vigoureuse des 12 000 jeunes hommes
de ces temps là ! Celle reprise en devoir de mémoire par plus jeunes
de notre Association Jeunesse et Montagne ! Et l’écusson de manche !

……….Quatre années (1940 à 1944) à JM (effectif total 12 000)
Sous l’égide de la Fondation de la Résistance, les 20 et 21 novembre 2008, un colloque International est tenu à Grenoble:
« Les militaires dans la Résistance –Ain- Dauphiné- Savoie – 1940–1944 ».
Une vingtaine de pages consacrent la réalité historique de la participation de Jeunesse et Montagne à la reprise des armes et à son importance stratégique au sein des plans interalliés. L’ouvrage, fort de près de quarante contributions écrites des « Actes du colloque », est sorti en librairie en septembre 2010, sous le même titre que celui du colloque (édition ANOVI-Tours).
Mars-juin 2010
Le « livret 70 », (36 pages) édité pour le soixante-dixième anniversaire de la création de JM reprend la réalité historique du cheminement « underground », exposant l’essentiel de la contribution JM écrite, des « actes du colloque ».
Le « livret 70 », est largement diffusé : aux organismes nationaux en charge de la Jeunesse, de la Montagne, à ceux de l’Armée de l’Air et des Troupes de Montagne, aux communes, villes, ainsi qu’aux organismes de résistance aussi bien que culturels (certaines Académies, bibliothèques, médiathèques) ou pédagogiques (« Centres de Documentation Pédagogique », régionaux et départementaux).
Il était de notre devoir de préciser notre préoccupation essentielle, celle de transmettre un témoignage véridique de mémoire, maintenant et pour les générations futures.
Pour plus de détails, cliquez sur le lien : http://www.jeunesse-et-montagne.org/
Général René Méjean,
Président de l’association Jeunesse et Montagne
Annapurna, Herzog, Lachenal et Lucien Devies revisités par François Labande
François Labande me cite dans « Traces écrites », récemment publié chez Guérin. Un livre de mémoire – alpinisme, écriture, écologie- agrémentée, selon son éditeur d’un « vaste et profond travail de réflexion ». C’est précisément au détour d’une de ces profondes réflexions, que je suis mis en cause.
De quoi s’agit-il ? De l’Annapurna, de Lucien Devies, et des « Carnets du vertige » de Louis Lachenal « avec des textes originaux inédits » publiés quarante ans plus tard. Jusque-là, rien de bien nouveau. « Puis vint le livre d’Yves Ballu consacré à Gaston Rébuffat », poursuit François Labande qui note « des faits avérés » concernant Lucien Devies : « son rôle dans l’organisation de l’expédition, l’épisode de la signature du « contrat d’obéissance au chef » et du renoncement à toute publication personnelle dans les cinq années suivant le retour ». Et qui déplore « l’étude de la personnalité de Devies ».
Bon… Une première erreur : il n’y a jamais eu de « contrat d’obéissance au chef », mais une prestation de serment. Pas grave, juste de quoi rappeler à l’ordre un auteur qui appelle de ses vœux « la rigueur qui sied aux historiens ». J’ajoute que cette prestation de serment a mis mal à l’aise plusieurs membres de l’expédition, particulièrement Gaston Rébuffat qui a évoqué dans son journal : « Dépersonnalisation, légère nazification ». Une appréciation que j’ai citée dans sa biographie, même si, à mon avis, sa brutalité – et son injustice – fait plus de tort à son auteur qu’à celui qu’elle met injustement en cause. Mais en tant que biographe, il ne m’appartenait pas de censurer, ni même de juger.
Quant à « l’étude de la personnalité de Devies »... j’ai pensé qu’elle ne me concernait pas, puisque je n’ai à aucun moment évoqué la personnalité de Lucien Devies dans la biographie de Gaston Rébuffat (à propos, une nouvelle mouture plus complète parait chez Hoëbeke dans 15 jours). La seule fois où j’ai évoqué la personnalité de Lucien Devies, c’était dans l’Encyclopédie de la montagne (Editions Atlas 1975). L’article commençait ainsi : « DEVIES Lucien Alpiniste français (Paris 1910) dont la carrière alpine, tant sur le terrain qu'à la tête des organisations montagnardes françaises, a toujours été au plus haut niveau », et se terminait ainsi : « La marque de Lucien Dévies dans l'alpinisme français est considérable non seulement par la durée exceptionnelle de ses responsabilités à la tête des principales organisations, mais surtout par l'envergure de sa personnalité et par le cheminement exemplaire de cet alpiniste complet qui, après s'être distingué aux « premières lignes », a été, au « gouvernement » de l'alpinisme français, l'apôtre, l'instrument d'une nette élévation, c'est-à-dire d'une affirmation. »
Lucien Devies en 1980 à Chamonix (photo YB)
Donc, je ne pensais pas avoir quoi que ce soit à me reprocher concernant « l’étude de la personnalité de Devies ». Erreur ! Une deuxième salve m’est adressée quelques lignes plus loin. A propos de la question récurrente : « Herzog et Lachenal n'auraient pas atteint le sommet de l’Annapurna, ce fameux 3 juin 1950, et toute cette belle histoire n'aurait été que mensonges organisés, avec Big Brother à la manœuvre ». Là encore, je ne me suis dit que ça n’était pas pour moi, car si, comme romancier, j’ai en effet imaginé un mensonge d’Etat qui m’apparaissait comme un bon ressort dramatique (comme d’autres ont imaginé que le Christ avait une descendance), en tant qu’historien, je n’ai jamais posé cette question, pour la bonne raison que je ne dispose d’aucune information particulière sur le sujet. Nouvelle erreur !! « Big brother » c’était pour moi. Si, si… Je cite : « Pourquoi donc Yves Ballu s'est-il permis d'utiliser cette version de la non-conquête de l'Annapurna dans son dernier roman, mêlant allègrement le vrai et le peut-être tout-à-fait-faux, créant un personnage peu sympathique, à la tête d'une fédération montagnarde, clairement inspiré par Lucien Devies ? »
Cette fois, plus de doute, l’arme de François Labande était bien pointée sur moi.
Plus que la colère – l’injustice me met hors de moi- c’est la stupéfaction qui m’a renversé. Comment peut-on être assez crétin ou malhonnête pour écrire une telle absurdité ! J’ai eu l’occasion d’expliquer le casting de mon roman « La conjuration du Namche Barwa » dans cette interview en ligne sur i-trekking. Concernant Lucien Devies, voilà ce que j’ai dit : « le président Devies n’a rien à voir avec le personnage du président Laurier, une création totale. » De fait, si les autres personnages (Terray, Lachenal, Herzog et Rébuffat) sont au moins partiellement inspirés des personnages réels, j’ai fait en sorte qu’aucun rapprochement ne puisse être fait entre le président Laurier– un personnage en effet peu sympathique dont j’avais besoin pour faire fonctionner mon intrigue – avec le président Lucien Devies pour qui j’ai toujours eu la plus grande admiration. J’ai donc créé une sorte de négatif du président Devies. Physiquement : Laurier est petit, le cheveu rare, sans élégance. Moralement surtout : il est intrigant, sans scrupules, et mène une vie dissolue. Pour dissiper toute ambiguité, j’ai même imaginé une scène où les deux sont en présence. C’est dans les salons du CAF. Le président Laurier salue le rôle de son prédécesseur Devies dans l’organisation de l’expédition à l’Annapurna : « C’est vous qui l’avez voulue et organisée avec une maitrise et une abnégation qui, à quinze ans de distance, suscitent l’admiration ». (Le terme d’abnégation m’a été suggéré par un membre de la famille Devies à qui j’avais soumis mon manuscrit). Toujours dans mon roman, le président Laurier a compris, je cite, que « jamais il n’aurait la réputation de son prédécesseur, ni son allure. Encore moins son palmarès d’alpiniste » (pages 40 et 41).
Alors, comment un lecteur intelligent et honnête peut-il prétendre que le président Laurier est « clairement inspiré par Lucien Devies » ? Quand on a lu « La conjuration du Namche Barwa », autant on peut s’amuser à retrouver certains traits de caractère entre plusieurs personnages réels et fictifs, autant la comparaison entre Laurier et Devies apparait immédiatement désobligeante – limite obscène - pour Lucien Devies. Faire le rapprochement entre les deux est au mieux débile, au pire malhonnête. En tous les cas misérable.
Si vous avez un moment, François Labande, jetez donc un coup d’œil à cette interview. Vous y trouverez des explications sur le « making of » de « La conjuration du Namche Barwa » pour nourrir votre « vaste et profond travail de réflexion ».
Guy Labour sur France Culture
Pour ceux qui l'auraient manqué, et que ça intéresse, il est possible d'écouter, et même de podcaster, l'émission "Sur les docks" que France Culture (Irène Omelianenko) a consacré aujourd'hui à l'aventure de Guy Labour. Avec la participation de Thierry Labour (fils de Guy) et de Gilles Chappaz, Chamoniard, dont les parents ont connu Jean Labour, frère ainé de Guy dont le chalet "Les cigognes" était à proximité immédiate du leur.
Donc, le Docu-fiction "Guy Labour, prisonnier de la montagne"
Les Assises de l'alpinisme... en 1935
Notre Enquête 1935
Alpinisme ouvre une enquête en posant à ses lecteurs la question : « Quelle est l'émotion la plus forte que vous avez éprouvée en montagne ? »
Pour y répondre chacun se reportera, dans son passé alpin, au souvenir d'une glissade que la corde a enrayée à temps, d'une avalanche d'où il a pu se dégager, d'une atteinte de la foudre qui n'a fait que le secouer durement. Il n'est pas de carrière alpine qui ne comporte d'aventures de ce genre et chaque lecteur d'Alpinisme a donc quelque chose à dire. De tels souvenirs, rapportés avec sincérité, peuvent être une source de précieux enseignements. Après chaque accident les rédacteurs de chroniques alpines en discutent les causes, condamnent ceux qui ne sont plus là pour s'expliquer et concluent à un fort pourcentage de fautes : équipement insuffisant, manque d'entrainement, etc.. La part de la fatalité, la proportion d'accidents qu'on pourrait qualifier de « professionnels » est-elle vraiment aussi restreinte ? Ou, au contraire, ne peut-on pratiquer l'alpinisme sans se permettre deux ou trois imprudences caractérisées par campagne? Ceux de nos lecteurs qui estiment qu'ils avaient toutes les chances d'y rester, peuvent, en répondant à l'enquête, aider à identifier les fautes les plus fréquentes et à mesurer sa juste part au destin contraire. A la vérité, ce point de vue proprement technique de la question a déjà été envisagé dans une enquête ouverte par Alpinisme, en 1928. Le sujet n'a provoqué qu'un nombre assez restreint de réponses, nombre trop restreint pour qu'il ait été possible d'en tirer une conclusion certaine. Mais l'alpinisme s'est développé depuis, ceux qui ont répondu en 1928 ont connu d'autres aventures. Peut-être est-il possible d'espérer, non les éléments d'une statistique, mais la leçon d'expériences toujours coûteuses à risquer. Que ceux qui craignent de révéler leurs erreurs, ou celles d'un camarade, adoptent la forme anonyme, qu'ils changent s'ils veulent les lieux et les dates, mais que, même par quelques brèves observations, ils fassent profiter plusieurs de la faute de quelques-uns. Si le danger est la conséquence immédiate de la fausse manœuvre, l'émotion en est la suite, parfois moins immédiate, mais plus profonde, plus durable et plus personnelle. L'enquête de 1935 porte plus spécialement sur l'émotion que la brusque apparition du danger a soulevée. Ce n'est pas d'ailleurs d'un simple divertissement littéraire - sur un thème tragique — qu'il s'agit. L'idée du danger accompagne et doit accompagner tout alpiniste en montagne difficile. Toutes les impressions en sont modifiées. Les raisons pour lesquelles l'alpiniste est attiré par la vie en montagne existent elles malgré cette nuance de danger ou à cause d'elle ? Pour répondre à cette question, pour essayer de savoir pourquoi l'on va en montagne ne faut-il pas demander aux alpinistes d'analyser leurs émotions les plus fortes ? Peut-être, s'ils traduisent avec exactitude ce qu'ils ont senti et pensé, aurons-nous, même, une lueur de réponse à la question que Georges Casella jetait fièrement à la face des censeurs : « Savez-vous ce que contemplèrent ceux qui ne sont pas revenus ? » Si les membres d'une même cordée, sauvés d'une même aventure, nous donnaient la traduction de leurs impressions (diverses ou semblables ?) nous aurions des documents de première importance pour perfectionner, chacun, notre psychologie d'alpiniste. Peut-être même découvrirons-nous, en rédigeant nos souvenirs et en lisant ceux des autres, que beaucoup d'alpinistes retournent en montagne tout simplement parce qu'ils ont failli ne pas lui échapper. D'autres, pour la même raison, ont renoncé à v retourner. Mais ceux-là ne répondront pas à l'enquête.
Nous prions nos lecteurs d'adresser directement leur réponse, à M. Henri Salin, 6, rue José-Maria-de-Heredia, Paris (7E), avant le 31 mai 1935.
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Enquête 1935
Sans partager l'opinion d'un correspondant qu'il s'agissait d'une demande quelque peu « sadique », beaucoup d'alpinistes ont vu de multiples objections à donner leur réponse à la question posée : « Quelle est l'émotion la plus forte que vous avez éprouvée en montagne ? »
Il y a d'abord ceux qui ont senti glisser sur eux les émotions les plus profondes de leur carrière alpine. Qui n'en ont conservé qu'un désir obscur, mais impérieux, de repartir. Ce sont peut-être les vrais courageux. Ceux en tout cas qui ignorent l'angoisse faite d'images trop précises du passé et d'inquiétudes mal définies pour l'avenir. Ils marchent vers la rimaye en maugréant contre l'heure matinale, simplement. Nous pouvons les envier. Nous souhaiterions en connaître le nombre et partir avec eux.
Il y a ensuite ceux qui ont arraché les traces de ces émotions ou du moins qui les cachent derrière un sourire lorsqu'on leur en parle. Nous pouvons respecter leur pudeur. Rien n'est atroce, paraît-il, comme le transport des corps brisés et gelés. Le souvenir d'une chute dans une crevasse hante les rêves, plus longtemps même que certains souvenirs de guerre.
L'alpinisme est un exercice qui exalte trop les ressources personnelles pour qu'on s'étonne beaucoup de se voir refuser certaines réponses. La montagne donne enfin la paix, dans l'inquiétude ou la sérénité, en procurant l'occasion d'actes sans répercussion sociale et par cela même échappant à toute critique et même à tout examen. La liberté complète c'est évidemment de pouvoir refuser la communication à autrui de son expérience et encore plus de ses pensées ou de ses émotions. Emotions que l'alpiniste peut souhaiter garder pour lui ou oublier. Et cependant peut-on parvenir à oublier autrement qu'en se refusant à tout échange de camaraderie par exemple, à toute conversation, à toute occasion qui amène à susciter le passé ? II faudrait renoncer à l'alpinisme.
Plus normale apparaît l'attitude de ceux qui acceptent de parler sachant qu'ils gardent encore pour eux le meilleur, qu'ils cachent quelques défaillances, qu'ils n'expliquent pas le hasard qui, certains jours, les a imposés à la tête de la cordée. Et ici l'enquêteur se trouve obligé de reconnaître que son appel aux émotions profondes avait laissé à l'écart un aspect de la question : « Lisant vos premières lignes, je n'ai pas cru d'abord que « l'émotion » dût avoir été désagréable, et je me suis aussitôt remémoré celle très douce et très prolongée, éprouvée une nuit toute entière sur la neige du glacier du Fresnay : elle se rapportait à la merveilleuse course enfin réussie, en compagnie de L. Neltner, l'arête de Peuterey. Inoubliable émotion, incomparable émotion des tous premiers souvenirs. Je n'en ai pas eu de plus vive, ni de plus durable (Jacques de Lépiney) ».
Mais c'est la seule réponse qui demande ainsi droit de cité en profondeur pour l'émotion esthétique. Une autre le demande pour la joie victorieuse : « Impressions et émotions de plaisir, de joie, certainement j'en ai éprouvées. Ainsi lorsque, pour la première fois, âgé de 17 ans, je réussis l'ascension du mont Pasquale dans le massif Ortler-Cevedale et que tout un monde nouveau se révéla à moi... Lorsque je réussis mes trois ascensions au Mont-Rose depuis Macugnaga : à la Dufourspitze par la cabane Marinelli, à la pointe Gnifetti de l'Alpe Petriola par le glacier, le col et la crête Signal, à la Nordend par la cabane Marinelli ».(Docteur-professeur Vittorio Ronchetti).
Ni la joie de la contemplation, ni celle de la victoire ne me convainquent complètement. La première est trop étalée dans le temps pour pénétrer en profondeur, pour faire plus que durer, pour faire partie de nous-mêmes en nous modifiant. Elle peut tout au plus nous accroître en beaux souvenirs, mais ce n'est pas cela qui détermine un caractère. La seconde est trop brève pour nous enrichir. Car une victoire ne peut nous satisfaire. D'autres problèmes se posent aussitôt tandis que l'importance de ce que nous venons de réussir commence à diminuer.
Il y a certainement des alpinistes qui pratiquent pour la joie et la victoire. Mais ils accepteront les circonstances qui les forceront à renoncer. Pour contempler rien ne vaut les belvédères faciles de médiocre altitude. Pour la joie de la victoire rien ne vaut les courses qui « passent certainement ».
Mais pour dire qu'on est en présence d'un alpiniste il faut trouver un homme qui a eu des coups durs et qui continue. Et ceux-là le reconnaissent, ceux qui ont répondu par des récits de coups durs et, au fond, également ceux qui pour des raisons personnelles se sont abstenus : on n'a pas de raison de garder jalousement ce qui est de peu d'importance.
Les causes des accidents ont donné lieu à quelques remarques intéressantes :
1° Partir avec des inconnus.
20 Négliger la corde au lieu de la garder dans les passages où son utilité est discutable.
30 Paire passer la témérité avant ou en même temps que la prudence.
40 Relâcher son attention lorsqu'approche la fin de l'ascension proprement dite. (Georges Franck).
« Il est facile, vous l'avez fait observer, de condamner ceux qui ne sont pas revenus et qui ont peut-être commis une faute de technique. Or, les alpinistes expérimentés ne commettent pas sciemment de faute de technique ; les véritables causes d'accidents sont, chez eux, plus lointaines et plus étroitement subjectives : elles sont les mécanismes psycho-physiologiques qui déterminent les fautes de technique. Parmi ces mécanismes, il n'est pas douteux que la déficience de l'émotivité en face du spectacle des embûches de l'itinéraire joue un rôle considérable. Cette déficience peut être fort marquée : l'alpiniste voit un pont de neige de solidité douteuse, spectacle familier qui, normalement, doit l'émouvoir et lui faire évoquer plus ou moins consciemment l'image d'une dangereuse chute possible, si des manœuvres appropriées ne sont pas exécutées... Or, voici que le mécanisme ne joue pas selon la normale, l'émotion ne prend pas naissance, la règle de technique ne s'impose pas à l'esprit et l'accident en découle. Sans doute la déficience de l'émotivité dans des cas comme celui-là, n'est-elle pas encore la cause première, mais seulement une phase plus importante dans un ensemble plus compliqué et plus variable ? Evidemment, cette phase peut-être le résultat d'une inattention passagère ou d'une fatigue physique ou morale... » (Jacques de Lépiney).
Jacques de Lépiney donne un développement nouveau à des pensées sur lesquelles les manuels de technique alpine attirent depuis longtemps l'attention de leurs lecteurs. J'y ajouterai volontiers que la déficience de l'émotivité a parfois d'autres causes que l'accoutumance ou la fatigue. L'effort de volonté de l'alpiniste combiné aux conditions physiologiques de la haute montagne peut l'amener à un état d'ivresse ou de déchaînement euphorique très propre à lui faire surmonter des obstacles dans une technique où les réflexes ont l'air de se déclencher automatiquement et de s'adapter naturellement aux circonstances. Mais il n'est pas de mécanisme sans défaut. Et la rupture d'une prise, l'arrachement d'une plaque de verglas, vient déranger le bel équilibre physique et moral. La question qui se pose alors est celle de savoir s'il faut s'abandonner à cette euphorie pour passer ou s'il faut déclarer qu'on atteint la limite de ses forces et renoncer.Mais une telle défaillance n'est peut-être qu'un cas particulier de la fatigue, à nuance d'audace. Il reste bien entendu que l'accident surgit plus souvent de l'excès de fatigue physique et volontaire au lieu d'être imputable à une défaillance d'un état apparent de plénitude physique et morale. Un correspondant anonyme, après une glissade dans un couloir déglace, donne un exposé complet du cas le plus général : « Est-il possible de tirer une conclusion de cette expérience ? Tous les trois, nous avions une longue pratique de la montagne, ensemble nous avions remporté de beaux succès, ce jour-là, nous étions parfaitement entraînés. Ce n'est pas là qu'il faut chercher la cause de ma défaillance. En réalité, j'avais atteint à ce moment la zone dangereuse où l'individu arrive à la limite de ses capacités. Huit heures de montée continue, suivies d'une trop longue station à deux reprises différentes, avaient entraîné une diminution dans la souplesse de mes mouvements. L'inaction forcée dans un site vertigineux avait provoqué peu à peu un affaiblissement de ma volonté. J'ai donc abordé les rochers dans un état de dépression physique et morale. De ce fait, ma position de grimpeur ne devait être que de fort loin conforme aux règles de la technique; d'autre part, l'idée que, désormais, j'étais assuré par la corde avait suffi pour relâcher mon attention trop concentrée jusque-là. En résumé, ayant atteint la limite dénies forces, une concentration énergique de ma volonté aurait été plus nécessaire que jamais, un relâchement de quelques instants devait presque à coup sûr entraîner ma glissade.»
Dillemann se place à un autre point de vue : « Pour répondre à la question des causes d'accidents, je pense qu'il y en aura toujours pour des causes fortuites qui échappent à la critique. Pourquoi fait-on un faux pas ? Tout simplement parce que le calcul des probabilités veut que cela se produise de temps en temps. Il paraît inutile de chercher d'autres raisons. Une glissade subite et fortuite sur une face de glace est un incident qui peut arriver même à un guide excellent et très entraîné. Quiconque fait de la marche est sujet à glisser un jour ou l'autre. Si au moment de là glissade du guide, le touriste ne dispose pas d'un rocher pour assurer, il y aura peut-être catastrophe et c'est le touriste qui sera probablement présumé responsable, surtout s'il est peu expérimenté. »La réponse de Dillemann apporte l'affirmation qu'il y a des risques inévitables. Cela est incontestable. Il en est d'ailleurs bien d'autres que ceux résultant d'une fausse manœuvre à probabilité notable. Il y a tous les dangers objectifs que des itinéraires normalement parcourus par des gens raisonnables n'évitent pas intégralement. On pourrait presque dire heureusement. Car s'il n'y avait en montagne que des dangers subjectifs, c'est-à-dire des probabilités de fausses manœuvres, le perfectionnement de la technique conduirait progressivement à l'élimination du danger et l'alpinisme perdrait sa physionomie. Ne serait-ce que parce que l'on aurait pas à conduire l'ascension pour se placer dans les conditions de risques objectifs les plus réduits.
Comment ne pas penser que l'apparition du danger laisse une trace ineffaçable parmi tous les souvenirs alpins? Autant se refuser à parler de ses courses passées si l'on estimait avec un second correspondant anonyme H*** « qu'à un an d'intervalle, la recherche trop poussée de sentiments fugaces deviendrait de la littérature ».
En restant sur un plan nettement objectif, voici la traversée du couloir de glace par le premier anonyme dont j'ai donné plus haut l'opinion sur la cause des accidents de montagne. Il est au milieu, dans une cordée de trois, et traverse le couloir de glace que le leader Jacques vient de tailler pour s'établir ensuite dans les rochers verglacés de la rive gauche (voir la photographie du couloir inconnu) : « Mes pieds quittent ces deux marches où ils semblaient devoir prendre racine. La tension de la corde m'avertit qu'à l'autre bout on m'assure. Je prends contact avec les dalles rocheuses, cherchant avec les mains quelques prises cachées par la neige. Mon inaction forcée m'a rendu malhabile. Brusquement mes pieds se dérobent, je pousse un cri strident et je me sens filer sur la pente... Instinctivement, j'ai peut-être fait quelques gestes de défense, mais ma volonté m'a abandonné, après une tension d'esprit aussi prolongée; j'ai plutôt une sensation de détente qui me fait accepter l'inévitable auquel je commençais à me préparer depuis quelque temps. Instantanément, la corde a joué son rôle sans défaillance. Mes pieds battent désespérément les dalles glissantes, cherchant à retrouver un appui. Haletant, je me remets péniblement debout. Mes mains, déjà abimées par le travail de la montée, sont en sang. J'ai néanmoins conservé mon piolet. Quelques mètres plus loin, j'aperçois Jacques installé sur des blocs solides d'où il surveille mon retour. Nous n'échangeons pas une parole. L'incident n'est-il pas clos ? D'ailleurs, un seul d'entre nous en a fini avec ce passage. »
Certains récits d'accidents montrent bien qu'il y a des dangers imprévisibles pour menacer une caravane solide comportant, pour un touriste, un guide et un porteur. La menace du danger est toujours présente en montagne. Au contraire des autres éléments, qui jouent un rôle essentiel dans l'attrait de l'alpinisme, mais qui se manifestent plus irrégulièrement : beauté des paysages, effort physique, ambiance de liberté ou de camaraderie. Voici comment J. Kappès-Grangé décrit la chute qu'il fit sur l'arête Nord du Chardonnet, au cours de l'été 1935, avec son guide et son porteur. L'analyse si poussée qu'il nous en donne m'incite à reproduire intégralement son récit. « C'est alors que notre petit univers fut brisé. L'éboulement brusque et imprévisible de quelques pierres sous les pieds de Marcel Charlet et sous les miens détermina noire chute simultanée, puis la traction de la corde arracha Ravanel de la cheminée. Des sifflements, comme dans les vents d'orage, et la cordée dissociée, précipitée sur les pentes à rebours de toute règle humaine, sombra dans une aventure que ses participants s'effarent d'avoir traversée, mais dont ils n'ont pas compris les mystères. D'abord, un parcours d'une vingtaine de mètres dans la nuit. Le vide, le néant, séparent l'instant où j'étais heureux et debout, de celui où je me retrouve seul, sans piolet, roulant sur la glace d'un couloir presque vertical. Puis la pensée s'éveilla, niais libérée, indifférente, négligeant les risques de mon corps. Avec un détachement lucide, elle définit ainsi mon immédiat avenir : « Pourquoi se faire une idée compliquée « de la mort? Le ressaut..., ma tête..., ce « sera très vite fini... si simple... ». J'ignore quelle fut la durée de ce désintéressement dans un abandon accepté. Ce qui suivit fut une misère illimitée. Un choc me jeta sur une dalle , et la douleur renoua ma pensée au monde extérieur et à mon corps. Le brutal retour du désir de vivre détruisit l'indifférence heureuse qui m'avait libéré de moi-même ; et par les ongles, les pointes de crampons, je me suis efforcé d'adhérer, de tenir. Il y eut une seconde chute, cruelle, abominable, vers le glacier du Tour, que je voyais miroiter. Puis la corde, se coinçant autour d'un feuillet détaché de la dalle, se tendit, et ce fut l'arrêt définitif. J'ai remonté la dalle je ne sais comment. Marcel Charlet m'appelait ; j'entendais Antoine Ravanel se plaindre malgré lui, d'une voix si grave, si basse, venant de très loin. « Sous un grand ciel calme, notre cordée était éparse, dans un décor que je ne reconnus pas, qui me sembla inhumain. De l'accablement, de la stupeur; nous ne comprenions pas; nous n'avons pas encore compris. Nous savons seulement que cet accident aurait pu causer la perte totale de la cordée, que ce fut une chance inouïe que nous n'ayons pas été précipités tous les trois dans le même axe, et une autre chance non moins exceptionnelle que la corde ait pu résister sans se rompre à la traction brutale et simultanée de trois corps séparés par des intervalles aussi considérables du point où elle se coinça. Que savons-nous?... » dit un poète. »Il y a un caractère commun dans les éléments objectifs de ces récits : un grand silence, à peine un cri. Dans les lignes qui précèdent, on voit se révéler une presque complète résignation chez les acteurs et les témoins au moment de l'accident. Comme si la manifestation hostile du milieu était prévue, menaçait depuis longtemps et qu'on l'acceptait comme une condition de l'entreprise. L'ascension se déroule en présence d'un ennemi infiniment plus fort, que les ruses ne trompent que pendant son sommeil, mais dont les réveils sont imprévisibles et sans cesse menaçants. L'alpinisme serait bien autre dans une autre ambiance. S'il s'agissait seulement de se restaurer en plein soleil après une séance de gymnastique au grand air ! Les statistiques nous enseignent que le danger mortel reste assez limité, mais il est certain que la progression en montagne est entourée de mille signes précurseurs de l'accident : ondulations de la neige sur les crevasses, crissement sur les faces Nord du grésil détaché des crêtes, craquement de séracs, pierres que le pied lance dans le vide. Manifestations qu'amplifie la sensation d'éloignement de tout secours humain. Cette sensation du danger prochain doit colorer toutes nos impressions alpines, et n'est-il pas de bonne méthode psychologique que de l'étudier en enquêtant sur les circonstances où elle s'est manifestée avec le plus de force, c'est-à-dire dans l'accident ?
Dillemann fait remarquer que « l'intensité d'une émotion ressentie est, en général, fonction de deux causes : la première est le fait même qui provoque directement cette émotion, la deuxième tient à la disposition d'esprit dans laquelle l'alpiniste se trouvait au moment de cet événement. « C'est ainsi qu'une même glissade ne laissera pas une impression identique suivant qu'elle se produira fortuitement au milieu d'une marche jusque-là sans histoire, ou si l'on commençait déjà à entrevoir sa possibilité (ascension d'un obstacle à la limite des forces de l'alpiniste : trop longue cheminée ou pente de glace) ou, enfin, si elle survient comme couronnement d'une série d'efforts qui ont peu à peu entamé les ressources physiques et morales de l'individu. Dans le premier cas, c'est un simple effet de surprise; dans le second, l'émotion grandit et atteint son maximum au moment de l'incident, dans le troisième, l'émotion peut avoir atteint progressivement un tel degré que l'événement fatal peut ne pas l'augmenter sensiblement.»
Dillemann pense d'ailleurs que c'est dans le cas d'incident fortuit que l'émotion est la plus forte « seuls, les morts ont pu voir mieux » Il rejoint sur ce point le docteur Vincent Paschetta qui écrit : « L'intensité de l'émotion n'a pas été proportionnelle à l'importance du danger, mais à son caractère. En général, cette émotion a été d'autant plus grande que l'incident était moins attendu. Par exemple, une chute de pierres provoquée par une caravane antérieure à l'Argentera, dans un endroit où elle n'aurait jamais dû se produire, m'a laissé un des souvenirs les plus désagréables de ma carrière alpine. La conscience du danger et l'émotion que celui-ci cause ne sont pas immédiats, mais ne sé produisent qu'un certain temps après. Au moment de la chute de pierres, de la glissade, du dérapage du compagnon, toutes les forces de l'individu se concentrent pour lutter ou résister et les réflexes de conservation priment tout autre acte. A ce moment, on ne réalise pas le risque et l'émotivité est annihilée. Une fois le danger passé, l'effort physique cesse, et on prend conscience de ce qui s'est produit. ».
Si de l'intensité nous passons à la nature de l'émotion, nous devons nous attendre à découvrir, en dehors de cette acceptation que les récits nous ont révélée, toutes les variétés des sensibilités personnelles et toutes les nuances que les circonstances ont pu leur ajouter :
Et voici Kappès-Grangé : « J'ai éprouvé, ou plutôt je suis passé par trois stades : Un état heureux, nous sommes debout, immobiles, je regarde le soleil bleuir les séracs à ma gauche, dédaigner la sombre fissure que vous savez, s'épanouir sur le gendarme orangé, à droite. Cet univers heureux se détruit. Dans un tourbillon, dans des rumeurs sifflantes, je suis emporté dans un couloir de glace. Avec un total désintéressement, ma pensée y suppute la fin proche et simple. Un choc sur une dalle, la corde se tend. Douleur et retour à l'espérance. Deuxième glissade, abominable où « je sais ». Arrêt définitif. Entre ces états, de la nuit. Tous les trois, comme devant la mort, nous ne saurons jamais. »
Puis le camarade anonyme H*** qui se garde de toute littérature : « Durant la chute toute ma curiosité fut tendue vers l'idée de voir ma femme passer au-dessus de moi arrachée par la corde ; après l'arrêt, l'ennui d'avoir choisi une mort aussi lente. »
Et cet autre, filant avec son compagnon dans le couloir qui, entre le Pic Lory et le sommet des Ecrins, mène au glacier suspendu de la face Sud-Ouest. « Arraché par le coup de fouet, je rebondis quinze mètres plus bas sur L*** pour l'entraîner à bout de corde après quinze mètres encore de glissade. Une réminiscence livresque m'occupe d'abord, surgie des " Scrambles " parce qu'un jeune alpiniste va aux Ecrins, la tête pleine de Whymper : comme lui dans le couloir de Tiefenmatten, je vais sentir des chocs sur la tête qui vont aller en se précipitant. Il y a un rocher dans l'axe du couloir. Puis, après le glacier suspendu, une muraille vers le glacier Noir. C'est la seconde pensée qui se forme tandis que les bords du couloir filent plus rapidement : la chute sera inexorable. Mais ces rêves inutiles et résignés n'ont pas d'action sur les réflexes qui fonctionnent admirablement à chaque extrémité de la corde... »
Jean Maunoury : « Je crois inutile de décrire les sensations que l'on ressent, à ce moment... Je crois qu'elles se résument toutes en ceci : « Pourvu qu'on tienne, en haut, et pourvu que la corde tienne. »
A. Hess : « Et je vécus quelques minutes de vrai désespoir intime. »
Robert Tézenas du Montcel : « Une peur atroce, mais plus rapide qu'un éclair : instantanément, un grand calme ; une présence d'esprit, une lucidité surprenantes. (Sur la face Nord des Grands Charmoz). »
Enfin Lucien Dévies : « ...J'enraye la glissade. Je n'éprouve nulle joie ; ma chute ne saurait être que différée. (La conquête de la muraille Nord-Ouest de l'Olan). »
Acceptation. Lucidité. Comme ces instantanés psychologiques se ressemblent. Tels les paysages lointains qu'on découvre des hauts .sommets. Telles plutôt des pensées semblables qui, peut-être à l'heure de la mort, effacent les différences entre les hommes.
Mais si cette mort a été différée, la vie reprend ses droits. Celle de l'esprit se venge avec encore plus d'énergie. Elle retrouve, presque sans effort volontaire, d'autres complications qui importent à la vie mais qui n'étaient rien à l'instant fatal. Est-ce de la littérature ? Peut-être, car nous ne les laissons pas se formuler dans le conscient. Il y a le pauvre visage crispé d'un camarade courageux entre plusieurs, le souvenir de détails sans importance, les premières paroles qui furent échangées tandis que les jambes commençaient à trembler. Enfin l'effort pour cacher l'émotion et continuer. Tout ce qu'on fait peut-être mieux de ne pas dire. Mais qu'on sait gravé dans l'inconscient et pour quoi on repart.
Pouvons-nous croire Gayet-Tancrède (1) lorsqu'il écrit : « Si l'on veut essayer de « savoir pourquoi l'on va en montagne » il faut s'attacher à un tout autre problème, celui de « l'émotion alpine » qui n'a pas le moindre rapport avec l'émotion causée par la brusque apparition du danger. Il faut bien se servir du même mot et cela prête à confusion. Cette émotion alpine existe-t-elle malgré la sensation du danger ou à cause d'elle ? La vérité est sans doute dans les nuances. Le sentiment du péril, réel (dans l'alpinisme actit) ou figuré (dans la contemplation pure type Ruskin), est une qualité de l'émotion alpine mais n'a pas une valeur déterminante. »
Combien d'alpinistes partageront cette dernière idée? Que le péril figuré, c'est-à-dire pour les autres, soit une qualité de l'alpinisme contemplatif, c'est un point de vue dont l'alpiniste n'a pas à se soucier. Mais que le danger imaginé, par le souvenir du passé, ne joue pas un rôle déterminant pour le retenir ou le pousser, l'alpiniste ne peut partager une telle opinion. Il îépondrait que si le danger lui était indifférent, s'il ne partait que pour la vie libre et la splendeur des sites, il pratiquerait le camping ou le canoë. Et son adversaire lui répondrait que le canoë aussi est dangereux dans certaines rivières. Réponse qui montrerait leur accord.
Ce n'est pas la fatigue qu'il est intéressant par-dessus tout de vaincre, c'est la peur. Ce qui est difficile, c'est de repartir quand on sait. C'est là, semble-t-il, un rôle déterminant. C'est ce que sentent bien d'ailleurs ceux qui condamnent l'alpinisme puisqu'ils nous font le reproche de nous exposer à des périls sans utilité. Ils oublient par contre, que ces risques nous ne les imposons à personne, nous les partageons avec ceux qui ont accepté de les partager. Réserve/ vos courroux d'abord pour ceux qui se grisent de vitesse en oubliant que la route appartient aussi aux promeneurs paisibles.
Ce goût du risque, cette lutte contre la peur sont-ils, comme le prétend Gayet-Tancrède, une intoxication que l'accoutumance décourage rapidement ? Il y a ici une confusion. Le résultat de l'accoutumance au danger est d'exiger, et jusqu'à une certaine limite seulement, des motifs de plus en plus violents pour provoquer une égale intensité d'émotion. Mais on ne s'accoutume jamais à l'effort de se reprendre en main pour chasser la peur. Plus on sait, moins on a envie de revivre certaines minutes. Et l'une des causes compense les effets d'accoutumance de l'autre. Les courageux, les volontaires, même les cerveaux brûlés lorsqu'ils n'en sont plus à leurs débuts, ne manquent pas en général de lucidité. Les alpinistes en particulier. C'est même pour cela qu'ils manquent de joie profonde.
Dans son récit de la conquête de la face Nord-Ouest de l'Olan, Lucien Dévies, décrivant les dernières heures de l'ascension qui ne lui ont laissé que le souvenir d'une tension nerveuse au paroxysme, conclut : « Peut-être est-ce là une image du bonheur». Non, Devies! C'est là une image de l'existence de ceux qui se refusent au bonheur. Qui ne vivent que pour l'inquiétude de l'entreprise qui va venir, car ils savent qu'ils ne pourront s'accepter demain inférieurs à ce qu'ils ont été hier. Ce n'est pas la lutte qui bannit l'analyse. Elle la diffère. Le bonheur accepte tout, selon l'humeur du jour, l'analyse, la rêverie ou la détente volontaire complète. C'est pour cela qu'il fait son lot des moindres choses. Tandis que la lutte commence seulement lorsque notre dignité ou notre vie entrent en jeu.
Ce n'est peut-être pas à cause d'elle que l'on vient en montagne, c'est certainement pour elle que l'on y retourne. Sans elle, toute ardeur serait sans objet. Elle-même serait vaine si l'enjeu était de faible importance. Il vaudrait mieux s'abandonner au bonheur que de jouer de l'argent. Mais il y a des parties qui, pour certains, valent des enjeux plus graves et de renoncer d'abord au bonheur.
« Je ne concevais la montagne que comme un culte exclusif, se suffisant à lui-même et ne souffrant aucun dérivé. » (G. Franck).
« Pourquoi cesserait-on d'aimer après la douleur ? » (Kappès-Grangé).
« On ne peut renoncer à une course que lorsqu'on ne la redoute plus. » (L. Dévies).
« Nous communions dans le silence et l'attente délicieuse d'on ne sait quelles mystérieuses révélations toujours différées. » (R. Tézenas du Montcel).
Je ne dois pas oublier qu'il s'agit d'une enquête, ni passer sous silence l'exposé par Dillemann d'une thèse plus raisonnable :
« Pour moi, je m'en tiens aux enseignements de Pie XI. On ne doit pas s'exposer sciemment à un véritable danger.. ..
« Malgré tout, l'alpinisme reste un jeu, un agrément de la vie, un de ses plus beaux ornements, mais non son but.
« Celui qui succombe en montagne est un vaincu. On peut le plaindre, jamais l'admirer.
« L'alpiniste doit partir à la montagne avec la quasi-certitude de la vaincre. »
Et comme Dillemann ajoute :
« On ne doit pas aller à la montagne à la recherche du danger, pas plus qu'on ne monte sur un cheval de sang avec l'idée d'être jeté à terre, mais bien de le dominer.»
Nous comprenons qu'il choisit le cheval de sang parce qu'il risque d'être désarçonné. Et qu'il ne saurait être question de dominer un placide percheron, monture d'un cavalier qui se sait vaincu d'avance.
Nous l'avons observé, les images qui s'emparent des alpinistes pendant l'accident appartiennent à un petit nombre de types. Elles paraissent généralement refouler la peur et porter notre lucidité et notre détachement à un point où l'acteur semble devenir seulement spectateur. Sur le moment, analogie par conséquent. Mais, lorsque le danger a cessé, quelle variété monte de l'inconscient pour alimenter la passion ou la réflexion morale !
L'un ne peut se défendre de chercher s'il y a un critérium d'utilité qui puisse justifier de s'être ainsi exposé. Un autre se demande si les obligations de la morale sociale le lui permettent.
D'autres, au contraire, beaucoup de ceux qui se sont tus en particulier, savent qu'ils repartiront malgré le danger et qu'à trop approfondir l'acquisition de telles expériences ils risqueraient de découvrir que c'est plutôt à cause de lui qu'ils continueront.
D'autres enfin, même s'ils sentent évoluer en eux leurs obligations vis-à-vis de leurs semblables, donneront toujours la priorité à celles qu'ils croient avoir envers eux-mêmes.
Où sont les vrais raisonnables ? Où sont les vrais courageux ?
N'est-ce pas un paradoxe de penser que pour des raisons si différentes, pour se trouver ou pour se fuir, des êtres aux convictions philosophiques si dissemblables seront peut-être amenés un jour à s'attacher à la même corde. Ils diront d'une même voix aux retours, tantôt « Course magni-fique », tantôt « Nous avons eu de la veine. Nous l'avons échappé belle. ». Et à leurs récits peut-être que d'autres, différents encore, partiront chercher sur le même terrain des aventures analogues, justifiées d'aussi vains prétextes. Tout cela paraîtra assez peu satisfaisant, mais une enquête ne pouvait prétendre soulever entièrement le voile, tout au plus en présenter quelques replis. Sans convaincre personne, sans empêcher aucun alpiniste de chercher les incertaines justifications qui lui plaisent, sans retenir le sourire sur les lèvres de celui qui ne se croit pas coupable.
Henri SALIN.
(1) : (alias Samivel)
La véritable histoire de Guy Labour.
Je suis l'objet d'un procès en indignité dans le dernier numéro de la revue "La montagne" du CAF, suite à l'article "La véritable histoire de Guy Labour" que j'avais écrit en mars 2010. Voici d'abord l'article incriminé :
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Je découvre (oui, je découvre !) dans le dernier numéro de "La montagne" (mars 2011) cette lettre dans le courrier des lecteurs :
A propos de l’article d’Yves Ballu « La véritable histoire de Guy Labour » paru dans le n° 1/2010 (mars) de La Montagne et Alpinisme.
Pourquoi salir la mémoire de Micheline Morin, Néa Morin et Alice Damesme, qui ont croisé Guy Labour sur le rognon des Nantillons le jour de l’accident de Guy ? Monsieur Yves Ballu prétend que « toutes à leur joie, elles ont oublié leur copain » puis plus loin « des amies l’ont vu vers le lac des Nantillons ; elles auraient pu le dire plus tôt ! ». En vérité, aucun reproche au regard de l’éthique alpine ne peut être fait à Micheline et ses deux compagnes de course, et Guy le premier ne leur a jamais fait aucun reproche. Le soir de leur course, elles n’avaient aucun motif de prendre des nouvelles de Guy, il ne leur avait rien demandé, il assumait son expérience en solo. Les sifflements entendus à la descente ? Personne ne les a identifiés ni localisés, pas plus elles que le guide avec qui elles en ont discuté : pourquoi « charger » Micheline et pas aussi cette autre cordée ? Ensuite, elles ont toutes quitté Chamonix le soir ou le lendemain matin, et ne savaient rien des recherches qui n’ont commencé que plusieurs jours après l’accident. Enfin, dès que Micheline et Néa ont appris par le journal que l’on cherchait Guy en montagne, elles ont téléphoné à Chamonix et donné toutes les informations dont elles disposaient : celles-là même qui ont précisément permis de le retrouver.C’est indigne d’attenter à la mémoire de ces alpinistes remarquables et fort sympathiques, qui sont décédées et ne peuvent se défendre. L’histoire est une magnifique aventure alpine, avec ses aléas et ses coïncidences, inutile d’aller y mettre une faute là où il n’y en a pas.
Marie-Laure Tanon, née Devies, nièce de Guy Labour, qui a lu le récit écrit par Guy lui-même à partir de son carnet, et connaît bien cette histoire.
7 janvier 2011
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Je ne demanderai pas de droit de réponse à la revue, je me bornerai à réagir sur ce blog. Et j'accorde bien volontiers un droit de réponse à madame Tanon.
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Madame Tanon,
Je doute que votre courrier, publié dans le dernier numéro de la revue « La montagne » du mois de mars, serve la mémoire de Micheline Morin, et plus largement celle des « alpinistes remarquables et fort sympathiques, qui sont décédées et ne peuvent se défendre ».
Que vous vous réclamiez de Micheline Morin pour l’avoir connue, que vous évoquiez un témoignage qu’elle aurait pu vous laisser concernant l’accident du Guy Labour, eut été non seulement un bel hommage, mais aussi une contribution intéressante à une histoire qui recèle encore quelques zones d’ombre. Malheureusement, votre lettre n’apporte aucun élément de réponse aux questions qui ont été posées à l’époque - et qui se posent encore aujourd’hui :
- - Pourquoi Micheline Morin et ses deux amies, intriguées par un bruit étrange, n’ont-elles pas pris des nouvelles de leur ami à Chamonix le soir même ? « Elles n’avaient aucun motif de prendre des nouvelles de Guy, il ne leur avait rien demandé, il assumait son expérience en solo », dites-vous. Il est vrai que Guy Labour ne leur a pas dit : « Je compte sur vous pour prendre de mes nouvelles ce soir ». Les alpinistes apprécieront votre argument, en tous cas ceux qui n’attendent pas qu’on leur demande pour prendre des nouvelles d’un ami. J’ajoute que, contrairement à ce que vous affirmez, aucune des trois alpinistes n’a quitté Chamonix le soir même.
- - Pourquoi Micheline Morin, dans son livre « Encordées » a-t-elle supprimé du récit original de son amie Néa (paru dans le « Ladies Alpine Club Journal » de 1935), tout ce qui concernait Guy Labour - en particulier les regrets poignants exprimés par cette dernière ? Vous en a-t-elle parlé ? L’avez-vous interrogée à ce sujet ?
Pour le reste, les mauvais traitements que vous infligez à l’honnêteté intellectuelle n’honorent pas la mémoire de ces « alpinistes remarquables et fort sympathiques » que vous prétendez défendre :
- En citant mon texte de façon inexacte, vous le travestissez grossièrement. En effet, je n’ai pas « prétendu », comme vous l’affirmez à tort que : « Des amies l’ont vu vers le lac des Nantillons ; elles auraient pu le dire plus tôt ! ». J’ai écrit : « Des amies l’auraient vu, prétendument, descendre vers le Lac des Nantillons. Elles auraient pu le dire plus tôt !». Le conditionnel et l’emploi de l’adverbe « prétendument » ne font aucun doute pour un lecteur intelligent et honnête : c’est dans la bouche de l’un des guides qui – faute d’indication précise - écumaient en vain le glacier des Nantillons depuis plusieurs jours à la recherche de GL, que cette phrase (comme tout le paragraphe) est prononcée, pas sous la plume du narrateur, évidemment. La nuance est de taille. La supprimer est tout simplement malhonnête.
- Vous affirmez bien connaitre cette histoire. C’est faux. Et, là encore, intellectuellement malhonnête, car vous avez refusé de lire « L’impossible sauvetage de Guy Labour », le seul livre qui lui ait été (entièrement) consacré, fruit d’un travail de plusieurs années, à partir d’archives et de témoignages auxquels vous n’avez, à l’évidence, pas eu accès. Vous avez lu le carnet de Guy Labour. Soit. Mais, ce témoignage – au demeurant exceptionnel - ne nous apprend pas grand-chose sur ce qui s’est passé en dehors de la crevasse (et pour cause !), et peu de choses sur ce qu’a fait Guy Labour pendant ses quelque 150 heures de claustration. Avez-vous lu le texte de sa conférence donnée au CAF de Nancy en mai 1948 (dans laquelle il regrettait : « Les camarades rencontrés aux Nantillons, étaient, par malchance, tous repartis sans exception ») ? Avez-vous lu les articles de journaux de l’époque (une trentaine), en particulier les six articles de Frison-Roche ? Avez-vous lu le témoignage de Victoire Labour dans lequel on trouve cette phrase bouleversante : « Pourquoi ses camarades l’ont-ils abandonné ? » ? Savez-vous que le soir même de son sauvetage, GL a confié au journaliste Frison Roche : «Des caravanes qui étaient derrière moi ont dû continuer sans me voir […] Je sus par la suite que mes camarades m'avaient entendu siffler, mais avaient pris mes appels pour des cris de marmottes sans y attacher d'importance » ? Avez-vous lu le récit original de Néa Morin, en particulier ces extraits poignants : “Later we regretted bitterly not having paid more attention to what we heard”; “On the other hand, if only we had realised that the noises we heard were in fact distress signals, or if only we had not left Chamonix before it became known that he was missing”; “if Labour had not been found in time we should have been a prey to a terrible incertitude. Had we ignored the cries of our friend ? Had we unwittingly passed by and left him to die ? And from this haunting incertitude no one could ever have freed us”. Avez-vous relu la traduction de Micheline Morin dans son livre “Encordées”? Avez-vous comparé cette traduction avec le texte original ? Vous êtes-vous demandé pourquoi Micheline Morin a supprimé tout ce qui concernait Guy Labour ? Je n’ai pas de réponse. Peut-être en avez-vous une. Mais là encore, poser la question n’a rien d’indigne.
- Votre référence familiale à Guy Labour peut donner le sentiment que vous parlez au nom de la famille, et, en tout état de cause, votre réaction apparait comme telle. La famille, c’est-à-dire les descendants directs de Guy Labour ont-ils été informés de votre initiative ? Sont-ils d’accord avec les termes de votre courrier ? Dans la négative, il me semble que, là encore, l’honnêteté intellectuelle n’y trouve pas son compte.
- Enfin, la référence à Lucien Devies !… Vos arguments étaient-ils si fragiles que vous ayez éprouvé le besoin d’en appeler à cette filiation pour les légitimer ? Franchement, pensez-vous que ce misérable procès en indignité, signé de façon aussi… puérile : « Marie-Laure Tanon, née Devies, nièce de Guy Labour, qui a lu le récit écrit par Guy lui-même à partir de son carnet, et connaît bien cette histoire » soit digne du président Devies dont l’honnêteté intellectuelle et la hauteur de vue faisaient l’admiration de tous ? Permettez-moi d’en douter.











































