Le blog d'Yves Ballu, Cairn

02 février 2013

Alpinisme et alcoolisme. Maurice Herzog et le "Vin du vieux guide".

 

La promotion de certains produits commerciaux, voire de campagnes prophylactiques utilise parfois la notoriété des grands de ce monde transformés pour l'occasion en hommes sandwich.

Comme en témoignent certains documents curieux tels ce buvard vantant le "destin exemplaire de Maurice Herzog" qui, "comme tous les grands alpinistes est toujours resté sobre".

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Maurice Herzog est-il toujours resté sobre ? Dans tous les cas, il n'a jamais eu une réputation d'alccolique, et le choix de son nom pour une telle campagne semble plutôt judicieux .

Les grands alpinistes ont-ils toujours été sobre ? Hum !... L'hôtel de Paris résonne encore de certaines fêtes bien arrosées organisées par les alpinistes parisiens des années soixante... Et puis les guides chamoniards du temps jadis ne buvaient pas tous que du lait.

Par exemple, ces guides et leur porteur qui vident deux bouteilles de blanc avant d'emmener leurs clients en montagne (gravure extraite, avec autorisation, de l'excellent ouvrage de Jean-Pierre Gallay et Christian Mollier "Au pays du Mont Blanc" (2002)) :

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Même résistants, même habitués, il arrivait parfois que certains dépassent leur limite, témoin le registre des réclamations sur lequel des clients se plaignaient de l'intempérence de certains guides:

« M. W. Pardic m’a chargé de porter plainte contre Jean Carrier qu’il avait engagé durant son séjour ici, pour faire le tour du Mont Blanc à Courmayeur et de Chatillon à Zermatt. Il fut cependant obligé de le renvoyer au Col de Voza peu de temps après avoir quitté cet endroit, en raison de son état d’ébriété, et de son insolence » (W. Backer 1865)

« Je soussigné J. Baldi déclare avoir demandé un guide à Chamonix le 7 juillet 1875 pour se rendre au glacier des Bossons. Arrivé au chalet qui domine le glacier, le guide Favret Michel Auguste s’absenta un instant, puis revint pour nous guider au passage du glacier. Arrivé au milieu, il s’assit sur le glacier et déclara ne pouvoir marcher plus loin. Sa marche, du reste, ne laissait aucun doute sur son état d’ébriété très avancé. Nous fûmes forcés de l’abandonner à la cascade des Pèlerins après avoir eu une certaine peine à sortir du glacier. Des ouvriers qui rentraient à Chamonix nous furent très utiles pour revenir à notre gite » (Baldi, 1875) 

« Le guide Favret Michel Auguste que l’on m’a donné n’a pas prouvé pendant mon excursion qu’il était un guide sûr. Après une halte d’environ une heure de temps au Montenvers, je fus obligé de le faire appeler par ses collègues pour me conduire plus loin, lorsqu’il arriva un peu pris de vin. En continuant notre route sur la Mer de glace jusqu’au Chapeau, il me laissa tout à fait seul, de manière qu’il m’a fallu chercher mon chemin moi-même. Aussitôt que j’étais arrivé dans la vallée, il fut de nouveau à côté de moi » (J.H. Wolff 1878) 

« Le guide qui m’a accompagné hier au glacier des Bossons, Claret Tournier Edouard est indélicat dans sa conduite devant des dames et il n’était pas entièrement sobre. Pendant le trajet au glacier et au retour, il montrait les signes habituels de l’ivresse » (Van Vorden 1878) 

« Je prends la liberté de vous importuner pour vous signaler un fait qui doit être du ressort de votre administration. Le 7 août étant parti de Genève avec ma femme pour Chamonix ; en arrivant – 5h du soir, je me suis présenté au bureau des guides où j’ai demandé si je pouvais de suite avoir deux mulets et un guide pour partir de suite à la Flégère. Le chef des guides me répondit affirmativement et à ma question de la période du temps, il me répondit qu’il fallait 2 heures. Nous prenons donc 2 mulets et l’on nous donna un guide nommé Ernest Paccard. Ne connaissant nullement les usages, je prends le guide que l’on m’offre, mais au bout de 2 kilomètres, je m’aperçois qu’il est complètement ivre. Je prends patience, malgré sa conversation insupportable, mais en route, et au milieu du chemin, après plusieurs faux pas causés par son absence de sobriété, il fait un tel saut qu’il tombe, menace d’entraîner le mulet sur lequel était ma femme, qui a eu une émotion que vous devez comprendre. Je descends de mulet, et je préviens le guide de bien vouloir cesser toute conversation et continuer sa route. Arrivés au chalet proche de la Flégère, je lui ai offert de se rafraichir, mais sur sa demande de prendre un cognac, j’ai refusé, et je me suis vu forcé de le sommer d’avoir à continuer son service, ou je porterai une plainte au chef des guides. Nous avons pu enfin arriver, mais la route s’est passée en invectives. Le maitre d’hôtel de Chamonix m’a engagé à vous écrire pour vous signaler le fait. Je vous prie donc de faire réformer ce guide dont, du reste, la réputation est fort mauvaise, et pour preuve, vous pouvez questionner la personne qui tient le chalet sur la route de la Flégère et l’hôtelier de la Flégère. Je tremble en pensant à la peur qu’aurait pu éprouver une dame seule, comme il en voyage souvent dans ces passages. Il ne faut pas que les étrangers emportent mauvaise opinion des guides de Chamonix. Je dois dire que le lendemain, j’en ai pris un au Montenvers dont je n’ai eu qu’à me louer de la politesse » (Antoine Sourd 1882) 

« Je certifie que le guide Favret Michel Auguste qui m’a conduit ma femme et moi avec une monture au Brévent s’est enivré à cet endroit, est parvenu à Bel Achat et sous la conduite de son mulet avec beaucoup de peine. A cet endroit, il absorba une certaine quantité d’eau de vie et finit par se trouver dans un état atroce qui lui ôta complètement le restant de ses forces et tomba à plusieurs reprises et une dois entre autre en bas de la route qu’il ne put plus se relever. Alors, nous le quittâmes pour demander à Chamonix les réclamations justifiées par la présente » (Ollivier Danziger 1882) 

« Le guide Favret Ernest que nous avons pris pour nous conduire avec deux mulets à Vernayaz s’est enivré au Chatelard et à Finhaut où il a bu de nouveau. Son état est devenu intolérable, je dirais même dangereux pour ma mère, dont il tenait le mulet par la bride. Nous sommes descendus de nos montures et nous avons été à pied jusqu’à Vernayaz par un temps déplorable depuis Salvant. Vous pouvez juger de la fatigue de ma mère après une pareille marche forcée. Je n’insisterai pas sur les grossièretés de cet homme qui ne sont que la conséquence de son ivresse » (René Chaparade 1883) 

« Je soussigné déclare que le guide François Boissonnet, en m’accompagnant aujourd’hui à la Mer de glace et au Mauvais pas, est toujours resté derrière nous, ce qui équivaut à ne pas nous guider du tout, et a trouvé le moyen en route de se griser et de nous traiter de la façon la plus inconvenante. Il serait heureux que ce guide soit puni sérieusement dans l’intérêt des voyageurs ». (Ch. Vasteau 1884)

 « Plainte formée par des voyageurs à l’hôtel du Mont Blanc contre le guide Charlet Julien des Frasserands. A leur retour de la Mer de glace et du Chapeau, les dits voyageurs vinrent déclarer que leur guide Charlet s’était enivré en route et qu’arrivant au-dessous de l’hôtel du Mauvais pas, il causa la chute d’un mulet monté par une dame et par suite, la dame fut jetée par terre et roula sur le chemin avec le guide qui était dans un état d’ivresse complet. Les voyageurs furieux ne voulurent pas payer sa course » (Akula de Venezolano 1887) 

 « Le révérend H.B. George, à son retour d’une ascension au chalet de Lognan, vint déclarer au guide chef que son guide Balmat Michel des Barats s’était enivré au dit chalet, au point de ne pas pouvoir tenir l’équilibre et qu’il fit plusieurs chutes en descendant. Le voyageur très mécontent ne voulu point tenir compte du prix de la course du guide » (H.B. George 1887) 

« Madame Mathilde Prévert est venue me déclarer que le 11 juillet, elle avait eu le guide Couttet Joseph des Praz, qu’elle était très mal contente de ce guide, qu’il était ivre et qu’il avait de la peine à tenir l’équilibre et qu’ils n’avaient pas osé traverser le glacier des Bossons à cause qu’il n’aurait pas pu les aider à traverser, par conséquent, ils ne voulaient pas le reprendre pour traverser la Mer de glace » (Mme Mathilde Prévert 1894)

« Balmat Michel s’est enivré à Bel Achat. Il n’a pas pu finir la course jusqu’au Brévent quoiqu’il était engagé pour toute la course. Nous sommes redescendus seuls et à pied à Chamonix » (Mr et Mme Hanz de Suède 1897) 

«Favret Alphonse s’est enivré depuis le Chapeau » (Ruth Cunningham 1899) 

« Quand mes enfants, deux filles, arrivèrent au Montenvers, elles étaient accompagnées par deux hommes et avaient un mulet. Les deux hommes se dénommaient Couttet. Après le déjeuner, l’un d’eux était manifestement complètement ivre. Incapable de marcher, ni de parler correctement. Ses yeux étaient vitreux, et il affirmait qu’il voyait deux mulets alors qu’il n’y en avait qu’un. Je lui ai dit qu’il était saoul et que je le renvoyais. Il en a convenu » (A.G. Sadgwide 1899) 

« Je soussigné déclare avoir constaté que le guide Devouassoud Jean Albert, que j’avais pris à Chamonix pour faire la traversée de la Mer de glace après avoir été au Montenvers, se trouvait dans un état d’ivresse manifeste en arrivant au Montenvers, et qu’il n’était pas en état de pouvoir nous faire traverser la Mer de glace sans chute, il faisait en un mot des zigzags. En présence de cet état de chose, nous avons été obligés de prendre un autre guide à l’hôtel du Montenvers pour traverser la Mer de glace et nous accompagner jusqu’au Chapeau. (Maurice Crépy 1899)  

« Le guide Pierre Carrier envoyé pour conduire madame Simmons et moi en trois jours à Courmayeur par les Contamines. Il s’est si sérieusement mal conduit que nous fûmes obligés d’abandonner le voyage. Hier, à Bionnay, il était si ivre qu’il roulait sur le chemin. Sur la route de Bionnay, il essaya de nous faire prendre une fausse direction. Heureusement, nous avions une carte de la route et après beaucoup de peine, nous insistâmes pour le faire continuer jusqu’aux Contamines. Là, nous restâmes la nuit dernière, et ce matin, nous avons payé à Carrier 16 francs et nous lui avons donné un paquet pour renvoyer à Chamonix en lui disant que nous abandonnions le voyage en raison de sa mauvaise conduite. Nous allâmes jusqu’au Fayet, en arrivant là, nous avons rencontré l’interprète de Cooks qui nous a dit que Carrier était allé à la Station, le matin, dans un tel état d’ivresse, qu’il a emporté mon paquet qui n’était pas le sien, et l’a envoyé à Chamonix. Nous sommes très étonnés qu’un tel homme ne soit pas exclu des fonctions de guide. Nous avons fait une dépense considérable dans cette affaire et nous sommes obligés d’abandonner le voyage que nous nous proposions d’entreprendre. (William Benvers 1900) 

« Le guide Eugène Couttet qui nous a très bien conduits le 30 juillet au Montenvers etc. nous a conduits aujourd’hui au plan des Aiguilles et sur le glacier des Bossons. Sur l’après-midi, il donnait cause de croire qu’il avait trop bu mais à la fin, il chancelait, était très difficile à comprendre quand il parlait et était tout à fait hors d’état de fonctionner comme guide » (Emile G. Balde 1902)

 « Monsieur et madame Hanser de Lucerne se plaignent de leur guide Edouard Comte. En descendant de la Flégère il avait trop bu et a tellement mal conduit les mulets qu’ils ont dû faire tout le chemin à pied » (Hanser 1902) 

« Cette après midi, le propriétaire de cet hôtel a engagé pour moi un guide pour conduire ma femme au glacier des Bossons. Le nom du guide était Alphonse Fanet. Il avait bu avant de partir, et au restaurant du Glacier, il a certainement bu encore de trop. En traversant le glacier, il nous a été d’un très petit secours, et paraissait trouver son chemin avec difficulté. Au restaurant de l’autre côté du glacier, il a bu encore de plus et pouvait à peine se tenir sur ses jambes, et il était incapable de parler correctement. Il nous ramena cependant à la maison sans accident. (Henry Guenbas Pearson 1902) 

« Le guide Simond Joseph Romain s’est mis au Chapeau dans un état d’ivresse qui ne lui a pas permis de conduire les dames qui lui étaient confiées et qui n’ont pu revenir à mulets que grâce aux gamins » (S. Metter 1902) « Le guide Cachat Edouard que j’ai pris le 18 août 1903 au Montenvers pour me conduire à Pierre Pointue était tout à fait ivre. Il chancelait tout le temps, il trébuchait sur les pierres, marchait tantôt trop vite, tantôt tout lentement etc. Je l’ai laissé au Plan de l’Aiguille craignant de passer avec lui les ravines et le glacier » (Paul Schlesinger 1903)

 « Le guide Tournier Jules qui conduisait la mule le 9 août dernier à la Flégère était tellement ivre que la cavalière trouva la situation très désagréable et dangereuse, et qu’elle a fini par descendre à pied depuis le pavillon du Praz » (H.H. Grining)

 « Le guide Eugène Couttet qui nous accompagnait aujourd’hui à l’excursion de la Mer de Glace nous a laissés partir seuls du Chapeau pour continuer à boire, bien que nous ayons fait à cet endroit une station prolongée. Il nous a rejoints une vingtaine de minutes après notre départ, dans un état d’ébriété manifeste, qui l’empêchait absolument de conduire son mulet » (G. Seeburn 1904)

 « Je déclare que le guide Jules Alexandre Cupelin s’est enivré au Chapeau[1]. Il est tombé trois fois entre le Chapeau et la Mer de Glace. J’ai été obligée de le renvoyer » (Ida Lich 1906)

 « Je dis que le guide Jean Devouassoux n’était pas très bien, je crois qu’il était ivre » (A.A. Waterhouse 1906)

 «Je déclare que le guide Tournier s’est trouvé pendant l’excursion et plus particulièrement dans le trajet de l’hôtel du Montenvers à Tines (passant par le Chapeau), dans un état d’ébriété tel qu’un de nos jeunes gens a été contraint de le conduire par le bras, après une chute significative » (Professeur H. Eugataz le 22 juin 1909) 

« Le 14 juillet à 8h du matin, nous sommes arrivés au Montenvers avec l’intention de faire une course au Jardin de Talèfre. Suivant l’usage, nous avons demandé au guide chef de nous fournir un guide. Une dame devant nous accompagner, nous avons exprimé le désir d’avoir un homme absolument sûr. Cette demande a été faite à 8h ½, l’heure du départ étant fixée à 9h10 (l’heure de l’arrivée du train de Chamonix). A l’heure convenue, aucun guide n’était désigné. C’est alors que le guide chef voulut contraindre le guide Gust Balmat à nous accompagner. Ce dernier était visiblement sous l’influence de la boisson. Il protesta que son tour n’était pas venu, qu’il n’était d’ailleurs pas équipé pour cette course. Finalement, il céda. Comptant sur sa connaissance des lieux, nous espérions qu’il serait en état de nous conduire, mais en cours de route, il nous déclara n’avoir jamais été au Jardin. Arrivé au passage des Ponts, le guide perdait une première fois sa route, confondant les conduites d’eau avec le sentier. Il finit par s’arrêter, regardant le glacier d’un air hébété, complètement incapable de retrouver sa route. Nous protestons énergiquement contre la conduite inqualifiable du guide chef. A lui seul incombe l’entière responsabilité d’un pareil fait. Imposer aux voyageurs un guide manifestement incapable et pris de boisson constitue de sa part un manquement exceptionnellement grave à ses devoirs. Le règlement de Chamonix ne laissant pas aux voyageurs le libre choix de leur guide, il est de toute nécessité que ce choix ne puisse être exercé que par un guide chef présentant toutes les garanties de capacité. Nous estimons que le maintien du guide chef du Montenvers dans l’exercice de ses fonctions constitue un véritable danger pour la sécurité des voyageurs. C’est dans leur intérêt que nous demandons sa destitution » (Ch. et F. de Visscher 1913)

 



[1] Une buvette était installée au « Chapeau », dominant la Mer de Glace, sur le versant opposé au Montenvers.

 

Pendant longtemps, le modèle du guide viril, robuste, et tirant ses forces de la dive bouteille a été en vogue, au point que cette image associant la robustesse en montagne avec la capacité à ingérer de l'alcool, boisson virile par excellence a été utilisée par une célèbre marque de vin :

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13 janvier 2013

Quand Pierre Dalloz n'aimait pas Samivel

Après Georges Sonnier qui évoquait son cousin germain, c'est au tour de Pierre Dalloz d'esquisser un portrait du très grand artiste que fut Samivel.  Nous sommes en 1927. Dalloz dirige alors le Syndicat d'initiative de Grenoble. Samivel n'est encore que Paul Gayet, un gamin de 20 ans qui aime la montagne et qui cherche des revues susceptibles de publier ses dessins. Des dessins un peu naïfs comme celui-ci :

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Las !... Pierre Dalloz n'apprécie guère l'artiste en herbe. Pourquoi ?... Mystère. Mais le moins qu'on puisse dire, c'est que le premier contact n'a pas été très chaleureux...

 

Dalloz Samivel 001

 

Voici un extrait de cette lettre adressée à Jacques Lagarde en 1927:

"Mes fonctions m’obligent à recevoir pas mal de monde et je suis la proie de fâcheux. Et Gayet de son espèce n’est point le seul. Apparemment vous estimez ce garçon ! Le voici revenu, après une longue absence que j’espérais définitive, et il s’est assis, en face de moi, à ma table de restaurant, après m’avoir tendu sa patte molle. Du chien, je ne sais s’il a tous les travers, mais il a certainement l’aptitude à revenir à plat ventre après avoir reçu une pierre. J’ai tenté les pires avanies, mais rien n’y a fait."

 

 

 

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Samivel vu par son cousin Georges Sonnier (rappel)

J'ai déjà eu l'occasion de présenter ici Georges Sonnier, auteur de montagne très estimé pour l'élégance de son écriture. Et j'ai reproduit le portrait qu'il avait fait à ma demande de son cousin germain Samivel.
Pour mémoire, voici le texte de ce portrait tout en nuances subtiles...

Georges Sonnier M43

Samivel[1] est mon cousin germain (sa mère étant la sœur de la mienne). Je fis vraiment sa connaissance durant l’été 1932, que je passai dans le chalet de ma tante, aux Contamines (pas encore Montjoie). ; J’avais alors 14 ans, lui 25 et il exerça aussitôt sur moi le presige des « grands ainés », basé sur ses exploits alpins, sur son talent de peintre et aussi sur un gout très vif de plaire et d’ « épater » qui fait partie de sa personnalité.

Si jeune et inexpérimenté que je fusse, il m’emmena en haute montagne : La Bérangère (3400 m.) puis Tête carrée sur la nord de Trélatète. Courses faciles mais longues, accomplies dans la journée au départ des Contamines ! Cette initiative plutôt rude ne me rebuta pas. Je fus ébloui, au contraire, par la révélation de la haute montagne, que je dois à Paul – et qui a marqué profondément et orienté ma vie. Il fut pour moi un guide sûr et prudent et un parfait maître es-montagne. Nous devions faire ensemble par la suite bien d’autres acensions : m’aiguille du Tour, l’M et les Petits Charmoz, la nord de Trélatère, le Mont-tondu, les Ecrins et Neige-Cordier, le Cunion della Pala, l’aiguille de la Lex Blanche, le pilier nord-ouest d’un des Dômes de Miage etc.

J’ai beaucoup d’admiration pour l’illustrateur, et surtout le peintre de la neige, de la moyenne montagne, qu’il a su interpréter de façon inégalée (en occident, du moins). Je suis plus réservé pour l’écrivain. Il a, et surtout a eu une propension à se gargariser de mots, à accumuler les adjectifs. Beaucoup de ses livres (L’amateur d’abîmes, Le fou d’Edenberg) auraient gagné à plus de concision. C’est d’autant plus surprenant qu’il est, en peinture, d’une grande sobriété d’effets et de détails. J’ai pour ma part pris le parti contraire : celui de l’économie, de la rigueur et presque de la sécheresse, qui me semblent beaucoup mieux accordés à l’univers dépouillé de la haute montagne. Ayant trouvé dans un de ses livres (L’amateur) un coucher de soleil de la taille d’un chapitre, je me suis même diverti à traiter le même coucher de soleil (vu et admiré au refuge Durier) de façon diamétralement opposée, en quelques phrases (« Où règne la lumière », pages 105-106). C’est une expérience littéraire intéressante…

Samivel a, je le répète, le goût et le talent de plaire au public. D’où son succès de conférencier (entre autres). Il y a aussi chez lui une facilité de parole, un « bagout » et une propension humoristique qui le poussent parfois vers l’art du « bonimenteur ». C’est que certains de ses amis ou parents appellent son « côté lyonnais » (son père, mort avant sa naissance, était lyonnais). Il a même écrit un « boniment », en préface, si je ne m’abuse, à la première édition de « L’opéra de pics ».

Je n’insiste pas sur son humour, bien connu. Samivel est un homme de talents ; car il est assez protéiforme et ses dons s’exercent dans beaucoup de directions. Ce qu’il fait est toujours plein d’intelligence et de gout. C’est un photographe et un cinéaste de grande valeur.

Cela dit, la meilleure partie de son œuvre[2] me semble être celle qu’il a consacrée à la peinture. Mais en littérature, certains de ses textes sont excellents. Par exemple, « La réponse des hauteurs » (préface de la seconde édition de « L’opéra de pics ». Je crois noter chez lui depuis quelque temps un effet de dépouillement. Son dernier livre, « L’œil émerveillé », hymne à la nature, renferme de très belles pages. Enfin, un ouvrage tel que « Hommes, cimes et dieux » est une étude d’un sérieux remarquable, dans la documentation comme dans l’analyse.

Georges Sonnier 1978



[1] De son vrai nom Paul Gayet (Tancrède étant le nom de jeune fille de sa mère)

[2] Et, surtout, la plus exceptionnelle

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Zenith de Pierre Dalloz

Zenith de Pierre Dalloz est un texte sublime, peut-être  l'un des plus beaux de la littérature alpine. Publié pour la première fois en introduction à l'album "Haute montagne" (1931), il a été réédité à plusieurs reprises.

Le voici dans sa première version, intitulée "Réflexions sur l'altitude", avant les corrections suggérées par Jacques Lagarde, ami de Pierre Dalloz.

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 Voici le texte définitif, tel qu'il a été publié :

 

Zenith

Nous avons remonté bien des vallées, au fond desquelles nous sont appa­rues des cimes de toutes formes et de tous noms. Chacun de ces souvenirs est marqué pour nous d’une heure du jour ou de la nuit, d’une saison, d’une couleur particulière de la roche. Mais ce n’est pas là l’essentiel. L’essentiel est la qualité d’une émotion qui ne vieillit pas mal­gré les années et malgré la ré­pétition d’un spectacle qui nous est, à la longue, devenu familier.

Cela commence toujours de la même façon. On ne voyait rien devant soi que la monoto­nie des éboulis, que la ligne amollie des pâturages, lorsque, tout à coup, surgit un détail, tellement éloigné en profon­deur et en altitude, marqué d’un tel signe qu’il devient dé­sormais impossible d’en déta­cher le regard. A ce pouvoir de fascination on reconnaît la hau­te montagne.

Point n’est besoin pour être asservi de découvrir une chaîne immense. Le moindre morceau de glace ou de roc y suffit s’il appartient vraiment au monde d’en haut et si, par lui, nous est révélée l’ALTITUDE.

Comme la mer nous permet de percevoir l’étendue, la haute montagne nous rend sensibles les profondeurs immenses du ciel. Nous aimons les nuages pour leur fantaisie sans cesse mouvante et pour les jeux que fait à travers eux la lumière, mais l’impression qu’ils pro­duisent sur nous est sans ver­tige ; à des hauteurs qui nous restent inconnues, ils flottent, sans liaison avec notre sol. Un arbre, au contraire, emprisonne dans ses ramures une quantité bien définie de l’espace; un clocher nous en fait connaître davantage; les montagnes sont les plus grands clochers de la terre. Elles nous émeuvent par l’excès même d’une continuité à laquelle nos sens ne sont pas habitués. Par une transition insensible, de repère en repère, notre regard s’élève vers des régions encore terrestres, mais retranchées dans l’inaccessible, voilées par des couches d’air de plus en plus bleues. Étonnée par le spectacle de ces dimen­sions si différentes de la sienne, notre petitesse humaine croit découvrir en elles une image de l’infini.

Les monts ne sont pas l’in­fini mais ils le suggèrent. On les a confondus avec l’altitude; autant confondre l’âme et ses visages, la vérité et ses témoi­gnages.

Bien peu ont su dépasser les indications grossières de leurs sens, entendre le silence, voir l’invisible. C’est la perception de l’abîme sans contours qui a fait jeter à Pascal son cri d’effroi. Plus près de nous, Mallarmé devient d’une clarté tragique si nous lui prêtons un sentiment de l’altitude, aigu jusqu’à la souffrance et au vertige. 11 con­naît tout d’instinct : le silence musical, la lumière sombre, les noces de la neige et de l’azur; il rêve de pureté et de stérilité, de métaux polis et de cristaux, de pierreries, de gel. Sa poésie est un diamant noir.

Tel est le monde de l’altitude que nous avons cherché, recon­nu, en escaladant les plus hau­tes montagnes. Souvent nous en avons goûté la saveur. Il en est resté au plus profond de nous une inguérissable nostal­gie. Qui une fois a connu l’al­titude en reste hanté.

 Toute notre jeunesse fut troublée par un appel mystérieux qui n’était pas celui de l’amour. Parfois, il s’éveillait en nous comme une impatience vivace à la vue d’un pêcher en fleurs, d’un ciel étoilé ou bien lorsque le hasard des vents nous jetait un souffle d’air glacé au visage. Nous pressentions un monde inconnu, celui des hori­zons immenses et de la liberté. Les premiers glaciers que nous vîmes ne nous causèrent au­cune surprise; rien ne pouvait être de nous plus attendu que cette fête de lumière, que cette altitude bleue dont la vérité nous était enfin confirmée par les apparences sensibles de la haute montagne.

Depuis le jour déjà lointain de cette rencontre entre notre rêve et le réel, l’altitude nous est devenue familière. Par une persévérance attentive, par une longue série d’observations et de confidences, nous avons ap­pris à connaître les signes par lesquels elle se manifeste. Que de l’union mystérieuse des mots naisse la réalité de ce qui ne saurait être décrit.

Lorsque notre sang bat dans nos tempes ; lorsque l’air glacé dessèche notre gorge et pénètre au plus profond de nous-mêmes comme un fluide infini­ment précieux et vivifiant ;

Lorsque nous n’avons plus faim, mais soif et que tout nous devient effort, geste ou pensée; lorsque le froid est tel que le piolet colle à nos mains et que les horizons sont embués par nos larmes ;

Lorsque la surface de notre terre nous apparait comme un visage vivant, mais comme le visage ravagé d’une créature qui aurait beaucoup souffert ;

Lorsque d’un seul coup d’œil, nous découvrons les déchire­ments et les blessures ancien­nes, les alliances compliquées des chaînes, l’union ou le di­vorce des eaux ;

Lorsque toute vie animale ou végétale est absorbée dans le creuset gigantesque ;

Lorsque, du fond des vallées, s’élève et meurt à nos pieds la grande voix géologique, la plainte immense de la terre, faite des mille bruits d’en bas, bruits de l’érosion, de l’eau et du vent ;

Lorsque nous sentons que cette plainte, épuisée par sa longue ascension, est incapable d’enta­mer le grand silence supérieur;

Lorsque la perfection même de ce silence est telle qu’elle blesse nos sens ;

Lorsque nous percevons com­me un frissonnement de l’es­pace ;

Lorsque les astres nous appa­raissent en plein jour ;

Lorsque la lumière native glisse d’un infini transparent et noir, lumière obscure comme une lumière qui aurait perdu son reflet;

Lorsque cette lumière pénè­tre directement nos yeux sans les blesser ; mais lorsque la première neige nous réfléchit cette même lumière avec une violence à nous rendre aveu­gles;

Alors, nous reconnaissons l’altitude.

*

**

Quelques années plus tard (une cinquantaine !), j'ai demandé à Pierre Dalloz s'il avait conservé le manuscrit de ce texte admirable. Voici sa réponse :

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Dalloz lettre Zenith 002

 

 

Dalloz lettre Zenith 003Cher monsieur,

Le manuscrit de Zénith !... J’ai dû le mettre au panier il y a plus de cinquante ans. Un seul existe, mais c’est un manuscrit bidon, recopié à la demande d’André Wahl[1] pour un collectionneur de livres sur l’alpinisme.

Je ne me suis jamais beaucoup soucié de savoir l’usage que l’on pouvait faire de mon texte. L’an dernier, j’en ai trouvé des citations sur un calendrier des Postes. Et ma vanité en fut flattée. Il y a trois ou quatre ans, j’ai découvert chez mon coiffeur ( ?) de longs extraits dauns une revue pornographique. Pour faire bonne mesure, le titre avait été piqué par la revue à Lionel Terray : « Les conquérants de l’inutile ». Pour une fois, je priais un avocat d’assigner. L’assignation qu’il m’envoya était un tel charabia que j’ai dû la refaire. Entretemps, la société d’édition de la revue s’était mise en faillite. L’avocat m’avait demandé une provision : 300 000 francs anciens. Je ne les ai pas revus. « Les avocats ne rendent jamais l’argent reçu » me dit mon beau-frère, avocat lui-même.

Cela dit, je vous autorise à reproduire dans votre livre tout ou partie de Zénith. Indiquez seulement la source, pour faire plaisir à mon éditeur : extrait de « Roches, neiges et sables » F. Lanore.

Maintenant, je vais faire en m’appliquant un page d’écriture. Vous la trouverez sous ce pli.

Je ne vous ai pas entendu à la télévision et j’en ai grand regret. D’abord, je n’ai qu’un œil et crains la fatigue. Ensuite mon âge, qui devient grand[2], me rend indifférent à ce qui se passe dans le monde. Ma femme me dit en quelques mots si nous sommes en guerre ou en révolution. Et cela me suffit.

Veuillez croire, cher monsieur, à ma cordiale sympathie. Et bonne chance pour votre bouquin.

Pierre Dalloz

1983



[1] André Wahl, fondateur de la célèbre « Libraire des Alpes ».

[2] Né en 1900, Pierre Dalloz avait alors 83 ans. Il est mort en 1992.

 

Dalloz Zenith manuscrit postérieur 002

 

 

 

 

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04 janvier 2013

Une nouvelle polémique concernant les expéditiosn françaises en Himalaya : la colère de Samivel

 

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"Quand on pense à ce que pourrait être une expédition bien montée comme les anglaises, c’est à en pleurer".

 

L'Annapurna 1950 n'était pas la première expédition française en Himalaya. Elle a été précédée par celle de 1936 au Hidden Peak (revenue bredouille, il n'y a donc pas eu de contestations sur le sommet... ). Mais pour autant, les polémiques ne lui ont pas été épargnées, témoin cette lettre incendiaire de Samivel à son amie Claire-Eliane Engel (auteur de plusieurs ouvrages remarquables sur la montagne, son histoire et sa littérature). La colère de Samivel concerne la composition de l'expédition dont il a été évincé. Dirigée par Henry de Ségogne (alors président du GHM et vice-président du CAF), elle comprenait Pierre Allain, Jean Charignon, Jean Leininger, Louis Neltner, Jean Deudon, Jean Carle, le docteur Jean Arlaud, Marcel Ichac (photographe et cinéaste) et... Jacques Azemar, beau-frère du chef d'expédition, chargé de la logistique au camp de base.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que Paul Gayet-Tancrède, alias Samivel n'a pas apprécié d'avoir été remplacé par quelqu'un qui n'avait jamais mis les pieds en montagne !

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 Saint Paul 23 Février [1936]

Chère amie

Nous allons demain dans le Queyras, puis à Montgenèvre et enfin à Sestrières faire une dizaine de jours de ski. Voilà deux mois que je n’ai pas quitté mon bureau et je serai heureux de retrouver la neige. Bon voyage pour vous à Londres. On vous y questionnera probablement sur l’expédition de l’Himalaya. Que comptez vous dire? Car vous savez que ça devient scandaleux, le mot n’est pas trop fort.

De Ségogne emmène en effet ( à ma place) son beau-frère qui n’a jamais mis les pieds en montagne et qui est chargé de la T.S.F dont il n’avait jamais entendu parler il y a trois semaines. Seulement ce monsieur donne 35000 francs : et voilà.

A la place d’Armand Charlet, on emmène : ... Deudon.

Il y a beaucoup mieux : il y a 10 jours, le "comité" a fait une découverte sensationnelle : il faudra nourrir les porteurs et pour cela emmener une tonne de farine. On n’y avait pas pensé…

Il y a encore bien plus fort… et cette fois ci, je me permets de vous conseiller de vous retenir à votre fauteuil. Jean Carle m’a en envoyé un faire-part... de son mariage, le 26, et savez-vous avec qui ? avec une certaine blonde qu’il avait monté au Couvercle l’année de la Verte et qui l'avait définitivement empêché de monter plus haut. Hein, comme on se retrouve; et admirez la combine : J. Carle se marie le 26, le 28 il doit s’embarquer pour les Indes à Venise. Ou je me trompe fort, ou ces jeunes gens vont aller faire un petit voyage de noces dont la moitié sera payé par les souscripteurs de l’H. La blonde en question est Mlle Hollier Larousse : elle doit avoir du dictionnaire dans les veines et comme état civil, le faire-part porte (sic) : médecin de l’expédition française à l’Himalaya.

N’insistons pas. Quand on pense à ce que pourrait être une expédition bien montée comme les anglaises, c’est à en pleurer.

Rendez-moi le service de dire à Londres au colonel Strutt que je n’en fais pas partie et ceci parce que je n’ai pas mâché ses vérités à de Ségogne. Je vous raconterai le détail quand nous nous verrons. Je suis content que les dessins Mont Sublimes vous aient plu.

Mes meilleures amitiés

 Samivel

 

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30 décembre 2012

Affaire Vincendon et Henry : Silvano Gheser n'était pas tout à fait d'accord avec Walter Bonatti

 

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Silvano Gheser était le compagnon de Walter Bonatti lors de la dramatique ascension hivernale du Mont Blanc, à Noël 1956, au terme de laquelle Vincendon et Henry qui s’étaient joints à eux pour l’ascension de l’éperon de la Brenva, devaient trouver la mort après une interminable agonie. J’ai enquêté pendant deux ans avant d’écrire « Naufrage au Mont Blanc » (Editions Glénat), et, à cette occasion, j’ai rencontré Silvano chez lui. C’était en 1998, et il était dans un état physique et intellectuel exceptionnel, ce qui ne semble malheureusement plus être le cas aujourd’hui. C’est pourquoi je pense que son témoignage, écrit de sa main (sur un papier de listing informatique !...) il y a près de 15 ans, intéressera ceux qui cherchent à savoir ce qui s’est réellement passé entre les deux cordées : leur rencontre la veille de l’ascension au col de la Fourche, la soirée du lundi 24 décembre 1956 au refuge de la Fourche, l’ascension de l’éperon de la Brenva  le mardi 25, la tempête qui a stoppé la progression de quatre alpinistes, le sauvetage de Vincendon et Henry, mercredi matin, par Bonatti qui est redescendu les prendre sur sa corde. La progression jusqu’au col de la Brenva, puis la séparation des deux cordées… Des différences importantes existent entre les récits de Bonatti et celui de Gheser. En particulier concernant la séparation entre les deux cordées. Une séparation que Bonatti réfute, affirmant que Vincendon et Henry étaient tantôt devant, tantôt derrière lui avant qu’il ne finisse par les perde de vue, tandis que Gheser évoque bien une séparation : « Je me détache de leur corde ». J’ajoute qu’en me racontant cet épisode, il me l’a mimé avec force gestes... en bon Italien.

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Voici dans une traduction française son récit magnifique de spontanéité et de naturel :

Noël sur le Mont Blanc

Depuis ma plus tendre enfance, ma grande passion pour la montagne m'a amené à beaucoup la fréquenter. Je suis né dans les Pré-Dolomites, où il est possible d'effectuer des excursions, même très importantes. Mais le vrai contact avec les parois rocheuses, je l'ai eu quand je suis devenu militaire, quand j'ai eu la possibilité de devenir militaire d'alpinisme et de ski, à l'Ecole Militaire Alpine d'Aoste en 1953.

Ainsi, pendant l'été j'étais instructeur de rocher et d'alpinisme aux Alpins de mon bataillon (E Dollo) et pendant l'hiver, je représentais avec d'autres camarades, les troupes alpines Italiennes dans les courses militaires nationales et internationales.

Durant l'automne de 1956, Walter Bonatti fut transféré de Bardonechia à Courmayeur. C'est ainsi que je l'ai rencontré et nous avons eu la possibilité de fréquenter ensemble des gymnases naturels. En décembre de la même année, il me proposa de faire la première ascension hivernale de la Poire, et j'ai accepté très volontiers. Quelques jours avant d'effectuer l'ascension, nous avons fait une brève reconnaissance au Bivouac de la Fourche, afin de voir comment se présentait la paroi, et à cette occasion, nous avons suivi les traces d'alpinistes vers l'éperon de la Brenva. Nous sommes partis de Courmayeur le matin du 24 décembre 1956, dans un autobus qui nous amena au départ du téléphérique, après être passés à l'hôtel Scoiatolo, pour informer l'ami Paneil qui y habitait, de notre intention de faire la Poire. Nous avons pris le téléphérique qui nous amena au refuge Torino. Le temps est très beau et froid, environ -20°C. A partir du refuge Torino, nous avons traversé le col Flambeaux, et nous sommes descendus sur la Vallée Blanche et ensuite nous avons remonté la pente de la Fourche. A moitié pente, nous avons rencontré deux alpinistes qui étaient en train de descendre. En nous saluant, nous apprenons qu'il s'agit du Français aspirant guide Alain Vincendon et de l'étudiant Belge François Henry, qui pensent rentrer à Chamonix, ayant vu quelques brumes à l'horizon, porteuses de mauvais temps. Avec le lever du soleil, le temps était revenu beau et limpide. Et entendant que nous montions au bivouac de la Fourche, ils décidèrent de nous suivre, avec l'idée que eux auraient grimpé à l'éperon de la Brenva.

Par ailleurs, ils montrèrent beaucoup d'intérêt et de satisfaction du fait d'avoir rencontré Bonatti. Nous sommes arrivé à midi au bivouac de la Fourche.

Nota : dans l'article dicté depuis mon lit d'hôpital, le journaliste a fait l'erreur d'écrire que nous avons rencontré Vincendon et Henry au retour de notre inspection de la Poire.

Et après avoir mangé quelque chose, tandis que Vincendon et Henry se reposaient, nous sommes partis en reconnaissance jusqu'au col More. Bonatti, en taillant une marche, casse le manche de son piolet. Et contrariés, nous pensons que nous devrons retourner à Courmayeur et renoncer à la voie de la Poire, car il était opportun de se munir d'un nouveau piolet. Nous retournons à la Fourche, c'est déjà la nuit. Ayant manifesté à Vincendon et Henry le désir de retourner à Courmayeur pour changer le piolet, très généreusement ils nous offrent un de leurs piolets. Bonatti remercie de tout cœur, parce qu'avec ce geste, ils nous ont permis de continuer notre entreprise à la Poire. En faisant l'inventaire du matériel dont nous aurons besoin, plus de la journée suivante, nous nous rendons compte du très bon équipement des alpinistes transalpins. Tandis que moi, j'aurais pu me lamenter de l'insuffisance de la protection des pieds qui consistait pour moi en une paire de chaussures en cuir et des guêtres qui m'avaient été prêtées par l'ami Ludovico Gruno. Le manque d'attention dans le choix d'une protection aussi importante me coûtera très cher : l'amputation de tous les doigts de pied.

Par ailleurs je fis l'erreur de prendre des chaussettes de coton plutôt qu'en laine (pourtant, ces choses, je les enseignais en tant qu'instructeur à mes alpins, mais l'enthousiasme et l'émotion d'affronter une telle entreprise firent passer en second le choix d'équipements appropriés). Nous avons dîné en échangeant nos provisions. Nous nous sommes allongés deux par deux sur le sol en bois du bivouac. Dans l'attente de nous lever à 2h du matin, le matin de Noël. Avant de nous endormir, nous avons parlé de montagne et il s'est instauré une sympathie réciproque, tant et si bien que Bonatti a invité Vincendon et Henry à former une cordée unique, tous pour la Poire. Eux furent enthousiastes d'une telle proposition. Mais dans la suite du discours, ils se sont souvenus qu'ils avaient une obligation à Chamonix et qu'il était donc plus opportun que chaque cordée s'en aille par sa propre voie.

Nota : En me référant à ton fax du 9 février, je te confirme ce qui suit : je ne me souviens plus bien comment a été la cassure du piolet, mais je suis vraiment très sûr qu'on ne pouvait plus s'en servir. Henry lui a offert le sien. Henry a escaladé la Brenva avec un piolet en deux morceaux.

Le matin suivant, 25 décembre 1956, nous sommes réveillés à 2h30. C'était une nuit merveilleuse avec les étoiles qui brillaient et un ciel limpide, un paysage fantastique, candide de neige, une telle nuit promettait une journée suivante magnifique. Nous étions tous quatre de très bonne humeur. Nous nous sommes nourris en échangeant une fois encore le peu d'aliments dont nous disposions. Nous ne pouvions pas imaginer que ce déjeuner là serait pour plusieurs jours, le dernier repas régulier.

Notre départ fut retardé par l'obscurité et nous avons donc dû attendre le lever de la lune. Ce retard eut des conséquences pour tous les quatre, étant donné que nous sommes arrivés tard au départ des deux voies. Au lever du soleil, environ 7h30, nous nous trouvions peu après le col Moore. Nous avions à peine salué les deux transalpins, et nous nous sommes rendus compte que de la Poire, descendaient des avalanches, causées probablement par la première chaleur du soleil. Ceci fut déterminant pour décider de renoncer à la Poire, et retourner en traversant un peu plus haut, pour rejoindre l'éperon de la Brenva. En une heure environ, nous avons rejoint et dépassé à environ 100 mètres sur le côté, Vincendon et Henry, lesquels suivirent nos traces. La neige était dure tandis que la pente était très raide. Vers midi nous sommes arrivés sur une pente très inclinée, à environ 4000 m d'altitude. Bonatti a commencé à faire des gradins et à mettre quelques pitons de sûreté, et malgré ce ralentissement de notre cordée, nous n'avions pas le moyen de voir les deux transalpins. En particulier vers les 2h de l'après-midi, dans une tour d'ombre où le froid était plus intense, je me trouvais à devoir m'arrêter plus que prévu sur un gradin de glace, avec le piolet planté dans la neige dure, pour assurer Bonatti qui me précédait ; j'eus la sensation de ne plus avoir de sensibilité aux doigts des deux pieds. A cause du froid intense, le piton que l'on mettait dans la glace, entrait pour une certaine partie, il fallait l'enfoncer plus pour le rendre sûr. Mais souvent la glace autour du piton se cassait et il fallait répéter la manoeuvre à un endroit différent. Quand je me déplaçais du gradin pour monter jusqu'à Bonatti, je me rendis compte que mes pieds et les chaussures de montagne étaient devenus deux morceaux de bois. Je grimpais aisément pendant 40 mètres, et ainsi nous avons continué jusqu'au coucher de soleil, 5h environ. Nous avons pensé à nous préparer au bivouac, en faisant une niche dans la neige ; et pendant que la lumière du jour nous abandonnait, nous avons entendu les appels de Vincendon et Henry, auxquels Bonatti a répondu en les invitant au calme et à se trouver un lieu protégé pour la nuit. Peu de temps après nous être installés dans la niche, un vent très fort se mit à hurler, et sont apparus les premiers flocons de neige. Ce qui nous a fait comprendre que nous étions au milieu d'une très forte tempête. Il faisait très froid. J'ôtais les chaussures et enfilais les jambes dans le pied d'éléphant d'un duvet qui arrivait aux cuisses, tandis que Bonatti s'est reposé dans la toile de bivouac qui le couvrait sur tout le corps, jusqu'au dessus de la tête. Je me souviens que ce fut une très longue nuit. Je contrôlais le temps sur ma montre phosphorescente dans l'espoir que les heures passent très vite. Tandis qu'entre deux contrôles, il n'était en fait passé tout au plus qu'une dizaine de minutes. Je me souviens qu'à un certain moment de la nuit, à cause de la tempête tellement intense, je demandais à Bonatti d'entrer avec le visage dans son sac, parce que la neige pulvérisée entrait dans les poumons. Et je me sentais suffoquer. La tourmente a continué durant toute la nuit.

Quand nous nous sommes levés, il était environ 9h du matin, et tout était couvert d'une épaisse couche de neige fraîche. Sur le glacier, il y avait un brouillard très dense. Et la tempête persistait. Nous avons mangé un peu de sucre et quelques noix. Nous avons lié ensemble deux cordes et Bonatti est descendu pour aider les transalpins à nous rejoindre sur notre position. Après 1h, nous nous sommes retrouvés tous les 4 ensembles. En une seule cordée, reprenant la voie qui conduit au col de la Brenva.

Ce fut une journée difficile ; nous avancions comme des aveugles étant donné le brouillard et la tempête qui persistait ; et aussi à cause du froid très intense. Malgré le peu de centaines de mètres qui nous séparaient du col de la Brenva, nous avons mis la journée entière, 26 décembre, pour rejoindre ce lieu. Il faut reconnaître à Bonatti un sens de l'orientation extraordinaire, qui lui permettait de contourner des séracs impressionnants, de rester lucide sur le lieu d'arrivée au col de la Brenva. Ce sont des moments que l'on n'oublie pas, comme celui du jour précédent où j'ai rejoint Bonatti : dans le morceau fait de gradins, se détacha dans le grand canal à notre droite, entre le col de la Brenva et le Mont Maudit, une énorme avalanche, et nous avons ressenti une petite partie du souffle épouvantable qui la précédait. Nous nous sommes regardés atterrés par la peur qu'elle nous balaie. La neige pulvérulente qu'elle avait provoquée, resta dans l'air pendant plusieurs heures.

Au col de la Brenva vers 16h, Bonatti enfila le Grand Corridor à pas rapides. Le brouillard et les nuages s'ouvrent, il arrête de neiger. Le vent impétueux continue et il est insupportable : c'est le moment le plus froid de toute notre présence sur le Mont Blanc. A un certain moment, je me vois dépassé en courant sur le côté droit par Vincendon, qui arrête Bonatti, et après lui avoir parlé, ils reviennent tous deux en arrière. Ils nous informent que de continuer sur le versant nord, est autrement dangereux parce que plein de séracs et de crevasses. Notre voie de salut passe par la cime du Mont Blanc. A ce point, Henry et Vincendon enlèvent leurs sacs des épaules, imités par moi-même. Mais Bonatti me reprend avec rigueur et me donne l'ordre de continuer car mêmes quelques minutes d'arrêt peuvent être déterminantes ; probablement lui seulement se rend compte de la situation gravissime dans laquelle nous nous trouvons. Puis peut être pensèrent-ils que les difficultés techniques étant passées, nous étions en sûreté. Voyant que nos amis français persistait dans l'arrêt en ouvrant les sacs à dos pour se nourrir, je remets le sac à dos et je me détache de leur corde afin de suivre Bonatti. Vincendon et Henry me font comprendre qu'ils vont nous suivre tout de suite. Mais nous ne les reverrons jamais plus.

Nous continuons vers la cime d'un pas décidé, sans sentir l'effet de l'altitude. Mais l'immobilité de nos amis nous préoccupe : pourquoi ne nous suivent-ils pas ? Cette question nous nous la poserons plusieurs fois en regardant derrière nous. Durant toutes ces années, et beaucoup l'année passée, en repensant à eux, je n'ai jamais trouvé la raison pour laquelle ils ne nous ont pas rejoint. Ce n'était pas par épuisement car je pense à Vincendon courant après Bonatti afin de l'arrêter alors qu'il partait vers le Grand Corridor. Je n'ai jamais compris non plus pourquoi ils avaient répété le tracé entrepris par Bonatti initialement, et puis stoppé de leur propre initiative. Peut être la réponse se trouve-t-elle dans une remarque que me fit Bonatti bien avant de commencer notre ascension. Il m'avait dit : "Et dire quel discours étranges ont fait au-delà de certaines altitudes, à cause de l'absence d'oxygénation !"'. Il faisait référence à lui-même. Et par conséquent, on fait aussi des choix étranges. Ces derniers temps j'ai appris par des amis français, que après que nous nous soyons laissés au col de la Brenva, Vincendon et Henry sont montés en diagonale au-dessus du rocher Rouge supérieur, pour arriver à la Petite Bosse, et raccourcir la voie qui passait par la cime et rejoindre le refuge Vallot. Mais arrivés à la cote 4600 environ en pleine nuit, ils ont dû affronter un bivouac impossible. Le jour suivant, aveuglés, ils descendirent au Grand Plateau, où ils furent trouvés par l'hélicoptère. La version précise, nous la connaîtrons quand nous nous rencontrerons sur la plus haute cime du royaume, et alors nous nous retrouverons dans les conditions maximales de joie.

 

 

 

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19 décembre 2012

A quoi ressemble le sommet de l'Annapurna, gravi par Maurice Herzog et Louis Lachenal en 1950 ?

Les photos de Maurice Herzog n'ont pas été prises au sommet de l'Annapurna. A combien de mètres était-ils dans la pente où il a brandi ses fanions à bout de piolet ? Il prétend que le sommet lui arrivait à la taille. Ce qui est à l'évidence inexact, d'une part, au vu de la photo, d'autre part du fait que la prise de vue a été effectuée en contre-plongée, ce qui déforme la perspective. Au demeurant, l'arête file à droite, jusqu'au bord de la photo, sans découvrir le sommet. Jusqu'où ? Mystère. Donc, il est impossible de situer le "Vainqueur de l'Annapurna" par rapport au sommet.

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Alors?... On se demande à quoi peut bien ressembler ce sommet... Est-il si pointu qu'on ne puisse s'y tenir le temps d'une photo ? Comme l'Aiguille de Roc sur laquelle se dresse élégamment Gaston Rébuffat sous l'oeil de son ami photographe Georges Tairraz ?

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Non. En cherchant d'autres photos, prises par les alpinistes qui ont gravi l'Annapurna depuis 1950, j'ai trouvé celle de Jean-Christophe Lafaille. Cette fois, le sommet ne fait aucun doute. De même, il ne fait aucun doute qu'il est possible de s'y faire photographier, quand bien même l'arête sommitale est partiellement cornichée.

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Voici une autre photo du sommet. Elle a été prise par l'équipe qui accompagnait l'apiniste espagnole Edurne Pasaban Lizarribar. Là encore, le sommet est bien visible. Et cette fois, aucun doute, il lui arrive bien à la taille... 

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Bon... En cherchant bien, j'ai trouvé une autre représentation du sommet de l'Annapurna. Elle est d'époque, c'est-à-dire de 1950. Avec Herzog et Lachenal.

 

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Annapurna Domenica del Corriere_redimensionner

 

Si Herzog et Lachanal avaient été photographiés comme le représente cette gravure étonnante, il n'y aurait jamais eu de doutes sur la réalité de leur "conquête" ! Mais il est peu probable que l'artiste (G. de Gaspari) ait vu de ses propres yeux le sommet de l'Annapurna. De quels photos s'est-il inspiré ? Sans doute d'aucune, juste de son imagination, transportée par les récits héroïques de l'époque.

Un document étonnant. Non ?...

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07 décembre 2012

Patrick Edlinger : hommage de Piotr Paćkowski et photos d'Yves Ballu...

 

  PATRICK  EDLINGER    N EST  PLUS

 Astre  brillant... suspendu dans la nuit, écrivit  John Keats, poète romantique anglais.

Patrick Edlinger était un grimpeur du libre.  Notre  astre brillant, peut être le seul du siècle dernier,  suspendu dans l'espace du vide, son élément. 

Il s’éteint  vendredi  16 novembre à son domicile  dans  le  haut lieu de Verdon.

Patrick Edlinger  avait un don pour l’escalade, en le regardant  grimper on avait l'impression qu'il défiait  les lois  de gravitation. Était-ce un hasard ? Dans un de ses essais,  Thomas de Quincey écrivit : hasard est un  pseudonyme de Dieu. Il se manifeste quand le créateur ne trouve pas  sa signature indispensable. Athlète de haut niveau, Patrick se déplaçait d’une prise à l’autre  avec  la beauté et l’élégance,  en ne  laissant derrière lui que les traces de magnésie.

Comme  tous  les génies, ce Mozart du vide  a fait des jaloux parmi les  prétendants  au titre du meilleur  grimpeur.  Il n'avait rien à prouver mais il l'a fait. Certaines compétitions d'escalade le démontrent.

Ce  Blond avec bandana rouge a confié sa vie aux bouts de ses mains. Il nous a séduit par son style. Tous ceux qui l'ont connu gardent en mémoire  son sourire énigmatique. Il  nous a  contaminé  par   le plaisir  de grimper. Plaisir mais pas souffrance comme écrivent  certains.  L'escalade était pour lui  une expression de liberté, une passion condamnée,  probablement,  depuis le début à l' inassouvissement.  Patrick  Edlinger a vécu en homme libre.  Il n'a jamais songé à faire de son don un  métier

Après sa disparition  les témoignages   spontanés de sa présence  dans   l’esprit  des grimpeurs, forts et moyens, se multiplient sur les réseaux sociaux.  Cela prouve l'impact de  sa  disparition dans le monde  de  la  grimpe.

 Dans  la presse sur l’internet   les articles  se  suivent  et  se  ressemblent, engraissés par  les propos pretendu cinéastes  et d' autres  plumitifs. Ces  derniers, déguisés    « en  amis »  sont en  fait des  tristes  marchands  de  la  mort  Ils  ont  besoin  de  la  publicité pour  vendre leur produit.

Un vendredi de  l'automne Patrick Edlinger   a commencé  son ascension, une de plus, vers le Royaume des Grimpeurs, où l’apesanteur  est de rigueur.

Je crois fort qu'il  y rejoindra bientôt  son ami Patrick Berhault   mais  aussi     les autres.

Tiens bon Patrick pendant ton  vol !   Et  n'oublies pas de t’arrêter  au bord  de la Mer de Tranquillité ! ….

Piotr  Paćkowski

**********************

En hommage à Patrick, j'ajoute quelques photos. Elles sont signées. Pourquoi ? Parce que j'en ai retrouvé quelques-unes sur Internet. Sans que leurs diffuseurs n'aient pris la peine de me demander quoi que ce soit (à l'exception de Kairn à qui j'ai fourni quelques photos et qui les a créditées correctement). Et quand j'ai tenté d'entrer en contact avec les sites ayant piraté une de mes photos, je n'ai jamais eu de réponse. Sauf une, de la part de l'Est Républicain dont j'ai pu joindre au téléphone le rédacteur en chef adjoint qui m'a le plus simplement du monde expliqué :"On l'a copiée sur Internet" !!!

 Celle-ci, par exemple, qu'on voit un peu partout sur la toile.

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Je l'ai prise à Bardonnechia en 1985, lors d'une compétition. Vous tapez "Patrick Edlinger" sur Google, et vous demandez Images. Regardez combien de fois vous la retrouverez :

altissima.org, babelio.com, bfmtv.com, defunt.be, jeanmarcmorandini.com, verticalmountain.com, fdaf.org, marin56.canalblog.com, 24matins.fr, scoop.it, chronobio.com, estrepublicain.fr etc...

Aucun de ces sites n'a cité ses sources !

 En voici d'autres sans doute uniques : de Patrick à Yalta en 1982, lors de la première compétition internationale d'escalade organisée par les Soviétiques au bord de la Mer Noire, à laquelle participait Patrik avec Eddy Boucher et Laurent Jacob.

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Les admiratrices étaient nombreuses...

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Patrick avec... un casque ! Une exigence des organisateurs soviétiques.

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Sur cette photo, il a un superbe sourire !

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En voici d'autres de Bardonnechia en 1985

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21 novembre 2012

Hommage à Patrick Edlinger par Momo l'arabe dément

Hommage à Patrick Edlinger

               Edlinger_momo

C’était un vrai mec ; un de ceux  à qui je pouvais demander n’importe quoi (bobine de films pour une projection des restos du cœur…) Il était un avant tout un esthète grimpeur dans l’âme et dans le geste. Il s’éclatait dans le Verdon, à Buoux, à Fontainebleau  et ailleurs.  Tu es parti en rêvant à d’autres voie ou blocs  avec toujours le do ré mi fa sol come tempo.  C’était un top grimpeur, un top humain, un top humble et un grand  esthète comme je n’en rencontrerais jamais  plus.  

Tu étais un artiste « fou » qui ne faisait rien de mal mais qui était à la recherche de l’accomplissement de soi pour mieux se connaître.

Peut-être on partagera une autre tranche de vie dans l’autre monde où tant d’amis en commun  nous y attendent…

Momo « l’arabe dément »

*****

Pour ceux qui ne connaitraient pas Momo, voici deux photos de lui, prises au Saussois en 1983. La première avec des cordes sur le dos.

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 La seconde dans la Rech, sans corde...

 

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29 septembre 2012

Que pense Maurice Herzog du livre de sa fille ?

 

Que pense Maurice Herzog du livre de Félicité ?

Il l’a écrit de sa main dans ce mot :

 

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Cher Monsieur,

C'est avec quelque retard que je réponds à votre lettre du 5 juin. C'est que nous avons eu toutes les manifestations du cinquantenaire ! Elles ont pris tout mon temps.

En tous cas, et c'est le but de ce mot, je vous remercie de votre sympathie. Quant à cette polémique -organisée pour vendre un livre d'ailleurs bien médiocre - elle m'a laissé de marbre. En effet, la vérité est une et elle est éternelle. Donc, je suis serein.

Merci encore et bien cordialement à vous.

Maurice Herzog 

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Etonnant ?

Oui. Trop.

Ce n'est pas l’écriture de Maurice Herzog ?

Si !

Alors ?

Alors, Maurice Herzog n’est malheureusement plus capable d’écrire avec une aussi belle écriture. Voire d’exprimer une opinion aussi nette. Félicité qui a offert « Un héros » à son père,  pense qu’il n’est même pas en mesure de comprendre son livre.

Donc, il n’a pas pu écrire qu’il le trouvait polémique, encore moins médiocre !

Alors ?... Alors ?... Alors ?...

Alors, il s’agit d’un faux.

Voici le vrai document.

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File160

Cherchez l’erreur…

Vous ne trouvez pas ?...

Cherchez encore... Comparez... Remontez et redescendez... Encore... Mais oui :

La date ! La vraie est 12 Juillet 2000 et non juillet 2012.

Voilà qui change tout. Car en 2000, c’était du livre de David Roberts "Une affaire de cordée", tout juste publié par les éditions Guérin dont il s’agissait.

Elémentaire, mon cher Watson… Le premier document est donc un faux.

Moralité : on peut tout faire - ou presque - avec un bon logiciel de retouche photo. Et un peu d'humour...

Promis, je ne recommencerai plus !

Et merci à mon excellent camarade Philippe qui m'a signalé cette pièce fort intéressante - je parle de l'original - en vente sur un site Internet.

 

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