Le blog d'Yves Ballu, Cairn

Vincendon et Henry : une nouvelle édition de Naufrage au Mont Blanc

 

Naufrage au mont Blanc-Y

 

Vingt ans après la parution de Naufrage au Mont Blanc (éditions Glénat), les éditions Guérin ont souhaité publier une nouvelle édition illustrée. A l'origine (1997), je n'ai pas voulu que le livre soit illustré, pour épargner la maman de Jean Vincendon qui m'avait autorisé à l'écrire : avoir sous les yeux les photos de son fils, de ses amis, des guides, des militaires, des hélicoptères... relire les journaux de l'époque avec leurs gros titres pas toujours nuancés... aurait sans doute été pour elle une épreuve supplémentaire. Aujourd'hui, le problème ne se pose plus. Hélène Vincendon a rejoint son fils Jean.

Je me suis donc replongé dans la documentation rassemblée au cours de deux années d'enquête : les photos qui m'avaient été communiquées soit pas les organes de presse (principalement le Dauphiné Libéré), soit par les familles et amis, les journaux, quotidiens ou hebdomadaires, français et étrangers, les documents, en particulier les rapports officiels, mais aussi les témoignages nombreux que j'avais recueillis : lettres, notes, enregistrements... J'ai aussi repris contact avec les témoins encore de ce monde, en particulier Claude Dufourmantelle qui a bien voulu m'écrire une préface, et Jean Henry, frère de François, qui a rédigé une postface. Deux textes particulièrement émouvants. J'ai également mis à contribution certains descendants directs des guides : mon ami Gilles Chappaz et Véronique Roman, que je remercie.

Au total, près de 370 documents, et... 370 légendes qui viennent en appui du texte pour voir, derrière "l'affaire Vincendon de Henry", les visages de ceux qui ont vécu ce drame et plus généralement le cadre et l'ambiance dans lesquels il s'est déroulé. Un gros boulot - choix, mise en page, recherches - orchestré par Stéphanie, éditrice, aidée par Morgane. Et pour moi, une première expérience de collaboration avec les éditions Guérin dont j'ai pu apprécier le professionnalisme, la disponibilité et la gentillesse. Un vrai bonheur !

Le livre sera en librairie à partir du 13 avril. Il a été présenté chez l'éditeur le 1er avril. La séance animée par Lorraine est visible ici sur Youtube).

 

 

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Vincendon et Henry, naufragés au Mont Blanc : 60 ème anniversaire

Nöel 1956... bientôt soixante ans que le drame Vincendon et Henry a bouleversé la France et d'autres pays étrangers informés par la presse au jour le jour, des péripéties de l'atroce agonie des ces deux malheureux alpinistes.

Pour pouvoir être sauvés, il leur fallait juste rester en vie. C'est ce qu'ils ont réussi à faire pendant près d'une semaine, assis à même la neige, à 4000 mètres d'altitude, par une température de -30°, avec un vent à décorner les boeufs, les mains gelées ne leur permettant pas d'ouvrir leurs sacs pour sortir la tente et le matériel de bivouac qu'ils avaient trimballés sur leur dos, ivres de fatigue. Une performance inouïe qui est passée presque inaperçue, dans les péripéties de ce sauvetage raté du début à la fin.

France Inter a évoqué ce drame dans l'émission "Affaires sensibles". Fabrice Drouelle l'a (fort bien) raconté, Adrien Carat a (fort bien) préparé le texte, et j'ai complété en précisant certains points lors de l'interview qui a conclu l'émission.

Pour l'écouter, il suffit de podcaster en cliquant sur ce lien.

Voici la plaque commémorative qui a été posée au cimetière de Chamonix en 2007 :

Vincendon et Henry plaque commémorative 012_

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Première ascension de la face nord de l’Eiger en 1938. Alpinisme et propagande nazie

Je vous propose deux documents intéressants.

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Le premier est la préface de l’ouvrage « Um die Eigernordwand » cosigné par les quatre « vainqueurs » de la (tristement) célèbre face nord de l’Eiger Heckmair, Vörg, Harrer et Kasparek. Publié en 1938 par les presses du régime nazi, il s’ouvre sur un hommage aux victimes qui ont payé de leur vie les tentatives précédentes : Max Seldmyer, Karl Mehringer, Toni Kurz, Andréas Hinterstoisser, Edi Rainer, Willy rngerer, Bartol Sandri, Marie Menti : « Votre but et votre action jusqu'à la mort furent pour nous une obligation sacrée nous vous remercions pour votre victoire sur le mur. Ce livre est donc, dédié à votre mémoire ».

Vient ensuite le prologue du docteur Ley « reichorganisationleiter », chef de la propagande nazie : « Je suis fier que deux membres de l’équipe de base du château de notre ordre de SANTHOFFEN aient vaincu en tant qu'alpinistes, la face nord de l’EIGER. Je suis fier et heureusement ému pour les raisons suivantes :

1°) Le fait de vaincre le destin sous une forme quelconque est l'expression de chaque virilité. Si on voulait peser la valeur matérielle, technique ou scientifique d’une telle action, on pourrait la considérer comme superflue, légère ou même dénuée de sens car au sommet de l’EIGER on ne peut ni trouver ni exploiter un quelconque trésor. Cependant, de telles entreprises téméraires valent mille fois mieux pour l'égalité d’un peuple courageux que toutes les suppositions et considérations calculatrices. Si notre peuple ne possédait plus d'hommes aussi téméraires, la jeunesse n'aurait plus aucun exemple sur lequel s'orienter, car enfin, l’ensemble de la vie forme une telle victoire et seules les performances de haut niveau en matière de témérité de courage peuvent réveiller l'être assoupi et qui ne s'intéresse à rien, et l'inciter à faire front au destin et à la vie afin de lui arracher si nécessaire ce que l’on désire. C’est en cela que se situe la valeur inestimable de telles actions. C'est aussi ainsi que s’explique cette poussée toujours renouvelée d’êtres humains téméraires risquant le tout afin de vaincre la nature.

2°) En tant que chef Organisateur de la NSDPA, et partant comme responsable des château de l'Ordre, je suis particulièrement heureux de savoir que c’est deux membres de l’équipe de base du château de l'Ordre qui ont en risquant leur vie vaincu la face nord de l'EIGER. Le Führer disait "les chefs politiques des partis d'avant nous ont porté des parapluies et des chapeaux haut de forme ; les chefs politiques actuels sont des soldats politiques". C'est en cela que l'on constate clairement le changement de notre temps. Le Chef politique de la NSDPA doit être plus que d'autres chefs l’expression de la témérité et du courage dans son peuple. Pour cela, le système d'éducation politique des jeunes cadres de notre parti a comme principal objet de vaincre. Au centre de l'éducation de chaque château de l'ordre se situe la victoire sur la nature sous une forme quelconque. A Grossinsee il s'agit de l'eau, à Vogelsang le climat est dur et brutal. L'EIGER fait partie des régions aux conditions climatiques les plus dures. A Santhofen, c'est la montagne, l'alpinisme et le ski en hiver.

Je salue donc le fait que les membres de l'équipe de base Vörg et Heckmair, de concert avec les deux camarades de la Ostmark Harrer et Kasparek ont vaincu la face Nord en tant qu'expression de notre volonté et en tant qu’expression de notre système d'éducation pure et dure des jeunes cadrer de la NSDPA.

Ce livre dont je suis fier et heureux d’écrire le prologue a été écrit de façon simple et modeste par des hommes d'action qui ont supprimé toute fioriture et se sont contentés d’aligner des faits et c’est pour cela qu'il sera bien reçu par notre peuple. Je souhaite et j'espère que nos chefs politiques le liront plus particulièrement et qu'ils l'étudieront parce qu’il témoigne de façon brillante du sens de la victoire en tant qu’expression de notre temps héroïque ».

Munich. Novembre 1938

Dr. R. LEY

 

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Le deuxième document est un article de la revue « Signal », publiée en 1944 par la propagande nazie. Sous le titre « La muraille infranchissable », l’article revient sur la première ascension de 1938 : « Les chasseurs alpins de l’Eiger : les moniteurs de l’école de combat des chasseurs alpins sont souvent des alpinistes de renom international. Ils se sont distingués dans l’Himalaya, dans l’Atlas ou dans le Caucase. «Signal» raconte ici comment l’un de ces hommes a triomphé, il y a quelques années, de la muraille la plus abrupte des Alpes suisses, le versant nord de l’Eiger dans le massif de la Jungfrau ».

Le caporal Heckmair est instructeur d’alpinisme dans l’armée allemande. On le voit en uniforme grimper dans les Dolomites.

Le journal lui donne la parole : « La meilleure performance d'Heckmair, dont il parle volontiers, fut l'escalade qu’il fit de l'Eiger dans le massif de la Jungfrau. Cette muraille se dresse presque verticalement à 1.600 mètres au-dessus de la vallée. Nul rayon de soleil ne vient la toucher. Sa paroi friable est recouverte hiver comme été d’une cuirasse de glace le long de laquelle les avalanches roulent avec fracas. En été 1938 sept alpinistes y avaient déjà laissé leur vie. Le canton de Berne avait interdit son escalade et il semblait que nul ne s’y hasarderait plus. Puis l'interdiction fut levée et bientôt les alpinistes se rassemblèrent de nouveau à Grindelwald pour tenter un nouvel assaut.

 Un matin de juillet le bruit courut que des hommes avaient commencé l’ascension de la muraille. Dans le demi-cercle décrit par la haute vallée de Grindelwald et d'Alpinglen ainsi que de Scheidegg, longues-vues et jumelles furent braquées des terrasses des hôtels et des refuges, vers le mur de glace. D’innombrables spectateurs de l’Oberland bernois et des autres cantons suivirent avec anxiété les quatre petits points noirs qui avançaient lentement et péniblement sur le roc et la glace. Deux cordées, d'abord séparées, puis réunies avaient osé donner l'assaut: elles se composaient des alpinistes munichois Heckmair et Vörg et des Viennois Kasparek et Harrer.

Des envoyés spéciaux de la presse internationale étaient arrivés en avion. Les indications météorologiques étaient attendues fiévreusement, car le temps jouait un grand rôle pour ne pas dire le rôle essentiel, dans l'expédition. La nervosité s'accrut encore quand, le deuxième jour, le temps se gâta. Les alpinistes durent passer deux nuits sur d'étroites corniches de la muraille, leur sac de couchage déplié sur leur tête. Au bout de 61 heures d'efforts surhumains le but était atteint: la muraille nord de l'Eiger était vaincue.

Andréas Heckmair fait le récit de l'expédition à partir du deuxième matin après une nuit passée sur la muraille: « A cinq heures nous frictionnâmes nos membres engourdis. A sept heures nous bûmes du cacao brûlant qui nous parut excellent et nous poursuivîmes notre route. Nous suivions une crevasse du côté gauche. L’ascension devenait de plus en plus difficile. Nous arrivâmes à un endroit qui nous rappela la crevasse du Dülfer. Il y a dix mètres à gravir verticalement. Nous rassemblons toutes nos forces pour vaincre cet obstacle plus pénible que tout ce que nous avons rencontré jusqu'à présent. Soudain, je manque une prise. Heureusement, je suis solidement assuré. La pierre à cet endroit est particulièrement friable. Nous essayons alors de tourner l'obstacle que nous n'avons pas pu aborder de front.

La crevasse devient de plus en plus étroite. Au bout, elle est fermée par un toit de glace d'où pendent de longues stalactites. Je me hisse jusqu’à atteindre ce toit en saillie. Les parois sont de glace noire et lisse. Il est impossible d'abandonner la crevasse et il paraît également impossible d'escalader ce toit. Impossible! Nous sommes déjà parvenus trop loin; il ne peut être question de retourner. Nous devons vaincre! Avec ma pioche, j'écarte derrière moi des morceaux de glace et j'enfonce profondément un piton dans la glace. Je passe une corde dans le piton, m'attache solidement, et en avant. Au prix de mille difficultés j'arrive à me hisser. Pourvu que le piton tienne; tout mon poids y est suspendu. De ma main libre je saisis un saillant de glace. Comment arriver à exécuter un rétablissement? C'est de la folie. Le morceau de glace cède et je retombe lourdement dans la crevasse.

Je repars en avant. Il faut arriver. Je m'étends aussi loin que je peux et parviens à saisir une autre aspérité. Cette fois-ci ça tient bon. De mon autre main j'abandonne la corde. Deux, trois secondes de tension surhumaine s’écoulent. J'arrive enfin à me hisser sur le toit. Haletant je me dresse sur le plan incliné. L'impossible est réalisé! Je creuse deux trous où mettre mes pieds et j’assure mes camarades. La position clef de la muraille nord est tombée! »

Les deux cordées continuent à progresser lorsqu’un orage se forme.

Heckmair raconte: « Des nuages se rassemblent. Il est trois heures 45 et il fait aussi noir qu’en pleine nuit. Nous avons la chance de nous trouver en dehors du couloir principal des avalanches. Nos camarades nous dépassent et nous les perdons de vue dans l’obscurité. De la poussière de glace commence à tomber; je regarde en l’air et j’aperçois une avalanche qui dévale en grossissant sans cesse. Elle arrive avec une vitesse prodigieuse. Nous sommes à découvert sans aucune protection. Je plante ma pioche dans la glace, entoure de mon bras le cou de Vörg et m’arc-boute. La pression de l'avalanche se fait de plus en plus forte. Nous n'y voyons plus du tout. Combien de temps pourrons-nous encore tenir? L'avalanche se partage sur ma pioche et sur moi-même. Pendant des minutes interminables nous résistons à son passage terrible, menacés d'être emportés.

La violence de la tempête finit par décroître. On commence petit à petit à y voir. Nous osons à peine regarder l'endroit où nos camarades se sont arrêtés. Miracle! Ils sont toujours là. Rapidement nous progressons de quelques mètres et appelons les Viennois pour leur demander s'ils sont sains et saufs. Nous attachons deux cordes ensemble et nous hâtons vers Kasparek et Harrer. Kasparek est blessé à la main par laquelle il se tenait agrippé pour lutter contre l'avalanche. Nous le pansons.

A neuf heures du soir nous sommes encore en chemin. Nous trouvons alors une étroite corniche, large d'un pied à peine et protégée par un léger saillant. Nous passerons la nuit ici. Dans l'obscurité nous nettoyons la place de quelques pierres et morceaux de glace, nous enfonçons des pitons de sûreté dans le mur, suspendons nos sacs de couchage à ces pitons et nous asseyons l'un à côté de l'autre à l'abri de cette tente fragile. Ici la cuisine n'est pas commode à faire. Nous avons à peine la place d'installer notre réchaud. Notre deuxième nuit commence. Le froid devient vif de nouveau. De petites avalanches roulent par-dessus nos têtes. J'appuie ma tête sur le dos de Vörg. Nous sommes tous terriblement fatigués et je ne tarde pas à m’endormir. Il est minuit. A six heures nous nous préparons de nouveau une boisson chaude. Vörg frictionne ses membres, car il n’a pas dormi une seule minute, me laissant m'appuyer sur lui toute la nuit sans que je m'en rende compte, de sorte que je me trouve quelque peu reposé et prêt à la dernière escalade de 300 mètres. Je prends de nouveau la tête et nous quittons l'endroit où nous avons dormi pour rejoindre la crevasse principale d'où nous gagnerons le sommet. »

Heckmair 78 M100 05Heckmair cinquante ans plus tard...

 

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Regards sur la montagne : Ernst Platz, Constant Joseph Brochart

Hé oui, mon dernier message remonte à... un certain temps. Au point que les plus "accros" qui m'ont régulièrement reproché mon silence, ont fini par se lasser...

J'avais des excuses, plus ou moins bonnes (un gros travail pour terminer la rédaction de mon prochain livre dont je parlerai bientôt, et différentes occupations chronophages). Mais je n'en ai plus - même de mauvaises. Alors, la question s'est posée avec une certaine brutalité : si je ne reprends pas maintenant mon blog, il restera en l'état définitivement. La réponse s'est imposée : au travail !

 J’espère que mon ami Jacques Perret ne m’en voudra pas de lui emprunter le titre de son excellent ouvrage : « Regards sur les Alpes » pour vous proposer deux regards dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils expriment des sensibilités différentes…

 Le premier est bien connu des collectionneurs. Il s’agit de l’artiste allemand Ernst Platz (1867 – 1940). Il a pratiqué l’alpinisme et a beaucoup représenté les alpinistes en action, illustrant de nombreux articles, livres et cartes postales, souvent dans des situations difficiles, voire dramatiques.

Voici par exemple le frontispice d’un ouvrage monumental : « Alpine Majestäten und ihr Gefolge » (1901). L’alpiniste en tenue de combat défie les sommets (Eiger, Mönch et Jungfrau) avant de les affronter.

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Autre regard : le même alpiniste qui s’interroge avant une ascension, sans voir, dans son dos, la mort qui le guette (gravure extraite d’une revue de 1896).

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 Dans un registre bien différent, Constant Joseph Brochart (1816 – 1898), portraitiste français de l'élégance féminine qu'il peignait avec un raffinement d'orfèvre n’a sans doute jamais mis les pieds en montagne. Alors, il l’a imaginée… en campant deux jeunes femmes dans l’univers hostile de glaciers et de sommets vertigineux. Mais contrairement à Ernst Platz, le regard de ses héroïnes n’est pas un regard de défi. Il exprime plutôt la crainte, voire l’incompréhension : « Mais que faisons-nous ici ? Pourquoi Constant Joseph nous a-t-il placées dans un endroit aussi effrayant ?». Ces jeunes femmes  sont tellement gracieuses qu’elles donnent à l’œuvre de l’artiste une connotation très romantique. Les gravures sont de grande taille (90 cm par 70 cm). Certains exemplaires sont en noir et blanc. Ceux que j'ai eu la chance de trouver chez mon amie Geneviève Martin qui anime avec passion l'excellente " Librairie Quand Même" sont coloriées.

Duo Gracias Brochart Glacier retouchée PS_redimensionner

 

Duo Gracias Brochart Montagne retouché PS_redimensionner

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Annapurna 1950 : où ont été prises les photos d'Herzog ?

Un sujet inépuisable... J'ai reçu d'Oliver Vanhamme, passionné s'il en est, cette nouvelle contribution au débat. Un travail sérieux et appronfondi. Jugez plutôt...

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La vidéo : Où_ont_été_prises_les_photos_d'Herzog ?

 Une version plus complète est disponible via le lien suivant : http://youtu.be/UT887hts54E

 

NOTES :

 

1  Louis Lachenal, « Carnets du Vertige », Horay, 1956, p. 201 ; Guérin, 1996, p. 254

2 Vidéo « Yannick et Stéphane ont gravi l'Annapurna par la face sud », http://www.youtube.com/watch?v=OqXQ4NokEks

3 Interview TVMountain, vidéo « Annapurna 8091 mètres face sud Népal Yannick Graziani Stéphane Benoist voie Béghin Lafaille », http://www.youtube.com/watch?v=U2ckfcdfKsU&list=UUuoT1bfbPqZT_1ULPcLutaQ aussi sur http://www.tvmountain.com/video/alpinisme/10142-annapurna-nepal-face-sud-yannick-graziani-stephane-benoist-voie-beghin-lafaille.html

4 Sur ce photogramme la pointe Est paraît plus élevée. En raison des turbulences, filmer à l’épaule depuis un hélicoptère exige une grande maîtrise de la part du caméraman. L’horizontalité parfaite de l’image ne peut être constamment garantie.

http://www.broadpeak.org/news.php?news_id=101&w=news&l=en

6 Vidéo « Annapurna (Especial) » de l’émission « Al filo de lo imposible », http://www.rtve.es/alacarta/videos/al-filo-de-lo-imposible/filo-imposible-annapurna-especial/1705548/

7 Desnivel, mis en ligne le 14 décembre 2012, reprenant une interview de Maurice Herzog publiée dans la revue Desnivel numéro 295 de janvier 2011, http://desnivel.com/alpinismo/maurice-herzog-conquistador-del-annapurna-ha-fallecido

8  idem

9  Maurice Herzog, « Annapurna, premier 8.000 », Arthaud, 1951, p. 195

10  Maurice Herzog, « Annapurna, premier 8.000 », Arthaud, 1951, p. 200

11  Louis Lachenal, « Carnets du Vertige », Horay, 1956, p. 201 ; Guérin, 1996, p. 254

12 Maurice Herzog, « Annapurna », « La Montagne » du Club Alpin Français, numéro 350 d’octobre-décembre 1950, p. 101

13 Claude Francillon, « Maurice Herzog : Nous étions véritablement au sommet », Le Monde n° 16107, 8 novembre 1996, p. 26

14  Christophe Raylat, « Annapurna, l’autre vérité », Montagnes Magazine n°198, décembre 1996, p. 26

15 Yves Ballu, « A quoi ressemble le sommet de l'Annapurna, gravi par Maurice Herzog et Louis Lachenal en 1950 », http://yvesballublog.canalblog.com/archives/2012/12/19/25952696.html

16 Le G.H.M. et Jean-Jacques Prieur, http://ghm-alpinisme.fr/data/dossiers/dossiers3/PowerPoint_Annapurna_PDF.pdf , pp. 5, 7

17 Maurice Herzog, « Annapurna », « La Montagne » du Club Alpin Français, numéro 350 d’octobre-décembre 1950, p. 101

18  Christophe Raylat, « Annapurna, l’autre vérité », Montagnes Magazine n°198, décembre 1996, p. 26

19  Charlie Buffet, « Jean-Christophe Lafaille repart sur la route des 8.000 », Le Monde, 3 décembre 2003, p. 26 20 Yves Ballu, « Herzog et Lachenal sont-ils parvenus au sommet de l'Annapurna ? », http://www.kairn.com/fr/activites-montagne/86399/news.html

21 Bruno Lesprit, « Herzog dévisse », Le monde, 13 septembre 2012, http://www.lemonde.fr/sport/article/2012/09/13/herzog-devisse_1760048_3242.html

22  David Roberts, « Une affaire de cordée », Guérin, 2000, p. 266

23 De nombreuses photos prises sur un sommet sont des photos-souvenirs sur lesquelles le sommet n’est pas identifiable. L’« erreur » est donc très commune. Ces photos n’ont probablement pas la même implication historique… 24 Henri Sigayret, « Les expéditions himalayennes françaises au Népal », http://nepalsherpasig.fr/wp-content/uploads/2010/09/BaseDonnees.pdf , p. 8, aussi sur http://www.ambafrance-np.org/IMG/pdf/BaseDonnees.pdf , p. 8

25 Henri Sigayret, « Annapurna, « L’affaire » Herzog », http://nepalsherpasig.fr/wp-content/uploads/2012/11/Annapurna.pdf , p. 11, aussi sur http://www.ghm-alpinisme.fr/index2.php?action=0.3&id=4

26  Maurice Herzog, « Annapurna, premier 8.000 », Arthaud, 1951, p. 198

27 Maurice Herzog, « Annapurna », « La Montagne » du Club Alpin Français, numéro 350 d’octobre-décembre 1950, p. 96

28 Marcel Ichac, « Victoire sur l’Annapurna », Paris Match numéro 74 du 19 août 1950, p. 22, aussi sur http://www.parismatch.com/Actu/Sport/Maurice-Herzog-Revivez-sa-victoire-sur-l-Annapurna-162299

29  Maurice Herzog, « Annapurna, premier 8.000 », Arthaud, 1951, p. 200

30  Maurice Herzog et Marcel Ichac, « Regards vers l’Annapurna », Arthaud, 1951, p. 69

31  Paris Match, numéro 74 du 19 août 1950

32  Henry Day, « Annapurna anniversaries », The alpine journal 2010/11, p. 189

33 David Roberts, « Une affaire de cordée », Guérin, 2000, p. 373 (supplément inclus dans la première édition reliée)

 

 


Vincent Lindon, Samy Seghir, Hafsia Herszi et Jean-Michel Asselin : à vous de jouer !

Dans un récent article, Monique Blanchet, journaliste au Dauphiné Libéré, propose un casting pour l'adaption cinéma de "100 000 dollars pour l'everest".

 

 

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la page en plusieurs morceaux :

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100 000 dollars pour l'Everest

 

 

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« L’Everest, pour des mecs qui n’en ont rien à battre de la montage, y’a pas pire châtiment ! »

Basile, un guide d’origine citadine reconverti en éducateur de rue, les a prévenus. Mais avec une prime de 100 000 dollars à la clé, Freddo, Karim et Kevin qui n’ont jamais mis les pieds en montagne, sont prêts à prendre tous les risques. C’est précisément ce qu’escomptait le président Laurier, sponsor de cette expédition improbable. Il espère ainsi venger sa fille Caroline qu’ils ont sauvagement agressée dans le RER.                                              

Pour Basile, il s’agit d’un double challenge : ramener les trois voyous sains et saufs,et les conduire sur le chemin de la rédemption par la montagne. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est la rencontre à huit mille mètres d’altitude avec un alpiniste en perdition et les conséquences dramatiques de sa décision...

Parfois, les hommes sont plus dangereux que la montagne, car la montagne ne connait ni haine, ni vengeance.

 

Cette semaine en librairie

Publié aux Editions du Mont Blanc, c'est mon troisième roman. Meilleur ou pire que les précédents?... A vous de juger.

Voici quelques extraits pour vous donner envie de vous précipiter chez votre libraire le plus proche, ou plus simplement de le commander directement sur le site des Editions du Mont Blanc.

 

***

À la table VIP, l’ambiance est de plus en plus chaude. La température, d’abord. Les entrailles de la Grange aux belles sont une véritable étuve dans laquelle les boissons – surtout alcoolisées – s’évaporent aussi vite qu’elles sont ingurgitées. Le niveau sonore qui réduit les conversations à des échanges de hurlements. Les esprits enfin, surchauffés :

— On a gagné ! On a gagné !

— N’empêche, on revient de loin : encore un peu, et on se faisait sortir en huitième par le Paraguay. Si Laurent Blanc avait pas marqué le but en or à la cent quatorzième minute…

— Un but, ça suffit pour gagner !

— Et en quart contre l’Italie, on en a pas marqué, de buts : zéro à zéro après les prolongations.

— Comment c’était puissant, les tirs aux buts : à trois partout, Di Biagio qui la cadre pas ! Il nous envoie en demi !

— Heureusement que Thuram s’est réveillé contre la Croatie : lui qui avait jamais marqué en cent quarante-deux sélections, il leur en met deux !

Kevin se lève :

— Et la finale ! J’oublierai jamais ! C’est le plus beau jour de ma vie ! Même à dix, on leur a mis trois–zéro ! Il est trop fort, Zizou ! Et Barthez, dans les cages, comment il a assuré ! On a gagné ! On a…

D’un revers de main, Freddo coupe court pour apprécier la faconde syncopée de Joeystarr : « Tu es ma mire, je suis la flèche que ton entrejambe attire / Amour de loufiat, on vivra en eaux troubles, toi et moi / Mais ce soir faut qu’ça brille, faut qu’on enquille » :

— Comment il gère, ce DJ ! C’est mortel, NTM !

Hochant la tête en rythme, ils sont une douzaine, groupés sur deux opulentes banquettes circulaires autour d’une table encombrée de bouteilles, de canettes et de paquets de cigarettes : l’auditoire de Freddo. Tandis que Kevin mime le rappeur, Karim tripote sa voisine, une fille aux cheveux très noirs et très courts, avec un piercing dans le sourcil gauche. Visiblement pas intéressée.

— Vas-y, Marcela, fais pas ta relou !

L’encouragement de Freddo est reçu cinq sur cinq par Karim qui lui renvoie un geste obscène. Kevin éclate d’un rire écarlate qui finit en quinte de toux.

— Avec Karim, on a ambiancé une belette dans le reur. Trop bonne ! Genre grande classe, une tête d’actrice. J’te dis, la bombe parfaite !

— Comment c’était mortel ! témoigne Karim.

— Elle était trop fraîche… souffle Kevin avec un air attendri. Je l’aurais bien angoissée.

— Raconte…

— Qu’est-ce que tu veux qu’il raconte, l’autre Calimero, il a rien angoissé, ironise Freddo. Demande plutôt à Karim comment il l’a chauffée !

— Au début, elle était pas trop chaudasse, mais quand elle m’a vu, elle a craqué direct sur mon style !

Freddo illustre les propos de son comparse par un mime explicite. Les autres rigolent. Enfin, pas tous. Marcela, qui en a décidément marre des avances de son voisin, l’écarte sans ménagement :

— ¡ Rajá de acá, boludo ! Karim, arrête de me coller ! T’imagine pas que je vais me laisser faire comme l’autre dans le RER !

— C’était une bourge, se défend Freddo.

— Et alors ? Bourge ou pas, ça se respecte, une fille ! Et puis, lâche-moi, j’t’ai déjà dit !

Elle le dégage cette fois d’un violent coup de coude.

— Fais pas ta mijaurée, je sais que tu me kiffes.

— Tu peux toujours rêver !

— Là, tu me respectes pas, Marcela ! Les meufs qui me kiffent pas, elle sont racistes. Hein, Freddo ?

La réponse tarde à venir. Freddo est en train de regarder sa montre. Il la trouve décidément très belle :

— Comment elle est fashion !

— Elle vient des States, précise Karim.

— Freddo, il a aussi des dollars, renchérit Kevin.

Le susnommé coupe court :

— Va dire à Moussa qu’il fasse péter le champagne. On va pas pitancher de la bière toute la nuit. Ce soir, c’est moi qui rince. Yes, mon frère, comment on a assuré dans le reu reu ! On va fêter ça !

*******

— Qu’est-ce que t’en dis, Freddo ?

Rien.

À la différence des autres, il réfléchit avant de parler – lui.

Et l’idée qui vient de lui traverser l’esprit est tellement géniale qu’il ne peut réprimer un sourire : Y’aura personne là-haut pour vérifier qu’on a bien été au sommet ! Il aimerait en faire part à ses comparses, mais ce sera pour plus tard. Il se limite à un clin d’œil, histoire de leur faire comprendre qu’il a un plan. Avant de rendre la sentence :

— Cent mille dollars, on peut pas lâcher l’affaire.

Première manche. Reste la deuxième. Basile reprend le service :

— Bon. Et vous y allez comment à l’Everest ? En stop ?… Vous savez même pas si c’est en Amérique ou en Australie… Et vous vous équipez comment ?… En jean et en Nike ?… Et vous apprenez comment à vous servir d’un piolet, à remonter les cordes fixes, à cramponner dans la glace, à respirer dans l’oxygène rare ? Tels que vous êtes, vous avez pas une chance sur un million d’y arriver. Surtout en deux mois !

— Alors, pourquoi tu le proposes ? renvoie Karim.

— C’est pas moi qui le propose, c’est le père Laurier. Il veut votre peau. Et il pense qu’à cent mille dollars, vous allez mordre à l’hameçon, que vous allez partir à l’Everest et que vous n’en reviendrez pas.

— C’est un coup de bâtard, acquiesce Kevin.

— J’ai dit qu’à cent mille dollars, on lâchait pas l’affaire ! assène Freddo, le point d’exclamation étant assorti d’une baffe.

****

— Au premier de ces messieurs ! a proposé Basile.

D’un signe du menton, Freddo a désigné Kevin. Lequel s’est approché de la crevasse et l’a sondée avant de faire demi-tour :

— On voit même pas le fond !

— Vas-y ! a insisté Freddo. T’es obligé.

— Et pourquoi j’suis obligé ?

— Parce que si t’y vas pas, on n’aura pas nos dollars. Alors, magne-toi le cul !

Nouvelle approche de Kevin, cette fois en mode quadrupède. C’est ainsi qu’il s’est finalement engagé sur l’échelle. Et qu’il l’a traversée, barreau après barreau, jusqu’à la rive opposée où il a enfin pu saisir la main du sherpa. Ce fut ensuite au tour de Karim. Pas plus fier que son prédécesseur. Après quelques ricanement, atermoiements et protestations vivement balayés par Freddo, il s’est mis en position – la même que Kevin – mais au lieu d’hésiter entre chaque barreau, il a filé comme un lapin, se gardant bien de sonder les entrailles de la crevasse. Restait Freddo.

Bien embarrassé :

— Y’a un autre moyen, non ?

— Quel moyen ?

— J’sais pas… Faire le tour ?

— Parce que tu crois que ceux qui ont mis des échelles, c’était pour le plaisir ? Alors, tu te décides ?

Basile l’a mousquetonné sur la main courante :

— Regardez, les autres, le grand chef Freddo va vous montrer de quoi il est capable.

Grand chef a-t-il perçu le ricanement de ses acolytes ? Il leur a jeté un regard annonçant des représailles sanglantes avant de s’installer à califourchon sur l’échelle, jambes pendantes de chaque côté des montants. Par une succession de soubresauts, il a progressé ainsi, décimètre après décimètre, se déhanchant d’un côté puis de l’autre, en appui sur les mains, jusqu’aux derniers barreaux sur lesquels il s’est immobilisé un long moment avant de s’agenouiller avec d’infinies précautions et de se relever en tendant la main au sherpa. Ouf !…

***

Freddo lui rétorquait à chaque fois : « Tu vas voir si on est pas capables. On va lui fumer la gueule, à ton putain d’Everest ! » Et pour une fois, Freddo ne s’est pas trompé… Ils ont marché jusqu’aux limites de leurs forces.

Jusqu’au bout.

Jusqu’au sommet…

Ensuite, tout a basculé dans la vie de Kevin. Tout ce qui s’était passé avant est devenu insignifiant.

Il en aurait presque oublié que la France était championne du monde.

Non, il n’a pas oublié.

Mais il s’en fout.

Vraiment.

Il ne se prend plus pour Fabien Barthez. Il a fait mieux que le « divin chauve » : il a gravi l’Everest !

Le bracelet électronique, il l’a balancé, mais il a conservé une preuve : le petit caillou. Toujours dans sa poche. Donc il ne rêve pas.

Il plane…

À huit mille huit cent quarante-huit mètres.

Jamais il n’oubliera ce mercredi 30 septembre 1998 !

Ce jour-là, il a éprouvé un sentiment nouveau. Tellement nouveau qu’il a mis du temps à comprendre. Au début, il a pensé que c’était de l’orgueil. Mais Basile lui a expliqué que l’orgueil ne dure qu’un temps. Que c’est un sentiment narcissique, brutal, revanchard, qui ne débouche pas sur le bonheur. Il lui a conseillé de réfléchir : « Cherche un peu… ça vaut la peine, tu verras. » De fait, ce qu’il ressentait était à la fois plus puissant et plus joyeux. Presque jubilatoire. Il a fini par trouver : c’était de la fierté. Ce sommet lui appartenait. Cette ascension, ces efforts, ces risques, il ne les avait volés à personne. Dans les jours qui ont suivi, il a découvert quelque chose qu’il ne connaissait pas, et dont il ignorait même le nom : l’estime de soi. C’est Basile qui lui a expliqué. Avant de lui faire lire un beau poème de Kipling, « Tu seras un homme mon fils ».

Devenir un homme ?…

Pour un peu, il était prêt à y croire.

***

Elle n’a pas l’air de souffrir. Sa respiration est régulière. Paupières closes, elle dort.

Vraiment ?…

Jamais encore il ne l’avait vue dormir. Ni elle, ni les autres, d’ailleurs. En général, il s’en va. Ou il les réveille. La vie est si courte.

Fondu enchaîné : la moue désabusée se mue en un sourire énigmatique. Les yeux restent figés en mode coma.

— Ferme la porte.

— Tu me parles, là ?

Cette fois, les paupières libèrent le regard de la Musaraigne. Toujours aussi noir, aussi perçant.

— T’as mis le temps…

— Comment t’as su que c’était moi ? Tu m’as vu entrer ?

— Y’a pas que les yeux pour reconnaître quelqu’un. Surtout toi !… Je t’expliquerai.

Du couloir, parviennent les bruits ordinaires d’une nuit d’hôpital. Plaintes, ronflements, toux… Le chariot se rapproche. Les pas de l’infirmière également.

— Tu veux pas fermer la porte ?

 Elle n’a pas l’air trop mal en point, l’Indestructible. Ses yeux sont cernés d’un halo de bleu mauve qui lui donne un air de clown triste, genre Gelsomina. Et sur son visage, les stigmates de sa chute commencent à s’estomper.

— Alors, tu vas t’en tirer ?

— Tu veux dire que je vais me tirer.

— Quoi ?

— Je vais m’escarpater. J’ai plus rien à faire ici.

Basile jette un œil affolé au tuyau de la perfusion, aux fils qui cheminent depuis les appareils électriques jusque sous les draps :

— Ça va pas, la tête !

— Justement si. Regarde-moi dans les yeux…

Toutes les mêmes…

Obéissant, il la fixe quelques secondes :

— Tu ne remarques rien ?

— Non.

— Bravo !

— C’est bien ce que je dis : t’es complètement barge !

— Ils sont pareils ! Ça veut dire que l’hématome est fini. Le toubib m’a expliqué. Y’a plus de mydriase. Je t’expliquerai. J’ai chouravé des médocs. J’peux me démerder toute seule. Pour les piqûres, j’te laisserai faire. Allez, on y va, querido ?

Décidément…

Basile frissonne en imaginant l’évasion de la Musaraigne. La partie de cache-cache entre couloirs et ascenseurs, le transport sur la moto… Il comprend pourquoi elle lui a demandé de fermer la porte. Si l’infirmière avait entendu ! Il lui faut quelques secondes pour trouver la parade :

— Tu vas tout de même pas sortir en nuisette !

— J’en ai pas.

La preuve : de son bras droit, celui qui ne porte pas de perfusion, elle dégage le drap.

— Hé, mais tu sais que t’es toujours plaisante à regarder !

— C’est vrai ?

C’est encore la main droite qui attrape Basile par le col de son blouson et l’attire vers le lit.

— Tu ne m’as même pas embrassée…

— Ça va pas ! Si la taulière rapplique et qu’elle nous voit en train de bien faire… Déjà qu’elle est à cheval sur les heures de visite ! Et puis, dans ton état, ça pourrait déclencher… comment il a dit l’autre toubib… un hématome extraconjugal. Arrête, la Musaraigne !… Si tu continues, j’vais plus pouvoir raisonner. Ah, putain !…

 

Chacun a repris sa place. Basile sagement assis sur la chaise, Marcela reposant paisiblement sur l’oreiller, le drap parfaitement tiré jusqu’au menton. Il était temps.

L’infirmière.

Pas celle aux stylos bille. Une autre. Plus petite, moins jeune, aussi inquiète.

Elle vient immédiatement prendre le pouls de la malade :

— Vous vous sentez bien ? J’ai eu une alerte en salle de contrôle. Votre rythme cardiaque est monté à cent quarante.

Silence, on compte.

— Soixante-quinze… Apparemment, c’est normal. Vous n’avez pas eu de malaise ?

— Juste une bouffée de chaleur.

 

 

 

Posté par Yves Ballu à 00:18 - Commentaires [8] - Permalien [#]
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Un si long silence...

 

Pour le Blog

Certains lui ont reproché, inquiets de ne rien voir de nouveau sur leur blog favori.

D'autres ne s'en sont pas vraiment aperçus...

Yves BALLU était-il mort ?

Non ! Il a fêté ses 70 ans, mais jusqu'à preuve du contraire, il respire encore.

Alors ?...

Alors, il a été bien occupé ces derniers mois avec la finalisation de... deux livres. Enfin pour être honnête, il n'a écrit que peu de choses dans le premier, qui vient d'être publié chez Flammarion : "Petite bibliothèque du montagnard", une anthologie montagnarde en librairie depuis 15 jours. Il a davantage écrit dans l'autre puisqu'il s'agit d'un roman : "100 000 dollar pour l'Everest" en librairie le 18 novembre.

Voilà pour rassurer les quelque 104 000 visiteurs (à ce jour) de ce blog : les affaires reprennent !

 

 

 

 

Posté par Yves Ballu à 23:35 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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19 mai 2016

Que pense Maurice Herzog du livre de sa fille ?

Que pense Maurice Herzog du livre de Félicité ?

Il l’a écrit de sa main dans ce mot :

 

 

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Cher Monsieur,

C'est avec quelque retard que je réponds à votre lettre du 5 juin. C'est que nous avons eu toutes les manifestations du cinquantenaire ! Elles ont pris tout mon temps.

En tous cas, et c'est le but de ce mot, je vous remercie de votre sympathie. Quant à cette polémique -organisée pour vendre un livre d'ailleurs bien médiocre - elle m'a laissé de marbre. En effet, la vérité est une et elle est éternelle. Donc, je suis serein.

Merci encore et bien cordialement à vous.

Maurice Herzog 

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Etonnant ?

Oui. Trop.

Ce n'est pas l’écriture de Maurice Herzog ?

Si !

Alors ?

Alors, Maurice Herzog n’est malheureusement plus capable d’écrire avec une aussi belle écriture. Voire d’exprimer une opinion aussi nette. Félicité qui a offert « Un héros » à son père,  pense qu’il n’est même pas en mesure de comprendre son livre.

Donc, il n’a pas pu écrire qu’il le trouvait polémique, encore moins médiocre !

Alors ?... Alors ?... Alors ?...

Alors, il s’agit d’un faux.

Voici le vrai document.

File159

 

File160

 

Cherchez l’erreur…

Vous ne trouvez pas ?...

Cherchez encore... Comparez... Remontez et redescendez... Encore... Mais oui :

La date ! La vraie est 12 Juillet 2000 et non juillet 2012.

Voilà qui change tout. Car en 2000, c’était du livre de David Roberts "Une affaire de cordée", tout juste publié par les éditions Guérin dont il s’agissait.

Elémentaire, mon cher Watson… Le premier document est donc un faux.

Moralité : on peut tout faire - ou presque - avec un bon logiciel de retouche photo. Et un peu d'humour...

Promis, je ne recommencerai plus !

Et merci à mon excellent camarade Philippe qui m'a signalé cette pièce fort intéressante - je parle de l'original - en vente sur un site Internet.

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14 octobre 2014

L'épopée du ski

 

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La première édition datait de 1981. Et depuis plusieurs dizaines d'années, le livre - mon premier - était épuisé. Sans doute le serait-il resté pendant... plusieurs dizaines d'années, si les Editions Arthaud ne l'avaient ressorti de leurs placards et ne m'avaient proposé de lui offrir une cure de rajeunissement avant de le rééditer.

Bon... la maquette était un peu "vintage", et le style était celui d'un jeune auteur plein d'enthousiasme. Mais la préface de Frison Roche était toujours aussi intéressante et le dessin original de Samivel toujours aussi savoureux. Alors, on a reconstruit un nouveau livre, avec les matériaux d'époque : nouvelle maquette, nouvelle couverture, nouvelles illustrations, corrections du texte et ajout d'un chapitre.

Voici donc cette nouvelle mouture de "L'épopée du ski".

Et voilà une première interview réalisée chez mes amis de France 3 Alpes le 13 octobre dernier.

 

Posté par Yves Ballu à 17:24 - Commentaires [1] - Permalien [#]