Le blog d'Yves Ballu, Cairn

L'exploit de Christophe Profit dans la face W des Drus. Les regrets de Nicolas Philbert sur son film "Christophe".

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Mon cher Nicolas,

 Je découvre avec intérêt la préface que tu as écrite pour « Dico Vertigo » de Benard Germain aux éditions Guérin, particulièrement cet extrait concernant notre film "Christophe" :"Aujourd’hui, bien des années ont passé, et pourtant... pourtant je ne suis pas totalement en paix avec ce film. La musique ? Trop présente. Une facilité ! C’est de ma faute. Peur du silence, peur du « vide », c’est le cas de le dire. On met souvent trop de musique dans les films. Le scénario ? Cette séquence de pure fiction où Christophe fait une pause au milieu de la paroi pour écouter ses messages téléphoniques ? Trop lourde de sens, fatalement. Comme si ces messages se voulaient « le » message du film. Bien sûr, on est loin d’un film comme Free Solo, Oscar 2019 du meilleur documentaire, qui raconte les préparatifs et l’ascension par un certain Alex Honnold, avec des images à couper le souffle, d’une voie diabolique dans la paroi d’El Capitan, au cœur du Yosemite, film qui atteint des sommets d’efficacité mais aussi d’impudeur et de roublardise puisqu’il n’a de cesse d’entretenir l’appétit pulsionnel du spectateur sur l’air de Tombera ? Tombera pas ? On en est loin en effet, mais tout de même, pourquoi fallait-il que je souligne artificiellement les risques que Christophe Profit prenait en grimpant sans corde ? Les images d’escalade n’étaient-elles pas assez explicites ? Les spectateurs assez grands pour s’en apercevoir ? Hélas, la scène faisait partie de la commande et je n’ai pas osé, pas su m’y opposer. Dommage ! L’ennemi du cinéma, c’est le vouloir-dire. Quand celui-ci est trop manifeste, il devient encombrant, contre-productif. Les films doivent maintenir les questions ouvertes. Anéantir toute trace d’intention. Du reste, un film dit tou­jours autre chose - et d’autres choses - que ce que son auteur a dit, voulu dire ou cru avoir dit. Restent ces longs plans-séquences où Christophe est en train de grimper, la fissure de 45 mètres, le dièdre de 90 mètres, et là, je ne suis pas trop mécontent. Il n’y a pas d’artifice de montage, pas de faux rythme, pas de plans de coupe sur des détails qui viendraient accroître de façon cynique ou calculée le coefficient émotionnel du film."

Je suis désolé d’apprendre que tu n’es pas totalement en paix avec le film « Christophe » depuis près de 35 ans, à cause de moi.

A cause de moi.

Car même si tu as eu la délicatesse de ne pas citer mon nom, je suis bien la cause de tes tourments : « Cette séquence de pure fiction où Christophe fait une pause au milieu de la paroi pour écouter ses messages téléphoniques ? Trop lourde de sens, fatalement. Comme si ces messages se voulaient « le » message du film. » est en effet de moi. Et non seulement je l’assume, mais je la revendique. Au demeurant, je pourrais difficilement m'esquiver, car le générique du film me démasque, précisant en ouverture : « Sur une idée d’Yves Ballu ».

Avant d'aller plus loin, je tiens à préciser que contrairement à ce que tu affirmes : « Hélas, la scène faisait partie de la commande et je n’ai pas osé, pas su m’y opposer. Dommage ! », cette scène ne t’a évidemment été imposée par personne ! Ni par les sponsors de Christophe avec lesquels je n’ai jamais eu le moindre contact, ni par Jean-Pierre Bailly, le producteur qui me l’a confirmé (budget du film : 560 000 francs financés à hauteur de 100 000 francs par les sponsors, 50 000 francs par la télévision et 410 000 francs par la production), ni par feu Pierre-François Degeorges, animateur des Carnets de l’aventure sur Antenne 2 qui n’a jamais imposé quoi que ce soit à un réalisateur. Ceux qui l’ont connu pourront en témoigner. Alors ?...

Alors, souviens-toi… C’est l’inverse qui s’est passé. En tant que coscénariste, je t’ai proposé cette idée de cassette - une séquence de pure fiction, non pour "souligner artificiellement les risques que Christophe Profit prenait en grimpant sans corde" (quel rapport ??), mais pour humaniser cet exploit hallucinant en le situant dans une autre dimension : celle des autres.

J'ai suggéré de filmer Christophe en train de partir de chez lui. Son téléphone sonne. Il ne répond pas, trop concentré sur ses derniers préparatifs. Mais en partant, il se ravise et emporte la cassette sur laquelle sont enregistrés ses derniers messages (nous sommes en 1983...). Cette cassette a une valeur symbolique : elle représente les autres qu’il emmène avec lui et qui l’accompagneront au long de son ascension. Et lorsqu’il aura un moment de doute, il l’écoutera, renouant ainsi le contact avec ces autres qui comptent tant pour lui et qu’il a hâte de retrouver (je n’irai pas jusqu’à affirmer que c’est pour les retrouver plus rapidement qu’il n’a mis que 3h10 pour grimper la W des Drus !...). Malheureusement, tu as refusé de filmer Christophe emportant sa cassette. Du coup, mon « idée » amputée de moitié tombe un peu à plat. Dommage. Mais cela prouve au moins que tu as eu toute liberté pour faire ce que tu voulais, et que personne, pas même ton coscénariste ne t’a imposé quoi que ce soit !

Connaissant bien Christophe, et ayant eu le privilège de beaucoup échanger avec lui dans les premières années de sa fulgurante carrière alpine, je savais combien les autres comptaient (et comptent) dans sa vie, et particulièrement dans cette décision incroyable de refaire, sous l’œil des caméras, à une date convenue, avec une équipe de 12 personnes installées ( !) dans la paroi ouest des Drus, une ascension aussi engagée. Sais-tu que lors de sa première le 30 juin 1982, son père, Pierre Profit, a suivi à la jumelle depuis le Montenvers la progression de son rejeton ? Il n’était pas là par hasard. Il y était parce que Christophe avait souhaité qu’il y soit. Et la lettre qu’il m’a adressée : « L’alpinisme et la paternité » témoigne d’une façon bouleversante des liens qu’il entretenait avec son fils et de la confiance qu'il avait en lui.

Suggérer ce lien, ces liens, à travers un bref message, était-ce une façon « d’accroître de façon cynique ou calculée le coefficient émotionnel du film » ? Franchement, je ne le crois pas. C'était au contraire une façon de faire passer au spectateur "l'appétit pulsionnel du Tombera, Tombera pas". Au demeurant, le coefficient émotionnel du film était très largement assuré par la prestation de Christophe, sa gestuelle, sa respiration, ses imprécations parfois...

Ou bien, était-ce une façon d’éclairer la personnalité attachante de ce jeune homme qui avait tant besoin de retrouver les autres après s'en être momentanément éloigné ? Peut-être, après tout...

En toute amitié.

Yves

 

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 Voici la lettre que m'a adressée Pierre Profit :

"L’alpinisme et la paternité

Vivre en direct une escalade inédite et extrêmement dangereuse de son fils est une expérience rare. Tel a été le cas de l’escalade de la Directe Américaine des Drus en juillet 1982 par mon fils Christophe, en 3h10, en solitaire et sans assurance. J’ai suivi cette ascension à la jumelle militaire depuis le Montenvers.

Oserais-je dire que je n’ai pas éprouvé d’angoisse ni de crainte ? Etais-je anesthésié, blasé face à un phénomène que j’appréhendais d’autant mieux que je l’ai vu naitre et en ai accompagné le cheminement ? Etais-je sadique ou inconscient ?

Je ne crois pas aisé de communiquer mon sentiment. L’attitude d’un père face à la mort possible d’un enfant vécue en direct, bien en vie et qui veut vivre tout en sachant que le risque encouru est extrême, relève de plusieurs réactions psychologiques.

1-            La réaction du propriétaire de son enfant : je ne pense plus avoir cette mentalité, si tant est que je l’ai eue. Si Christophe mourait en montagne, en pleine action, je ne perdrais pas un « bien », mais un compagnon que j’ai mis au monde, dont j’ai soutenu les premiers pas, à qui j’ai présenté ma vision du monde, et devant qui je me suis finalement effacé. Car un père, une mère, bref, des parents, ne sont que les instruments d’une émergence humaine face au Dieu auquel nous croyons.

2-            La réaction de l’ami : celle-là est réelle, car perdre un ami, c’est savoir qu’on ne le reverra plus sur terre et ma peine serait grande car cet homme à qui j’ai donné beaucoup de moi-même, même si cela peut paraitre dérisoire, m’apporte beaucoup, même si mon accord ne se fait pas sur toutes ses actions.

Mais j’essaie de sublimer une réaction finalement très égoïste. Quelqu’un meure et vous laisse seul, désemparé. J’essaie de ne pas me laisser envahir par cette crainte, car la vie continue pour les autres. Et les vivants ont mutuellement besoin des vivants. Que les morts lucides, qui restent présents à mon esprit, et dont l’Esprit demeure éternel, soient le témoignage du courage et de la grandeur des hommes.

3-            La réaction de l’adulte face à l’adulte. Mon fils est un adulte qui a choisi sa forme de vie. Je pense lui avoir fait percevoir que toute action humaine n’a de valeur que si elle sert aux autres hommes, lui avoir fait cerner les obstacles qu’il rencontrera, lui avoir fait choisir les moyens pour les contourner, lui avoir fait sentir la nécessité de l’humilité.

Je crois qu’il l’a compris et que son attitude apparemment insolente ne doit pas nous faire peur.

Sa mort, comme la nôtre du reste, souhaitons-le, sera le terme d’une vie qu’il a choisie, qu’il aime et qu’il pensera avoir bien remplie. Comme nous, il la souhaite la plus tardive possible.

Peut-on rêver mieux ?

Mais on peut rêver en frémissant."

Pierre Profit le 28/03/84

 

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Hommage à Robert Paragot par mon ami Momo

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De mon ami Momo, ce bel hommage à Robert Paragot :



Robert Paragot,un grand Homme qui restera à jamais dans nos mémoires de grimpeurs : un géant qui a su conquérir aussi bien les plus hautes cîmes du monde que le cœur de ses fidèles copains de cordée

Blocs, falaises ou haute montagne, rien ne résistait à Robert Paragot. Il a fait de l’alpinisme un art et de l’escalade un mode de vie à part entière : l’alpinisme perd un héros et les grimpeurs de Fontainebleau pleurent un maître.

Son grand coeur et sa rage de vivre ont toujours été des moteurs qui ont inspiré beaucoup. Quelque soit la difficulté, il ne laissait jamais un proche derrière, même dans les situations les plus exposées ou les moments d’épreuves les plus rudes. Une belle leçon de vie à jamais gravée dans ma mémoire.

Mais quelle époque ! L’alpinisme et l’escalade étaient peu pratiqués ; Robert Paragot a tracé un chemin pour chacun d’entre nous dans cette passionnante connexion de l’Homme avec les plus difficiles traits de Dame Nature. Combien de voies ont vu le jour grâce à ses talents ? Je ne les compte pas mais ma mémoire retient chaque prise tenue comme les notes d’une partition de musique. Dans le respect le plus total, il a été un chef d’orchestre en la matière et m’a guidé bien des fois où je m’égarais dans des chemins sans issue, toujours avec la même constance amicale, une bonne humeur et une joie de vivre qui résonnent en moi toujours aujourd’hui comme une musique réconfortante.

C’était un leader qui brillait par son humilité, un Homme de conviction généreux et profondément humain. La montagne élève ; il a su entraîner derrière lui toute une génération, acceptant même de grimper « à l’ancienne » sur les falaises du Saussois avec Berardini. l’arabe aux pieds nus que je suis né l’oubliera jamais. Dans l’effort, il n’y avait plus de classes, plus de couleur de peau ni d’origine mais seulement des hommes avec la même rage de vivre et une énergie folle qui me rappellent la chance que j’ai eu, Robert, d’avoir pu suivre tes voies et d’être aujourd’hui infiniment redevable pour tout ce que tu m’as apporté.
Douchka,mes enfants et moi sont tristes

Momo

Saussois 83 M 170 14 Momo_Momo sans corde et sans teeshirt au Saussois (dans La Rech) en 1983

Saussois 83 M 170 19 Momo

Saussois 83 Momo M 170 29Momo avec une corde et un teeshirt

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Interview sur France Bleu

 

Yves Ballu, historien de la montagne

Yves Ballu, écrivain grenoblois spécialisé dans l'histoire de l'alpinisme, a été ingénieur, puis "conseiller montagne" au ministère de la jeunesse et des sports. Il possède à ce jour une documentation et des collections exceptionnelles sur le monde de la montagne !

https://www.francebleu.fr

 

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La montagne sous presse

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La montagne a depuis toujours été une source d’inspiration pour la presse écrite, offrant aux journalistes une matière qui a longtemps semblé inépuisable dans des registres aussi variés que les exploits, les drames, l’héroïsme, l’imprudence, l’humour, la fantaisie (volontaire ou non…), la vulgarisation, les sciences, les techniques, les polémiques parfois. Pour autant, l’intérêt porté à la montagne s’accordait-il avec celui des montagnards eux-mêmes, guides et alpinistes ? Pas vraiment. Pas toujours. Il suffit de mettre en regard la presse dite « grand public » avec les revues spécialisées. La même montagne y apparaît sous des jours parfois tellement différents qu’on peine à la reconnaître. Certes, les publics ne sont pas les mêmes. La presse « grand public » s’adresse aux non-initiés, privilégiant autant que possible la spontanéité, le sensationnel, quitte à céder aux approximations, voire à forcer le trait – l’ignorance étant le terreau favori de la crédulité ; le cas échéant, on assène des vérités pas toujours avérées, on porte des jugements définitifs… Dans les revues spécialisées, le propos est à la fois plus technique et plus intime, plus nuancé, plus prudent. Il s’adresse aux aficionados pétris de culture alpine qui partagent les mêmes valeurs – on est entre soi, on sait de quoi on parle, on connaît l’échelle des difficultés, on peut apprécier les performances sans avoir besoin de franchir les frontières du vraisemblable, et il suffit souvent d’une évocation pour susciter l’intérêt, l’admiration, l’envie, le désir.

Entre les hommes et la montagne, c’est une longue histoire, vieille de plusieurs siècles – et certainement bien plus vieille que celle de la presse, voire de l’imprimerie. Difficile en effet de ne pas imaginer que nos ancêtres ont, bien avant nous, levé les yeux vers les montagnes qui les dominaient et se sont interrogés : l’impossible était-il vraiment impossible, ou seulement improbable ? Et l’improbable resterait-il éternellement improbable, ou deviendrait-il possible ? Pour avoir la réponse, les plus intrépides n’ont pas résisté à l’envie de se mesurer aux difficultés de l’altitude, de la verticale, du froid, de l’inconnu… Sans doute ont-ils raconté leurs exploits. Mais la tradition orale s’est perdue dans la nuit des temps, et il ne nous reste aujourd’hui que les écrits – manuscrits, livres et journaux – pour retracer l’histoire de l’alpinisme. Et la comparaison entre ces différentes formes d’expression – qui constituent autant de prismes – n’est pas sans intérêt. Dans la presse, l’événement est traité à chaud, de façon directe, parfois brutale. Dans les livres, la forme est plus policée, le propos plus mature, l’actualité prend la pose – elle devient « présentable ».

Pourtant, il s’agit de la même montagne. Le modèle est resté quasi intact, à quelques éboulements près, et nonobstant une inexorable décrépitude de sa couverture glaciaire. On peut donc apprécier à loisir les « interprétations » des générations successives, et mesurer leur évolution.

 La presse est-elle un témoin neutre des événements ? Donne-t-elle une image pertinente, objective de l’histoire ? Non, évidemment. Au demeurant, ce n’est pas ce qu’en attendent ses lecteurs. Il convient donc de décoder les informations qu’elle propose pour en extraire les faits bruts qui constituent la « matière première » dont disposeront les historiens.

Qui plus est, non seulement la presse n’est pas un témoin neutre, mais il arrive même qu’elle ait un impact sur les événements, qu’elle les modifie, voire qu’elle les suscite. Comment se serait déroulée la conquête du mont Blanc si le savant suisse Horace-Bénédict de Saussure, qui en a conçu l’idée en 1760, avait disposé d’une fanfare médiatique équivalente à celle des « héros » de l’Annapurna ? À quel rythme auraient cédé les sommets des Alpes si L’Illustration, Le Petit Parisien, The Graphic, The Times, The Illustrated London News, l’Illustrirte Zeitung, la Domenica del Corriere, Epoca, ou Paris Match avaient, dès l’origine, tenu en haleine le grand public en publiant les péripéties des premières tentatives, des échecs, des drames, des succès ? Et plus récemment, la génération Desmaison, puis celle des Profit, Escoffier, Boivin, Destivelle auraient-elles été aussi téméraires sans les dithyrambes des grands hebdomadaires illustrés ? On peut même aller plus loin : quel rôle la presse a-t-elle joué dans le regard des hommes sur leurs montagnes ? Pourquoi ne voit-on plus la montagne aujourd’hui comme on la voyait hier ? A-t-elle changé ? Ou est-ce le regard des hommes qui n’est plus le même ? La réponse apparaît avec évidence en parcourant les journaux qui, depuis leur origine, en portent témoignage. C’est précisément l’objet de cet ouvrage : feuilleter les journaux qui ont parlé de la montagne, particulièrement ceux dits « grand public », écrits le plus souvent par des non-spécialistes à l’attention de non-initiés. S’intéresser aux sommets, aux drames et aux exploits, aux victimes et aux « héros » qu’ils ont évoqués, révélés, célébrés – créés parfois. Les suivre dans leurs choix. Les laisser raconter l’histoire de l’alpinisme. À leur façon.

 

 

Il est enfin en librairie... Un beau bébé de quelque 320 pages illustrées de près de 400 reproductions de journaux couvrant la période du 18ème jusqu'à nos jours. Des articles et des illustrations sélectionnés parmis les milliers de journaux et de magazines (grands public - j'ai volontairement laissé de côté les revues spécialisées) que j'ai rassemblés depuis... 50 ans ! Les grands thèmes sont ceux que les journalistes ont affectionnés au fil des 200 ans que couvre cette rétrospective : les grands sommets (mont Blanc, Cervin, Everest, Annapurna...), les drames, les guides, les femmes, les héros... Et comme tous les beaux livres des Editions du Mont Blanc Catherine Destivelle, il ne faut pas hésiter à... le déshabiller. Sous la jaquette, la surprise :

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On commence à en parler

Grand Air - 15 OCTOBRE 2018 - Grand Air - TéléGrenoble

200 ans d'histoire de la montagne avec l'écrivain Yves Ballu, une expé ski et snowboard dans le Karakoram en Himalaya et la présentation des Rencontres Ciné Montagne de Grenoble, 20ème du nom.

http://www.telegrenoble.net

 

La montagne sous presse, Yves Ballu, Editions du Mont-Blanc

Yves Ballu, spécialiste de l'histoire de l'alpiniste et collectionneur revisite 200 ans de drames et d'exploits depuis la 1ère ascension du Mont-Blanc en 1786 . Les sommets, Le Mont-Blanc,le Cervin, Les alpinistes, les hommes, les femmes, les guides, les accidents, les drames, les héros. Yves Ballu parcourt les unes de la presse.

https://www.francebleu.fr

Le 25 novembre prochain de 11h à 12h dans l'émission "Passion Montagne" (podcastable ensuite) :

Une séance de dédicace est prévue à La librairie des Alpes (6 rue de Seine à Paris) le samedi 8 décembre de 17h à 20h.

Un avant-goût

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Grand prix du livre de montagne du Salon de Passy

GRAND PRIX DU SALON INTERNATIONAL DU LIVRE DE MONTAGNE DE PASSY 2018

Le jury : Yves BALLU, président, Claire CRISCUOLO, Directrice de la librairie Arthaud à Grenoble (sans lien avec les éditions Arthaud), Jean-Michel ASSELIN, Jacques PERRET et Philippe REGOTTAZ.

Les ouvrages en compétition : au nombre de 23. Un cru exceptionnel tant par l’abondance des ouvrages présentés que par leur qualité, avec des auteurs déjà distingués par de prestigieux prix littéraires (Philippe CLAUDEL, Prix Renaudot et membre de l’Académie Goncourt ; Michel BUTOR, Prix Renaudot ; François GARDE, prix Goncourt du premier roman ; Paolo COGNETTI, Prix Strega et Prix Médicis étranger…), mais aussi des romans, poésies, bande dessinée et témoignages d’alpinistes émouvants et bien écrits. En voici la liste :

Léonce E.M. : « Topos… »

Françoise Fabre Rodes : « Partitions pyrénéennes »

Pierre Charmoz , Jean-Louis Lejonc : « Sherlock Holmes à Chamonix »

Manuela Gay-Crossier :  « Mon cœur dans la montagne »

Framuso : « La dent de Charlie »

Denis Ducroz : « Le pont de neige »

Gérard Glatt : « Et le ciel se refuse à pleurer »

Philippe Hiriart : « Le refuge »

Patrick  Breuzé  : « La montagne pour refuge »

Cédric Sapin-Defour : « Gravir les montagnes est une affaire de style »

Charlie  Buffet :  « Annapurna une histoire humaine »

Sam Beaugey : “Sales gosses”

Alf B. Bryn : « Cimes et bandits »

Patrice  Gain : « Denali »

Marc Turrel  Lliboutry : « le Champollion des glaces »

Michel  Butor : « Entretiens »

Ludovic Escande : « L'ascension du mont Blanc »

Gilles Modica : « Fontainebleau »

Philippe Claudel : « Entretiens »

François Garde : « Marcher à Kerguelen »

Jean-Marc Rochette : « Ailefroide Altitude 3954 »

Paolo Cognetti : « Les huit montagnes »

Nives Meroi : « Je ne te ferai pas attendre »

Dans un premier temps, le jury a sélectionné 6 ouvrages nominés :

Philippe CLAUDEL : Le lieu essentiel. Entretiens avec Fabrice Lardeau (éditions Arthaud). Le célèbre écrivain nous fait partager sa découverte de l’alpinisme et sa passion pour la montagne avec des mots simples et justes ; beaucoup de montagnards se retrouveront dans ses propos.

Paolo COGNETTI : Les huit montagnes (éditions Stock). L’auteur raconte l’histoire de Bruno, un enfant de la montagne (Val d’Aoste), et de Piero, un enfant de la ville (Milan). Les deux enfants se rencontrent et deviennent amis ; mais le destin finit par les séparer. Dans une langue pure et poétique, Paolo Cognetti évoque la vie rude mais intense des montagnards vue par un citadin.

François GARDE : Marcher à Kerguelen (éditions Gallimard). Les Îles Kerguelen culminent à 1850 m au Mont Ross et la traversée intégrale à pieds de l’ile de la Grande Terre, réalisée par François Garde et ses trois compagnons est une belle aventure humaine, et, pour l’auteur, un voyage intérieur émaillé de réflexions profondes.

Nives MEROI : Je ne te ferai pas attendre (éditions du Mont-Blanc). Nives est une célèbre alpiniste italienne, qui aurait pu être la première femme à gravir les quatorze 8000 ; elle a choisi d’y renoncer pour rester auprès de son mari et compagnon de cordée frappé par la maladie. C’est ensemble qu’ils termineront ce challenge. Un témoignage très émouvant, bien écrit, qui ne peut laisser personne indifférent.

Gilles MODICA et Jacky GODOFFE : Fontainebleau, 100 ans d’escalade (éditions du Mont-Blanc). Ce beau livre relate la saga des « bleausards », qui ont été à l’origine du renouveau de l’alpinisme français mais aussi d’aventures plus ou moins débridées. Un livre un peu trop sage, mais une remarquable rétrospective.

Jean-Marc ROCHETTE et Olivier BOQUET : Ailefroide, altitude 3954 (éditions Casterman). Ce livre est bien plus qu’une simple bande dessinée. Jean-Marc Rochette y relate avec un talent de conteur et de dessinateur son enfance contrariée, la découverte de l’alpinisme, ses ascensions, son rêve inabouti (gravir la face Nord d’Ailefroide) et ses relations avec ses compagnons de cordée… Tout est vrai, tout sonne juste.

 Le palmarès :

 Grand Prix attribué à Nives Meroi : "Je ne te ferai pas attendre"

Mention spéciale du jury à : Jean-Marc Rochette : "Ailefroide, altitude 3954" et à Paolo Cognetti : "Les huit montagnes"

 

 Pour en savoir plus, réécoutez "Passion montagne" sur France Bleu Isère en podcast.

 

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Histoire du ski avant les JO. Sur France Inter avec Jean Lebrun

Jean Lebrun m'a invité à parler de l'histoire du ski. Ou plutôt de la préhistoire du ski, voire de la protohistoire comme l'a qualifiée Frison Roche dans la préface qu'il a écrite pour mon "Epopée du ski" (Arthaud).

A réécouter en cliquant sur ce lien.

Voici quelques images de ces temps anciens.

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Vincendon et Henry, Revol et Mackiewicz : calvaires en montagne.

"Calvaire au Mont Blanc"

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Tel est le titre de l'article publié ce 4 février par "Le Parisien, Aujourd'hui en France" sous la plume de Rosalie Lucas pour évoquer le drame Vincendon et Henry. Avec en introduction une évocation du sauvetage d'Elisabeth Revol.

A retrouver sur ce lien.

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Secours en montagne : Vincendon et Henry ne sont pas morts pour rien.

Demain lundi 5 février, aura lieu à Chamonix la commémoration du 60ème anniversaire de la création du Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne ainsi que du 30ème anniversaire de la création du Centre National d’Instruction du Ski et de l’Alpinisme de la Gendarmerie. Une gravure en bronze, en mémoire de Jean Vincendon et François Henry, sera inaugurée à cette occasion. Joseph Canova, fondeur d'art, qui a réalisé cette oeuvre témoigne :

"En 1957, à l’époque de ce terrible drame j’avais 9 ans. Comme la plupart des familles françaises, nous n’avions pas de télévision, mais comme tous les journaux de l’époque ne parlaient que de cela, nous suivions au jour le jour l’évènement. Ma mère terriblement impressionnée, transposait cette tragédie sur ses deux enfants, et répétait sans cesse : « Heureusement que nous n’habitons pas à Chamonix ».

 Quelque 45 ans plus tard, en 2002, ces vagues souvenirs sont ravivés à la lecture de l’ouvrage d’Yves Ballu : « Naufrage au Mont Blanc ». Un récit parfaitement documenté qui nous amène naturellement à une évidence : ces gamins ne sont pas morts pour rien, puisque suite à leur calvaire a été constitué un corps organisé de secouristes en haute montagne… et cela mérite bien un hommage !

 Que peut faire un artiste ? Comme je fais de la sculpture, en 2003 je planche sur un premier croquis. J’aimerais le modeler en terre, pour ensuite le convertir en  bronze. En 2009, à l’occasion de la diffusion du film reportage de Denis Ducroz : « Naufragés du Mont Blanc : Vincendon et Henry » remotivé et à l’aide de l’ordinateur je reprends ma recherche de 2003… et les années passent.

 Il faudra attendre Janvier 2016, pour qu’un concours d’heureuses circonstances réveille ce beau projet : à l’occasion des vœux municipaux, je rencontre Jean-Pierre Mirabail commandant  du PGHM de Bourg Saint Maurice et en quelques mots je lui expose mon idée. Un rendez-vous est pris et le 20 Janvier 2016, et je lui remets l’avant-projet détaillé : une petite maquette imprimée en 3D…"

 Joseph CANOVA, Fondeur d’art.

 

PGHM

 

 

Voici   un extrait de la plaquette éditée par le PGHM de Chamonix :

1958   : La création des unités de secours en montagne

Le système de secours en montagne était jusqu’à présent bâti sur la solidarité en montagne et le bénévolat. La tragédie de Vincendon et Henry en a montré les limites. L’événement de l’hiver 1956-1957 conduira à l’étatisation du secours en montagne, actée par la circulaire ministérielle du 21 août 1958.

Les Préfets ont désormais la charge de l’organisation du secours en montagne dans les départements concernés.

Une nouvelle organisation du secours s’esquisse : une structure professionnelle doit s’associer aux organismes historiques qui ont fait leur preuve (Ecole de Haute Montagne, Ecole Nationale de Ski et d’Alpinisme et Compagnie des Guides, soutenus et coordonnés par la Société Chamoniarde de Secours en Montagne).

A cette époque, de par son implantation en montagne et la connaissance du milieu de ses militaires, la gendarmerie participe également aux opérations de secours. En 1956, la Brigade de Chamonix a même 9 opérations de secours en autonomie à son actif.

L’étatisation du secours en montagne et l’implication de la gendarmerie conduira à la création du Groupe Spécialisé de Haute Montagne le 2 octobre 1958. Le GSHM, qui est localement appelé la « Brigade Blanche », a désormais pour mission principale le secours en montagne.

Rapidement, le GSHM aura besoin d’être remanié. En effet, le nombre d’engagements sur des missions de secours augmente. En parallèle, les militaires de la Brigade Blanche sont de plus en plus impliqués dans la formation montagne interne à la gendarmerie et à l’ENSA, ou pour des participations à des compétitions de haut niveau. Ces contraintes conduiront à la transformation du GSHM. Il devient Peloton Spécialisé en Haute Montagne en 1961 et est commandé par le Lieutenant Michel Monnier. Les effectifs sont alors doublés, avec la création de douze postes supplémentaires.

 Sur cette période, à partir de 1960, d’autres unités de gendarmerie spécialisées dans le secours en montagne sont mises en place dans les différents massifs français. Actuellement, 60 ans après la création de la première unité, 22 unités de gendarmerie de secours en montagne sont implantées sur tous les massifs du territoire national.

Dans les années 1970, l’arrivée de polémiques entourant certains secours entraîne le désir de dissocier la gestion du secours d’une part et la politique locale d’autre part. Le but recherché est le renforcement de la neutralité des opérateurs du secours.

Cette décision aura pour conséquence le renforcement de la place de la gendarmerie dans le dispositif de secours en montagne. En 1971, le PSHM assure désormais l’intégralité du secours dans le massif du Mont Blanc. Il est rebaptisé Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne le 03 septembre 1971, avec à sa tête le lieutenant Jean-Jacques Mollaret.

En 2018, le PGHM de Chamonix compte 44 militaires à l’effectif : 2 officiers, 2 secrétaires, 3 maître chiens secouristes, 33 secouristes et 4 gendarmes adjoints volontaires.

En 1988, une nouvelle étape est franchie avec la création du Centre National d’Instruction de Ski et d’Alpinisme de la Gendarmerie (CNISAG). Ce centre, basé àChamonix, forme toute la branche montagne de la gendarmerie nationale. Il forme les gendarmes à tous les niveaux : du stage d’initiation à la montagne destiné auxbrigadiers, jusqu’aux stages de haute techicité pour les gendarmes spécialisés dans le secours en montagne. Le CNISAG fête cette année les 30 ans de sa création.

 

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Naufrage au Mont Blanc. Pourquoi Bonatti s’est-il séparé de Vincendon et Henry ?

Naufrage au Mont Blanc.

Pourquoi et dans quelles circonstances Bonatti s’est-il séparé de Vincendon et Henry ?

Suite à de nombreux échanges écrits et téléphoniques, suite également aux différents commentaires publiés sur Summit.post et sur mon blog, je souhaite sinon mettre un terme à la polémique Vola initiée par la « Bonatti controversy » dans Summit.post, du moins clarifier les choses en revenant à l'essentiel.

Dans un premier temps, Vola a remis en cause le témoignage de Bonatti dans Sport et vie : « Tu vas même jusqu’à te convaincre que l’article de Sport et Vie a été écrit par Walter lui-même, alors qu’il s’agit d’un interview d’un journaliste qui a enregistré et retranscrit ce que Walter lui a dit », m’a-t-il reproché. Après avoir contesté mes sources d’information « hautement douteuses », et récusé des "contradictions non validées" (?) de Bonatti qu'il considère comme des "explications plus détaillées", Vola s’est finalement rendu à l’évidence : il a admis l'authenticité de cet article, le plus proche de l'évènement, le plus personnel, le plus complet, le seul qui porte la signature manuscrite de Bonatti - d’autant plus crédible que Bonatti lui-même ne l’a jamais contesté.


 

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« Très bien, a fini par concéder Vola, Bonatti a écrit cet article publié dans Sport et Vie, mais cela ne change rien ».

Cela ne change rien ?...

Voyons.

Si l’on admet que Bonatti a écrit cet article, il ne reste plus qu’à le lire. Et qu’a écrit Bonatti concernant la séparation des deux cordées ? Je cite : « Vincendon et Henry commençaient à peiner et ralentissaient notre progression. Vincendon proposa de faire une halte pour manger quelque chose et reprendre des forces. Mais le temps pressait, ce temps qui est plus impératif dans l’hiver que dans l’été du fait du raccourcissement des jours. Et pour ne rien perdre de la précieuse lumière du jour, nous avons décidé d’un commun accord de former deux cordées […] Pour moi, ce n’était donc qu’un bref au-revoir ».

Sport et vie 008___

En clair :

1- Vincendon et Henry ralentissaient la progression

2- Vincendon a proposé de faire une halte pour manger quelque chose.

3- Il a donc été décidé d’un commun accord de reformer deux cordées.

Sous la plume de Bonatti, la relation de causalité est indiscutable entre les attendus et la décision, et la séparation n'était qu'un "bref au-revoir". La conjonction « mais » évoque une discussion - sans doute tendue - que Gheser a rapportée dans le journal italien La Settima Incom (cité par Bonatti dans Sport et vie), et qu'il m'a confirmée oralement :

La Settima Incom 0005_

« Vincendon et Henry commencèrent à ralentir l’allure. Ensuite, ils se sont arrêtés en proposant une halte pour manger quelque chose afin de reprendre des forces. Bonatti par contre conseillait d’aller vite et il a expliqué au Belge et au Français le danger de passer une nouvelle nuit dehors. Tous deux ont persisté dans leur décision, par conséquent nous nous sommes séparés ». A nouveau, les adverbes "par contre" et "par conséquent" expriment bien la causalité.

A noter la remarquable concordance entre ces deux témoignages parus à un mois d'intervalle (janvier pour Gheser, février pour Bonatti qui citera même l'article de Gheser).

La séparation est donc incontestable, et ses raisons indiscutables. Pour autant, était-elle inéluctable ? Une question que Bonatti s’est sans doute posée et qui l’a peut-être tourmenté sa vie durant, l'amenant à se justifier - alors qu'il n'a jamais été mis en cause publiquement - avec des « explications plus détaillées », au fil de versions successives, franchissant parfois les limites de la contradiction (validée ou non...).

Une évidence : Vincendon et Henry ne pouvaient plus suivre Bonatti.

La veille, au cours de la montée de l'éperon, Bonatti avait déjà noté leur lenteur : "Les voyant monter si lentement, je ne peux m'empêcher de penser que si ensemble nous avions pu faire la voie de la Poire, certainement leur lenteur aurait été très préoccupante. Il est évident qu'ils manquent d'acclimatation, étant peu entraînés" (Rivista Mensile 1957). Dans Sport et vie, il ajoutait, toujours à propos du premier jour d'ascension, la veille, dans l'éperon :"J’ai pensé les attendre, mais ne valait-il pas mieux leur préparer la piste ?". Il ne les avait pas attendus, il avait fait la trace, mais même avec la trace, Vincendon et Henry n'avaient pas été capables de le rejoindre avant la nuit, et le lendemain matin il était redescendu les chercher 100 mètres plus bas, après un bivouac effroyable. Il les avait assurés pour sortir de l'Eperon, et il les avait  gardés sur sa corde - un comportement exemplaire de courage et de générosité. Il ne restait plus dès lors qu'à remonter une pente de neige sans difficultés techniques jusqu'au sommet du Mont Blanc. Mais cette fois, la lenteur de Vincendon (le plus éprouvé) et Henry n'était plus seulement préoccupante, elle était devenue insupportable tant pour Vincendon qu'elle humiliait que pour les autres qu'elle mettait en danger. La séparation s'imposait donc : quel que soit l’endroit précis ou l’heure exacte où elle a eu lieu, elle était devenue inéluctable.

Dès lors, à quoi bon ratiociner sur l’altitude ? Contrairement à ce que qu’affirme Vola, l’altitude est parfaitement explicite dans « Naufrage au Mont Blanc » : très précisément 300 mètres sous le sommet : 

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Mais peu importe. La vraie question est celle-ci : pourquoi une séparation à proximité du sommet aurait été considérée comme un abandon alors que 400 mètres plus bas, elle ne l'était pas ? C’est la conviction de Bonatti - et un argument de défense repris par Vola. Sur quels fondements repose-t-il ? Bonatti ne l'a pas expliqué, Vola pas davantage.

Imaginons l’inverse : Bonatti aurait gardé sur sa corde les malheureux Vincendon et Henry épuisés, pour être sûr qu’ils ne décrocheraient pas et leur éviter un deuxième bivouac. Peut-être même, les aurait-il copieusement admonestés tout au long de la montée facile, mais épuisante,  pour les faire cravacher et les empêcher de succomber à la tentation mortelle de poser leur sac, pour manger ou pour toute autre (mauvaise) raison. A proximité du sommet, alors que le salut était en vue, il les aurait laissés parcourir seuls la cinquantaine de mètres qui restaient avant de basculer sur la descente vers Vallot. Il aurait ainsi pu aller ouvrir le refuge et mettre rapidement à l’abri son compagnon gravement gelé, avant, éventuellement, de revenir les chercher (bien plus facilement que s'il les avait laissés 400 mètres plus bas). Accuser Bonatti d’abandon dans une telle hypothèse aurait été non seulement injuste, mais surtout absurde. Qui l'a fait ?

Qui a accusé Bonatti d'avoir abandonné Vincendon et Henry ? A 400 mètres du sommet ou à 50 mètres ?

Personne.

Partir en guerre contre d'imaginaires détracteurs de Bonatti, c’est se battre contre des moulins à vent.

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Affaire Vincendon et Henry : Jean Henry s'exprime sur l'attitude de Walter Bonatti

Après Claude Dufourmantelle, Jean Henry s'exprime sur l'affaire Vincendon et Henry

Le frère ainé de François vit aux USA depuis l'époque du drame. Lorsque j'ai rédigé "Naufrage au Mont Blanc", il y a 20 ans, son témoignage m'a été précieux, car il était très proche de son frère avec lequel il a gravi un certain nombre de voies dans les Alpes, et entretenu une correspondance passionnante. Il m'a notamment fourni des informations et des documents essentiels. En juin 2007, lors d'un voyage en France, il a passé quelques jours à la maison, et nous sommes allé à Chamonix. Ce fut l'occasion pour lui de rencontrer Jean Minster et Gilbert Chappaz, les derniers guides sauveteurs encore vivants. Une rencontre bouleversante au cours de laquelle Gilbert Chappaz lui a demandé pardon pour n'avoir pas pu tenir sa promesse de revenir chercher les "naufragés" installés dans la carcasse de l'hélicoptère. Un pardon évidemment accordé : « Ils n’ont pas pu aller les rechercher pour un certain nombre de raisons, notamment le mauvais temps. Il a vécu avec ça toute sa vie, et cela a du être très pénible. »

Chamonix Vincendon et Henry Chappaz Minster Henry 044_redimensionnerA gauche Glibert Chappaz, à droite Jean Henry au cimetière de Chamonix en juin 2007

Sortie de l'église mars 1957 en bas à gauche Aristide Vincendon tient son chapeau dans ses mains frère jumeau d´Emile A côté de lui, sa femme plus grande que lui Annie Vincendon_Mars 1957 : Jean Henry à la sortie de l'église lors des obsèques de son frère

Jean Henry a lu les différentes versions de l'article d'Eric Vola publié par le site summit.post. Et il a tenu à réagir. Ce texte qu'il m'a autorisé à publier apporte, me semble-t-il une réponse à la "controverse Bonatti" ouverte par Vola. Et en particulier à la question : "Bonatti a-t-il abandonné Vincendon et Henry ?". Si quelqu'un pourrait reprocher au guide italien d'avoir une responsabilité dans la mort tragique des "naufragés", et lui en vouloir, ce serait en premier lieu un proche des victimes. Concernant Jean Vincendon, je peux témoigner que ni sa maman, ni ses amis, en particulier Bob Xueref n'ont jamais émis un tel grief. Pour François Henry, je laisse la parole à son frère :

 

Jean Henry

Jean Henry Claire Simiand à Veurey 04_redimensionner

L’article d’Eric Vola publié récemment sur le site summitpost.org offre une version en langue anglaise de ce qui est généralement appelé « l’Affaire Vincendon et Henry ». Sous le titre  « Shipwrecked on Mont Blanc : the Vincendon and Henry Tragedy » (« Shipwreck » dans la suite), Vola offre un condensé du livre « Naufrage au Mont Blanc – L’Affaire Vincendon et Henry » (« Naufrage » dans la suite) de Yves Ballu, publié par les éditions Glénat il y a 20 ans et récemment réédité par les éditions Guérin avec  des illustrations et autres additions. Le livre de Ballu sert de base à l’article de Vola, auquel il a, bien entendu, ajouté ses propres contributions. La lecture de « Shipwreck » m’a, par moments, surpris. Mon objectif n’est pas d’initier une nouvelle polémique, l’Affaire en a généré suffisamment, mais de commenter certains aspects de l’article de Vola.

A la lecture de la version originale de l’article de Vola, la photo avec la légende « Henry souriant » (« Henry smiling ») m’a bouleversé. Après une série de bivouacs à même la neige, leurs membres profondément gelés, ils voient l’hélicoptère du salut s’écraser à quelques mètres d’eux et ils sourient ? Incidemment, l’alpiniste vu de face est Vincendon dont le sourire est plutôt un rictus et mon frère est à gauche de profil. Je suis soulagé que Vola ait éliminé cette légende de très mauvais goût des versions ultérieures et révisées de son article mais aussi déçu qu’il ne se soit pas donné la peine d’identifier les deux jeunes gens correctement.

Peu après le drame, (février – mars 1957), Bonatti et Gheser ont, indépendamment, publié des articles décrivant l’ascension en compagnie de la cordée Vincendon-Henry. Les deux articles sont essentiellement interchangeables, relatent les mêmes faits. Copies de ces articles et d’autres documents recueillis et utilisés par Ballu lors de la préparation de « Naufrage » sont accessibles sur le blog de Yves Ballu. Par la suite, et particulièrement quand Ballu préparait la première édition de « Naufrage », il a constaté des différences entre les articles originaux de Bonatti et ses autres articles et livres  ultérieurs. Gheser, par contre, n’a pas changé sa version des évènements quarante ans après les faits. Ballu dans son introduction avertit le lecteur que « dans le cas où le récit d’un témoin change, la première version des faits sera considérée comme la plus authentique », d’où le choix des  versions  originales de Gheser et de Bonatti. Etant donné la similitude de ces versions, c’est un choix logique. La version commune de l’ascension est en fait très simple : après un bivouac très pénible, Bonatti rejoint la cordée franco-belge et la ramène une centaine de mètres plus haut. Ils forment une cordée de quatre que Bonatti sort de l’éperon de la Brenva dans des conditions difficiles, la cordée commune explore la possibilité de descendre directement par le passage Balmat qu’ils abandonnent parce que trop dangereux, les alpinistes d’un commun accord décident de se séparer en deux cordées pour se retrouver au refuge Vallot. C’est ce que « Naufrage » relate.

Dans le chapitre intitulé « La controverse Bonatti » de « Shipwreck », Vola discute certains aspects des divergences entre les articles originaux de Bonatti et ses publications ultérieures.

La question du piolet de Bonatti cassé au cours d’une reconnaissance par Bonatti vers la Poire est un exemple de ces divergences de vue. Dans ses articles ultérieurs, Bonatti précise que le piolet n’était pas cassé mais seulement fêlé  ou fissuré et qu’il l’avait réparé à l’aide d’une cordelette. Une simple question de sémantique qui ne justifie pas la mention de « controverse » ou une critique de « Naufrage ». Si le piolet avait simplement été déclaré « endommagé », aucune question n’aurait été posée. De plus, rien ne permet d’affirmer que le piolet en question n’a pas rendu les services qu’il devait rendre et qu’il aurait constitué un handicap particulier durant le reste de l’ascension. Dans « Naufrage », il n’en est plus question après l'épisode du refuge de La Fourche. Affaire close en ce qui me concerne.

Une autre controverse mentionnée par Vola est que les deux cordées auraient repris leur indépendance, se seraient séparées, lorsque la cordée franco-belge qui peinait à suivre les Italiens a proposé un arrêt repos et casse-croûte près du sommet, ce qui pourrait suggérer que Bonatti les ait abandonnés. « Naufrage » situe précisément cette séparation à 350 mètres du sommet. Mais pourquoi une séparation à une altitude plus élevée serait-elle considérée comme un abandon alors qu’une séparation à une altitude moindre serait une séparation et pas un abandon ? On pourrait tout aussi bien imaginer l'inverse. Cela ne me semble pas clair, mais dans l’esprit de Bonatti et de Vola la controverse relative à un abandon possible semble dépendre de l’endroit où la séparation a eu lieu.  Personnellement, je n’ai aucun doute  : Bonatti n’a pas abandonné Vincendon et mon frère. De même, les membres de ma famille, amis et connaissances avec qui j’ai parlé avant et après la parution de « Naufrage » n’ont jamais mentionné un abandon. Un abandon ou une suspicion d’abandon n’apparaît nulle part dans « Naufrage ».

Dans ses deux articles initiaux (février et mars 1957) Bonatti déclare qu’après avoir abandonné l’idée de descendre directement vers Chamonix par l’ancien passage (passage Balmat), il a expliqué aux autres membres de la cordée que la seule solution viable était de rejoindre le refuge Vallot et que, d’un commun accord, ils ont décidé de se séparer en deux cordées, la cordée franco-belge, plus lente, profitant de la trace de Bonatti. Gheser dans son article initial (février 1957) et sa lettre à Ballu (1997) confirme ceci. Le témoignage de l’adjudant Blanc qui rapporte la description des évènements par mon frère est en complet accord. Sur base de ces témoignages concordants confirmant une séparation à une altitude relativement basse l’idée d’un abandon est éliminée. Vola, cependant se basant sur le fait que la toponymie de Gheser est erronée, suggère que le récit de Gheser pourrait laisser supposer que la séparation a pris place plus haut et que Bonatti les auraient abandonnés. Dans l’article de Sport et Vie de février 1957, Bonatti dit : « J’ai d’abord eu l’intention de passer par le Corridor… ». Il fait ici allusion à sa tentative de descendre vers Chamonix par le passage Balmat (ancien passage). Dans Rivista, mars 1957, Bonatti dit : « …nous nous trouvons exactement sur le col au-dessus du Mur de la Côte entre les deux Rochers Rouges … »  et aussi « …le couloir entre les deux Rochers Rouges (itinéraire 176 du Guide Vallot – parallèle au Corridor proprement dit) … » et dans une lettre à Ballu « me rendant compte du grand danger que présentait le Grand Couloir de l’ancien passage inférieur… ». Il semble que la toponymie de Bonatti est variable mais pas considérée comme erronée.  Gheser, certainement moins familier avec le côté français du Mont Blanc a probablement simplement adopté la terminologie de Bonatti. De plus, Gheser parle du col de la Brenva, ce qui est erroné, mais la combinaison du col et du Corridor à proximité l’un de l’autre correspond exactement à la description de leur position par Bonatti. Quelques lignes après  sa critique de la toponymie de Gheser, Vola ajoute «  la lecture attentive du texte de Gheser confirme que la séparation a eu lieu à l’endroit mentionné par Bonatti ». Dans l’espace de quelques lignes de son article, Vola approuve le lieu de séparation mentionné par Gheser, puis le met en doute, et puis l’approuve à nouveau. Tout ceci est confus, pas très convaincant et, en fait, inutile car les récits initiaux de Bonatti et Gheser établissent le point de séparation, et surtout la raison (lenteur de la cordée Vincendon et Henry, et demande d’un arrêt casse-croûte). De plus, le texte de « Shipwreck » a été révisé quatre fois à ma connaissance (j’ai peut-être manqué l’une ou l’autre révision) depuis la publication originale (juin 2017) ce qui donne au lecteur l’impression d’un texte brouillon et modifié lorsque l’auteur glane des nouvelles informations ou est averti de ses erreurs. Dans la première version, il n’y avait pas de chapitre « Controverse », et je pense que c’était mieux ainsi.

Dans le même chapitre de « Shipwreck », Vola s’en prend à Ballu pour « avoir fait parler les morts ».  En fait, Ballu ne fait pas parler les morts, il attribue leurs propres paroles à des protagonistes des évènements sous forme de conversations, discussions ou déclarations reprises à partir des témoignages qu’il a recueillis et des documents d’époque qu’il a rassemblés au cours de ses recherches (je lui en ai moi-même communiqué un certain nombre). Ce procédé, assez commun dans des ouvrages relatant des faits historiques, rend le texte plus vivant et d’une lecture plus attrayante, comme Vola le reconnaît, mais aussi d’après lui, et  ses amis, ramène « Naufrage » au rang d’un roman. D’après le Larousse un roman est « une œuvre d’imagination constituée par un récit en prose d’une certaine longueur ». « Naufrage » n’est certainement pas une œuvre d’imagination. Chacun est évidemment libre de ses opinions, mais il m’est difficile de comprendre comment le récit de la lente agonie de deux jeunes gens, de la souffrance et des gelures d’un pilote qui restera handicapé le reste de sa vie, des efforts et risques endurés par les équipes de secours dont certains membres seront hantés par leurs souvenirs, scrupuleusement relaté dans « Naufrage », puisse se comparer au récit des enquêtes de l’Inspecteur Maigret ou des aventures de James Bond.  De plus, pour apprécier à quoi  l’expression « faire parler les mots » fait allusion, il faut lire « Naufrage » dans la version française, ce que la plupart des lecteurs de « Shipwreck » n’ont pas fait. Pourquoi insérer cette référence au format d’un texte en français dans un article en anglais et  dans le chapitre consacré à la controverse de Bonatti ? « Naufrage » présente l’historique de l’affaire Vincendon et Henry, une description chronologique et soigneusement documentée des évènements qui, ensemble, constituent une étape importante dans l’histoire de l’alpinisme dans les Alpes françaises et de Chamonix en particulier. Pour moi qui ai vécu ces évènements de façon très personnelle, « Naufrage » est un document historique, mais, comme toujours, chacun est libre de son opinion.

Mes commentaires à propos de la « Controverse de Bonatti » peuvent apparaître comme une « contre-controverse » ou le début d’une nouvelle polémique ce qui n’est pas le cas. J’ai essayé de montrer que ces nouvelles interprétations basées sur des aspects relativement secondaires des évènements (toponymie de Gheser, localisation exacte de la séparation, allusion à un abandon possible, le piolet endommagé, l’arrêt casse-croûte,…) sont inconsistantes et n’améliorent pas notre compréhension des évènements. Il est temps de nous résigner à admettre que les faits tels que nous les connaissons sont les seuls que nous connaîtrons jamais et que certaines questions que nous nous posons n’auront jamais de réponse.

Au cours des années suivant le drame de la Brenva, Bonatti a modifié ses témoignages initiaux des évènements. Il s’en prend à Gheser qu’il réfute systématiquement et à Ballu pour n’avoir pas adopté ses versions modifiées des faits. Le ton adopté par Bonatti dans ses critiques de Gheser et Ballu suggère un homme vindicatif, verbalement agressif et même par moments méchant. Je n’ai jamais rencontré Bonatti, mais sur la base de ses publications que j’ai lues, de ses reportages photographiques, des commentaires de l’un ou l’autre, je me représentais un montagnard exceptionnellement doué, fier de ses accomplissements, sûr de lui et affable. Ce dernier trait est bien illustré par l’esprit de camaraderie qui s’était établi au refuge de la Fourche entre la cordée italienne et la cordée franco-belge. Pourquoi Bonatti a-t-il réagi de façon aussi virulente ? Comment expliquer ce changement de personnalité ? Nous ne le saurons jamais de façon certaine mais j’aimerais suggérer une possibilité qui pourrait réconcilier ces aspects opposés de sa personnalité. Après qu’il ait extrait la cordée franco-belge de son bivouac et l’ait jointe à la sienne, leur sauvant certainement la vie, il a assumé la responsabilité des trois alpinistes. Dans une lettre à Ballu, Bonatti explique : « Je dirais par ailleurs que tous, tacitement (et depuis le premier matin dans la tourmente et liés à la même corde), me faisaient confiance et me considéraient comme le plus fort et le plus expert ». Cela me parait évident. Lorsqu’il propose de séparer les cordées pour accélérer la progression et de se regrouper au refuge Vallot, tout le monde est d’accord, parce que tout le monde lui fait confiance. Cette confiance lui confère une lourde responsabilité qui, peut-être, par la suite, lui pèsera comme un lourd fardeau. A l’arrivée au refuge, en tant que chef de cordée consciencieux il prend soin de Gheser dont les gelures sont inquiétantes puis envisage de se lancer en pleine nuit à la recherche de « sa » seconde cordée. Gheser l’en dissuade. Bonatti ne savait pas que la seconde cordée était à bout de force et s’était résignée à un second bivouac et qu’il ne reverrait jamais les deux jeunes gens. Pour Bonatti, qui avait assumé la responsabilité des deux cordées, c’était un échec. Guide consciencieux, il a probablement cherché à reconstituer les évènements pour déterminer comment il aurait pu éviter cet échec. Et cet appel à sa mémoire est probablement ce qui l’a amené à modifier ses récits initiaux. Dans un article récent posté sur le blog de Yves Ballu, Claude Dufourmantelle discute la question du rôle de la mémoire dans la reconstitution de situations auxquelles nous avons participé. Il dit, entre autres, «  Cela signifie qu’un souvenir, une évocation, une réminiscence, est sans cesse reconstruit par votre pauvre esprit dans des tentatives futiles pour retrouver ce que vous avez réellement fait, ce qui s’est réellement passé et d’imaginer ce qui aurait pu arriver si…ou ce que vous auriez dû faire si…si quoi ? Pour changer le passé ? Pour expliquer le passé ? Pour comprendre le passé ou simplement pour s’exonérer du passé ». Compte tenu des critiques dont Bonatti avait été l’objet (notablement la question relative à l’ascension du K2), il est très possible que sa mémoire l’ait orienté vers une version des faits qui aurait dû éviter de nouvelles critiques, quitte à modifier son témoignage si nécessaire. Tout ceci n’est qu’une hypothèse qui ne pourra jamais être vérifiée et ne change en rien l’admiration et la gratitude que j’ai pour Bonatti.

Dans l’apologue de la récente édition de « Naufrage » j’avais suggéré que la lecture de « Naufrage » soit obligatoire pour les candidats aux professions montagnardes. J’ai appris récemment que le livre fait partie de la collection de la bibliothèque du Peloton de Secours en Haute Montagne et je m’en réjouis, même après soixante ans, les relations humaines décrites dans « Naufrage » restent d’actualité.

Jean Henry, frère de François