Le blog d'Yves Ballu, Cairn

Vincent Lindon, Samy Seghir, Hafsia Herszi et Jean-Michel Asselin : à vous de jouer !

Dans un récent article, Monique Blanchet, journaliste au Dauphiné Libéré, propose un casting pour l'adaption cinéma de "100 000 dollars pour l'everest".

 

 

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la page en plusieurs morceaux :

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100 000 dollars pour l'Everest

 

 

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« L’Everest, pour des mecs qui n’en ont rien à battre de la montage, y’a pas pire châtiment ! »

Basile, un guide d’origine citadine reconverti en éducateur de rue, les a prévenus. Mais avec une prime de 100 000 dollars à la clé, Freddo, Karim et Kevin qui n’ont jamais mis les pieds en montagne, sont prêts à prendre tous les risques. C’est précisément ce qu’escomptait le président Laurier, sponsor de cette expédition improbable. Il espère ainsi venger sa fille Caroline qu’ils ont sauvagement agressée dans le RER.                                              

Pour Basile, il s’agit d’un double challenge : ramener les trois voyous sains et saufs,et les conduire sur le chemin de la rédemption par la montagne. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est la rencontre à huit mille mètres d’altitude avec un alpiniste en perdition et les conséquences dramatiques de sa décision...

Parfois, les hommes sont plus dangereux que la montagne, car la montagne ne connait ni haine, ni vengeance.

 

Cette semaine en librairie

Publié aux Editions du Mont Blanc, c'est mon troisième roman. Meilleur ou pire que les précédents?... A vous de juger.

Voici quelques extraits pour vous donner envie de vous précipiter chez votre libraire le plus proche, ou plus simplement de le commander directement sur le site des Editions du Mont Blanc.

 

***

À la table VIP, l’ambiance est de plus en plus chaude. La température, d’abord. Les entrailles de la Grange aux belles sont une véritable étuve dans laquelle les boissons – surtout alcoolisées – s’évaporent aussi vite qu’elles sont ingurgitées. Le niveau sonore qui réduit les conversations à des échanges de hurlements. Les esprits enfin, surchauffés :

— On a gagné ! On a gagné !

— N’empêche, on revient de loin : encore un peu, et on se faisait sortir en huitième par le Paraguay. Si Laurent Blanc avait pas marqué le but en or à la cent quatorzième minute…

— Un but, ça suffit pour gagner !

— Et en quart contre l’Italie, on en a pas marqué, de buts : zéro à zéro après les prolongations.

— Comment c’était puissant, les tirs aux buts : à trois partout, Di Biagio qui la cadre pas ! Il nous envoie en demi !

— Heureusement que Thuram s’est réveillé contre la Croatie : lui qui avait jamais marqué en cent quarante-deux sélections, il leur en met deux !

Kevin se lève :

— Et la finale ! J’oublierai jamais ! C’est le plus beau jour de ma vie ! Même à dix, on leur a mis trois–zéro ! Il est trop fort, Zizou ! Et Barthez, dans les cages, comment il a assuré ! On a gagné ! On a…

D’un revers de main, Freddo coupe court pour apprécier la faconde syncopée de Joeystarr : « Tu es ma mire, je suis la flèche que ton entrejambe attire / Amour de loufiat, on vivra en eaux troubles, toi et moi / Mais ce soir faut qu’ça brille, faut qu’on enquille » :

— Comment il gère, ce DJ ! C’est mortel, NTM !

Hochant la tête en rythme, ils sont une douzaine, groupés sur deux opulentes banquettes circulaires autour d’une table encombrée de bouteilles, de canettes et de paquets de cigarettes : l’auditoire de Freddo. Tandis que Kevin mime le rappeur, Karim tripote sa voisine, une fille aux cheveux très noirs et très courts, avec un piercing dans le sourcil gauche. Visiblement pas intéressée.

— Vas-y, Marcela, fais pas ta relou !

L’encouragement de Freddo est reçu cinq sur cinq par Karim qui lui renvoie un geste obscène. Kevin éclate d’un rire écarlate qui finit en quinte de toux.

— Avec Karim, on a ambiancé une belette dans le reur. Trop bonne ! Genre grande classe, une tête d’actrice. J’te dis, la bombe parfaite !

— Comment c’était mortel ! témoigne Karim.

— Elle était trop fraîche… souffle Kevin avec un air attendri. Je l’aurais bien angoissée.

— Raconte…

— Qu’est-ce que tu veux qu’il raconte, l’autre Calimero, il a rien angoissé, ironise Freddo. Demande plutôt à Karim comment il l’a chauffée !

— Au début, elle était pas trop chaudasse, mais quand elle m’a vu, elle a craqué direct sur mon style !

Freddo illustre les propos de son comparse par un mime explicite. Les autres rigolent. Enfin, pas tous. Marcela, qui en a décidément marre des avances de son voisin, l’écarte sans ménagement :

— ¡ Rajá de acá, boludo ! Karim, arrête de me coller ! T’imagine pas que je vais me laisser faire comme l’autre dans le RER !

— C’était une bourge, se défend Freddo.

— Et alors ? Bourge ou pas, ça se respecte, une fille ! Et puis, lâche-moi, j’t’ai déjà dit !

Elle le dégage cette fois d’un violent coup de coude.

— Fais pas ta mijaurée, je sais que tu me kiffes.

— Tu peux toujours rêver !

— Là, tu me respectes pas, Marcela ! Les meufs qui me kiffent pas, elle sont racistes. Hein, Freddo ?

La réponse tarde à venir. Freddo est en train de regarder sa montre. Il la trouve décidément très belle :

— Comment elle est fashion !

— Elle vient des States, précise Karim.

— Freddo, il a aussi des dollars, renchérit Kevin.

Le susnommé coupe court :

— Va dire à Moussa qu’il fasse péter le champagne. On va pas pitancher de la bière toute la nuit. Ce soir, c’est moi qui rince. Yes, mon frère, comment on a assuré dans le reu reu ! On va fêter ça !

*******

— Qu’est-ce que t’en dis, Freddo ?

Rien.

À la différence des autres, il réfléchit avant de parler – lui.

Et l’idée qui vient de lui traverser l’esprit est tellement géniale qu’il ne peut réprimer un sourire : Y’aura personne là-haut pour vérifier qu’on a bien été au sommet ! Il aimerait en faire part à ses comparses, mais ce sera pour plus tard. Il se limite à un clin d’œil, histoire de leur faire comprendre qu’il a un plan. Avant de rendre la sentence :

— Cent mille dollars, on peut pas lâcher l’affaire.

Première manche. Reste la deuxième. Basile reprend le service :

— Bon. Et vous y allez comment à l’Everest ? En stop ?… Vous savez même pas si c’est en Amérique ou en Australie… Et vous vous équipez comment ?… En jean et en Nike ?… Et vous apprenez comment à vous servir d’un piolet, à remonter les cordes fixes, à cramponner dans la glace, à respirer dans l’oxygène rare ? Tels que vous êtes, vous avez pas une chance sur un million d’y arriver. Surtout en deux mois !

— Alors, pourquoi tu le proposes ? renvoie Karim.

— C’est pas moi qui le propose, c’est le père Laurier. Il veut votre peau. Et il pense qu’à cent mille dollars, vous allez mordre à l’hameçon, que vous allez partir à l’Everest et que vous n’en reviendrez pas.

— C’est un coup de bâtard, acquiesce Kevin.

— J’ai dit qu’à cent mille dollars, on lâchait pas l’affaire ! assène Freddo, le point d’exclamation étant assorti d’une baffe.

****

— Au premier de ces messieurs ! a proposé Basile.

D’un signe du menton, Freddo a désigné Kevin. Lequel s’est approché de la crevasse et l’a sondée avant de faire demi-tour :

— On voit même pas le fond !

— Vas-y ! a insisté Freddo. T’es obligé.

— Et pourquoi j’suis obligé ?

— Parce que si t’y vas pas, on n’aura pas nos dollars. Alors, magne-toi le cul !

Nouvelle approche de Kevin, cette fois en mode quadrupède. C’est ainsi qu’il s’est finalement engagé sur l’échelle. Et qu’il l’a traversée, barreau après barreau, jusqu’à la rive opposée où il a enfin pu saisir la main du sherpa. Ce fut ensuite au tour de Karim. Pas plus fier que son prédécesseur. Après quelques ricanement, atermoiements et protestations vivement balayés par Freddo, il s’est mis en position – la même que Kevin – mais au lieu d’hésiter entre chaque barreau, il a filé comme un lapin, se gardant bien de sonder les entrailles de la crevasse. Restait Freddo.

Bien embarrassé :

— Y’a un autre moyen, non ?

— Quel moyen ?

— J’sais pas… Faire le tour ?

— Parce que tu crois que ceux qui ont mis des échelles, c’était pour le plaisir ? Alors, tu te décides ?

Basile l’a mousquetonné sur la main courante :

— Regardez, les autres, le grand chef Freddo va vous montrer de quoi il est capable.

Grand chef a-t-il perçu le ricanement de ses acolytes ? Il leur a jeté un regard annonçant des représailles sanglantes avant de s’installer à califourchon sur l’échelle, jambes pendantes de chaque côté des montants. Par une succession de soubresauts, il a progressé ainsi, décimètre après décimètre, se déhanchant d’un côté puis de l’autre, en appui sur les mains, jusqu’aux derniers barreaux sur lesquels il s’est immobilisé un long moment avant de s’agenouiller avec d’infinies précautions et de se relever en tendant la main au sherpa. Ouf !…

***

Freddo lui rétorquait à chaque fois : « Tu vas voir si on est pas capables. On va lui fumer la gueule, à ton putain d’Everest ! » Et pour une fois, Freddo ne s’est pas trompé… Ils ont marché jusqu’aux limites de leurs forces.

Jusqu’au bout.

Jusqu’au sommet…

Ensuite, tout a basculé dans la vie de Kevin. Tout ce qui s’était passé avant est devenu insignifiant.

Il en aurait presque oublié que la France était championne du monde.

Non, il n’a pas oublié.

Mais il s’en fout.

Vraiment.

Il ne se prend plus pour Fabien Barthez. Il a fait mieux que le « divin chauve » : il a gravi l’Everest !

Le bracelet électronique, il l’a balancé, mais il a conservé une preuve : le petit caillou. Toujours dans sa poche. Donc il ne rêve pas.

Il plane…

À huit mille huit cent quarante-huit mètres.

Jamais il n’oubliera ce mercredi 30 septembre 1998 !

Ce jour-là, il a éprouvé un sentiment nouveau. Tellement nouveau qu’il a mis du temps à comprendre. Au début, il a pensé que c’était de l’orgueil. Mais Basile lui a expliqué que l’orgueil ne dure qu’un temps. Que c’est un sentiment narcissique, brutal, revanchard, qui ne débouche pas sur le bonheur. Il lui a conseillé de réfléchir : « Cherche un peu… ça vaut la peine, tu verras. » De fait, ce qu’il ressentait était à la fois plus puissant et plus joyeux. Presque jubilatoire. Il a fini par trouver : c’était de la fierté. Ce sommet lui appartenait. Cette ascension, ces efforts, ces risques, il ne les avait volés à personne. Dans les jours qui ont suivi, il a découvert quelque chose qu’il ne connaissait pas, et dont il ignorait même le nom : l’estime de soi. C’est Basile qui lui a expliqué. Avant de lui faire lire un beau poème de Kipling, « Tu seras un homme mon fils ».

Devenir un homme ?…

Pour un peu, il était prêt à y croire.

***

Elle n’a pas l’air de souffrir. Sa respiration est régulière. Paupières closes, elle dort.

Vraiment ?…

Jamais encore il ne l’avait vue dormir. Ni elle, ni les autres, d’ailleurs. En général, il s’en va. Ou il les réveille. La vie est si courte.

Fondu enchaîné : la moue désabusée se mue en un sourire énigmatique. Les yeux restent figés en mode coma.

— Ferme la porte.

— Tu me parles, là ?

Cette fois, les paupières libèrent le regard de la Musaraigne. Toujours aussi noir, aussi perçant.

— T’as mis le temps…

— Comment t’as su que c’était moi ? Tu m’as vu entrer ?

— Y’a pas que les yeux pour reconnaître quelqu’un. Surtout toi !… Je t’expliquerai.

Du couloir, parviennent les bruits ordinaires d’une nuit d’hôpital. Plaintes, ronflements, toux… Le chariot se rapproche. Les pas de l’infirmière également.

— Tu veux pas fermer la porte ?

 Elle n’a pas l’air trop mal en point, l’Indestructible. Ses yeux sont cernés d’un halo de bleu mauve qui lui donne un air de clown triste, genre Gelsomina. Et sur son visage, les stigmates de sa chute commencent à s’estomper.

— Alors, tu vas t’en tirer ?

— Tu veux dire que je vais me tirer.

— Quoi ?

— Je vais m’escarpater. J’ai plus rien à faire ici.

Basile jette un œil affolé au tuyau de la perfusion, aux fils qui cheminent depuis les appareils électriques jusque sous les draps :

— Ça va pas, la tête !

— Justement si. Regarde-moi dans les yeux…

Toutes les mêmes…

Obéissant, il la fixe quelques secondes :

— Tu ne remarques rien ?

— Non.

— Bravo !

— C’est bien ce que je dis : t’es complètement barge !

— Ils sont pareils ! Ça veut dire que l’hématome est fini. Le toubib m’a expliqué. Y’a plus de mydriase. Je t’expliquerai. J’ai chouravé des médocs. J’peux me démerder toute seule. Pour les piqûres, j’te laisserai faire. Allez, on y va, querido ?

Décidément…

Basile frissonne en imaginant l’évasion de la Musaraigne. La partie de cache-cache entre couloirs et ascenseurs, le transport sur la moto… Il comprend pourquoi elle lui a demandé de fermer la porte. Si l’infirmière avait entendu ! Il lui faut quelques secondes pour trouver la parade :

— Tu vas tout de même pas sortir en nuisette !

— J’en ai pas.

La preuve : de son bras droit, celui qui ne porte pas de perfusion, elle dégage le drap.

— Hé, mais tu sais que t’es toujours plaisante à regarder !

— C’est vrai ?

C’est encore la main droite qui attrape Basile par le col de son blouson et l’attire vers le lit.

— Tu ne m’as même pas embrassée…

— Ça va pas ! Si la taulière rapplique et qu’elle nous voit en train de bien faire… Déjà qu’elle est à cheval sur les heures de visite ! Et puis, dans ton état, ça pourrait déclencher… comment il a dit l’autre toubib… un hématome extraconjugal. Arrête, la Musaraigne !… Si tu continues, j’vais plus pouvoir raisonner. Ah, putain !…

 

Chacun a repris sa place. Basile sagement assis sur la chaise, Marcela reposant paisiblement sur l’oreiller, le drap parfaitement tiré jusqu’au menton. Il était temps.

L’infirmière.

Pas celle aux stylos bille. Une autre. Plus petite, moins jeune, aussi inquiète.

Elle vient immédiatement prendre le pouls de la malade :

— Vous vous sentez bien ? J’ai eu une alerte en salle de contrôle. Votre rythme cardiaque est monté à cent quarante.

Silence, on compte.

— Soixante-quinze… Apparemment, c’est normal. Vous n’avez pas eu de malaise ?

— Juste une bouffée de chaleur.

 

 

 

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Un si long silence...

 

Pour le Blog

Certains lui ont reproché, inquiets de ne rien voir de nouveau sur leur blog favori.

D'autres ne s'en sont pas vraiment aperçus...

Yves BALLU était-il mort ?

Non ! Il a fêté ses 70 ans, mais jusqu'à preuve du contraire, il respire encore.

Alors ?...

Alors, il a été bien occupé ces derniers mois avec la finalisation de... deux livres. Enfin pour être honnête, il n'a écrit que peu de choses dans le premier, qui vient d'être publié chez Flammarion : "Petite bibliothèque du montagnard", une anthologie montagnarde en librairie depuis 15 jours. Il a davantage écrit dans l'autre puisqu'il s'agit d'un roman : "100 000 dollar pour l'Everest" en librairie le 18 novembre.

Voilà pour rassurer les quelque 104 000 visiteurs (à ce jour) de ce blog : les affaires reprennent !

 

 

 

 

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Petite bibliothèque du montagnard

 

 

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Depuis quelques jours en libraire, ce petit volume de 259 pages, propose une cinquantaine de textes que j’ai choisis aussi bien dans les grands classiques – Saussure, Whymper, Frison-Roche, Herzog, Bonatti etc.- que dans des ouvrages plus éloignés de la littérature alpine traditionnelle, comme Victor Hugo, Chateaubriand, Elisée Reclus, Jules Barbey d’Aurevilly, René Daumal, Ella Maillart… J’y ai ajouté quelques inédits comme le récit manuscrit de la première ascension de la face nord des Drus par Pierre Allain (en 1935), une merveille d’humour et de modestie, le compte-rendu délicieusement désinvolte de Guy Labour, après avoir passé 7 jours au fond d’une crevasse,  ou le témoignage émouvant de Silvano Gheser, le compagnon de Bonatti dans la tragédie Vincendon et Henry (1956).

J’ai regroupés les textes en six thématiques : Les cathédrales de la terre, La montagne est leur domaine, La montagne en questions, Les jeux de la mort et du hasard, La montagne miroir des âmes et Bonheurs.

Edité chez Flammarion dans la collection Champs classiques, ce livre est le fruit d’une collaboration avec Noëlle Meimarouglou, directrice de collection, et Eugénie de Paillette. Une collaboration studieuse, chaleureuse, bienheureuse…

 Voici quelques extraits, en guise de mise en bouche :

 « Au col de la Brenva vers 16 heures, Bonatti enfila le Grand Corridor à pas rapides. Le brouillard et les nuages s’ouvrent, il arrête de neiger. Le vent impétueux continue et il est insupportable : c’est le moment le plus froid de toute notre présence sur le mont Blanc. À un certain moment, je me vois dépassé en courant sur le côté droit par Vincendon, qui arrête Bonatti, et après lui avoir parlé, ils reviennent tous deux en arrière. Ils nous informent que de continuer sur le versant Nord est autrement dangereux parce que plein de séracs et de crevasses. Notre voie de salut passe par la cime du mont Blanc. À ce point, Henry et Vincendon enlèvent leurs sacs des épaules, imités par moi-même. Mais Bonatti me reprend avec rigueur et me donne l’ordre de continuer, car même quelques minutes d’arrêt peuvent être déterminantes ; probablement lui seul se rend compte de la situation gravissime dans laquelle nous nous trouvons. Puis peut-être pensèrent-ils que hors des points difficiles du point de vue technique, nous étions en sûreté. Voyant que nos amis français persistaient dans l’arrêt en ouvrant les sacs à dos pour se nourrir, je remets le sac à dos et je me détache du chef de leur corde afin de suivre Bonatti. Vincendon et Henry me font comprendre qu’ils vont nous suivre tout de suite. Mais nous ne les reverrons jamais plus. » (Silvano Gheser 2006)

*

« Lorsque, du fond des vallées, s’élève et meurt à nos pieds la grande voix géologique, la plainte immense de la terre, faite des mille bruits d’en bas, bruits de l’érosion, de l’eau et du vent ;

Lorsque nous sentons que cette plainte, épuisée par sa longue ascension, est incapable d’entamer le grand silence supérieur ;

Lorsque la perfection même de ce silence est telle qu’elle blesse nos sens ;

Lorsque nous percevons comme un frissonnement de l’espace ;

Lorsque les astres nous apparaissent en plein jour ;

Lorsque la lumière native glisse d’un infini transparent et noir, lumière obscure comme une lumière qui aurait perdu son reflet ;

Lorsque cette lumière pénètre directement nos yeux sans les blesser ; mais lorsque la première neige nous réfléchit cette même lumière avec une violence à nous rendre aveugles ;

Alors, nous reconnaissons l’altitude. » (Pierre Dalloz « Zénith » 1931)

*

 

« Tu étais le meilleur, le plus grand de nous tous… tu étais à nous. Souvenir des Drus, du Badile, du Pouce ou du Peigne où tu n’avais d’égal que ta générosité.

J’ai su ta mort, je l’ai vécue…

À deux pas du salut, à quelques mètres du refuge, tu t’es assoupi dans la neige, en priant pour mourir…

Lorsque le secours te rejoindra, tu rassembleras tes forces pour demander où je me trouve, inquiet de ne pas me voir à tes côtés – c’était notre destin à nous d’être ensemble – et puis sans écouter de réponse, tu t’abandonneras dans le plus grand repos.

Pierre, ma plus grande douleur, celle d’attendre encore pour te rejoindre…

Le Requiem de Mozart t’accompagnera au cimetière d’Ivry… tu aimais tant Mozart, il est mort jeune.

Nous, nés le même jour… tu le sais bien, nous nous retrouverons… Mais aurais-je le privilège de mourir grandi, dans la souffrance ?

Pierrot, mon Pierrot, mon guide de toujours, d’hier, de demain… » (Hommage de Pierre Mazeaud à son ami Pierre Kohlmann, mort sous ses yeux à la descente du Freney en 1961)

*

« Après avoir tambouillé notre avoine à la poule au pot (réclame non payée) et des œufs au jambon, et nous être incrustés dans notre incomparable matériel de bivouac « Intégrale » (publicité gratuite), nous nous apprêtons à nous laisser glisser, pas en bas, punaise ! mais dans les bras de cette déesse etc., voir plus haut.

Notre réveil ne se distingue en rien des réveils habituels du même genre, et notre petit déjeuner de notre dîner de la veille. Inutile d’attendre le soleil, il ne sera là que vers cinq ou six heures de l’après-midi. Aussi à six heures (du matin, oui, mes amis) démarrons-nous en silence afin de ne déranger personne, au fait, j’y pense, nous avons même oublié de dire au revoir à notre hôte. Nous retournerons un jour réparer cet oubli.

Cinquante mètres plus haut, sur une très belle plateforme, nous tombons en arrêt devant une paire de respectables péniches. Renseignements pris, ce sont de vieilles savates à Lambert, lâchement abandonnées.

Au bout de peu de temps, nous atteignons la dernière trace de la tentative précédente. Lambert l’a marquée d’un mousqueton, que nous nous empressons de récupérer.

Toujours par les mêmes formules : de dalles en fissures et de fissures en dalles, nous atteignons le sommet à seize heures trente.

Que dire du retour, sinon que, comme la plupart de ceux qui descendent du Petit Dru sans l’avoir monté par sa voie normale (au fait, ils doivent être peu nombreux, puisque la traversée se fait surtout du Petit au Grand), nous nous trompons et descendons un peu trop dans le grand couloir. La nuit approche, est là, et nous ne voyons pas où aller. Les camarades qui se trouvaient à la Charpoua s’empressent de rester au refuge et nous laissent bien mariner tout seuls. Une demi-heure de dérangement pour eux et quelques indications criées intelligemment d’en face nous éviteraient de bivouaquer idiots à une heure du refuge.

Ils nous diront le lendemain, après nous avoir remis dans la voie par leurs conseils judicieux, leur désespoir à nous savoir en perdition, et leurs crânes chauves seront la preuve douloureuse des cheveux qu’à poignées ils se seront arrachés.

Néanmoins, les calvities ne seront que partielles, attendu qu’ils nous savaient en possession de notre formidable « Intégrale » (publicité toujours aussi gratuite).

En attendant, nous nous organisons derechef pour dormir cette nuit aussi douillettement installés que la précédente. Il ne restait plus, paraît-il, que des piaules à un lit et encore, pas au même étage. Il va falloir faire chambre à part. Nous nous y résignons facilement. De temps à autre, la solitude a du bon, que diable !

De bon matin, j’ai vu passer le train, non, c’est pas ça, j’ai vu tomber la neige, et en moins de deux, nous étions recouverts par un grand linceul blanc (évidemment, il n’était pas rouge ou mauve), qui, que, les vallées, le soleil, les nuages, les tutti quanti, les petites fleurs (je les oubliais !) etc. enfin, en vrac, tous les matériaux utiles et nécessaires à un poète pour vous terminer cette littérature en souplesse, les doigts dans le nez et les pieds au mur. C’est tout. » (Pierre Allain, récit manuscrit, 1935)

*

Plein d’autres textes drôles, tristes, émouvants ou étonnants à découvrir dans ce petit livre jaune…

Bonne lecture !

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02 février 2013

Alpinisme et alcoolisme. Maurice Herzog et le "Vin du vieux guide".

 

La promotion de certains produits commerciaux, voire de campagnes prophylactiques utilise parfois la notoriété des grands de ce monde transformés pour l'occasion en hommes sandwich.

Comme en témoignent certains documents curieux tels ce buvard vantant le "destin exemplaire de Maurice Herzog" qui, "comme tous les grands alpinistes est toujours resté sobre".

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Maurice Herzog est-il toujours resté sobre ? Dans tous les cas, il n'a jamais eu une réputation d'alccolique, et le choix de son nom pour une telle campagne semble plutôt judicieux .

Les grands alpinistes ont-ils toujours été sobre ? Hum !... L'hôtel de Paris résonne encore de certaines fêtes bien arrosées organisées par les alpinistes parisiens des années soixante... Et puis les guides chamoniards du temps jadis ne buvaient pas tous que du lait.

Par exemple, ces guides et leur porteur qui vident deux bouteilles de blanc avant d'emmener leurs clients en montagne (gravure extraite, avec autorisation, de l'excellent ouvrage de Jean-Pierre Gallay et Christian Mollier "Au pays du Mont Blanc" (2002)) :

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Même résistants, même habitués, il arrivait parfois que certains dépassent leur limite, témoin le registre des réclamations sur lequel des clients se plaignaient de l'intempérence de certains guides:

« M. W. Pardic m’a chargé de porter plainte contre Jean Carrier qu’il avait engagé durant son séjour ici, pour faire le tour du Mont Blanc à Courmayeur et de Chatillon à Zermatt. Il fut cependant obligé de le renvoyer au Col de Voza peu de temps après avoir quitté cet endroit, en raison de son état d’ébriété, et de son insolence » (W. Backer 1865)

« Je soussigné J. Baldi déclare avoir demandé un guide à Chamonix le 7 juillet 1875 pour se rendre au glacier des Bossons. Arrivé au chalet qui domine le glacier, le guide Favret Michel Auguste s’absenta un instant, puis revint pour nous guider au passage du glacier. Arrivé au milieu, il s’assit sur le glacier et déclara ne pouvoir marcher plus loin. Sa marche, du reste, ne laissait aucun doute sur son état d’ébriété très avancé. Nous fûmes forcés de l’abandonner à la cascade des Pèlerins après avoir eu une certaine peine à sortir du glacier. Des ouvriers qui rentraient à Chamonix nous furent très utiles pour revenir à notre gite » (Baldi, 1875) 

« Le guide Favret Michel Auguste que l’on m’a donné n’a pas prouvé pendant mon excursion qu’il était un guide sûr. Après une halte d’environ une heure de temps au Montenvers, je fus obligé de le faire appeler par ses collègues pour me conduire plus loin, lorsqu’il arriva un peu pris de vin. En continuant notre route sur la Mer de glace jusqu’au Chapeau, il me laissa tout à fait seul, de manière qu’il m’a fallu chercher mon chemin moi-même. Aussitôt que j’étais arrivé dans la vallée, il fut de nouveau à côté de moi » (J.H. Wolff 1878) 

« Le guide qui m’a accompagné hier au glacier des Bossons, Claret Tournier Edouard est indélicat dans sa conduite devant des dames et il n’était pas entièrement sobre. Pendant le trajet au glacier et au retour, il montrait les signes habituels de l’ivresse » (Van Vorden 1878) 

« Je prends la liberté de vous importuner pour vous signaler un fait qui doit être du ressort de votre administration. Le 7 août étant parti de Genève avec ma femme pour Chamonix ; en arrivant – 5h du soir, je me suis présenté au bureau des guides où j’ai demandé si je pouvais de suite avoir deux mulets et un guide pour partir de suite à la Flégère. Le chef des guides me répondit affirmativement et à ma question de la période du temps, il me répondit qu’il fallait 2 heures. Nous prenons donc 2 mulets et l’on nous donna un guide nommé Ernest Paccard. Ne connaissant nullement les usages, je prends le guide que l’on m’offre, mais au bout de 2 kilomètres, je m’aperçois qu’il est complètement ivre. Je prends patience, malgré sa conversation insupportable, mais en route, et au milieu du chemin, après plusieurs faux pas causés par son absence de sobriété, il fait un tel saut qu’il tombe, menace d’entraîner le mulet sur lequel était ma femme, qui a eu une émotion que vous devez comprendre. Je descends de mulet, et je préviens le guide de bien vouloir cesser toute conversation et continuer sa route. Arrivés au chalet proche de la Flégère, je lui ai offert de se rafraichir, mais sur sa demande de prendre un cognac, j’ai refusé, et je me suis vu forcé de le sommer d’avoir à continuer son service, ou je porterai une plainte au chef des guides. Nous avons pu enfin arriver, mais la route s’est passée en invectives. Le maitre d’hôtel de Chamonix m’a engagé à vous écrire pour vous signaler le fait. Je vous prie donc de faire réformer ce guide dont, du reste, la réputation est fort mauvaise, et pour preuve, vous pouvez questionner la personne qui tient le chalet sur la route de la Flégère et l’hôtelier de la Flégère. Je tremble en pensant à la peur qu’aurait pu éprouver une dame seule, comme il en voyage souvent dans ces passages. Il ne faut pas que les étrangers emportent mauvaise opinion des guides de Chamonix. Je dois dire que le lendemain, j’en ai pris un au Montenvers dont je n’ai eu qu’à me louer de la politesse » (Antoine Sourd 1882) 

« Je certifie que le guide Favret Michel Auguste qui m’a conduit ma femme et moi avec une monture au Brévent s’est enivré à cet endroit, est parvenu à Bel Achat et sous la conduite de son mulet avec beaucoup de peine. A cet endroit, il absorba une certaine quantité d’eau de vie et finit par se trouver dans un état atroce qui lui ôta complètement le restant de ses forces et tomba à plusieurs reprises et une dois entre autre en bas de la route qu’il ne put plus se relever. Alors, nous le quittâmes pour demander à Chamonix les réclamations justifiées par la présente » (Ollivier Danziger 1882) 

« Le guide Favret Ernest que nous avons pris pour nous conduire avec deux mulets à Vernayaz s’est enivré au Chatelard et à Finhaut où il a bu de nouveau. Son état est devenu intolérable, je dirais même dangereux pour ma mère, dont il tenait le mulet par la bride. Nous sommes descendus de nos montures et nous avons été à pied jusqu’à Vernayaz par un temps déplorable depuis Salvant. Vous pouvez juger de la fatigue de ma mère après une pareille marche forcée. Je n’insisterai pas sur les grossièretés de cet homme qui ne sont que la conséquence de son ivresse » (René Chaparade 1883) 

« Je soussigné déclare que le guide François Boissonnet, en m’accompagnant aujourd’hui à la Mer de glace et au Mauvais pas, est toujours resté derrière nous, ce qui équivaut à ne pas nous guider du tout, et a trouvé le moyen en route de se griser et de nous traiter de la façon la plus inconvenante. Il serait heureux que ce guide soit puni sérieusement dans l’intérêt des voyageurs ». (Ch. Vasteau 1884)

 « Plainte formée par des voyageurs à l’hôtel du Mont Blanc contre le guide Charlet Julien des Frasserands. A leur retour de la Mer de glace et du Chapeau, les dits voyageurs vinrent déclarer que leur guide Charlet s’était enivré en route et qu’arrivant au-dessous de l’hôtel du Mauvais pas, il causa la chute d’un mulet monté par une dame et par suite, la dame fut jetée par terre et roula sur le chemin avec le guide qui était dans un état d’ivresse complet. Les voyageurs furieux ne voulurent pas payer sa course » (Akula de Venezolano 1887) 

 « Le révérend H.B. George, à son retour d’une ascension au chalet de Lognan, vint déclarer au guide chef que son guide Balmat Michel des Barats s’était enivré au dit chalet, au point de ne pas pouvoir tenir l’équilibre et qu’il fit plusieurs chutes en descendant. Le voyageur très mécontent ne voulu point tenir compte du prix de la course du guide » (H.B. George 1887) 

« Madame Mathilde Prévert est venue me déclarer que le 11 juillet, elle avait eu le guide Couttet Joseph des Praz, qu’elle était très mal contente de ce guide, qu’il était ivre et qu’il avait de la peine à tenir l’équilibre et qu’ils n’avaient pas osé traverser le glacier des Bossons à cause qu’il n’aurait pas pu les aider à traverser, par conséquent, ils ne voulaient pas le reprendre pour traverser la Mer de glace » (Mme Mathilde Prévert 1894)

« Balmat Michel s’est enivré à Bel Achat. Il n’a pas pu finir la course jusqu’au Brévent quoiqu’il était engagé pour toute la course. Nous sommes redescendus seuls et à pied à Chamonix » (Mr et Mme Hanz de Suède 1897) 

«Favret Alphonse s’est enivré depuis le Chapeau » (Ruth Cunningham 1899) 

« Quand mes enfants, deux filles, arrivèrent au Montenvers, elles étaient accompagnées par deux hommes et avaient un mulet. Les deux hommes se dénommaient Couttet. Après le déjeuner, l’un d’eux était manifestement complètement ivre. Incapable de marcher, ni de parler correctement. Ses yeux étaient vitreux, et il affirmait qu’il voyait deux mulets alors qu’il n’y en avait qu’un. Je lui ai dit qu’il était saoul et que je le renvoyais. Il en a convenu » (A.G. Sadgwide 1899) 

« Je soussigné déclare avoir constaté que le guide Devouassoud Jean Albert, que j’avais pris à Chamonix pour faire la traversée de la Mer de glace après avoir été au Montenvers, se trouvait dans un état d’ivresse manifeste en arrivant au Montenvers, et qu’il n’était pas en état de pouvoir nous faire traverser la Mer de glace sans chute, il faisait en un mot des zigzags. En présence de cet état de chose, nous avons été obligés de prendre un autre guide à l’hôtel du Montenvers pour traverser la Mer de glace et nous accompagner jusqu’au Chapeau. (Maurice Crépy 1899)  

« Le guide Pierre Carrier envoyé pour conduire madame Simmons et moi en trois jours à Courmayeur par les Contamines. Il s’est si sérieusement mal conduit que nous fûmes obligés d’abandonner le voyage. Hier, à Bionnay, il était si ivre qu’il roulait sur le chemin. Sur la route de Bionnay, il essaya de nous faire prendre une fausse direction. Heureusement, nous avions une carte de la route et après beaucoup de peine, nous insistâmes pour le faire continuer jusqu’aux Contamines. Là, nous restâmes la nuit dernière, et ce matin, nous avons payé à Carrier 16 francs et nous lui avons donné un paquet pour renvoyer à Chamonix en lui disant que nous abandonnions le voyage en raison de sa mauvaise conduite. Nous allâmes jusqu’au Fayet, en arrivant là, nous avons rencontré l’interprète de Cooks qui nous a dit que Carrier était allé à la Station, le matin, dans un tel état d’ivresse, qu’il a emporté mon paquet qui n’était pas le sien, et l’a envoyé à Chamonix. Nous sommes très étonnés qu’un tel homme ne soit pas exclu des fonctions de guide. Nous avons fait une dépense considérable dans cette affaire et nous sommes obligés d’abandonner le voyage que nous nous proposions d’entreprendre. (William Benvers 1900) 

« Le guide Eugène Couttet qui nous a très bien conduits le 30 juillet au Montenvers etc. nous a conduits aujourd’hui au plan des Aiguilles et sur le glacier des Bossons. Sur l’après-midi, il donnait cause de croire qu’il avait trop bu mais à la fin, il chancelait, était très difficile à comprendre quand il parlait et était tout à fait hors d’état de fonctionner comme guide » (Emile G. Balde 1902)

 « Monsieur et madame Hanser de Lucerne se plaignent de leur guide Edouard Comte. En descendant de la Flégère il avait trop bu et a tellement mal conduit les mulets qu’ils ont dû faire tout le chemin à pied » (Hanser 1902) 

« Cette après midi, le propriétaire de cet hôtel a engagé pour moi un guide pour conduire ma femme au glacier des Bossons. Le nom du guide était Alphonse Fanet. Il avait bu avant de partir, et au restaurant du Glacier, il a certainement bu encore de trop. En traversant le glacier, il nous a été d’un très petit secours, et paraissait trouver son chemin avec difficulté. Au restaurant de l’autre côté du glacier, il a bu encore de plus et pouvait à peine se tenir sur ses jambes, et il était incapable de parler correctement. Il nous ramena cependant à la maison sans accident. (Henry Guenbas Pearson 1902) 

« Le guide Simond Joseph Romain s’est mis au Chapeau dans un état d’ivresse qui ne lui a pas permis de conduire les dames qui lui étaient confiées et qui n’ont pu revenir à mulets que grâce aux gamins » (S. Metter 1902) « Le guide Cachat Edouard que j’ai pris le 18 août 1903 au Montenvers pour me conduire à Pierre Pointue était tout à fait ivre. Il chancelait tout le temps, il trébuchait sur les pierres, marchait tantôt trop vite, tantôt tout lentement etc. Je l’ai laissé au Plan de l’Aiguille craignant de passer avec lui les ravines et le glacier » (Paul Schlesinger 1903)

 « Le guide Tournier Jules qui conduisait la mule le 9 août dernier à la Flégère était tellement ivre que la cavalière trouva la situation très désagréable et dangereuse, et qu’elle a fini par descendre à pied depuis le pavillon du Praz » (H.H. Grining)

 « Le guide Eugène Couttet qui nous accompagnait aujourd’hui à l’excursion de la Mer de Glace nous a laissés partir seuls du Chapeau pour continuer à boire, bien que nous ayons fait à cet endroit une station prolongée. Il nous a rejoints une vingtaine de minutes après notre départ, dans un état d’ébriété manifeste, qui l’empêchait absolument de conduire son mulet » (G. Seeburn 1904)

 « Je déclare que le guide Jules Alexandre Cupelin s’est enivré au Chapeau[1]. Il est tombé trois fois entre le Chapeau et la Mer de Glace. J’ai été obligée de le renvoyer » (Ida Lich 1906)

 « Je dis que le guide Jean Devouassoux n’était pas très bien, je crois qu’il était ivre » (A.A. Waterhouse 1906)

 «Je déclare que le guide Tournier s’est trouvé pendant l’excursion et plus particulièrement dans le trajet de l’hôtel du Montenvers à Tines (passant par le Chapeau), dans un état d’ébriété tel qu’un de nos jeunes gens a été contraint de le conduire par le bras, après une chute significative » (Professeur H. Eugataz le 22 juin 1909) 

« Le 14 juillet à 8h du matin, nous sommes arrivés au Montenvers avec l’intention de faire une course au Jardin de Talèfre. Suivant l’usage, nous avons demandé au guide chef de nous fournir un guide. Une dame devant nous accompagner, nous avons exprimé le désir d’avoir un homme absolument sûr. Cette demande a été faite à 8h ½, l’heure du départ étant fixée à 9h10 (l’heure de l’arrivée du train de Chamonix). A l’heure convenue, aucun guide n’était désigné. C’est alors que le guide chef voulut contraindre le guide Gust Balmat à nous accompagner. Ce dernier était visiblement sous l’influence de la boisson. Il protesta que son tour n’était pas venu, qu’il n’était d’ailleurs pas équipé pour cette course. Finalement, il céda. Comptant sur sa connaissance des lieux, nous espérions qu’il serait en état de nous conduire, mais en cours de route, il nous déclara n’avoir jamais été au Jardin. Arrivé au passage des Ponts, le guide perdait une première fois sa route, confondant les conduites d’eau avec le sentier. Il finit par s’arrêter, regardant le glacier d’un air hébété, complètement incapable de retrouver sa route. Nous protestons énergiquement contre la conduite inqualifiable du guide chef. A lui seul incombe l’entière responsabilité d’un pareil fait. Imposer aux voyageurs un guide manifestement incapable et pris de boisson constitue de sa part un manquement exceptionnellement grave à ses devoirs. Le règlement de Chamonix ne laissant pas aux voyageurs le libre choix de leur guide, il est de toute nécessité que ce choix ne puisse être exercé que par un guide chef présentant toutes les garanties de capacité. Nous estimons que le maintien du guide chef du Montenvers dans l’exercice de ses fonctions constitue un véritable danger pour la sécurité des voyageurs. C’est dans leur intérêt que nous demandons sa destitution » (Ch. et F. de Visscher 1913)

 



[1] Une buvette était installée au « Chapeau », dominant la Mer de Glace, sur le versant opposé au Montenvers.

 

Pendant longtemps, le modèle du guide viril, robuste, et tirant ses forces de la dive bouteille a été en vogue, au point que cette image associant la robustesse en montagne avec la capacité à ingérer de l'alcool, boisson virile par excellence a été utilisée par une célèbre marque de vin :

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13 janvier 2013

Quand Pierre Dalloz n'aimait pas Samivel

Après Georges Sonnier qui évoquait son cousin germain, c'est au tour de Pierre Dalloz d'esquisser un portrait du très grand artiste que fut Samivel.  Nous sommes en 1927. Dalloz dirige alors le Syndicat d'initiative de Grenoble. Samivel n'est encore que Paul Gayet, un gamin de 20 ans qui aime la montagne et qui cherche des revues susceptibles de publier ses dessins. Des dessins un peu naïfs comme celui-ci :

Samivel 1

 

Las !... Pierre Dalloz n'apprécie guère l'artiste en herbe. Pourquoi ?... Mystère. Mais le moins qu'on puisse dire, c'est que le premier contact n'a pas été très chaleureux...

 

Dalloz Samivel 001

 

Voici un extrait de cette lettre adressée à Jacques Lagarde en 1927:

"Mes fonctions m’obligent à recevoir pas mal de monde et je suis la proie de fâcheux. Et Gayet de son espèce n’est point le seul. Apparemment vous estimez ce garçon ! Le voici revenu, après une longue absence que j’espérais définitive, et il s’est assis, en face de moi, à ma table de restaurant, après m’avoir tendu sa patte molle. Du chien, je ne sais s’il a tous les travers, mais il a certainement l’aptitude à revenir à plat ventre après avoir reçu une pierre. J’ai tenté les pires avanies, mais rien n’y a fait."

 

 

 

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Samivel vu par son cousin Georges Sonnier (rappel)

J'ai déjà eu l'occasion de présenter ici Georges Sonnier, auteur de montagne très estimé pour l'élégance de son écriture. Et j'ai reproduit le portrait qu'il avait fait à ma demande de son cousin germain Samivel.
Pour mémoire, voici le texte de ce portrait tout en nuances subtiles...

Georges Sonnier M43

Samivel[1] est mon cousin germain (sa mère étant la sœur de la mienne). Je fis vraiment sa connaissance durant l’été 1932, que je passai dans le chalet de ma tante, aux Contamines (pas encore Montjoie). ; J’avais alors 14 ans, lui 25 et il exerça aussitôt sur moi le presige des « grands ainés », basé sur ses exploits alpins, sur son talent de peintre et aussi sur un gout très vif de plaire et d’ « épater » qui fait partie de sa personnalité.

Si jeune et inexpérimenté que je fusse, il m’emmena en haute montagne : La Bérangère (3400 m.) puis Tête carrée sur la nord de Trélatète. Courses faciles mais longues, accomplies dans la journée au départ des Contamines ! Cette initiative plutôt rude ne me rebuta pas. Je fus ébloui, au contraire, par la révélation de la haute montagne, que je dois à Paul – et qui a marqué profondément et orienté ma vie. Il fut pour moi un guide sûr et prudent et un parfait maître es-montagne. Nous devions faire ensemble par la suite bien d’autres acensions : m’aiguille du Tour, l’M et les Petits Charmoz, la nord de Trélatère, le Mont-tondu, les Ecrins et Neige-Cordier, le Cunion della Pala, l’aiguille de la Lex Blanche, le pilier nord-ouest d’un des Dômes de Miage etc.

J’ai beaucoup d’admiration pour l’illustrateur, et surtout le peintre de la neige, de la moyenne montagne, qu’il a su interpréter de façon inégalée (en occident, du moins). Je suis plus réservé pour l’écrivain. Il a, et surtout a eu une propension à se gargariser de mots, à accumuler les adjectifs. Beaucoup de ses livres (L’amateur d’abîmes, Le fou d’Edenberg) auraient gagné à plus de concision. C’est d’autant plus surprenant qu’il est, en peinture, d’une grande sobriété d’effets et de détails. J’ai pour ma part pris le parti contraire : celui de l’économie, de la rigueur et presque de la sécheresse, qui me semblent beaucoup mieux accordés à l’univers dépouillé de la haute montagne. Ayant trouvé dans un de ses livres (L’amateur) un coucher de soleil de la taille d’un chapitre, je me suis même diverti à traiter le même coucher de soleil (vu et admiré au refuge Durier) de façon diamétralement opposée, en quelques phrases (« Où règne la lumière », pages 105-106). C’est une expérience littéraire intéressante…

Samivel a, je le répète, le goût et le talent de plaire au public. D’où son succès de conférencier (entre autres). Il y a aussi chez lui une facilité de parole, un « bagout » et une propension humoristique qui le poussent parfois vers l’art du « bonimenteur ». C’est que certains de ses amis ou parents appellent son « côté lyonnais » (son père, mort avant sa naissance, était lyonnais). Il a même écrit un « boniment », en préface, si je ne m’abuse, à la première édition de « L’opéra de pics ».

Je n’insiste pas sur son humour, bien connu. Samivel est un homme de talents ; car il est assez protéiforme et ses dons s’exercent dans beaucoup de directions. Ce qu’il fait est toujours plein d’intelligence et de gout. C’est un photographe et un cinéaste de grande valeur.

Cela dit, la meilleure partie de son œuvre[2] me semble être celle qu’il a consacrée à la peinture. Mais en littérature, certains de ses textes sont excellents. Par exemple, « La réponse des hauteurs » (préface de la seconde édition de « L’opéra de pics ». Je crois noter chez lui depuis quelque temps un effet de dépouillement. Son dernier livre, « L’œil émerveillé », hymne à la nature, renferme de très belles pages. Enfin, un ouvrage tel que « Hommes, cimes et dieux » est une étude d’un sérieux remarquable, dans la documentation comme dans l’analyse.

Georges Sonnier 1978



[1] De son vrai nom Paul Gayet (Tancrède étant le nom de jeune fille de sa mère)

[2] Et, surtout, la plus exceptionnelle

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Zenith de Pierre Dalloz

Zenith de Pierre Dalloz est un texte sublime, peut-être  l'un des plus beaux de la littérature alpine. Publié pour la première fois en introduction à l'album "Haute montagne" (1931), il a été réédité à plusieurs reprises.

Le voici dans sa première version, intitulée "Réflexions sur l'altitude", avant les corrections suggérées par Jacques Lagarde, ami de Pierre Dalloz.

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 Voici le texte définitif, tel qu'il a été publié :

 

Zenith

Nous avons remonté bien des vallées, au fond desquelles nous sont appa­rues des cimes de toutes formes et de tous noms. Chacun de ces souvenirs est marqué pour nous d’une heure du jour ou de la nuit, d’une saison, d’une couleur particulière de la roche. Mais ce n’est pas là l’essentiel. L’essentiel est la qualité d’une émotion qui ne vieillit pas mal­gré les années et malgré la ré­pétition d’un spectacle qui nous est, à la longue, devenu familier.

Cela commence toujours de la même façon. On ne voyait rien devant soi que la monoto­nie des éboulis, que la ligne amollie des pâturages, lorsque, tout à coup, surgit un détail, tellement éloigné en profon­deur et en altitude, marqué d’un tel signe qu’il devient dé­sormais impossible d’en déta­cher le regard. A ce pouvoir de fascination on reconnaît la hau­te montagne.

Point n’est besoin pour être asservi de découvrir une chaîne immense. Le moindre morceau de glace ou de roc y suffit s’il appartient vraiment au monde d’en haut et si, par lui, nous est révélée l’ALTITUDE.

Comme la mer nous permet de percevoir l’étendue, la haute montagne nous rend sensibles les profondeurs immenses du ciel. Nous aimons les nuages pour leur fantaisie sans cesse mouvante et pour les jeux que fait à travers eux la lumière, mais l’impression qu’ils pro­duisent sur nous est sans ver­tige ; à des hauteurs qui nous restent inconnues, ils flottent, sans liaison avec notre sol. Un arbre, au contraire, emprisonne dans ses ramures une quantité bien définie de l’espace; un clocher nous en fait connaître davantage; les montagnes sont les plus grands clochers de la terre. Elles nous émeuvent par l’excès même d’une continuité à laquelle nos sens ne sont pas habitués. Par une transition insensible, de repère en repère, notre regard s’élève vers des régions encore terrestres, mais retranchées dans l’inaccessible, voilées par des couches d’air de plus en plus bleues. Étonnée par le spectacle de ces dimen­sions si différentes de la sienne, notre petitesse humaine croit découvrir en elles une image de l’infini.

Les monts ne sont pas l’in­fini mais ils le suggèrent. On les a confondus avec l’altitude; autant confondre l’âme et ses visages, la vérité et ses témoi­gnages.

Bien peu ont su dépasser les indications grossières de leurs sens, entendre le silence, voir l’invisible. C’est la perception de l’abîme sans contours qui a fait jeter à Pascal son cri d’effroi. Plus près de nous, Mallarmé devient d’une clarté tragique si nous lui prêtons un sentiment de l’altitude, aigu jusqu’à la souffrance et au vertige. 11 con­naît tout d’instinct : le silence musical, la lumière sombre, les noces de la neige et de l’azur; il rêve de pureté et de stérilité, de métaux polis et de cristaux, de pierreries, de gel. Sa poésie est un diamant noir.

Tel est le monde de l’altitude que nous avons cherché, recon­nu, en escaladant les plus hau­tes montagnes. Souvent nous en avons goûté la saveur. Il en est resté au plus profond de nous une inguérissable nostal­gie. Qui une fois a connu l’al­titude en reste hanté.

 Toute notre jeunesse fut troublée par un appel mystérieux qui n’était pas celui de l’amour. Parfois, il s’éveillait en nous comme une impatience vivace à la vue d’un pêcher en fleurs, d’un ciel étoilé ou bien lorsque le hasard des vents nous jetait un souffle d’air glacé au visage. Nous pressentions un monde inconnu, celui des hori­zons immenses et de la liberté. Les premiers glaciers que nous vîmes ne nous causèrent au­cune surprise; rien ne pouvait être de nous plus attendu que cette fête de lumière, que cette altitude bleue dont la vérité nous était enfin confirmée par les apparences sensibles de la haute montagne.

Depuis le jour déjà lointain de cette rencontre entre notre rêve et le réel, l’altitude nous est devenue familière. Par une persévérance attentive, par une longue série d’observations et de confidences, nous avons ap­pris à connaître les signes par lesquels elle se manifeste. Que de l’union mystérieuse des mots naisse la réalité de ce qui ne saurait être décrit.

Lorsque notre sang bat dans nos tempes ; lorsque l’air glacé dessèche notre gorge et pénètre au plus profond de nous-mêmes comme un fluide infini­ment précieux et vivifiant ;

Lorsque nous n’avons plus faim, mais soif et que tout nous devient effort, geste ou pensée; lorsque le froid est tel que le piolet colle à nos mains et que les horizons sont embués par nos larmes ;

Lorsque la surface de notre terre nous apparait comme un visage vivant, mais comme le visage ravagé d’une créature qui aurait beaucoup souffert ;

Lorsque d’un seul coup d’œil, nous découvrons les déchire­ments et les blessures ancien­nes, les alliances compliquées des chaînes, l’union ou le di­vorce des eaux ;

Lorsque toute vie animale ou végétale est absorbée dans le creuset gigantesque ;

Lorsque, du fond des vallées, s’élève et meurt à nos pieds la grande voix géologique, la plainte immense de la terre, faite des mille bruits d’en bas, bruits de l’érosion, de l’eau et du vent ;

Lorsque nous sentons que cette plainte, épuisée par sa longue ascension, est incapable d’enta­mer le grand silence supérieur;

Lorsque la perfection même de ce silence est telle qu’elle blesse nos sens ;

Lorsque nous percevons com­me un frissonnement de l’es­pace ;

Lorsque les astres nous appa­raissent en plein jour ;

Lorsque la lumière native glisse d’un infini transparent et noir, lumière obscure comme une lumière qui aurait perdu son reflet;

Lorsque cette lumière pénè­tre directement nos yeux sans les blesser ; mais lorsque la première neige nous réfléchit cette même lumière avec une violence à nous rendre aveu­gles;

Alors, nous reconnaissons l’altitude.

*

**

Quelques années plus tard (une cinquantaine !), j'ai demandé à Pierre Dalloz s'il avait conservé le manuscrit de ce texte admirable. Voici sa réponse :

Dalloz lettre Zenith 001

Dalloz lettre Zenith 002

 

 

Dalloz lettre Zenith 003Cher monsieur,

Le manuscrit de Zénith !... J’ai dû le mettre au panier il y a plus de cinquante ans. Un seul existe, mais c’est un manuscrit bidon, recopié à la demande d’André Wahl[1] pour un collectionneur de livres sur l’alpinisme.

Je ne me suis jamais beaucoup soucié de savoir l’usage que l’on pouvait faire de mon texte. L’an dernier, j’en ai trouvé des citations sur un calendrier des Postes. Et ma vanité en fut flattée. Il y a trois ou quatre ans, j’ai découvert chez mon coiffeur ( ?) de longs extraits dauns une revue pornographique. Pour faire bonne mesure, le titre avait été piqué par la revue à Lionel Terray : « Les conquérants de l’inutile ». Pour une fois, je priais un avocat d’assigner. L’assignation qu’il m’envoya était un tel charabia que j’ai dû la refaire. Entretemps, la société d’édition de la revue s’était mise en faillite. L’avocat m’avait demandé une provision : 300 000 francs anciens. Je ne les ai pas revus. « Les avocats ne rendent jamais l’argent reçu » me dit mon beau-frère, avocat lui-même.

Cela dit, je vous autorise à reproduire dans votre livre tout ou partie de Zénith. Indiquez seulement la source, pour faire plaisir à mon éditeur : extrait de « Roches, neiges et sables » F. Lanore.

Maintenant, je vais faire en m’appliquant un page d’écriture. Vous la trouverez sous ce pli.

Je ne vous ai pas entendu à la télévision et j’en ai grand regret. D’abord, je n’ai qu’un œil et crains la fatigue. Ensuite mon âge, qui devient grand[2], me rend indifférent à ce qui se passe dans le monde. Ma femme me dit en quelques mots si nous sommes en guerre ou en révolution. Et cela me suffit.

Veuillez croire, cher monsieur, à ma cordiale sympathie. Et bonne chance pour votre bouquin.

Pierre Dalloz

1983



[1] André Wahl, fondateur de la célèbre « Libraire des Alpes ».

[2] Né en 1900, Pierre Dalloz avait alors 83 ans. Il est mort en 1992.

 

Dalloz Zenith manuscrit postérieur 002

 

 

 

 

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04 janvier 2013

Une nouvelle polémique concernant les expéditiosn françaises en Himalaya : la colère de Samivel

 

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"Quand on pense à ce que pourrait être une expédition bien montée comme les anglaises, c’est à en pleurer".

 

L'Annapurna 1950 n'était pas la première expédition française en Himalaya. Elle a été précédée par celle de 1936 au Hidden Peak (revenue bredouille, il n'y a donc pas eu de contestations sur le sommet... ). Mais pour autant, les polémiques ne lui ont pas été épargnées, témoin cette lettre incendiaire de Samivel à son amie Claire-Eliane Engel (auteur de plusieurs ouvrages remarquables sur la montagne, son histoire et sa littérature). La colère de Samivel concerne la composition de l'expédition dont il a été évincé. Dirigée par Henry de Ségogne (alors président du GHM et vice-président du CAF), elle comprenait Pierre Allain, Jean Charignon, Jean Leininger, Louis Neltner, Jean Deudon, Jean Carle, le docteur Jean Arlaud, Marcel Ichac (photographe et cinéaste) et... Jacques Azemar, beau-frère du chef d'expédition, chargé de la logistique au camp de base.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que Paul Gayet-Tancrède, alias Samivel n'a pas apprécié d'avoir été remplacé par quelqu'un qui n'avait jamais mis les pieds en montagne !

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 Saint Paul 23 Février [1936]

Chère amie

Nous allons demain dans le Queyras, puis à Montgenèvre et enfin à Sestrières faire une dizaine de jours de ski. Voilà deux mois que je n’ai pas quitté mon bureau et je serai heureux de retrouver la neige. Bon voyage pour vous à Londres. On vous y questionnera probablement sur l’expédition de l’Himalaya. Que comptez vous dire? Car vous savez que ça devient scandaleux, le mot n’est pas trop fort.

De Ségogne emmène en effet ( à ma place) son beau-frère qui n’a jamais mis les pieds en montagne et qui est chargé de la T.S.F dont il n’avait jamais entendu parler il y a trois semaines. Seulement ce monsieur donne 35000 francs : et voilà.

A la place d’Armand Charlet, on emmène : ... Deudon.

Il y a beaucoup mieux : il y a 10 jours, le "comité" a fait une découverte sensationnelle : il faudra nourrir les porteurs et pour cela emmener une tonne de farine. On n’y avait pas pensé…

Il y a encore bien plus fort… et cette fois ci, je me permets de vous conseiller de vous retenir à votre fauteuil. Jean Carle m’a en envoyé un faire-part... de son mariage, le 26, et savez-vous avec qui ? avec une certaine blonde qu’il avait monté au Couvercle l’année de la Verte et qui l'avait définitivement empêché de monter plus haut. Hein, comme on se retrouve; et admirez la combine : J. Carle se marie le 26, le 28 il doit s’embarquer pour les Indes à Venise. Ou je me trompe fort, ou ces jeunes gens vont aller faire un petit voyage de noces dont la moitié sera payé par les souscripteurs de l’H. La blonde en question est Mlle Hollier Larousse : elle doit avoir du dictionnaire dans les veines et comme état civil, le faire-part porte (sic) : médecin de l’expédition française à l’Himalaya.

N’insistons pas. Quand on pense à ce que pourrait être une expédition bien montée comme les anglaises, c’est à en pleurer.

Rendez-moi le service de dire à Londres au colonel Strutt que je n’en fais pas partie et ceci parce que je n’ai pas mâché ses vérités à de Ségogne. Je vous raconterai le détail quand nous nous verrons. Je suis content que les dessins Mont Sublimes vous aient plu.

Mes meilleures amitiés

 Samivel

 

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30 décembre 2012

Affaire Vincendon et Henry : Silvano Gheser n'était pas tout à fait d'accord avec Walter Bonatti

 

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Silvano Gheser était le compagnon de Walter Bonatti lors de la dramatique ascension hivernale du Mont Blanc, à Noël 1956, au terme de laquelle Vincendon et Henry qui s’étaient joints à eux pour l’ascension de l’éperon de la Brenva, devaient trouver la mort après une interminable agonie. J’ai enquêté pendant deux ans avant d’écrire « Naufrage au Mont Blanc » (Editions Glénat), et, à cette occasion, j’ai rencontré Silvano chez lui. C’était en 1998, et il était dans un état physique et intellectuel exceptionnel, ce qui ne semble malheureusement plus être le cas aujourd’hui. C’est pourquoi je pense que son témoignage, écrit de sa main (sur un papier de listing informatique !...) il y a près de 15 ans, intéressera ceux qui cherchent à savoir ce qui s’est réellement passé entre les deux cordées : leur rencontre la veille de l’ascension au col de la Fourche, la soirée du lundi 24 décembre 1956 au refuge de la Fourche, l’ascension de l’éperon de la Brenva  le mardi 25, la tempête qui a stoppé la progression de quatre alpinistes, le sauvetage de Vincendon et Henry, mercredi matin, par Bonatti qui est redescendu les prendre sur sa corde. La progression jusqu’au col de la Brenva, puis la séparation des deux cordées… Des différences importantes existent entre les récits de Bonatti et celui de Gheser. En particulier concernant la séparation entre les deux cordées. Une séparation que Bonatti réfute, affirmant que Vincendon et Henry étaient tantôt devant, tantôt derrière lui avant qu’il ne finisse par les perde de vue, tandis que Gheser évoque bien une séparation : « Je me détache de leur corde ». J’ajoute qu’en me racontant cet épisode, il me l’a mimé avec force gestes... en bon Italien.

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Voici dans une traduction française son récit magnifique de spontanéité et de naturel :

Noël sur le Mont Blanc

Depuis ma plus tendre enfance, ma grande passion pour la montagne m'a amené à beaucoup la fréquenter. Je suis né dans les Pré-Dolomites, où il est possible d'effectuer des excursions, même très importantes. Mais le vrai contact avec les parois rocheuses, je l'ai eu quand je suis devenu militaire, quand j'ai eu la possibilité de devenir militaire d'alpinisme et de ski, à l'Ecole Militaire Alpine d'Aoste en 1953.

Ainsi, pendant l'été j'étais instructeur de rocher et d'alpinisme aux Alpins de mon bataillon (E Dollo) et pendant l'hiver, je représentais avec d'autres camarades, les troupes alpines Italiennes dans les courses militaires nationales et internationales.

Durant l'automne de 1956, Walter Bonatti fut transféré de Bardonechia à Courmayeur. C'est ainsi que je l'ai rencontré et nous avons eu la possibilité de fréquenter ensemble des gymnases naturels. En décembre de la même année, il me proposa de faire la première ascension hivernale de la Poire, et j'ai accepté très volontiers. Quelques jours avant d'effectuer l'ascension, nous avons fait une brève reconnaissance au Bivouac de la Fourche, afin de voir comment se présentait la paroi, et à cette occasion, nous avons suivi les traces d'alpinistes vers l'éperon de la Brenva. Nous sommes partis de Courmayeur le matin du 24 décembre 1956, dans un autobus qui nous amena au départ du téléphérique, après être passés à l'hôtel Scoiatolo, pour informer l'ami Paneil qui y habitait, de notre intention de faire la Poire. Nous avons pris le téléphérique qui nous amena au refuge Torino. Le temps est très beau et froid, environ -20°C. A partir du refuge Torino, nous avons traversé le col Flambeaux, et nous sommes descendus sur la Vallée Blanche et ensuite nous avons remonté la pente de la Fourche. A moitié pente, nous avons rencontré deux alpinistes qui étaient en train de descendre. En nous saluant, nous apprenons qu'il s'agit du Français aspirant guide Alain Vincendon et de l'étudiant Belge François Henry, qui pensent rentrer à Chamonix, ayant vu quelques brumes à l'horizon, porteuses de mauvais temps. Avec le lever du soleil, le temps était revenu beau et limpide. Et entendant que nous montions au bivouac de la Fourche, ils décidèrent de nous suivre, avec l'idée que eux auraient grimpé à l'éperon de la Brenva.

Par ailleurs, ils montrèrent beaucoup d'intérêt et de satisfaction du fait d'avoir rencontré Bonatti. Nous sommes arrivé à midi au bivouac de la Fourche.

Nota : dans l'article dicté depuis mon lit d'hôpital, le journaliste a fait l'erreur d'écrire que nous avons rencontré Vincendon et Henry au retour de notre inspection de la Poire.

Et après avoir mangé quelque chose, tandis que Vincendon et Henry se reposaient, nous sommes partis en reconnaissance jusqu'au col More. Bonatti, en taillant une marche, casse le manche de son piolet. Et contrariés, nous pensons que nous devrons retourner à Courmayeur et renoncer à la voie de la Poire, car il était opportun de se munir d'un nouveau piolet. Nous retournons à la Fourche, c'est déjà la nuit. Ayant manifesté à Vincendon et Henry le désir de retourner à Courmayeur pour changer le piolet, très généreusement ils nous offrent un de leurs piolets. Bonatti remercie de tout cœur, parce qu'avec ce geste, ils nous ont permis de continuer notre entreprise à la Poire. En faisant l'inventaire du matériel dont nous aurons besoin, plus de la journée suivante, nous nous rendons compte du très bon équipement des alpinistes transalpins. Tandis que moi, j'aurais pu me lamenter de l'insuffisance de la protection des pieds qui consistait pour moi en une paire de chaussures en cuir et des guêtres qui m'avaient été prêtées par l'ami Ludovico Gruno. Le manque d'attention dans le choix d'une protection aussi importante me coûtera très cher : l'amputation de tous les doigts de pied.

Par ailleurs je fis l'erreur de prendre des chaussettes de coton plutôt qu'en laine (pourtant, ces choses, je les enseignais en tant qu'instructeur à mes alpins, mais l'enthousiasme et l'émotion d'affronter une telle entreprise firent passer en second le choix d'équipements appropriés). Nous avons dîné en échangeant nos provisions. Nous nous sommes allongés deux par deux sur le sol en bois du bivouac. Dans l'attente de nous lever à 2h du matin, le matin de Noël. Avant de nous endormir, nous avons parlé de montagne et il s'est instauré une sympathie réciproque, tant et si bien que Bonatti a invité Vincendon et Henry à former une cordée unique, tous pour la Poire. Eux furent enthousiastes d'une telle proposition. Mais dans la suite du discours, ils se sont souvenus qu'ils avaient une obligation à Chamonix et qu'il était donc plus opportun que chaque cordée s'en aille par sa propre voie.

Nota : En me référant à ton fax du 9 février, je te confirme ce qui suit : je ne me souviens plus bien comment a été la cassure du piolet, mais je suis vraiment très sûr qu'on ne pouvait plus s'en servir. Henry lui a offert le sien. Henry a escaladé la Brenva avec un piolet en deux morceaux.

Le matin suivant, 25 décembre 1956, nous sommes réveillés à 2h30. C'était une nuit merveilleuse avec les étoiles qui brillaient et un ciel limpide, un paysage fantastique, candide de neige, une telle nuit promettait une journée suivante magnifique. Nous étions tous quatre de très bonne humeur. Nous nous sommes nourris en échangeant une fois encore le peu d'aliments dont nous disposions. Nous ne pouvions pas imaginer que ce déjeuner là serait pour plusieurs jours, le dernier repas régulier.

Notre départ fut retardé par l'obscurité et nous avons donc dû attendre le lever de la lune. Ce retard eut des conséquences pour tous les quatre, étant donné que nous sommes arrivés tard au départ des deux voies. Au lever du soleil, environ 7h30, nous nous trouvions peu après le col Moore. Nous avions à peine salué les deux transalpins, et nous nous sommes rendus compte que de la Poire, descendaient des avalanches, causées probablement par la première chaleur du soleil. Ceci fut déterminant pour décider de renoncer à la Poire, et retourner en traversant un peu plus haut, pour rejoindre l'éperon de la Brenva. En une heure environ, nous avons rejoint et dépassé à environ 100 mètres sur le côté, Vincendon et Henry, lesquels suivirent nos traces. La neige était dure tandis que la pente était très raide. Vers midi nous sommes arrivés sur une pente très inclinée, à environ 4000 m d'altitude. Bonatti a commencé à faire des gradins et à mettre quelques pitons de sûreté, et malgré ce ralentissement de notre cordée, nous n'avions pas le moyen de voir les deux transalpins. En particulier vers les 2h de l'après-midi, dans une tour d'ombre où le froid était plus intense, je me trouvais à devoir m'arrêter plus que prévu sur un gradin de glace, avec le piolet planté dans la neige dure, pour assurer Bonatti qui me précédait ; j'eus la sensation de ne plus avoir de sensibilité aux doigts des deux pieds. A cause du froid intense, le piton que l'on mettait dans la glace, entrait pour une certaine partie, il fallait l'enfoncer plus pour le rendre sûr. Mais souvent la glace autour du piton se cassait et il fallait répéter la manoeuvre à un endroit différent. Quand je me déplaçais du gradin pour monter jusqu'à Bonatti, je me rendis compte que mes pieds et les chaussures de montagne étaient devenus deux morceaux de bois. Je grimpais aisément pendant 40 mètres, et ainsi nous avons continué jusqu'au coucher de soleil, 5h environ. Nous avons pensé à nous préparer au bivouac, en faisant une niche dans la neige ; et pendant que la lumière du jour nous abandonnait, nous avons entendu les appels de Vincendon et Henry, auxquels Bonatti a répondu en les invitant au calme et à se trouver un lieu protégé pour la nuit. Peu de temps après nous être installés dans la niche, un vent très fort se mit à hurler, et sont apparus les premiers flocons de neige. Ce qui nous a fait comprendre que nous étions au milieu d'une très forte tempête. Il faisait très froid. J'ôtais les chaussures et enfilais les jambes dans le pied d'éléphant d'un duvet qui arrivait aux cuisses, tandis que Bonatti s'est reposé dans la toile de bivouac qui le couvrait sur tout le corps, jusqu'au dessus de la tête. Je me souviens que ce fut une très longue nuit. Je contrôlais le temps sur ma montre phosphorescente dans l'espoir que les heures passent très vite. Tandis qu'entre deux contrôles, il n'était en fait passé tout au plus qu'une dizaine de minutes. Je me souviens qu'à un certain moment de la nuit, à cause de la tempête tellement intense, je demandais à Bonatti d'entrer avec le visage dans son sac, parce que la neige pulvérisée entrait dans les poumons. Et je me sentais suffoquer. La tourmente a continué durant toute la nuit.

Quand nous nous sommes levés, il était environ 9h du matin, et tout était couvert d'une épaisse couche de neige fraîche. Sur le glacier, il y avait un brouillard très dense. Et la tempête persistait. Nous avons mangé un peu de sucre et quelques noix. Nous avons lié ensemble deux cordes et Bonatti est descendu pour aider les transalpins à nous rejoindre sur notre position. Après 1h, nous nous sommes retrouvés tous les 4 ensembles. En une seule cordée, reprenant la voie qui conduit au col de la Brenva.

Ce fut une journée difficile ; nous avancions comme des aveugles étant donné le brouillard et la tempête qui persistait ; et aussi à cause du froid très intense. Malgré le peu de centaines de mètres qui nous séparaient du col de la Brenva, nous avons mis la journée entière, 26 décembre, pour rejoindre ce lieu. Il faut reconnaître à Bonatti un sens de l'orientation extraordinaire, qui lui permettait de contourner des séracs impressionnants, de rester lucide sur le lieu d'arrivée au col de la Brenva. Ce sont des moments que l'on n'oublie pas, comme celui du jour précédent où j'ai rejoint Bonatti : dans le morceau fait de gradins, se détacha dans le grand canal à notre droite, entre le col de la Brenva et le Mont Maudit, une énorme avalanche, et nous avons ressenti une petite partie du souffle épouvantable qui la précédait. Nous nous sommes regardés atterrés par la peur qu'elle nous balaie. La neige pulvérulente qu'elle avait provoquée, resta dans l'air pendant plusieurs heures.

Au col de la Brenva vers 16h, Bonatti enfila le Grand Corridor à pas rapides. Le brouillard et les nuages s'ouvrent, il arrête de neiger. Le vent impétueux continue et il est insupportable : c'est le moment le plus froid de toute notre présence sur le Mont Blanc. A un certain moment, je me vois dépassé en courant sur le côté droit par Vincendon, qui arrête Bonatti, et après lui avoir parlé, ils reviennent tous deux en arrière. Ils nous informent que de continuer sur le versant nord, est autrement dangereux parce que plein de séracs et de crevasses. Notre voie de salut passe par la cime du Mont Blanc. A ce point, Henry et Vincendon enlèvent leurs sacs des épaules, imités par moi-même. Mais Bonatti me reprend avec rigueur et me donne l'ordre de continuer car mêmes quelques minutes d'arrêt peuvent être déterminantes ; probablement lui seulement se rend compte de la situation gravissime dans laquelle nous nous trouvons. Puis peut être pensèrent-ils que les difficultés techniques étant passées, nous étions en sûreté. Voyant que nos amis français persistait dans l'arrêt en ouvrant les sacs à dos pour se nourrir, je remets le sac à dos et je me détache de leur corde afin de suivre Bonatti. Vincendon et Henry me font comprendre qu'ils vont nous suivre tout de suite. Mais nous ne les reverrons jamais plus.

Nous continuons vers la cime d'un pas décidé, sans sentir l'effet de l'altitude. Mais l'immobilité de nos amis nous préoccupe : pourquoi ne nous suivent-ils pas ? Cette question nous nous la poserons plusieurs fois en regardant derrière nous. Durant toutes ces années, et beaucoup l'année passée, en repensant à eux, je n'ai jamais trouvé la raison pour laquelle ils ne nous ont pas rejoint. Ce n'était pas par épuisement car je pense à Vincendon courant après Bonatti afin de l'arrêter alors qu'il partait vers le Grand Corridor. Je n'ai jamais compris non plus pourquoi ils avaient répété le tracé entrepris par Bonatti initialement, et puis stoppé de leur propre initiative. Peut être la réponse se trouve-t-elle dans une remarque que me fit Bonatti bien avant de commencer notre ascension. Il m'avait dit : "Et dire quel discours étranges ont fait au-delà de certaines altitudes, à cause de l'absence d'oxygénation !"'. Il faisait référence à lui-même. Et par conséquent, on fait aussi des choix étranges. Ces derniers temps j'ai appris par des amis français, que après que nous nous soyons laissés au col de la Brenva, Vincendon et Henry sont montés en diagonale au-dessus du rocher Rouge supérieur, pour arriver à la Petite Bosse, et raccourcir la voie qui passait par la cime et rejoindre le refuge Vallot. Mais arrivés à la cote 4600 environ en pleine nuit, ils ont dû affronter un bivouac impossible. Le jour suivant, aveuglés, ils descendirent au Grand Plateau, où ils furent trouvés par l'hélicoptère. La version précise, nous la connaîtrons quand nous nous rencontrerons sur la plus haute cime du royaume, et alors nous nous retrouverons dans les conditions maximales de joie.

 

 

 

Posté par Yves Ballu à 00:44 - Commentaires [2] - Permalien [#]
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