Le nouvel opus d'Yves Ballu: crimes sous les cimes


Article paru dans le Dauphiné, le 4 janvier

PhotoDauphine

 


Il dispose d'un fonds d'archives historiques parmi les plus fournis concernant la montagne. C'est dans le puits de cette science, a priori inoffensive, qu'il puise l'inspiration d'un genre atypique: le polar des sommets.

D'autres sont tout fiers d'exhiber leur dernière Ferrari ou leur cave à vins qui pèse lourd en kilos euros. Lui vous tarabuste avec ses autographes d'alpinistes célèbres et tricentenaires, ses gravures de glaciers, affiches de sports d'hiver, cartes postales et autres "incunables" de Chamonix qu'il collectionne religieusement. Et pour vous attirer dans son antre de 400 m², immense maison bourgeoise de Veurey (Isère) ayant appartenu à une cantatrice, Yves Ballu ne lâche pas l'affaire. Coriace comme un grimpeur à l'attaque d'un surplomb. Ses enfants, son épouse, lèvent les yeux au ciel devant passion aussi envahissante; d'autres doivent crier au "raseur!"

N'empêche, dans le milieu de la montagne, Yves Ballu s'est imposé comme un érudit. Ce "Pic de la Mirandole" a retracé la grande histoire de l'alpinisme et s'est damné pour le piolet de Jacques Balmat - conquérant du mont Blanc -, la correspondance conflictuelle des premiers ascensionnistes ou une série de plaques de verres du photographe Couttet immortalisant les touristes en goguette sur la mer de Glace en 1893. Les états d'âme de Gaston Rébuffat ont provoqué en lui une excitation telle que bien de l'encre a jailli de sa plume. Il écrit la nuit et se pose de drôles de questions: pourquoi ne s'est-il rien passé entre la conquête du mont Aiguille en 1492 et celle du mont Blanc en 1786? Qu'est-ce qui a donc poussé les hommes à se hisser soudainement?
Il en suscite également. Toutes ces archives où va-t-il les dénicher? "Je chine", répond-il elliptique, à Paris, Bruxelles et ailleurs. Et aujourd'hui il y a e-bay, la vente par internet.

Il avait 23 ans quand un copain savoyard lui a mis entre les pattes les mémoires de Whymper et autres pionniers expansifs. L'élève ingénieur rêve alors de ces parois. À Fontainebleau, en 1965, il a la révélation pour l'escalade et le voilà alpiniste, collectionneur d'ascensions puis de récits d'ascensions. "Collectionner sans but n'a aucun sens. Moi je veux faire partager", assure le grimpeur parisien devenu écrivain en oeuvrant d'abord pour l'encyclopédie de la montagne Atlas ou la revue du Caf avant de dispenser sa science jusqu'au sommet de... l'Etat.

L'homme qui a torpillé le ministère du Temps libre

Quand il farfouille dans ses malles, Ballu nostalgique exhume une tribune libre au Monde signée d'un haut fonctionnaire anonyme. C'était du temps où il était le monsieur montagne de la ministre des Sports, Edwige Advice sous la tutelle du ministère du Temps libre, invention de François Mitterrand que la missive publiée par le grand quotidien du soir descendait en flèche. Un large sourire fend son visage et Ballu se fait cabotin : "Je vous donne un scoop. C'était moi l'auteur".
Au remaniement gouvernemental de 1983, le ministre du Temps libre, André Henry, expérimentait à son tour les vertus de la disponibilité et disparaissait avec son portefeuille gadget. Mais dans son rôle de conseiller ministériel, Ballu estime avoir réalisé des choses constructives: co-rédacteur de la loi montagne, on lui doit la prolifération de murs d'escalades, les compétitions de grimpe, la réforme du monitorat de ski, la création de celui d'escalade et le conseil supérieur des sports de montagne... Son CV, fort disert, relève de l'autobiographie.

Série noire sur les versants du Pic de la Mirandole

C'est en retraçant le drame de Vincendon et Henry dans Naufrage au mont Blanc, minutieux travail d'enquête, que cet ex-patron de la communication au CEA, prend goût à l'écriture romanesque en 1997. Après une dizaine d'ouvrages, l'historien des sentes dominicales s'est mis à faire son miel des grands et petits faits de la conquête des cimes, empruntant aux icônes de l'alpinisme pour tricoter des romans policiers, des histoires haletantes de meurtres dans l'univers où l'oxygène se fait rare. Et ça marche. "Je suis maître du destin de mes personnages", se régale le démiurge.

Avec Mourir à Chamonix, comme Frison-Roche avant lui, Ballu a planté son accroche romanesque grâce à ce fait-divers hors normes de 1934: Guy Labour, l'homme qui passa sept jours dans une crevasse et qu'un incroyable concours de circonstance ramènera sur les berges de la vie. "Je suis parti d'un contexte historique pour adosser ma fiction et la crédibiliser."
Son dernier bébé, la conjuration du Namche Barwa, prend encore plus d'altitude, et revisite un autre mythe: la conquête de l'Annapurna, premier 8000, apogée de l'alpinisme colonial. Vendeur. Dans ce "remake", pure fiction, il est question de conquête patriotique du dernier des 8000 himalayens. D'entrée de livre, une citation authentique de Gaston Rébuffat, héros frustré de l'Annapurna, donne le ton et jette le trouble. Selon le témoignage du guide, Lachenal, compagnon oublié de Maurice Herzog, aurait été l'objet de censure, empêché de livrer sa version de l'ascension au risque de perdre son poste de professeur à l'école nationale de ski et d'alpinisme.

Forcément toute comparaison avec des faits réels est loin d'être fortuite. "Je ne prétends en aucun cas réécrire l'histoire. La question n'est pas de savoir si Herzog et Lachenal sont allés au sommet. Mais qu'est-ce qui aurait pu se passer s'ils n'y avaient pas été." Jusqu'à preuve du contraire...
Car Ballu connaît cette engeance. Les alpinistes, comme tous les autres hommes, peuvent mentir. Et là-haut, ils sont bien souvent seuls témoins de leurs actes. Même les photos peuvent tromper. En l'occurrence dans sa fiction, la cordée n'atteint pas la cime et la préservation de son mensonge va entraîner meurtres et intrigues avec en toile de fond un complot mystico barbouzard et une ambiance à la Grangé.
Pour Ballu, la censure imposée aux autres membres de l'expédition de l'Annapurna en 1950, dont le récit fait la part belle à Maurice Herzog, a instillé un doute. "Dès lors qu'un témoin a été empêché de parler, on peut tout imaginer sur ce qu'il avait à dire." L'imagination s'engouffre dans les non-dits de l'aventure. Ce livre qui ébrèche le piédestal du "héros de l'Annapurna", il l'a envoyé à Maurice Herzog avec cette dédicace: "Variante sur une mélodie annapurnienne qu'il siffle depuis 50 ans". Comme il dit: le roman commence là où les trois petits points suspendent l'Histoire. Et à ce petit jeu Ballu n'est pas ballot.

 



L'article, paru le 4 janvier dans le Dauphiné a été rédigé par Antoine Chandellier, chef d'agence à Chamonix, suite à une longue interview qu'il est venu faire à la maison. Je n'ai pas lu l'article avant diffusion. Si j'en avais eu l'occasion, j''aurais suggéré quelques corrections. Par exemple la dédicace à Maurice Herzog n'était pas : "Variante sur une mélodie annapurnienne qu'il siffle depuis 50 ans". Mais "Variante sur une mélodie annapurnienne qu'il "fredonne depuis 58 ans". C'est plus élégant. Et moins agressif.

Yves Ballu

 



LA REACTION D'ANDRE HENRY ANCIEN MINISTRE DU TEMPS LIBRE

Monsieur,

Le Dauphiné Libéré du 4 janvier dernier publie une « révélation » de votre part. Vous auriez, par un article anonyme dans le Monde, « torpillé » le Ministère du Temps Libre ! Quelle révélation ! 48 h après, je savais qui était l’auteur – vous – et deux personnes étaient prêtes à confirmer. J’ai décidé de me taire pour ne porter aucun tort au Cabinet d’Edwige Avice. Même si nos relations n’étaient pas chaleureuses, je ne suis pas du genre à profiter d’une imbécillité qui qualifie son auteur. Mais, voyez-vous, j’ai toujours gardé sur moi, votre nom… et même vos adresses. Témoignages d’une petitesse.

En réalité, vous n’avez rien torpillé du tout. Au contraire, les témoignages de soutien qui ont suivi, y compris à l’Élysée et au gouvernement m’ont plutôt conforté.

Mais à quoi bon vous dire tout cela. Ce misérable secret était encore trop lourd pour vous, vingt-cinq ans après ! Vous avez du avouer, à vous-même, et à un journaliste sans doute trop heureux du scoop ! Et quel scoop !

Monsieur, je vous assure de tout mon mépris.

André Henry

 

(Ancien ministre du Temps Libre)

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Ma réponse :

Monsieur le ministre,

Je regrette qu’un journaliste ait monté en épingle une anecdote que je lui avais confiée en feuilletant divers documents relatifs au ministère Jeunesse et Sports. Vous avez raison, c’était une « imbécillité ».

En retour, je reçois de vous une émouvante révélation : « J’ai toujours gardé sur moi votre nom… et même vos adresses », me confiez-vous. Bigre !... J’aurais mérité cet excès d’honneur ou… cette indignité ! Et vous auriez décidé de « taire » le « misérable secret » pendant de si longues années « pour ne porter aucun tort au cabinet d’Edwige Avice » ?... Cette retenue confine à l’héroïsme, quant on sait les relations détestables que vous entreteniez avec votre ministre délégué. J’ai du mal à croire que si vous aviez eu la preuve que ce texte émanait du cabinet d’Edwige Avice, Matignon et l’Élysée n’en auraient pas été informés immédiatement ?... La grandeur d’âme a des limites… Au demeurant, ce cabinet a cessé d’exister en 1984. Dès lors, quelles raisons aviez-vous de continuer à taire le « misérable secret » tout en conservant sur vous mon nom et mes adresses - pendant 25 ans ?

Je pense que la vérité est différente. Moins noble. Rappelez-vous… Cette lettre ouverte parue dans « Le Monde » du 6 novembre 1982 vous a mis dans une rage épouvantable. Vous avez remué ciel et terre pour débusquer son auteur. Vous avez menacé le journal, enquêté dans votre entourage, suspecté jusqu’à vos plus proches collaborateurs – tandis que les photocopieuses des ministères – y compris le vôtre - tournaient à plein régime, et que ce texte passait de mains en mains ! Mais évidemment, vous n’avez pas trouvé. Pourquoi ?... Parce que je m’étais bien gardé d’en parler à qui que ce soit. Trop risqué (pour Edwige Avice). En d’autres termes, les « deux personnes qui étaient prêtes à confirmer » qu’elles m’avaient identifié vous ont menti. Si toutefois elles existent.

Mais revenons un instant sur cet article du Monde, dans lequel je ne mettais pas en cause le Ministère du Temps Libre, mais le ministre du Temps Libre. Vous, monsieur Henry. Parce que vous étiez en train de torpiller le Ministère du Temps Libre. Par votre mégalomanie. Vous aviez convoqué les directeurs de votre administration pour exiger, sous peine de révocation immédiate, une voiture et un chauffeur pour chaque membre de votre cabinet, vous inondiez 3 ministères d’une revue de presse hebdomadaire vous montrant dans la presse des familles comme dans celle des célibataires, dans les buts du stade d’Epinal comme dans les manifestations encravatées. Vous aviez créé une administration du temps libre, avec une direction du loisir social ( !) ouvrant des conflits stériles. Vous aviez entrepris de rebaptiser les établissements du ministère des sports, et même le corps des inspecteurs Jeunesse et Sports à l’effigie du Temps Libre. Pour en arriver où ?... A cette performance extraordinaire : être le ministre le plus impopulaire du gouvernement (après le ministre de l’Intérieur), alors que, ministre du Temps Libre, vous étiez, comme le suggérait mon papier, le « ministre des bons côtés de la vie ».

A lire votre livre, on pourrait penser que vous avez eu raison, contre tout le monde, avant tout le monde, et que votre action portait en germe toutes les évolutions heureuses de notre société. Qu’en somme, vous avez été un bon ministre, incompris, victime de cabales et persécuté par une presse malveillante dont les « méchancetés » vous sont restées en travers de la gorge (« je ne parviens toujours pas à [en] sourire aujourd’hui »).

Mais alors, pourquoi un ministre aussi exemplaire aurait-il disparu de la scène politique ? Pourquoi ne lui a-t-on plus jamais proposé le moindre strapontin ministériel ?... Les « témoignages de soutien de l’Élysée et du gouvernement », que vous avez pris pour argent comptant, semblent vous avoir fait défaut lorsque, quatre mois après la parution de cet article du Monde, vous avez perdu votre portefeuille ministériel (au profit d’Edwige Avice !).

Et si vous n’aviez pas été un bon ministre, monsieur Henry ? Et si cet échec personnel avait été fatal au Ministère du Temps Libre ? Ministre de l’Education Nationale, de la Justice ou des Finances, votre échec n’aurait jamais été qu’un avatar personnel – une erreur de casting. On vous aurait simplement remplacé. En aucun cas, vous n’auriez été le fossoyeur de votre ministère. Mais le Ministère du Temps Libre, c’est vous qui l’avez créé. Votre responsabilité première – très lourde, j’en conviens, face à une opinion publique qui ne lui était pas acquise d’emblée  – était de démontrer que le Ministère du Temps Libre n’était pas un « ministère gadget ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que votre démonstration n’a pas été convaincante. J'ai vainement cherché dans votre livre "Le ministre qui voulait changer la vie" l’esquisse d’un regret, voire d'une autocritique. Je n’y ai rien trouvé qui laisse à penser que vous assumez une part de responsabilité dans la disparition - sans doute définitive - de ce ministère original, et au-delà, de son concept. Il me semble que cela devrait vous poser un vrai problème de conscience.

En tout état de cause, le journaliste du Dauphiné se trompe lorsqu’il affirme que j’ai torpillé le Ministère du Temps Libre. Je pense qu’au moins sur ce point, nous devrions tomber d’accord.

Yves BALLU

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Voici l'article du Monde :

Tribune libre parue dans le journal Le Monde du samedi 6 novembre 1982

LETTRE A UN MINISTRE

Comment ne pas gâcher le temps libre?

Le ministère du temps libre, où la jeunesse côtoie le tourisme et où les sports flanquent la culture populaire, n'a jamais trouvé son équilibre. Est-ce dû à ce ministère-gadget que l'opposition dénonçait dès sa naissance ? Est-ce à cause d'un manque de moyens budgétaires? Le haut fonctionnaire dont nous préservons, à sa demande, l'anonymat et dont nous publions ci-dessous la lettre, pense que le coupable est le ministre lui-même : M. André Henry.

Monsieur le ministre,

Un sondage récent vous place en deuxième position derrière le ministre de l'intérieur, au hit-parade des ministres indésirables.

Il est vrai que les sondages valent ce qu'ils valent et que le ministre de l'intérieur peut raisonnablement s'attendre, compte tenu du caractère ingrat de certaines de ses attributions, à figurer en haut de cette échelle de l'impopularité.

Mais vous êtes en quelque sorte, monsieur le ministre du temps libre, le « ministre des bons côtés de la vie », et ce sondage n'est pas un test de popularité dans lequel les inconnus se retrouvent habituellement en dernière position, c'est un test d'impopularité,

Vous n'êtes donc pas inconnu ; et vous êtes indésirable.

Commentant ces sondages accablants et têtus, vous répétez à l'envi que Léo Lagrange — auquel vous vous identifiez volontiers — avait, lui aussi, été la cible des moqueurs, lesquels voyaient en lui le ministre des paresseux ; et vous laissez entendre que si depuis toujours vous passez pour la tète de turc des journalistes, c'est que vous êtes victime d'une campagne, malveillante et organisée, de la part des médias.

Et pourtant... vous avez toujours accepté, avec une émouvante bonne volonté, de vous laisser photographier : dans tes buts du stade d'Épinal comme dans tes manifestations officielles, par la presse des familles comme par celte des célibataires (interview dans « Lui »), et le recueil de vos allocutions, distribué dans vos services, prouve à l’évidence que vous parlez volontiers — et bien — en public.

Alors, pourquoi votre image est-elle si mauvaise dans l'opinion ?

D'aucuns prétendent que votre portefeuille ministériel, dernier fleuron d'une carrière exceptionnelle, faute d'être le sel d'une action gouvernementale efficace et Imaginative, est plutôt la vitamine de votre mégalomanie.

D'autres, en pensant à vous, évoquent ce roitelet cosmique rencontré par le Petit Prince dans la région de l'astéroïde 325 :

«Sire... sur qui régnez-vous ?

— Sur tout, répondît le roi avec une grande simplicité (...)

— Et les étoiles vous obéissent ?

— Bien sûr, lui dit le roi. Elles obéissent aussitôt. Je ne tolère pas d'indiscipline.

Mais ce monarque sidéral était en définitive plein de bon sens :

« Ton coucher de soleil, tu l'auras. Je l'exigerai. Mais j’attendrai, dans ma science du gouvernement, que les conditions soient favorables. »

Et, lorsqu'il commandait le lever du soleil, il avait la sagesse de le faire au moment opportun…

Ministre du temps libre, vous auriez pu choisir d'être un ministre d'idées, ayant un rôle de proposition et d'incitation dans les domaines de la jeunesse, des sports, des loisirs, du tourisme, mais également dans ceux de l'éducation, de la communication, de la culture, des transports, etc. Vous auriez pu convaincre les Français qu'avoir du temps libre, c'est bien, mais que n'en pas avoir est quelquefois mieux (les passions se vivent souvent à crédit...!).

Vous auriez pu peser sur les ministères dont vous aviez la tutelle (jeunesse et sports, tourisme) pour les inciter à mener une politique d'ouverture des loisirs (loisirs actifs de préférence) en direction de toutes les catégories sociales. Bref, vous auriez pu être le ferment d'une part importante de l'action gouvernementale.

Au lieu de cela, qu'avez-vous fait?

Côté tourisme, vous avez simplement annexé le champ de compétences d'un secrétaire d'État peu jaloux de ses prérogatives et vous êtes devenu un super ministre du tourisme.

Côté Jeunesse et Sports, il vous a fallu batailler davantage pour soustraire à la tutelle d'un ministre réputé pour son dynamisme et ses compétences celles de ses attributions sur lesquelles vous souhaitiez exercer directement votre tutelle.

Vous avez exigé — parfois avec violence — que les papiers à en-tête, les inscriptions aux frontons des bâtiments et même la dénomination de certains syndicats professionnels soient frappés à l'effigie du temps libre.

Des thèses 1930

Et puis, vous avez créé la « direction du loisir social, de l'éducation populaire et des activités de pleine nature » avec un directeur, des sous-directeurs, des chefs de bureau, tous bardés de substantifs et d'épithètes.

Plus tard, vous avez jeté votre dévolu sur les CREPS, ces établissements régionaux anciennement dévolus à l'éducation physique et sportive, sur lesquels vous vous proposez d'établir votre tutelle, et dans un récent discours vous avez manifesté quelque intérêt pour l'INSEP (Institut national des sports et de l'éducation physique).

Monsieur le ministre, permettez-moi de vous dire que vous êtes tombé dans le piège.

Ministre du temps libre, il vous fallait inciter, imaginer, inventer, rayonner.

Vous avez préféré administrer. Quelle erreur... et quel gâchis !

En caricaturant les thèses socialistes des années 30, non seulement vous avez fait perdre à la notion de temps libre toute crédibilité, mais vous avez gaspillé un formidable potentiel de curiosité, de bienveillance et d'intérêt.

Vous avez également découragé quelques milliers de fonctionnaires — les vôtres — dont l'indignation — pardonnez-leur — ne peut s'exprimer qu'en des occasions rares et anonymes.