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Culture L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINE : Le nouveau livre d'Yves Ballu

Un thriller montagnard

 

Yves Ballu est un éminent spécialiste de montagne et d'alpinisme en particulier. Il vient de sortir "La conjuration du Namche Barwa", son second roman. Qui prend évidemment pour cadre les sommets.

Le Dauphiné Libéré : Le sujet de votre livre (une expédition nationale en Himalaya, suivie d'un mensonge qui pèsera lourd dans la vie des protagonistes) ne manque pas d'originalité. Comment l'idée vous est-elle venue ?

- Yves Ballu : Dans mes romans, j'ai choisi d'inventer une histoire mais a partir de quelque chose, ou de gens, ayant existé. Pour "La conjuration ", il s'agissait des grandes expéditions nationales d'alpinisme, et plus précisément de celle de l'Annapurna, en 1950, avec Maurice Herzog. L'idée de départ, c'est qu'au sommet, les alpinistes sont seuls. Personne n'a jamais vérifié, remis en cause des alpinistes ayant conquis un sommet. Or d'après moi, s'ils ont du culot, du courage, s'ils sont doués, ils restent des hommes. Qui peuvent mentir

 Vous remettez en cause l'expédition de1950 ?

-  Non, c'est un roman, je ne prétends pas réécrire l'histoire. Mais je dis seulement que rien ne prouve qu'ils aient atteint le sommet. Le problème justement avec l'Annapurna, c'est qu'à trop vouloir prouver (ils ont pris des photos), on finit par semer le doute. Et je me suis beaucoup amusé avec ça. Dans mon livre, au départ, j'imagine des personnages qui ressemblent aux protagonistes réels, et je me pose la question s'ils n'étaient pas ailes jusqu'au sommet, que se serait-il passé ?

Leur décision de mentir va se retourner contre eux...

- Forcement. L'un choisit de mentir, l'autre de laisser faire. Et là, ils sont embarqués

Comment travaillez-vous votre histoire : vous avez déjà tout en tête avant de commencer ?

- Non, au contraire. Tout se fait progressivement. Je vis avec mon histoire dans la tête si une idée me vient et qu'elle est bonne, je la garde. Le cadre de ce roman existe (Chambéry notamment, Ndlr), mais le reste est une fiction. Et les personnages ont leur propre logique ce sont eux qui m'embarquent dans l'histoire. Car mon intrigue se construit autour d'eux, et de leurs relations.

Écrire nécessite-t-il une discipline ?

- Pour moi, oui. Ce roman m'a pris deux ans. J'avais décidé d'écrire tous les jours, même si j'en avais marre parfois. Et j'écris partout,  même quand je suis allé voir mes enfants au Brésil, j'ai écrit. II ne faut jamais abandonner.

Après tout ces livres de montagne, pourquoi être passé aux romans ?

- C'est après avoir écrit l'histoire de Vincendon et Henry (dans "Naufrage au mont Blanc"). Cette histoire m'a donné le goût d'une forme d'écriture romanesque. Et puis, je voulais enfin maîtriser le destin de mes personnages !

Votre livre est d'ailleurs un thriller, plus qu'un livre de montagne...

- Oui, la montagne n'est que le cadre de départ, ensuite on passe au thriller. D'ailleurs les gens, autour de moi, m'ont dit qu'ils l'avaient lu d'une traite ! C'est vrai que lorsque j'écris, j'ai toujours peur de perdre mes lecteurs en route. Alors je me creuse la cervelle pour qu'il y ait une histoire, que le lecteur, à chaque page, ait une question a se poser. Et j'en profite pour l'emmener vers des choses qui me passionnent, moi ! »

Isabelle Calendre

 


La Savoie du 11 novembre 2008:

Yves Ballu ne plonge pas ses plumes dans n'importe quelle potion. La montagne pour toujours mais avant tout l'humanité qui s'agite autour, de haut en bas, de fond en comble, de mensonge en vérité, de vie à trépas. Il nous entraîne dans un voyage étrange, qu'il écrit avec cocasserie et émotion, avec justesse et expérience. Un de ces excellents nouveaux romans de montagne.

 



Interview par Claude Muller à l'occasion de son Café Littéraire à Bernin


Article paru dans Trekmag :

Si Yves Ballu était américain, nul doute que la comparaison avec feu Michael Crichton viendrait à l’esprit. Dans ce nouveau roman au rythme haletant, rien ne nous est épargné, pour notre plus grand plaisir...

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05 JAN 09

Suspense en montagne.

L'histoire récente de l'alpinisme l'a prouvé quelques conquérants de l'inutile ont parfois eu, pour les moins scrupuleux naturellement, de coupables envies d'aller au-delà de ce qu'ils avaient réellement réussi pour une once de gloire Les alpinistes d'une expédition viennent de vaincre le dernier problème himalayen. Mais ce 8 000 m si inaccessible, l'ont-ils réellement gravi jusqu'au sommet ? Le retour a la vie ordinaire va présenter bien des difficultés dans ce groupe qui se disloque sur fond d'ambition et de doute. La malédiction du Namche Barwa peut s'installer. Passé maître dans l'évocation de la montagne, de ses héros (Les alpinistes, Naufrage au Mont-Blanc) et dans le roman de montagne (Mourir a Chamonix), Yves Ballu livre un nouvel opus captivant, une fiction prenante dans un décor grandiose.

 


Article paru dans la revue L'ALPE printemps 2009:

 

Encouragé par le succès de son premier roman (Mourir à Chamonix Glénat, 2006), Yves Ballu reprend la plume pour un nouveau thriller. Partant d'une ascension controversée du dernier grand sommet himalayen, le Namche Barwa (la trame s'inspire de la première de l'Annapurna, en 1950), l'intrigue nous mène au coeur des institutions de la montagne, à Paris et dans nos Alpes. Très vite, le doute s'installe : le sommet a-t il vraiment, été gravi ? Loin des célébrations égocentriques qui suivent les grandes conquêtes, les acteurs révèlent, face au diktat de l'orgueil national, une coulisse peu reluisante d'un système ou traîtrise, mensonge et même violence se mêlent pour faire rebondir un suspense (et le terme n'est pas galvaudé) qui étreint jusqu'à la dernière ligne. Et entourer l'ensemble de mysticisme est génial car cela donne de la profondeur à ce récit qui devient progressivement noir et oppressant. Plus abouti que le précédent, ce brillant exercice offre à son auteur la perspective d'intéresser un large public, au-delà du cercle de la montagne. Car ici, la fiction flirte toujours avec nos réalités « Un mensonge, c'est comme un animal de compagnie. D'abord, on s'habitue, et puis avec le temps, on finit par l’aimer »

DANIEL LEON



Revue La Montagne du Club Alpin Français (janvier 2009)


La première qualité d'un romancier est, bien entendu, de nous faire entrer dans une histoire par un récit qui pourrait bien être vrai. De ce point de vue, Yves Ballu, que certains connaissent comme historien, confirme qu'il est romancier au point que l'on ne sait plus trop, sortant de la lecture de La conjuration, si ce livre n'est pas plus vrai que ce que nous connaissons du réel... à quelques meurtres près. Et quel meilleur sup­port que celui qu'il trouve dans les restes de la première ascension de l'Annapurna qui a fait couler tant de salive (parfois de bave...) et d'encre aussi? Dans ce «thriller» qui sait captiver, les alpinistes sont montrés somme toute très humains et non comme on voudrait les ima­giner: conquérants de l'inutile, c'est-à-dire héroïques et mus par de pures passions généreuses et désintéressées ! Non, ils sont ici triviaux, à la recherche de «l'utilité», moyens de subsistance, gloire, pouvoir, utilisant souvent la montagne comme outil dans leur recherche d'un peu plus d'existence. Mais quand la chance ne sourit pas, il faut alors l'aider. C'est en tous cas le choix que fait Hervé Marion en décidant de déclarer qu'il a gravi le sommet alors qu'il manquait quelques mètres. Mais Laurent Souste qui a accepté le «deal» pour sauver sa peau et celle de son chef, y laissera ses pieds, et bien plus encore. On sent, dès le début, que sous ce mensonge, tout le monde a beaucoup à gagner, mais donc aussi beaucoup à perdre... en premier lieu un président de fédération magnifiquement campé ! Si l'on ajoute l'omniprésence d'une espèce de secte religieuse, on se croirait presque dans un «Da Vinci Code» de la montagne... aux intrigues complexes, mais qui tiennent la distance des 500 pages. On pourra, il est vrai, reprocher des longueurs (la descente du sommet nous fait autant souffrir que les protagonistes...), mais tout cela est bien réussi, qu'il s'agisse de l'expression des sentiments ou de la description de ce qui se passe, là-haut, dans les hautes altitudes. La morale ne sort pas indemne de cette histoire. Pourtant, notre auteur finit par pardonner beaucoup à ces hommes qu'il prend pour ce qu'ils sont. Certains verront ce livre comme l'expres­sion d'une remise en cause de la version officielle de l'ascension de l'Annapurna. Il faut le prendre à mon sens comme un bon divertissement qui interroge au deuxième degré nos motivations d'alpinistes.

Luc Jourjon