Philippe Cornuau s'interroge sur la réalité de la "victoire française" à l'Annapurna. Il n'est pas le seul, au point que Maurice Herzog a dû se justifier à plusieurs reprises. Il l'a fait notamment en 1996 dans le journal Le Monde. Voici son témoignage. Avec toutes les photos prises par son compagnon Louis Lachenal.

 

 

Maurice Herzog : « Nous étions véritablement au sommet »

MAURICE HERZOG. soixante-dix-sept ans, est le dernier membre encore vivant de l'expédition française à l'Annapurna (8091 mètres). Quelques années après son ascension victorieuse, il s'engagea dans la vie politique. Il fut haut-commissaire (de 1958 à 1963) puis secrétaire d'État (de 1963 à 1966) à 1a jeunesse et aux sports. Député du Rhône en 1962, il sera ensuite élu de la Haute-Savoie jusqu'en 1978. Enfin, il est maire de Chamonix de 1968 à 1977. M. Herzog a aussi exercé des responsabilités importantes dans plusieurs sociétés françaises. Il est actuellement conseiller du président du groupe Schneider pour les affaires internationales. Maurice Herzog a siégé de 1970 à 1994 au Comité international olympique, dont il est désormais membre honoraire. Les droits d'auteur qu'il a retirés de son livre sur l’Annapurna, reversés jusqu'en 1980 à la Fédération française de la montagne, ont permis de financer plusieurs expéditions nationales dans l'Himalaya et dans les Andes.

Interrogé par Le Monde, Maurice Herzog affirme : « Ce que j'ai dit dans Annapurna, premier 8000 est l'exacte vérité. Je suis prêt à me donner an feu si on me dit que j'ai menti en quoi que ce soit. Mes écrits n'ont jamais été contredits. » II estime que le contrat passé entre la Fédération française de la montagne (FFM) et les membres de l'expédition avant leur départ pour l'Annapurna était totalement justifié : « Il ne fallait pas que l'on puisse écrire sur une même aventure plusieurs livres. Ce type de démarche n'est jamais bon. Il n'y a eu aucune censure ni aucun secret qui aurait été jalousement gardé. Mon livre a été lu par tous les membres de l'expédition avant sa publication. Tous m'ont dit qu'ils étaient d'accord ». A propos des jugements portés par Louis Lachenal et Gaston Rébuffat dans leurs carnets d'expédition, Maurice Herzog déclare : « II y a ce qu'on écrit sur le moment, à la suite d'une déception ou d'un mécontentement. On couche ses sentiments sur le papier et ça reste. C'est ce que j'appelle des mémoires de circonstances. Avec les membres de la FFM, nous avions décidé de ne pas en tenir compte. »Enfin Maurice Herzog rappelle qu'après son retour de l'Himalaya certains ont contesté l'authenticité des photographies ramenées de la cime de l'Annapurna. « En les regardant, ils ont prétendu que nous n'étions pas allés au sommet. Sous l'effet de la perspective les clichés dorment l'impression qu'il y avait au-dessus de nous une arête de neige. En fait, celle-ci m'arrivait à la ceinture. Nous ne pouvions pas nous élever sur le fil de cette arête, qui était en réalité une corniche. Mais nous étions véritablement au sommet. En me penchant, j'ai pu ainsi observer la face sud de l'Annapurna, opposée à notre itinéraire d'ascension ». 

 

(Article paru dans le journal Le Monde du 8 novembre 1996)




 

Et voici pour la première fois, la série  complète des photos de Maurice Herzog, prises par Lachenal au terme de leur ascension de l'Annapurna. On y voit le "vainqueur de l'Annapurna" brandir au bout de son piolet différents drapeaux (français, Club Alpin et Kléber Colombes son employeur d'alors) :                                                                     

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Et voici la seule photo de Louis Lachenal, prise par Maurice Herzog. Un bien mauvais photographe !...

Lachenal