J'ai une grande admiration pour Samivel ce merveilleux artiste de l'alpinisme et la haute montagne. Regardez :

Samivel_3_redimensionner

J'ai aussi une profonde gratitude, car il a accepté de réaliser une aquarelle originale pour mon premier livre "L"épopée du ski" (Arthaud 1981). Celle-là :

Samivel_Epop_e_du_ski

Voici encore deux petits dessins originaux plein d'humour et de poésie :

Samivel_1

Samivel_2

Et le voici en montagne (veste blanche) au refuge de la Charpoua :

GL_Poliant_Gayet_Martinon_Charpoua_1928_redimensionner

le document.


J'ai eu la chance d'acquérir un lot de lettres manuscrites qu'il avait adressées à son amie Claire Eliane Engel, historienne de la montagne, avec laquelle il a entretenu une longue - et passionnante - correspondance.
Les premières lettres datent des années 1932. Elles sont signées de son vrai nom : Paul Gayet Tancrède. Comme ça :

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C'est à partir de 1934 qu'il utilisera le pseudonyme de SAMIVEL emprunté à une lecture de son enfance, les Aventures de Mr Pickwick de Dickens.
Cette lettre est intéressante à plusieurs titres. D'abord, c'est l'une des premières qu'il signe Samivel (tout en conservant son nom pour l'adresse), mais surtout, c'est un texte fondamental, peut-être unique, dans lequel il raconte comment il a découvert une technique originale pour la représentation de la haute montagne... Lisez plutôt (j'ai transcrit le texte manuscrit pour en faciliter la lecture)...

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Chère mademoiselle

 

Pardon de ce papier ministériel qui n’a que des rapports lointains avec nos préoccupations habituelles ! Je viens vous remercier de votre aimable lettre et particulièrement de l’envoi de votre article des « Nouvelles » que j’ai lu avec grand plaisir. Vous y êtes vraiment trop aimable à mon égard ! Merci très sincèrement ! Je suis heureux que « L’aube » vous ait plu : nous comprenons donc et aimons la montagne de la même façon, c'est-à-dire d’une manière spirituelle (1er sens). L’interprétation du paysage de haute montagne, son interprétation picturale est une question qui me passionne et dont je crois avoir trouvé techniquement la solution. Je regrette fort de n’avoir pas lu l’article que vous signalez à Payot qui, d’après votre compte-rendu, me semble s’attaquer au même sujet, mais sans conclure. Pour des raisons plastiques et psychologiques, je crois fermement, et tout ce que je vois, tout ce que j’entends, ne font que me conforter dans cette opinion, que la seule technique possible en haute montagne, c’est la technique extrêmement subtile, légère et spirituelle de certains artistes japonais. D’autre part, faire en montagne de la peinture d’imitation, c’est-à-dire peindre un paysage déterminé, c’est se vouer à l’échec. Ceci s’explique logiquement. L’art alpin devra être avant tout un art d’imagination. Or, je lis dans votre article : « qui, plus que tout autre exige une interprétation personnelle ». Je me demande si Payot n’a pas à peu près la même idée.

Je compte exposer tout cela dans un article sur « Le dilemme de la peinture de montagne ». L’ennui, c’est qu’il s’agira forcément d’un plaidoyer « pro domo », puisque je suis un artiste actif et que je ne puis travailler autrement que conformément à mes idées théoriques. Ma foi, tant pis ! C’est que je voudrais que le public soit moins bouché et ignorant sur ces questions.

Avec mes meilleurs amitiés, je vous prie, chère mademoiselle, de bien vouloir transmettre à madame votre mère mes très respectueux hommages.

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 PS : à propos de Strutt. Voulez-vous lui dire que je désire garder l’incognito quant à mon véritable nom. Merci d’avance.