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Je suis tombé par hasard sur l’avis d’un lecteur (« Michel, Les Soldanelles Chamonix) posté sur le site Amazon.fr à propos de « Naufrage au Mont Blanc ». Le voici :

"Naufrage au Mont-Blanc" est bien écrit. C'est en quelque sorte un roman qui plaira aux amateurs de ce type d'aventure, pourtant bien réelle, et que les passionnés doivent acheter pour un devoir de mémoire envers tous les protagonistes de cette lamentable épopée de deux gars qui, aujourd'hui, seraient qualifiés de "zozos". Les faits sont vrais, la chronologie des évènements exacte. Je regrette que, l'appréciation de l'époque de deux vieilles familles chamoniardes ne soit pas rapportée, mais peut-être l'ont-elles refusée..., et surtout une certaine "mayonnaise" qui permet de remplir plus de 425 pages sans lesquelles ce bouquin ne serait pas "vendeur".
Je témoigne à deux titres :
1er) Jeune chamoniard à l'époque résidant dans un grand chalet implanté au pied du Brévent, le long de la piste du Savoy-Hôtel, je descendais régulièrement en ville par la grande Mollard ce qui me faisait passer devant le PGHM et le bureau des guides ; de plus un membre d'une des familles citées plus haut nous commentait tous les jours les faits réels. A la sortie de la messe de minuit, il n'y avait pas de neige dans cham. par contre, plus d'un mêtre est tombé dans la nuit de la St Sylvestre. Je pense que la position des vrais guides chamoniards était la meilleure (dans les connaissances du moment, depuis la vallée), des faits précédents et ultérieurs leurs donnent encore raison aujourd'hui, sans parler de l'avalanche au village du Tour et la cata du tunnel éponyme. Etant précisé que, l'un des deux gars avait rencontré la veille du départ un guide de cham., lui avait demandé un complément de matériel et ce dernier lui avait indiqué "qu'il ne fallait pas tenter une hivernale sur le MB à cette époque et le lui interdisait même" ; le quidam de répondre "que les gens de Chamonix allaient prendre une belle leçon d'escalade"... J'ai encore sous les yeux mes photos des hélicos (Alouettes et Sikorsky) , prisent à l'époque, en attente sur un terrain de fortune contigu à la patinoire, et non pas dessus...
2ème) Affecté dans un Etat major de l'armée de l'air, durant mon service militaire, j'y ai rencontré dans le courant le l'année 1961 le commandant SANTINI et l'adjudant BLANC avec lequel j'avais reparlé de "l'affaire" à plusieurs reprises. De mémoire, quelques propos d'importance divergent de certains du bouquin qui ne sont qu'une interprétation libre de l'auteur et devraient être signalés comme telle... Il ne faut pas oublier que SANTINI et BLANC agissaient sur ordre de deux autorités qui n'avaient pas conscience, et la connaissance, des risques de la haute montagne, de l'utilisation des hélicoptères concernés. BLANC n'a pas cassé un hélico comme il est dit à la page 283, c'est lui qui a été cassé par des ordres stupides. Je l'ai vu en 1961 très marqué physiquement (entre autres, plusieurs amputations, dont des doigts...) et il recevait encore des soins à l'hôpital militaire, Dominique Larrey, de Versailles. Quant au retard des Alouettes venant de Mt de Marsan, il semble me souvenir qu'elles appartenaient à l'aviation légère de l'armée de terre et tout le reste dépendait de l'armée de l'air avec la coordination de deux esprits de corps différents... Enfin, les divers intervenants dans la construction des Alouettes (successivement A1, A2, A3) n'avaient pas besoin de cette publicité (pages 372 et 400) pour vendre du matériel "prévendu" aux nombreux organismes militaires et civils. La romance des pages 339 et 340 est bien inutile et ressemble plus à la légende ténue du temps de la guerre d'Algérie de : "la chasse à la gazelle" avec une Alouette. Quoique ! ... "

Michel - Les Soldanelles, Chamonix -


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J'ai pensé qu'il serait intéressant de citer cet avis afin de réagir sur 2 ou 3 points qui me semblent contestables. Éventuellement, d'ouvrir une discussion.

D’abord :"la position des vrais guides chamoniards était la meilleure... l'un des deux gars avait rencontré la veille du départ un guide de cham., lui avait demandé un complément de matériel et ce dernier lui avait indiqué "qu'il ne fallait pas tenter une hivernale sur le MB à cette époque et le lui interdisait même" ; le quidam de répondre "que les gens de Chamonix allaient prendre une belle leçon d'escalade"

Il faut se méfier des témoignages non vérifiés. Celui-là me paraît très douteux. Je n'ai jamais eu connaissance de cette conversation entre "l'un des deux gars" et un guide. Au demeurant fort improbable, compte-tenu des relations... peu amènes entre les grimpeurs parisiens et les guides à l’époque. Si Vincendon et Henry avaient eu besoin d'un complément de matériel, c'est plutôt à leur copain Dufourmantelle, rencontré la veille de leur départ, qu'ils l'auraient demandé, plutôt qu'à un guide de la vallée. Quant à affirmer que les guides avaient raison d’interdire cette ascension aux deux alpinistes ( !)... Cette même ascension du Mont Blanc par la Brenva avait été réussie l'année précédente par Jean Couzy et André Vialatte, et deux jours auparavant par Dufourmantelle et Cazenave, sans problème. Donc, elle était possible -évidemment. D'autre part, les guides de l'époque n'étaient pas des spécialistes de l'alpinisme hivernal. Ils ne le pratiquaient pas du tout. Donc, leur avis pouvait être discutable. Et puis... quand bien même ils auraient "interdit" cette ascension (ce qui n'est pas exact), est-ce une raison pour laisser mourir ces deux malheureux, en les accablant de reproches ! ("Des jeunes imprudents qui ne connaissent rien à la montagne et qui mettent en jeu la vie de guides pères de famille etc.")

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Enfin, l’accident du Sikorsky. J’ai une copie des rapports officiels, et j’ai recueilli les témoignages de Valérie André, épouse de Santini (qui était présente à Chamonix au moment du drame) de Jacques Pétetin (qui pilotait l'autre Sikorsky, au-dessus de celui de Blanc et de Santini au moment du crash). La décision de tenter le sauvetage en hélicoptère a été prise par Santini (sous la pression des média, sans doute), mais par lui seul. Et l'accident est bien dû à une erreur de pilotage (le malheureux adjudant Blanc n'avait encore jamais effectué une telle manœuvre avec un tel appareil à une telle altitude, avec une telle épaisseur de neige, ce qui évidemment explique l'accident qui était presque inévitable). Blanc et Santini n'ont pas décollé pour obéir à des "ordres stupides". La décision a été prise par Santini, qui, d'ailleurs l'a clairement assumée par la suite.

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Dernier point, la publicité des Alouettes :

"Ils n'avaient pas besoin de cette publicité (pages 372 et 400) pour vendre du matériel "prévendu" aux nombreux organismes militaires et civils. La romance des pages 339 et 340 est bien inutile et ressemble plus à la légende ténue du temps de la guerre d'Algérie de : "la chasse à la gazelle" avec une Alouette.. ".

Peut-être qu'ils n'en avaient pas besoin, mais j'ai sous les yeux un document de 8 pages A4 publié par Sud-Est Aviation (constructeur des Alouette), en janvier 1957, reprenant les titres de journaux, dont celui de L'Aurore "L'alouette au tableau d'honneur du sauvetage" et celui de Paris Match "A l'aube du 3ème jour, apparaît l'Alouette du salut". Suivent deux pages de photos des Alouette légendées style roman photo, et une dernière page intitulée "Quelques renseignements sur l'Alouette II" qui, après avoir donné les caractéristiques techniques termine par cette phrase :"Sud-Est Aviation s'est donné pour objectif de vendre et de livrer, tant en France qu'à l'étranger, un minimum de 500 Alouette". Peut-être que ça n'est pas de la publicité, mais ça y ressemble ! C'est même une évidence, si on lit bien le document : l'Alouette n'avait évidemment pas été conçue au départ pour le sauvetage en montagne, mais pour des besoins militaires. L'affaire Vincendon et Henry démontrait de façon éclatante les qualités de cet appareil merveilleux pour cet usage nouveau. D'où l'intérêt de communiquer sur ce sujet. Pour autant, ce document me paraît quelque peu indécent. Le triomphalisme dont il fait preuve  -"A l'aube du 3ème jour, apparaît l'Alouette du salut" - est choquant compte tenu de l'échec, du fiasco, du ratage - il faut bien appeler les choses par leur nom - du sauvetage de Vincendon et Henry. Vincendon et Henry ont passé six jours le cul sur la neige par moins trente degrés, et pour eux, l'Alouette n'a malheureusement pas été "l'Alouette du salut". D'ailleurs, le document n'évoque pas les deux malheureux ! Il est vrai qu'après le crash du Sikorsky, et le mauvais temps qui avait bloqué les guides sauveteurs au refuge Vallot (pendant 3 jours), ont avait oublié Vincendon et Henry. Et on n'a même pas utilisé les "Alouette du salut" pour aller vérifier s'il n'y avait pas encore un vivant dans la carlingue du Sikorsky. Voici ce document :

 

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Il y avait un autre avis de lecteurs sur le site Amazon.fr. Tant qu'à faire, je le cite aussi :

"C'est un livre qui envoute dès le début. Un drame, de Noel 1956, où deux jeunes garçons sont morts dans une montagne qu'ils aimaient tant, où la France a été émue et où l'existence du "Secours en Montagne" tel que nous le connaissons maintenant a fait cruellement défaut !!
Une histoire vraie, un hymne aux hommes qui sont morts, qui meurent, qui mourront pour cette montagne si fascinante."
Par Romuald Jabard de St Laurent du Pont