Je suis l'objet d'un procès en indignité dans le dernier numéro de la revue "La montagne" du CAF, suite à l'article "La véritable histoire de Guy Labour" que j'avais écrit en mars 2010. Voici d'abord l'article incriminé :

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Je découvre (oui, je découvre !) dans le dernier numéro de "La montagne" (mars 2011) cette lettre dans le courrier des lecteurs :

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A propos de l’article d’Yves Ballu « La véritable histoire de Guy Labour » paru dans le n° 1/2010 (mars) de La Montagne et Alpinisme.

Pourquoi salir la mémoire de Micheline Morin, Néa Morin et Alice Damesme, qui ont croisé Guy Labour sur le rognon des Nantillons le jour de l’accident de Guy ? Monsieur Yves Ballu prétend que « toutes à leur joie, elles ont oublié leur copain » puis plus loin « des amies l’ont vu vers le lac des Nantillons ; elles auraient pu le dire plus tôt ! ». En vérité, aucun reproche au regard de l’éthique alpine ne peut être fait à Micheline et ses deux compagnes de course, et Guy le premier ne leur a jamais fait aucun reproche. Le soir de leur course, elles n’avaient aucun motif de prendre des nouvelles de Guy, il ne leur avait rien demandé, il assumait son expérience en solo. Les sifflements entendus à la descente ? Personne ne les a identifiés ni localisés, pas plus elles que le guide avec qui elles en ont discuté : pourquoi « charger » Micheline et pas aussi cette autre cordée ? Ensuite, elles ont toutes quitté Chamonix le soir ou le lendemain matin, et ne savaient rien des recherches qui n’ont commencé que plusieurs jours après l’accident. Enfin, dès que Micheline et Néa ont appris par le journal que l’on cherchait Guy en montagne, elles ont téléphoné à Chamonix et donné toutes les informations dont elles disposaient : celles-là même qui ont précisément permis de le retrouver.C’est indigne d’attenter à la mémoire de ces alpinistes remarquables et fort sympathiques, qui sont décédées et ne peuvent se défendre. L’histoire est une magnifique aventure alpine, avec ses aléas et ses coïncidences, inutile d’aller y mettre une faute là où il n’y en a pas. 

Marie-Laure Tanon, née Devies, nièce de Guy Labour, qui a lu le récit écrit par Guy lui-même à partir de son carnet, et connaît bien cette histoire.

7 janvier 2011

 

Je ne demanderai pas de droit de réponse à la revue, je me bornerai à réagir sur ce blog. Et j'accorde bien volontiers un droit de réponse à madame Tanon.

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Madame Tanon,

Je doute que votre courrier, publié dans le dernier numéro de la revue « La montagne » du mois de mars, serve la mémoire de Micheline Morin, et plus largement celle des « alpinistes remarquables et fort sympathiques, qui sont décédées et ne peuvent se défendre ».

Que vous vous réclamiez de Micheline Morin pour l’avoir connue, que vous évoquiez un témoignage  qu’elle aurait pu vous laisser concernant l’accident du Guy Labour, eut été non seulement un bel hommage, mais aussi une contribution intéressante à une histoire qui recèle encore quelques zones d’ombre. Malheureusement, votre lettre n’apporte aucun élément de réponse aux questions qui ont été posées à l’époque  -  et qui se posent encore aujourd’hui :

-        -   Pourquoi Micheline Morin et ses deux amies, intriguées par un bruit étrange, n’ont-elles pas pris des nouvelles de leur ami à Chamonix le soir même ? « Elles n’avaient aucun motif de prendre des nouvelles de Guy, il ne leur avait rien demandé, il assumait son expérience en solo », dites-vous. Il est vrai que Guy Labour ne leur a pas dit : « Je compte sur vous pour prendre de mes nouvelles ce soir ». Les alpinistes apprécieront votre argument, en tous cas ceux qui n’attendent pas qu’on leur demande pour prendre des nouvelles d’un ami. J’ajoute que, contrairement à ce que vous affirmez, aucune des trois alpinistes n’a quitté Chamonix le soir même.

-         -  Pourquoi Micheline Morin, dans son livre « Encordées » a-t-elle supprimé du récit original de son amie Néa (paru dans le « Ladies Alpine Club Journal » de 1935), tout ce qui concernait Guy Labour - en particulier les regrets poignants exprimés par cette dernière ?  Vous en a-t-elle parlé ? L’avez-vous interrogée à ce sujet ?

Pour le reste, les mauvais traitements que vous infligez à l’honnêteté intellectuelle n’honorent pas la mémoire de ces  « alpinistes remarquables et fort sympathiques » que vous prétendez défendre :

-              En citant mon texte de façon inexacte, vous le travestissez grossièrement. En effet, je n’ai pas « prétendu », comme vous l’affirmez à tort que : « Des amies l’ont vu vers le lac des Nantillons ; elles auraient pu le dire plus tôt ! ». J’ai écrit : « Des amies l’auraient vu, prétendument, descendre vers le Lac des Nantillons. Elles auraient pu le dire plus tôt !». Le conditionnel et l’emploi de l’adverbe « prétendument » ne font aucun doute pour un lecteur intelligent et honnête : c’est dans la bouche de l’un des guides qui – faute d’indication précise - écumaient en vain le glacier des Nantillons depuis plusieurs jours à la recherche de GL, que cette phrase (comme tout le paragraphe) est prononcée, pas sous la plume du narrateur, évidemment.  La nuance est de taille. La supprimer est tout simplement malhonnête.

-              Vous affirmez bien connaitre cette histoire. C’est faux. Et, là encore, intellectuellement malhonnête, car vous avez refusé de lire « L’impossible sauvetage de Guy Labour », le seul livre qui lui ait été (entièrement) consacré, fruit d’un travail de plusieurs années, à partir d’archives et de témoignages auxquels vous n’avez, à l’évidence, pas eu accès. Vous avez lu le carnet de Guy Labour. Soit. Mais, ce témoignage – au demeurant exceptionnel - ne nous apprend pas grand-chose sur ce qui s’est passé en dehors de la crevasse (et pour cause !), et peu de choses sur ce qu’a fait Guy Labour pendant ses quelque 150 heures de claustration. Avez-vous lu le texte de sa conférence donnée au CAF de Nancy en mai 1948 (dans laquelle il regrettait : « Les camarades rencontrés aux Nantillons, étaient, par malchance, tous repartis sans exception ») ? Avez-vous lu les articles de journaux de l’époque (une trentaine), en particulier les six articles de Frison-Roche ? Avez-vous lu le témoignage de Victoire Labour dans lequel on trouve cette phrase bouleversante : « Pourquoi ses camarades l’ont-ils abandonné ? » ? Savez-vous que le soir même de son sauvetage, GL a confié au journaliste Frison Roche : «Des caravanes qui étaient derrière moi ont dû continuer sans me voir […] Je sus par la suite que mes camarades m'avaient entendu siffler, mais avaient pris mes appels pour des cris de marmottes sans y attacher d'importance » ? Avez-vous lu le récit original de Néa Morin, en particulier ces extraits poignants : “Later we regretted bitterly not having paid more attention to what we heard”; “On the other hand, if only we had realised that the noises we heard were in fact distress signals, or if only we had not left Chamonix before it became known that he was missing”; “if Labour had not been found in time we should have been a prey to a terrible incertitude. Had we ignored the cries of our friend ? Had we unwittingly passed by and left him to die ? And from this haunting incertitude no one could ever have freed us”. Avez-vous relu la traduction de Micheline Morin dans son livre “Encordées”? Avez-vous comparé cette traduction avec le texte original ? Vous êtes-vous demandé pourquoi Micheline Morin a supprimé tout ce qui concernait Guy Labour ? Je n’ai pas de réponse. Peut-être en avez-vous une. Mais là encore, poser la question n’a rien d’indigne.

-              Votre référence familiale à Guy Labour peut donner le sentiment que vous parlez au nom de la famille, et, en tout état de cause, votre réaction apparait comme telle. La famille, c’est-à-dire les descendants directs de Guy Labour ont-ils été informés de votre initiative ? Sont-ils d’accord avec les termes de votre courrier ? Dans la négative, il me semble que, là encore, l’honnêteté intellectuelle n’y trouve pas son compte.

-              Enfin, la référence à Lucien Devies !… Vos arguments étaient-ils si fragiles que vous ayez éprouvé le besoin d’en appeler à cette filiation pour les légitimer ? Franchement, pensez-vous que ce misérable procès en indignité, signé de façon aussi… puérile : « Marie-Laure Tanon, née Devies, nièce de Guy Labour, qui a lu le récit écrit par Guy lui-même à partir de son carnet, et connaît bien cette histoire » soit digne du président Devies dont l’honnêteté intellectuelle et la hauteur de vue faisaient l’admiration de tous ?  Permettez-moi d’en douter.