"La montagne donne enfin la paix, dans l'inquiétude ou la sérénité, en procurant l'occasion d'actes sans répercus­sion sociale et par cela même échappant à toute critique et même à tout examen."
*
Cette phrase n'a pas été prononcée aux Assises de l'alpinisme 2011 qui se tiennent actuellement à Grenoble, et qui se poursuivront à Chamonix en mai prochain. C'est une réflexion extraite d'une grande enquête lancée par la célèbre revue "Alpinisme" en... 1935.
De fait, on peut s'interroger sur l'intérêt de ratiociner sur "la diversité des activités de montagne, leurs rapports les unes avec les autres, avec l'alpinisme en particulier et leur signification et leur rôle dans la société"?  Ou sur "Les valeurs de l'alpinisme" ? Après tout, ceux qui aiment la montagne et qui la pratiquent (sans l'abimer) ont-ils besoin d'avoir une conscience précise de ce qu'ils font ? Sont-ils intéressés par ce que pensent les autres ?
Peut-être...
En tous cas, cette invitation à l'introspection collective n'est pas nouvelle. Témoin ce document qui pourrait alimenter les débats des assises 2011...
Il s'agit donc d'une enquête parue dans la revue "Alpinisme" en 1936 sur le thème  des émotions qu'on peut éprouver en montagne. Je rappelle que l'année 1936 se situe entre la conquête de la face nord du Cervin (1931) et des Drus (1935), et celles de la face nord de l'Eiger et de l'éperon Walker aux Grandes Jorasses (1938). Donc une période riche en "émotions" pour un certain nombre d'alpinistes de belle pointure.

Voici d'abord l'article présentant l'enquête :

 

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Notre Enquête  1935

 

Alpinisme ouvre une enquête en posant à ses lecteurs la question : « Quelle est l'émotion la plus forte que vous avez éprouvée en montagne ? »

Pour y répondre chacun se reportera, dans son passé alpin, au souvenir d'une glissade que la corde a enrayée à temps, d'une avalanche d'où il a pu se dégager, d'une atteinte de la foudre qui n'a fait que le secouer durement. Il n'est pas de carrière alpine qui ne comporte d'aventures de ce genre et chaque lecteur d'Alpinisme a donc quelque chose à dire. De tels souvenirs, rapportés avec sincérité, peuvent être une source de précieux enseignements. Après chaque accident les rédacteurs de chroniques alpines en discutent les causes, condamnent ceux qui ne sont plus là pour s'expliquer et concluent à un fort pourcentage de fautes : équipement insuffisant, manque d'entrainement, etc.. La part de la fatalité, la proportion d'accidents qu'on pourrait qualifier de « professionnels » est-elle vraiment aussi restreinte ? Ou, au contraire, ne peut-on pratiquer l'alpinisme sans se permettre deux ou trois imprudences caractérisées par campagne? Ceux de nos lecteurs qui estiment qu'ils avaient toutes les chances d'y rester, peuvent, en répondant à l'enquête, aider à identifier les fautes les plus fréquentes et à mesurer sa juste part au destin contraire. A la vérité, ce point de vue proprement technique de la question a déjà été envisagé dans une enquête ouverte par Alpinisme, en 1928. Le sujet n'a provoqué qu'un nombre assez restreint de réponses, nombre trop restreint pour qu'il ait été possible d'en tirer une conclusion certaine. Mais l'alpinisme s'est développé depuis, ceux qui ont répondu en 1928 ont connu d'autres aventures. Peut-être est-il possible d'espérer, non les éléments d'une statistique, mais la leçon d'expériences toujours coûteuses à risquer. Que ceux qui craignent de révéler leurs erreurs, ou celles d'un camarade, adoptent la forme anonyme, qu'ils changent s'ils veulent les lieux et les dates, mais que, même par quelques brèves observations, ils fassent profiter plusieurs de la faute de quelques-uns. Si le danger est la conséquence immédiate de la fausse manœuvre, l'émotion en est la suite, parfois moins immédiate, mais plus profonde, plus durable et plus personnelle. L'enquête de 1935 porte plus spécialement sur l'émotion que la brusque apparition du danger a soulevée. Ce n'est pas d'ailleurs d'un simple divertissement littéraire - sur un thème tragique — qu'il s'agit. L'idée du danger accompagne et doit accompagner tout alpiniste en montagne difficile. Toutes les impressions en sont modifiées. Les raisons pour lesquelles l'alpiniste est attiré par la vie en montagne existent elles malgré cette nuance de danger ou à cause d'elle ? Pour répondre à cette question, pour essayer de savoir pourquoi l'on va en montagne ne faut-il pas demander aux alpinistes d'analyser leurs émotions les plus fortes ? Peut-être, s'ils traduisent avec exactitude ce qu'ils ont senti et pensé, aurons-nous, même, une lueur de réponse à la question que Georges Casella jetait fièrement à la face des censeurs : « Savez-vous ce que contemplèrent ceux qui ne sont pas revenus ? » Si les membres d'une même cordée, sauvés d'une même aventure, nous donnaient la traduction de leurs impressions (diverses ou semblables ?) nous aurions des documents de première importance pour perfectionner, chacun, notre psychologie d'alpiniste. Peut-être même découvrirons-nous, en rédigeant nos souvenirs et en lisant ceux des autres, que beaucoup d'alpinistes retournent en montagne tout simplement parce qu'ils ont failli ne pas lui échapper. D'autres, pour la même raison, ont renoncé à v retourner. Mais ceux-là ne répondront pas à l'enquête.

  Nous prions nos lecteurs d'adresser directement leur réponse, à M. Henri Salin, 6, rue José-Maria-de-Heredia, Paris (7E), avant le 31 mai 1935.

 *

***

Voici, maintenant les résultats de cette enquête, parus dans le numéro de mars 1936 de la revue "Alpinisme". Avec quelques morceaux de bravoure comme cette passe d'armes entre Lucien Devies et le rapporteur:

"Dans son récit de la conquête de la face Nord-Ouest de l'Olan, Lucien Dévies, décrivant les dernières heures de l'ascension qui ne lui ont laissé que le souvenir d'une tension nerveuse au paroxysme, conclut : « Peut-être est-ce là une image du bon­heur». Non, Devies! C'est là une image de l'existence de ceux qui se refusent au bon­heur. Qui ne vivent que pour l'inquiétude de l'entreprise qui va venir, car ils savent qu'ils ne pourront s'accepter demain infé­rieurs à ce qu'ils ont été hier. Ce n'est pas la lutte qui bannit l'analyse. Elle la diffère. Le bonheur accepte tout, selon l'humeur du jour, l'analyse, la rêverie ou la détente volontaire complète. C'est pour cela qu'il fait son lot des moindres choses. Tandis que la lutte commence seulement lorsque notre dignité ou notre vie entrent en jeu."
Ou cette définition de l'alpiniste :
"Pour dire qu'on est en présence d'un alpiniste il faut trouver un homme qui a eu des coups durs et qui continue."
Ou cette autre :
"la recherche trop poussée de sentiments fuga­ces deviendrait de la littérature"
Allez, lisez plutôt...
*
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Alpinisme_1

Enquête 1935

 Sans partager l'opinion d'un correspon­dant qu'il s'agissait d'une demande quelque peu « sadique », beaucoup d'alpinistes ont vu de multiples objections à donner leur réponse à la question posée : « Quelle est l'émotion la plus forte que vous avez éprouvée en montagne ? »

Il y a d'abord ceux qui ont senti glisser sur eux les émotions les plus profondes de leur carrière alpine. Qui n'en ont conservé qu'un désir obscur, mais impérieux, de repartir. Ce sont peut-être les vrais coura­geux. Ceux en tout cas qui ignorent l'an­goisse faite d'images trop précises du passé et d'inquiétudes mal définies pour l'avenir. Ils marchent vers la rimaye en maugréant contre l'heure matinale, simplement. Nous pouvons les envier. Nous souhaiterions en connaître le nombre et partir avec eux.

 Il y a ensuite ceux qui ont arraché les traces de ces émotions ou du moins qui les cachent derrière un sourire lorsqu'on leur en parle. Nous pouvons respecter leur pudeur. Rien n'est atroce, paraît-il, comme le transport des corps brisés et gelés. Le souvenir d'une chute dans une crevasse hante les rêves, plus longtemps même que certains souvenirs de guerre.

L'alpinisme est un exercice qui exalte trop les ressources personnelles pour qu'on s'étonne beaucoup de se voir refuser certaines réponses. La montagne donne enfin la paix, dans l'inquiétude ou la sérénité, en procurant l'occasion d'actes sans répercus­sion sociale et par cela même échappant à toute critique et même à tout examen. La liberté complète c'est évidemment de pouvoir refuser la communication à autrui de son expérience et encore plus de ses pensées ou de ses émotions. Emotions que l'alpiniste peut souhaiter garder pour lui ou oublier. Et cependant peut-on parvenir à oublier autrement qu'en se refusant à tout échange de camaraderie par exemple, à toute conver­sation, à toute occasion qui amène à susciter le passé ? II faudrait renoncer à l'alpinisme.

 Plus normale apparaît l'attitude de ceux qui acceptent de parler sachant qu'ils gardent encore pour eux le meilleur, qu'ils cachent quelques défaillances, qu'ils n'expliquent pas le hasard qui, certains jours, les a imposés à la tête de la cordée. Et ici l'enquêteur se trouve obligé de reconnaître que son appel aux émotions profondes avait laissé à l'écart un aspect de la question : « Lisant vos premières lignes, je n'ai pas cru d'abord que « l'émotion » dût avoir été désagréable, et je me suis aussitôt remémoré celle très douce et très prolongée, éprouvée une nuit toute entière sur la neige du glacier du Fresnay : elle se rapportait à la merveil­leuse course enfin réussie, en compagnie de L. Neltner, l'arête de Peuterey. Inoubliable émotion, incomparable émotion des tous premiers souvenirs. Je n'en ai pas eu de plus vive, ni de plus durable (Jacques de Lépiney) ».

Mais c'est la seule réponse qui demande ainsi droit de cité en profondeur pour l'émotion esthétique. Une autre le demande pour la joie victorieuse : « Impressions et émotions de plaisir, de joie, certainement j'en ai éprouvées. Ainsi lorsque, pour la première fois, âgé de 17 ans, je réussis l'ascension du mont Pas­quale dans le massif Ortler-Cevedale et que tout un monde nouveau se révéla à moi... Lorsque je réussis mes trois ascensions au Mont-Rose depuis Macugnaga : à la Dufourspitze par la cabane Marinelli, à la pointe Gnifetti de l'Alpe Petriola par le glacier, le col et la crête Signal, à la Nordend par la cabane Marinelli ».(Docteur-professeur Vittorio Ronchetti).

Ni la joie de la contemplation, ni celle de la victoire ne me convainquent complète­ment. La première est trop étalée dans le temps pour pénétrer en profondeur, pour faire plus que durer, pour faire partie de nous-mêmes en nous modifiant. Elle peut tout au plus nous accroître en beaux sou­venirs, mais ce n'est pas cela qui détermine un caractère. La seconde est trop brève pour nous enrichir. Car une victoire ne peut nous satisfaire. D'autres problèmes se posent aussitôt tandis que l'importance de ce que nous venons de réussir commence à diminuer.

Il y a certainement des alpinistes qui pra­tiquent pour la joie et la victoire. Mais ils accepteront les circonstances qui les force­ront à renoncer. Pour contempler rien ne vaut les belvédères faciles de médiocre alti­tude. Pour la joie de la victoire rien ne vaut les courses qui « passent certaine­ment ».

Mais pour dire qu'on est en présence d'un alpiniste il faut trouver un homme qui a eu des coups durs et qui continue. Et ceux-là le reconnaissent, ceux qui ont répondu par des récits de coups durs et, au fond, également ceux qui pour des raisons personnelles se sont abstenus : on n'a pas de raison de garder jalousement ce qui est de peu d'importance.

Les causes des accidents ont donné lieu à quelques remarques intéressantes :

1° Partir avec des inconnus.

20 Négliger la corde au lieu de la garder dans les passages où son utilité est discu­table.

30 Paire passer la témérité avant ou en même temps que la prudence.

40 Relâcher son attention lorsqu'approche la fin de l'ascension proprement dite. (Georges Franck).

« Il est facile, vous l'avez fait observer, de condamner ceux qui ne sont pas revenus et qui ont peut-être commis une faute de technique. Or, les alpinistes expérimentés ne commettent pas sciemment de faute de technique ; les véritables causes d'accidents sont, chez eux, plus lointaines et plus étroi­tement subjectives : elles sont les méca­nismes psycho-physiologiques qui déter­minent les fautes de technique. Parmi ces mécanismes, il n'est pas douteux que la déficience de l'émotivité en face du spec­tacle des embûches de l'itinéraire joue un rôle considérable. Cette déficience peut être fort marquée : l'alpiniste voit un pont de neige de solidité douteuse, spectacle familier qui, normalement, doit l'émouvoir et lui faire évoquer plus ou moins consciemment l'image d'une dangereuse chute possible, si des manœuvres appropriées ne sont pas exécutées... Or, voici que le mécanisme ne joue pas selon la normale, l'émotion ne prend pas naissance, la règle de technique ne s'impose pas à l'esprit et l'accident en découle. Sans doute la déficience de l'émotivité dans des cas comme celui-là, n'est-elle pas encore la cause première, mais seulement une phase plus importante dans un en­semble plus compliqué et plus variable ? Evidemment, cette phase peut-être le résultat d'une inattention passagère ou d'une fatigue physique ou morale... » (Jacques de Lépiney).

Jacques de Lépiney donne un développe­ment nouveau à des pensées sur lesquelles les manuels de technique alpine attirent depuis longtemps l'attention de leurs lecteurs. J'y ajouterai volontiers que la déficience de l'émotivité a parfois d'autres causes que l'accoutumance ou la fatigue. L'effort de volonté de l'alpiniste combiné aux condi­tions physiologiques de la haute montagne peut l'amener à un état d'ivresse ou de déchaînement euphorique très propre à lui faire surmonter des obstacles dans une technique où les réflexes ont l'air de se déclencher automatiquement et de s'adapter naturellement aux circonstances. Mais il n'est pas de mécanisme sans défaut. Et la rupture d'une prise, l'arrachement d'une plaque de verglas, vient déranger le bel équilibre physique et moral. La question qui se pose alors est celle de savoir s'il faut s'abandonner à cette euphorie pour passer ou s'il faut déclarer qu'on atteint la limite de ses forces et renoncer.

Mais une telle défaillance n'est peut-être qu'un cas particulier de la fatigue, à nuance d'audace. Il reste bien entendu que l'acci­dent surgit plus souvent de l'excès de fatigue physique et volontaire au lieu d'être imputable à une défaillance d'un état appa­rent de plénitude physique et morale. Un correspondant anonyme, après une glissade dans un couloir déglace, donne un exposé complet du cas le plus général : « Est-il possible de tirer une conclusion de cette expérience ? Tous les trois, nous avions une longue pratique de la montagne, ensemble nous avions remporté de beaux succès, ce jour-là, nous étions parfaitement entraînés. Ce n'est pas là qu'il faut chercher la cause de ma défaillance. En réalité, j'avais atteint à ce moment la zone dangereuse où l'individu arrive à la limite de ses capacités. Huit heures de montée continue, sui­vies d'une trop longue station à deux reprises différentes, avaient entraîné une diminution dans la souplesse de mes mou­vements. L'inaction forcée dans un site vertigineux avait provoqué peu à peu un affaiblissement de ma volonté. J'ai donc abordé les rochers dans un état de dépression physique et morale. De ce fait, ma position de grimpeur ne devait être que de fort loin conforme aux règles de la technique; d'autre part, l'idée que, désormais, j'étais assuré par la corde avait suffi pour relâcher mon atten­tion trop concentrée jusque-là. En résumé, ayant atteint la limite dé­nies forces, une concentration énergique de ma volonté aurait été plus nécessaire que jamais, un relâchement de quelques ins­tants devait presque à coup sûr entraîner ma glissade.»

Dillemann se place à un autre point de vue : « Pour répondre à la question des causes d'accidents, je pense qu'il y en aura tou­jours pour des causes fortuites qui échappent à la critique. Pourquoi fait-on un faux pas ? Tout simplement parce que le calcul des probabilités veut que cela se pro­duise de temps en temps. Il paraît inutile de chercher d'autres raisons. Une glissade subite et fortuite sur une face de glace est un incident qui peut arriver même à un guide excellent et très entraîné. Quiconque fait de la marche est sujet à glisser un jour ou l'autre. Si au moment de là glissade du guide, le touriste ne dispose pas d'un rocher pour assurer, il y aura peut-être catastrophe et c'est le touriste qui sera probablement présumé responsable, surtout s'il est peu expérimenté. »

 La réponse de Dillemann apporte l'affir­mation qu'il y a des risques inévitables. Cela est incontestable. Il en est d'ailleurs bien d'autres que ceux résultant d'une fausse manœuvre à probabilité notable. Il y a tous les dangers objectifs que des itinéraires normalement parcourus par des gens rai­sonnables n'évitent pas intégralement. On pourrait presque dire heureusement. Car s'il n'y avait en montagne que des dan­gers subjectifs, c'est-à-dire des probabilités de fausses manœuvres, le perfectionnement de la technique conduirait progressivement à l'élimination du danger et l'alpinisme perdrait sa physionomie. Ne serait-ce que parce que l'on aurait pas à conduire l'ascen­sion pour se placer dans les conditions de risques objectifs les plus réduits.

Comment ne pas penser que l'apparition du danger laisse une trace ineffaçable parmi tous les souvenirs alpins? Autant se refuser à parler de ses courses passées si l'on esti­mait avec un second correspondant ano­nyme H*** « qu'à un an d'intervalle, la recherche trop poussée de sentiments fuga­ces deviendrait de la littérature ».

En restant sur un plan nettement objectif, voici la traversée du couloir de glace par le premier anonyme dont j'ai donné plus haut l'opinion sur la cause des accidents de montagne. Il est au milieu, dans une cordée de trois, et traverse le couloir de glace que le leader Jacques vient de tailler pour s'établir ensuite dans les rochers verglacés de la rive gauche (voir la photo­graphie du couloir inconnu) : « Mes pieds quittent ces deux marches où ils semblaient devoir prendre racine. La tension de la corde m'avertit qu'à l'autre bout on m'assure. Je prends contact avec les dalles rocheuses, cherchant avec les mains quelques prises cachées par la neige. Mon inaction forcée m'a rendu malhabile. Brusquement mes pieds se dérobent, je pousse un cri strident et je me sens filer sur la pente... Instinctivement, j'ai peut-être fait quelques gestes de défense, mais ma volonté m'a abandonné, après une tension d'esprit aussi prolongée; j'ai plutôt une sensation de détente qui me fait accepter l'inévitable auquel je commençais à me préparer depuis quelque temps. Instantanément, la corde a joué son rôle sans défaillance. Mes pieds battent désespérément les dalles glissantes, cherchant à retrouver un appui. Haletant, je me remets péniblement debout. Mes mains, déjà abimées par le travail de la montée, sont en sang. J'ai néanmoins conservé mon piolet. Quelques mètres plus loin, j'aperçois Jacques installé sur des blocs solides d'où il surveille mon retour. Nous n'échangeons pas une parole. L'incident n'est-il pas clos ? D'ailleurs, un seul d'entre nous en a fini avec ce passage. »

Certains récits d'accidents montrent bien qu'il y a des dangers imprévisibles pour menacer une caravane solide comportant, pour un touriste, un guide et un porteur. La menace du danger est toujours présente en montagne. Au contraire des autres éléments, qui jouent un rôle essentiel dans l'attrait de l'alpinisme, mais qui se mani­festent plus irrégulièrement : beauté des paysages, effort physique, ambiance de liberté ou de camaraderie. Voici comment J. Kappès-Grangé décrit la chute qu'il fit sur l'arête Nord du Chardonnet, au cours de l'été 1935, avec son guide et son porteur. L'analyse si poussée qu'il nous en donne m'incite à reproduire intégralement son récit. « C'est alors que notre petit univers fut brisé. L'éboulement brusque et imprévisible de quelques pierres sous les pieds de Marcel Charlet et sous les miens détermina noire chute simultanée, puis la traction de la corde arracha Ravanel de la cheminée. Des sifflements, comme dans les vents d'orage, et la cordée dissociée, précipitée sur les pentes à rebours de toute règle humaine, sombra dans une aventure que ses partici­pants s'effarent d'avoir traversée, mais dont ils n'ont pas compris les mystères. D'abord, un parcours d'une vingtaine de mètres dans la nuit. Le vide, le néant, séparent l'instant où j'étais heureux et debout, de celui où je me retrouve seul, sans piolet, roulant sur la glace d'un couloir presque vertical. Puis la pensée s'éveilla, niais libérée, indifférente, négligeant les risques de mon corps. Avec un détachement lucide, elle définit ainsi mon immédiat avenir : « Pourquoi se faire une idée compliquée « de la mort? Le ressaut..., ma tête..., ce « sera très vite fini... si simple... ». J'ignore quelle fut la durée de ce désintéressement dans un abandon accepté. Ce qui suivit fut une misère illimitée. Un choc me jeta sur une dalle , et la douleur renoua ma pensée au monde extérieur et à mon corps. Le brutal retour du désir de vivre détruisit l'indifférence heureuse qui m'avait libéré de moi-même ; et par les ongles, les pointes de crampons, je me suis efforcé d'adhérer, de tenir. Il y eut une seconde chute, cruelle, abominable, vers le glacier du Tour, que je voyais miroiter. Puis la corde, se coinçant autour d'un feuillet détaché de la dalle, se tendit, et ce fut l'arrêt définitif. J'ai remonté la dalle je ne sais comment. Marcel Charlet m'appelait ; j'entendais Antoine Ravanel se plaindre malgré lui, d'une voix si grave, si basse, venant de très loin. « Sous un grand ciel calme, notre cordée était éparse, dans un décor que je ne reconnus pas, qui me sembla inhumain. De l'accablement, de la stupeur; nous ne comprenions pas; nous n'avons pas encore compris. Nous savons seulement que cet accident aurait pu causer la perte totale de la cordée, que ce fut une chance inouïe que nous n'ayons pas été précipités tous les trois dans le même axe, et une autre chance non moins exceptionnelle que la corde ait pu résister sans se rompre à la traction brutale et simultanée de trois corps séparés par des intervalles aussi considérables du point où elle se coinça. Que savons-nous?... » dit un poète. »

Il y a un caractère commun dans les éléments objectifs de ces récits : un grand silence, à peine un cri. Dans les lignes qui précèdent, on voit se révéler une presque complète résignation chez les acteurs et les témoins au moment de l'accident. Comme si la manifestation hostile du milieu était prévue, menaçait depuis longtemps et qu'on l'acceptait comme une condition de l'entre­prise. L'ascension se déroule en présence d'un ennemi infiniment plus fort, que les ruses ne trompent que pendant son som­meil, mais dont les réveils sont imprévi­sibles et sans cesse menaçants. L'alpinisme serait bien autre dans une autre ambiance. S'il s'agissait seulement de se restaurer en plein soleil après une séance de gymnas­tique au grand air ! Les statistiques nous enseignent que le danger mortel reste assez limité, mais il est certain que la progres­sion en montagne est entourée de mille signes précurseurs de l'accident : ondula­tions de la neige sur les crevasses, crisse­ment sur les faces Nord du grésil détaché des crêtes, craquement de séracs, pierres que le pied lance dans le vide. Manifes­tations qu'amplifie la sensation d'éloignement de tout secours humain. Cette sensation du danger prochain doit colorer toutes nos impressions alpines, et n'est-il pas de bonne méthode psychologique que de l'étudier en enquêtant sur les circons­tances où elle s'est manifestée avec le plus de force, c'est-à-dire dans l'accident ?

Dillemann fait remarquer que « l'inten­sité d'une émotion ressentie est, en géné­ral, fonction de deux causes : la première est le fait même qui provoque directement cette émotion, la deuxième tient à la dispo­sition d'esprit dans laquelle l'alpiniste se trouvait au moment de cet événement. « C'est ainsi qu'une même glissade ne laissera pas une impression identique sui­vant qu'elle se produira fortuitement au milieu d'une marche jusque-là sans histoire, ou si l'on commençait déjà à entrevoir sa possibilité (ascension d'un obstacle à la limite des forces de l'alpiniste : trop longue cheminée ou pente de glace) ou, enfin, si elle survient comme couronnement d'une série d'efforts qui ont peu à peu entamé les ressources physiques et morales de l'individu. Dans le premier cas, c'est un simple effet de surprise; dans le second, l'émotion gran­dit et atteint son maximum au moment de l'incident, dans le troisième, l'émotion peut avoir atteint progressivement un tel degré que l'événement fatal peut ne pas l'aug­menter sensiblement.» 

Dillemann pense d'ailleurs que c'est dans le cas d'incident fortuit que l'émotion est la plus forte « seuls, les morts ont pu voir mieux » Il rejoint sur ce point le docteur Vincent Paschetta qui écrit : « L'intensité de l'émotion n'a pas été proportionnelle à l'importance du danger, mais à son caractère. En général, cette émotion a été d'autant plus grande que l'incident était moins attendu. Par exemple, une chute de pierres provoquée par une caravane antérieure à l'Argentera, dans un endroit où elle n'aurait jamais dû se pro­duire, m'a laissé un des souvenirs les plus désagréables de ma carrière alpine. La conscience du danger et l'émotion que celui-ci cause ne sont pas immédiats, mais ne sé produisent qu'un certain temps après. Au moment de la chute de pierres, de la glissade, du dérapage du compagnon, toutes les forces de l'individu se concentrent pour lutter ou résister et les réflexes de conservation priment tout autre acte. A ce moment, on ne réalise pas le risque et l'émotivité est annihilée. Une fois le danger passé, l'effort physique cesse, et on prend conscience de ce qui s'est produit. ».

Si de l'intensité nous passons à la nature de l'émotion, nous devons nous attendre à découvrir, en dehors de cette acceptation que les récits nous ont révélée, toutes les variétés des sensibilités personnelles et toutes les nuances que les circonstances ont pu leur ajouter :

Et voici Kappès-Grangé : « J'ai éprouvé, ou plutôt je suis passé par trois stades : Un état heureux, nous sommes debout, immobiles, je regarde le soleil bleuir les séracs à ma gauche, dédaigner la sombre fissure que vous savez, s'épanouir sur le gendarme orangé, à droite. Cet univers heureux se détruit. Dans un tourbillon, dans des rumeurs sifflantes, je suis emporté dans un couloir de glace. Avec un total désintéressement, ma pensée y suppute la fin proche et simple. Un choc sur une dalle, la corde se tend. Douleur et retour à l'espérance. Deuxième glissade, abominable où « je sais ». Arrêt définitif. Entre ces états, de la nuit. Tous les trois, comme devant la mort, nous ne saurons jamais. »

Puis le camarade anonyme H*** qui se garde de toute littérature : « Durant la chute toute ma curiosité fut tendue vers l'idée de voir ma femme passer au-dessus de moi arrachée par la corde ; après l'arrêt, l'ennui d'avoir choisi une mort aussi lente. »

Et cet autre, filant avec son compagnon dans le couloir qui, entre le Pic Lory et le sommet des Ecrins, mène au glacier suspendu de la face Sud-Ouest. « Arraché par le coup de fouet, je rebondis quinze mètres plus bas sur L*** pour l'entraîner à bout de corde après quinze mètres encore de glissade. Une réminiscence livresque m'occupe d'abord, surgie des " Scrambles " parce qu'un jeune alpiniste va aux Ecrins, la tête pleine de Whymper : comme lui dans le couloir de Tiefenmatten, je vais sentir des chocs sur la tête qui vont aller en se précipitant. Il y a un rocher dans l'axe du couloir. Puis, après le glacier sus­pendu, une muraille vers le glacier Noir. C'est la seconde pensée qui se forme tandis que les bords du couloir filent plus rapide­ment : la chute sera inexorable. Mais ces rêves inutiles et résignés n'ont pas d'action sur les réflexes qui fonctionnent admirable­ment à chaque extrémité de la corde... »

Jean Maunoury : « Je crois inutile de décrire les sensations que l'on ressent, à ce moment... Je crois qu'elles se résument toutes en ceci : « Pourvu qu'on tienne, en haut, et pourvu que la corde tienne. »

A. Hess : « Et je vécus quelques minutes de vrai désespoir intime. »

Robert Tézenas du Montcel : « Une peur atroce, mais plus rapide qu'un éclair : instantanément, un grand calme ; une présence d'esprit, une lucidité surprenantes. (Sur la face Nord des Grands Charmoz). »

Enfin Lucien Dévies : « ...J'enraye la glissade. Je n'éprouve nulle joie ; ma chute ne saurait être que différée. (La conquête de la muraille Nord-Ouest de l'Olan). »

Acceptation. Lucidité. Comme ces instan­tanés psychologiques se ressemblent. Tels les paysages lointains qu'on découvre des hauts .sommets. Telles plutôt des pensées semblables qui, peut-être à l'heure de la mort, effacent les différences entre les hommes.

Mais si cette mort a été différée, la vie reprend ses droits. Celle de l'esprit se venge avec encore plus d'énergie. Elle retrouve, presque sans effort volontaire, d'autres complications qui importent à la vie mais qui n'étaient rien à l'instant fatal. Est-ce de la littérature ? Peut-être, car nous ne les laissons pas se formuler dans le conscient. Il y a le pauvre visage crispé d'un camarade courageux entre plusieurs, le souvenir de détails sans importance, les premières paroles qui furent échangées tandis que les jambes commençaient à trembler. Enfin l'effort pour cacher l'émotion et continuer. Tout ce qu'on fait peut-être mieux de ne pas dire. Mais qu'on sait gravé dans l'inconscient et pour quoi on repart.

Pouvons-nous croire Gayet-Tancrède (1) lorsqu'il écrit : « Si l'on veut essayer de « savoir pourquoi l'on va en montagne » il faut s'attacher à un tout autre problème, celui de « l'émotion alpine » qui n'a pas le moindre rapport avec l'émotion causée par la brusque apparition du danger. Il faut bien se servir du même mot et cela prête à confusion. Cette émotion alpine existe-t-elle malgré la sensation du danger ou à cause d'elle ? La vérité est sans doute dans les nuances. Le sentiment du péril, réel (dans l'alpinisme actit) ou figuré (dans la contemplation pure type Ruskin), est une qualité de l'émotion alpine mais n'a pas une valeur déterminante. »

Combien d'alpinistes partageront cette dernière idée? Que le péril figuré, c'est-à-dire pour les autres, soit une qualité de l'alpinisme contemplatif, c'est un point de vue dont l'alpiniste n'a pas à se soucier. Mais que le danger imaginé, par le souvenir du passé, ne joue pas un rôle déterminant pour le retenir ou le pousser, l'alpiniste ne peut partager une telle opinion. Il îépondrait que si le danger lui était indifférent, s'il ne partait que pour la vie libre et la splendeur des sites, il pratiquerait le camping ou le canoë. Et son adversaire lui répondrait que le canoë aussi est dangereux dans certaines rivières. Réponse qui montrerait leur accord.

Ce n'est pas la fatigue qu'il est intéressant par-dessus tout de vaincre, c'est la peur. Ce qui est difficile, c'est de repartir quand on sait. C'est là, semble-t-il, un rôle déterminant. C'est ce que sentent bien d'ailleurs ceux qui condamnent l'alpinisme puisqu'ils nous font le reproche de nous exposer à des périls sans utilité. Ils oublient par contre, que ces risques nous ne les imposons à personne, nous les partageons avec ceux qui ont accepté de les partager. Réserve/ vos courroux d'abord pour ceux qui se grisent de vitesse en oubliant que la route appartient aussi aux promeneurs paisibles.

Ce goût du risque, cette lutte contre la peur sont-ils, comme le prétend Gayet-Tancrède, une intoxication que l'accoutu­mance décourage rapidement ? Il y a ici une confusion. Le résultat de l'accoutumance au danger est d'exiger, et jusqu'à une certaine limite seulement, des motifs de plus en plus violents pour provoquer une égale intensité d'émotion. Mais on ne s'accoutume jamais à l'effort de se reprendre en main pour chasser la peur. Plus on sait, moins on a envie de revivre certaines minutes. Et l'une des causes compense les effets d'accoutumance de l'autre. Les courageux, les volontaires, même les cerveaux brûlés lorsqu'ils n'en sont plus à leurs débuts, ne manquent pas en général de lucidité. Les alpinistes en particulier. C'est même pour cela qu'ils manquent de joie profonde.

Dans son récit de la conquête de la face Nord-Ouest de l'Olan, Lucien Dévies, décrivant les dernières heures de l'ascension qui ne lui ont laissé que le souvenir d'une tension nerveuse au paroxysme, conclut : « Peut-être est-ce là une image du bon­heur». Non, Devies! C'est là une image de l'existence de ceux qui se refusent au bon­heur. Qui ne vivent que pour l'inquiétude de l'entreprise qui va venir, car ils savent qu'ils ne pourront s'accepter demain infé­rieurs à ce qu'ils ont été hier. Ce n'est pas la lutte qui bannit l'analyse. Elle la diffère. Le bonheur accepte tout, selon l'humeur du jour, l'analyse, la rêverie ou la détente volontaire complète. C'est pour cela qu'il fait son lot des moindres choses. Tandis que la lutte commence seulement lorsque notre dignité ou notre vie entrent en jeu.

Ce n'est peut-être pas à cause d'elle que l'on vient en montagne, c'est certainement pour elle que l'on y retourne. Sans elle, toute ardeur serait sans objet. Elle-même serait vaine si l'enjeu était de faible importance. Il vaudrait mieux s'abandonner au bonheur que de jouer de l'argent. Mais il y a des parties qui, pour certains, valent des enjeux plus graves et de renoncer d'abord au bonheur.

« Je ne concevais la montagne que comme un culte exclusif, se suffisant à lui-même et ne souffrant aucun dérivé. » (G.  Franck).

« Pourquoi cesserait-on d'aimer après la douleur ? » (Kappès-Grangé).

« On ne peut renoncer à une course que lorsqu'on ne la redoute plus. » (L. Dévies).

« Nous communions dans le silence et l'attente délicieuse d'on ne sait quelles mystérieuses révélations toujours différées. » (R. Tézenas du Montcel).

Je ne dois pas oublier qu'il s'agit d'une enquête, ni passer sous silence l'exposé par Dillemann d'une thèse plus raisonnable :

« Pour moi, je m'en tiens aux enseigne­ments de Pie XI. On ne doit pas s'exposer sciemment à un véritable danger.. ..

« Malgré tout, l'alpinisme reste un jeu, un agrément de la vie, un de ses plus beaux ornements, mais non son but.

« Celui qui succombe en montagne est un vaincu. On peut le plaindre, jamais l'admirer.

« L'alpiniste doit partir à la montagne avec la quasi-certitude de la vaincre. »

Et comme Dillemann ajoute :

« On ne doit pas aller à la montagne à la recherche du danger, pas plus qu'on ne monte sur un cheval de sang avec l'idée d'être jeté à terre, mais bien de le dominer.»

Nous comprenons qu'il choisit le cheval de sang parce qu'il risque d'être désarçonné. Et qu'il ne saurait être question de dominer un placide percheron, monture d'un cavalier qui se sait vaincu d'avance.

Nous l'avons observé, les images qui s'emparent des alpinistes pendant l'accident appartiennent à un petit nombre de types. Elles paraissent généralement refouler la peur et porter notre lucidité et notre détachement à un point où l'acteur semble devenir seulement spectateur. Sur le moment, analogie par conséquent. Mais, lorsque le danger a cessé, quelle variété monte de l'inconscient pour alimenter la passion ou la réflexion morale !

L'un ne peut se défendre de chercher s'il y a un critérium d'utilité qui puisse justifier de s'être ainsi exposé. Un autre se demande si les obligations de la morale sociale le lui permettent.

D'autres, au contraire, beaucoup de ceux qui se sont tus en particulier, savent qu'ils repartiront malgré le danger et qu'à trop approfondir l'acquisition de telles expériences ils risqueraient de découvrir que c'est plutôt à cause de lui qu'ils continueront.

D'autres enfin, même s'ils sentent évoluer en eux leurs obligations vis-à-vis de leurs semblables, donneront toujours la priorité à celles qu'ils croient avoir envers eux-mêmes.

Où sont les vrais raisonnables ? Où sont les vrais courageux ?

N'est-ce pas un paradoxe de penser que pour des raisons si différentes, pour se trouver ou pour se fuir, des êtres aux convictions philosophiques si dissemblables seront peut-être amenés un jour à s'attacher à la même corde. Ils diront d'une même voix aux retours, tantôt « Course magni-fique », tantôt « Nous avons eu de la veine. Nous l'avons échappé belle. ». Et à leurs récits peut-être que d'autres, différents encore, partiront chercher sur le même terrain des aventures analogues, justifiées d'aussi vains prétextes. Tout cela paraîtra assez peu satisfaisant, mais une enquête ne pouvait prétendre soulever entièrement le voile, tout au plus en présenter quelques replis. Sans convaincre personne, sans empêcher aucun alpiniste de chercher les incertaines justifications qui lui plaisent, sans retenir le sourire sur les lèvres de celui qui ne se croit pas coupable.

Henri SALIN.

(1) : (alias Samivel)