Annapurna : Félicité Herzog n'a rien prouvé
Annapurna : Félicité Herzog n’a rien prouvé.
C’est le buzz de la rentrée littéraire. Quotidiens, hebdomadaires, radios, télés… le brulot de Félicité Herzog « Un héros » n’est pas passé inaperçu, c’est le moins qu’on puisse dire. Tout a été dit ou presque sur les qualités littéraires de ce premier roman, et beaucoup de questions ont été posées sur le chapitre relatif à l’Annapurna.
C’était un peu le détonateur : la propre fille de Maurice Herzog mettant en doute le sommet de l’Annapurna ! « Une autre histoire, plus réaliste que le récit officiel a peut-être pris place », suggère-t-elle. Rien de tel pour aiguiser l’appétit des média !
Bingo ! Tout le monde en parle. Et même, tout le monde ne parle que de ça –ou presque.
Au point que Félicité ne souhaite plus vraiment parler de l’Annapurna, ni même de son père, préférant qu’on l’interroge sur celui qu’elle a mis au cœur de son ouvrage – dans tous les sens du terme- son frère Laurent, dont la raison a vacillé, au point de sombrer dans la folie, la violence, la schizophrénie, le suicide (raté) et la mort (accidentelle).
« Un héros » n’est donc pas un livre de montagne. Félicité refuse de se laisser enfermer dans ce débat, préférant voir son roman chroniqué dans les rubriques littéraires plutôt que dans les pages sport ou montagne. Elle s’inquiète même de l’hostilité qu’elle pourrait susciter chez les alpinistes – du moins chez certains.
Au demeurant, si elle a choisi de rouvrir le débat, la fille de Maurice Herzog n’y apporte aucun élément nouveau, aucune révélation, aucun témoignage, aucune information nouvelle pour – sinon affirmer – du moins suggérer que son père n’aurait pas atteint le sommet de l’Annapurna ce 3 juin 1950. Ce qu’elle connait de l’Annapurna ? Ce que son père lui en a raconté lorsqu’il « jouait une représentation sartrienne du héros de l’Annapurna », c’est-à-dire ce qu’il a raconté à tout le monde – avec des variations et des exagérations « qui dérivaient, au bord de l’affabulation », jusqu’aux limites du grotesque et du ridicule. La chanson de geste : « Annapurna premier 8000 », « L’autre Annapurna », « Renaître »... Rien de plus. Rien de plus que ce qui a été servi à des millions de lecteurs.
Ceux qui auraient aimé voir Herzog démasqué en sont pour leurs frais. Si Félicité dresse de son père un portrait peu flatteur, souvent en délicatesse avec la vérité, si elle pousse le trait jusqu’à laisser entendre que, menteur à la ville, il aurait pu l’être en montagne, elle ne va pas plus loin, car elle ne peut pas aller plus loin. Elle ne prouve rien, car elle ne peut rien prouver.
Personne n’a pu prouver à ce jour que Maurice Herzog n’avait pas atteint le sommet de l’Annapurna. Rien de nouveau donc au regard de l’histoire : il serait malhonnête de transformer le conditionnel de Félicité en passé simple.
Pour le reste, ceux qui ont lu « La conjuration du Namche Barwa » ne manqueront pas de faire le rapprochement avec « Un héros ». Ils y retrouveront le même pacte inavouable: « D’accord, on fait demi-tour, mais on dit qu’on a été au sommet », mais surtout le même héros, « émerveillé par son ascension surhumaine, nimbée de sacrifice », confit en auto dévotion, qui joignant sa voix à celle de ses thuriféraires, psalmodie inlassablement son chemin de croix : « Le Numineux m’a assigné un rôle qui était celui d’un martyr ».
Après avoir lu « La conjuration », Félicité trouvait incroyable cette convergence de vues.
Moi aussi.
Elle m’assure qu’elle n’avait pas lu « La conjuration » avant d’écrire son livre.
Et moi, je jure que je n’avais pas lu « Un héros » avant d’écrire « La conjuration du Namche Barwa».
Félicité Herzog lors de notre récente entrevue à Paris
A lire :
- "La conjuration du Namche Barwa" de Yves Ballu (Editions Glénat 2008)
- "Un héros" de Félicité Herzog (Editions Grasser 2012)
- "Renaitre" de Maurice Herzog (Editions Jacob-Duvernay 2007)
Commentaires sur Annapurna : Félicité Herzog n'a rien prouvé
- "Ressentir" le secretCher Yves Ballu,

que Félicité, de son point de vue filial et vous-même, de votre point de vue de montagnard, ayez ressenti le même secret indiscible sur la conquête de l'Annapurna confirme à mon avis l'existence du secret et illustre cette vérité psychanalytique: le secret possède un "pouvoir" qui touche tous ceux qui s'en approchent, au delà des générations. Ce secret, en l'occurence, a déjà fait un mythe national et...un mort! J'ai d'autres remarques et questions à vous faire partager personnellement (par email) avant que vous ne les utilisiez, si bon vous semble, sur votre blog.
Merci de montrer le vrai visage de l'alpinisme. - Cher Yves Ballu,

Je trouve l'acidité de votre post quelque peu puérile. Quant à l'inélégance de la dernière photo, elle me laisse pantois... Jalousie ? Le livre de Félicité Herzog, que j'ai trouvé excellent, ne vise pas à démontrer quoi que ce soit. C'est une œuvre littéraire personnelle qui n'est pas à mettre sur le même plan que votre livre, ou que celui de David Roberts, dont les lectures m'ont aussi été agréables. Même s'il est difficile de croire qu'elle n'ait pas déjà tout lu sur son père, que les deux lignes sur un éventuel pacte aient été écrites après la lecture de 'la conjuration' ou pas n'a strictement aucune importance.
C'est bien la première fois que votre blog me déçoit.
Bien cordialement - Oups !...
J’avoue que votre commentaire me surprend.
L’acidité de mon post ? Quelle acidité? Peut-être n'avez-vous pas saisi l'humour. Autant pour moi.
Vous avez du mal à croire que Félicité n’a pas tout lu sur son père avant d'écrire son roman ? Pas moi. Elle m’a affirmé ne pas avoir lu « La conjuration du Namche Barwa ». Je l’ai crue, et je me suis empressé de lui en adresser un exemplaire. Avec une aimable dédicace :”Félicité, je pense que nos lecteurs communs auront du mal à croire que nous ne nous sommes pas concertés...". Elle m’a répondu quelques jours plus tard : “Yves, j’ai lu votre livre avec passion et stupéfaction. C’est incroyable la convergence de vues !!”
Bien sûr, j’aurais apprécié que dans ses innombrables interviews, il lui arrive de me citer. Genre :”Je ne suis pas la seule à avoir imaginé un tel scénario. Je vous recommande la lecture d’un excellent roman qui rejoint le mien d’une façon étonnante, non seulement pour avoir imaginé ce fameux pacte, mais aussi et surtout, pour avoir montré comment on construit un héros”. Mais, elle a préféré éviter ce sujet qui devenait trop envahissant, pour qu’on s’intéresse davantage aux qualités littéraires de son livre. Un choix dont elle m'a fait part.
Les deux lignes sur un éventuel pacte ? C’est tout un chapitre ! Et qui n’est pas passé inaperçu, comme vous avez pu le constater : Félicité Herzog qui met en doute la réalité de la victoire de son père à l’Annapurna ! C’était un superbe pétard, et qui a parfaitement fonctionné si j’en juge par la couverture média qu’il a suscité.
Le pacte ? J’avoue que j’étais assez fier de ma trouvaille. Et assez déçu ne de plus en avoir le crédit exclusif (fierté d’auteur mal placée, sans doute...).
Quant au fond du sujet, l’Annapurna, et c’était le but essentiel de mon post, j’ai voulu mettre en garde ceux, nombreux, qui doutent de la réalité de la victoire française à l’Annapurna : « Ne vous précipitez pas sur ce qui peut apparaitre – enfin, diront certains – comme la preuve ultime d’un mensonge d’Etat ». Par honnêteté envers Maurice Herzog, et surtout envers l’histoire, j’ai jugé utile de dissiper un doute. En dépit des apparences, Félicité n’apporte rien de nouveau dans le débat. Elle ne prouve rien. Au demeurant, ce n’était pas son but. Elle n’a recueilli aucune confidence, n’a eu accès à aucun document nouveau. J’en ai eu la confirmation lors de notre rencontre. Et donc, jusqu’à preuve du contraire, Maurice Herzog garde le bénéfice du doute. Comme tous les alpinistes qui revendiquent une première que, par définition, personne ne peut vérifier. Utiliser le roman de Félicité comme argument pour affirmer que Maurice Herzog n’a pas atteint le sommet de l’Annapurna serait malhonnête. C’est ce que j’ai voulu dire.
Ensuite la photo. Que lui reprochez-vous ? L’air sérieux, énigmatique ?... Il me semble que c’est ce que Félicité souhaitait exprimer lorsqu’avec son autorisation, je l’ai prise en photo. Et je ne l’ai publiée qu’après lui avoir soumise et obtenu son accord. Si j’osais, je dirais que votre réaction concernant cette photo me parait… puérile. Mais je ne vais pas me fâcher avec un fidèle lecteur de mon blog.
Enfin, la jalousie.
Évidemment, quand j’égratigne le monument national qu’est Maurice Herzog (j’ai commencé en 1982 lorsque c’était beaucoup moins tendance qu’aujourd’hui), j’ai moins de succès que lorsqu’il s’agit de sa propre fille, d’autant que – je suis d’accord avec vous sur ce point – elle le fait avec un indéniable talent. Je crois au demeurant que tout auteur normalement constitué est jaloux du succès de ses confrères ou consœurs. Mais je vous l’accorde, nous ne jouons pas dans la même cour, Félicité et moi.
- Bonjour Mr Ballu,

Tout d abord je suis pas du mileu montagnard et encore moins alpiniste.
J ai ete initie aux drames humains que vivent ces alpiniistes au travers d une conference donnee a un cours de leadership par Jamie Andrew qui resta bloque au sommet avec son ami pendant plusieurs jours avant que les secours arrivent.Son ami s est endomi a cote de lui sans qu il pu rien faire et lui s'en est sorti miraculeusement mais mutile.Sa vie apres est une lecon de courage.
Apres j ai commence a m interesse a la controverse Herzog.
J ai avale le livre une affaire de cordee ( superbe) et celui de felicite ( edifiant!)
J ai compris que l on ne saura jamais la vraie histoire du 03.06 .
Le votre est en commande ( la malediction).
Je voudrais vous temoigner de la pertinence de votre blog.
Bien a vous et bonne continuation
MJ - Bonjour M. Ballu,
Je suis en train de lire le "roman" de Félicité Herzog et j'avoue ne pas (encore) avoir lu votre livre "la conjuration". Ce qui me dérange dans tout ceci, c'est le terme roman utilisé pour des faits réels. Qu'y a t-il de roman dans le livre de Félicité Herzog ? Est-ce la mise en forme, est-ce la prose ? Est-ce pour ne pas s'attirer les foudres familliales, voire pire, un procès ? J'avoue cela me rend perplexe.
Ma réflexion va plus loin, et parce que ne me dérange pas l'idée de vous titiller un peu (j'espère que vous ne m'en voudrez pas), où est la part de roman dans "la conjuration" ? Est-ce pour les mêmes raisons ? Je suis un peu surpris par ce que vous appellez "votre trouvaille" à propos du pacte MH/LL alors qu'on peut aisément imaginer que ce genre de secret pour le commun des mortels, n'est en fait qu'un secret de polichinelle pour les gens du millieu. Dans votre post du 16 février 2011 (Annapurna : menaces sur Lachenal) vous écriviez être en contact avec Gaston Rébuffat et ce dernier vous faisait part de menaces sur Louis Lachenal. J'ai un peu de mal à imaginer quelqu'un se sachant "menacer" ne pas divulger parmi ces amis les vraies raisons de ceci et garder ses secrets en vers et contre tous. Pouvez-vous m'éclairer ? Merci d'avance pour votre réponse.
Lange Flup - Concernant les "menaces" sur Lachenal, je peux juste dire qu'elles m'ont été rapportées par Gaston Rébuffat. Et elles m'ont parues si graves, que j'ai demandé à Rébuffat de bien vouloir m'écrire son témoignage. C'est ce témoignage qui figure en exergue de mon roman "La conjuration du Namche Barwa".
Quant à ma "trouvaille"... Ce fut précisément le point de départ de mon roman :"Si Herzog et Lachenal n'avaient pas été au sommet de l'Annapurna, comment les choses auraient pu se passer ?". J'ai imaginé un scénario dont j'étais... assez fier. Mais, après tout, ce n'était peut-être qu'un secret de Polichinelle...
Pour en parler plus précisément, je crois que le mieux serait que vous lisiez la Conjuration...
Bon courage !
























certes Félicité (quel prénom !) n'a rien prouvé mais ce qu'elle écrit converge vers tous les écrits de ceux qui ont soit témoigné tardivement soit livré tout aussi tardivement des documents sur cette aventure et surtout sur le personnage et l'espèce de pacte pour qu'il ne soit que l'Unique Vainqueur ! Personnage bien peu moral et que pourtant on a dû citer en exemple !
Bonne soirée
ps les photos tirées des plaques de verre d'Adolphe COUTTET sont superbes