J'ai déjà eu l'occasion de présenter ici Georges Sonnier, auteur de montagne très estimé pour l'élégance de son écriture. Et j'ai reproduit le portrait qu'il avait fait à ma demande de son cousin germain Samivel.
Pour mémoire, voici le texte de ce portrait tout en nuances subtiles...

Georges Sonnier M43

Samivel[1] est mon cousin germain (sa mère étant la sœur de la mienne). Je fis vraiment sa connaissance durant l’été 1932, que je passai dans le chalet de ma tante, aux Contamines (pas encore Montjoie). ; J’avais alors 14 ans, lui 25 et il exerça aussitôt sur moi le presige des « grands ainés », basé sur ses exploits alpins, sur son talent de peintre et aussi sur un gout très vif de plaire et d’ « épater » qui fait partie de sa personnalité.

Si jeune et inexpérimenté que je fusse, il m’emmena en haute montagne : La Bérangère (3400 m.) puis Tête carrée sur la nord de Trélatète. Courses faciles mais longues, accomplies dans la journée au départ des Contamines ! Cette initiative plutôt rude ne me rebuta pas. Je fus ébloui, au contraire, par la révélation de la haute montagne, que je dois à Paul – et qui a marqué profondément et orienté ma vie. Il fut pour moi un guide sûr et prudent et un parfait maître es-montagne. Nous devions faire ensemble par la suite bien d’autres acensions : m’aiguille du Tour, l’M et les Petits Charmoz, la nord de Trélatère, le Mont-tondu, les Ecrins et Neige-Cordier, le Cunion della Pala, l’aiguille de la Lex Blanche, le pilier nord-ouest d’un des Dômes de Miage etc.

J’ai beaucoup d’admiration pour l’illustrateur, et surtout le peintre de la neige, de la moyenne montagne, qu’il a su interpréter de façon inégalée (en occident, du moins). Je suis plus réservé pour l’écrivain. Il a, et surtout a eu une propension à se gargariser de mots, à accumuler les adjectifs. Beaucoup de ses livres (L’amateur d’abîmes, Le fou d’Edenberg) auraient gagné à plus de concision. C’est d’autant plus surprenant qu’il est, en peinture, d’une grande sobriété d’effets et de détails. J’ai pour ma part pris le parti contraire : celui de l’économie, de la rigueur et presque de la sécheresse, qui me semblent beaucoup mieux accordés à l’univers dépouillé de la haute montagne. Ayant trouvé dans un de ses livres (L’amateur) un coucher de soleil de la taille d’un chapitre, je me suis même diverti à traiter le même coucher de soleil (vu et admiré au refuge Durier) de façon diamétralement opposée, en quelques phrases (« Où règne la lumière », pages 105-106). C’est une expérience littéraire intéressante…

Samivel a, je le répète, le goût et le talent de plaire au public. D’où son succès de conférencier (entre autres). Il y a aussi chez lui une facilité de parole, un « bagout » et une propension humoristique qui le poussent parfois vers l’art du « bonimenteur ». C’est que certains de ses amis ou parents appellent son « côté lyonnais » (son père, mort avant sa naissance, était lyonnais). Il a même écrit un « boniment », en préface, si je ne m’abuse, à la première édition de « L’opéra de pics ».

Je n’insiste pas sur son humour, bien connu. Samivel est un homme de talents ; car il est assez protéiforme et ses dons s’exercent dans beaucoup de directions. Ce qu’il fait est toujours plein d’intelligence et de gout. C’est un photographe et un cinéaste de grande valeur.

Cela dit, la meilleure partie de son œuvre[2] me semble être celle qu’il a consacrée à la peinture. Mais en littérature, certains de ses textes sont excellents. Par exemple, « La réponse des hauteurs » (préface de la seconde édition de « L’opéra de pics ». Je crois noter chez lui depuis quelque temps un effet de dépouillement. Son dernier livre, « L’œil émerveillé », hymne à la nature, renferme de très belles pages. Enfin, un ouvrage tel que « Hommes, cimes et dieux » est une étude d’un sérieux remarquable, dans la documentation comme dans l’analyse.

Georges Sonnier 1978



[1] De son vrai nom Paul Gayet (Tancrède étant le nom de jeune fille de sa mère)

[2] Et, surtout, la plus exceptionnelle