Sommet de l'Annapurna... un sujet inépuisable. La preuve : cet article qui m'a été envoyé par Olivier Vanhamme 

 

 

Annapurna, 3 juin 1950 : l’itinéraire illustré

 Un article d’Olivier Vanhamme

 

                Une des raisons invoquées dans le doute de la victoire à l’Annapurna, le 3 juin 1950, est la description jugée trop sommaire et manquant de détails techniques de l’itinéraire final. Maurice Herzog a raconté cette ascension non seulement dans son célébrissime « Annapurna premier 8.000 » (H8), mais également, dès le retour de l’expédition, dans un récit, « Annapurna » (HA), publié dans la revue « La Montagne », numéro 350 d’octobre-décembre 1950, du Club Alpin Français. Cet itinéraire, Louis Lachenal en laissa sa propre version, en tout point similaire, dans les « Carnets du vertige » (LC).

 

 

 

                Depuis le camp V, qui se trouvait au pied de la barre rocheuse, à gauche du glacier de la Faucille, tout semble évident. En premier lieu, la traversée diagonale du glacier. Ensuite la  remontée de la pyramide sommitale par le couloir de neige, d’où le sommet, caché par les rochers, n’est visible qu’à partir du haut. Et finalement celle de l’arête menant au sommet. La vue est dégagée partout. En fait, si la description est si sommaire…, ne serait-ce pas, tout simplement, parce qu’il n’y a pas grand-chose à dire ? L’itinéraire en lui-même ne semblait à priori pas poser de difficulté technique ou de danger majeurs au point que Maurice Herzog et Louis Lachenal n’ont pas jugé nécessaire de s’encorder.

 

[…] nous prenons pied dans une zone de champs de neige immenses qui mènent

sans difficultés au sommet.                                                                                                                            (LC)

 

 « Biscante, pas de corde, hein ?

- Pas besoin », répond Lachenal, laconique.

Un kilo d’économisé.                                                                                                                                      (H8)

 

                D’autres expéditions ont, depuis, atteint ce sommet historique. En ramenant de nombreuses photos et vidéos. Il nous est donc permis de confronter les textes de Maurice Herzog et de Louis Lachenal avec ces documents visuels, et d’apprécier leurs concordances… ou différences. Cela permet de se forger au mieux, chacun, sa propre opinion.

                Laissons-nous donc guider sur les pentes sommitales de l’Annapurna. Laissons-nous emporter par les textes de Maurice Herzog et Louis Lachenal, illustrés par le film des images rapportées lors des expéditions auxquelles ont participé Xavier Arias, Edurne Pasabán et João Garcia, Oh Eun-Sun, Jean-Christophe Lafaille et Alberto Iñurrategi, Yannick Graziani et Stéphane Benoist, Erhard Loretan, Norbert Joos et tous leurs compagnons...

 

 

Samedi 3 juin. Nous partons en direction du sommet.

C’est tout d’abord une très longue, interminable traversée vers la droite. (LC)

La traversée est encore bien longue… et cette falaise… trouverons-nous une brèche ? (H8)

 


…dès maintenant, nous voyons l'arête sommitale et distinguons un couloir sur

l'extrême droite qui semble, malgré sa pente, mener au sommet. (HA)

 

 

Nous arrivons en contrebas de la grande falaise terminale. La pente en est très raide.

La neige y est entrecoupée de rochers. (H8)

 

 

Après la traversée, quelques roches peu difficiles et peu favorables à l’escalade, puis un couloir… (LC)

Le couloir dans la falaise est raide, mais praticable.  « Allons-y ! » (H8)

 

 

Nous ne tardons pas à prendre pied dans le couloir terminal.

Il est très incliné… nous marquons un temps d’hésitation.  (H8)

 

 

Mais où est le sommet ? À gauche ou à droite ? (H8)

…un couloir nous mène vers quelque chose qui, d’où nous sommes, nous paraît un sommet.

Nous nous y élevons. Le sommet du couloir n’est qu’une sorte de selle d’où part, vers la gauche,

une sorte d’arête qui encore une fois nous paraît mener au sommet. Que c’est long ! (LC)

 

 

Couchés sur nos piolets, nous essayons de rétablir notre respiration et de calmer les coups

de notre cœur qui bat à tout rompre. Maintenant, nous sentons que nous y sommes.

Nulle difficulté ne peut nous arrêter. (H8)

 

 

Un petit détour sur la gauche, encore quelques pas… L’arrête sommitale se rapproche insensiblement.

 Quelques blocs rocheux à éviter. Nous nous hissons comme nous pouvons. (H8)

 

 

Je me souviens fort bien d'avoir gagné l'arête… (HA)

 

 

… puis, par une traversée sur la gauche, rejoint notre sommet ! (HA)

 

 

Est-ce possible ?... Mais oui ! Un vent brutal nous gifle.

Nous sommes… sur l’Annapurna. 8 075 mètres. (H8)

 

 

Notre cœur déborde d’une joie immense.

« Ah ! les autres ! s’ils savaient ! » Si tous savaient !

Le plus haut sommet qui ait été conquis ! Il est sous nos pieds ! (H8)

 

 

Le sommet est une crête de glace en corniche. (H8)

 

 

Enfin nous y sommes. (LC)

 

 

Une arête de neige ourlée de corniches avec trois sommets, l’un plus

haut que les autres. C’est le sommet de l’Annapurna. (LC)

 

 

« Rapidement, un coup d'œil de l'autre côté de l'arête pour voir les sombres précipices du versant sud. » (HA)

 

 

Les précipices de l’autre côté sont insondables, terrifiants.

Ils plongent verticalement sous nos pieds. (H8)

 

 

                Comment, sans avoir été présent, était-il possible de donner ces descriptions exactes, le sommet n’étant visible que depuis le haut de la face et « le versant Sud du Massif de l’Annapurna n’ayant pas été exploré » (H8) ?

 

 

                L’endroit le plus emblématique de cet itinéraire est certainement celui d’où a été réalisée la série de photos. Elles sont censées avoir été prises juste sous le sommet, tout en ne prouvant rien. C’est précisément à ce propos que se sont cristallisés les premiers et les plus sérieux doutes quant à la réalité de la victoire. Ces doutes étaient-ils légitimes ? Furent-ils une manière d’exprimer quelque ressentiment ? Quand bien même les photos auraient été prises de plus bas, cela ne prouve en rien non plus que le sommet n’ait pas été atteint.

                Les photographies de sommets en plan large ne sont pas si fréquentes. En voici une fort belle. Les détails tels une petite pierre y sont cependant imperceptibles dans la zone d’ombre du versant Nord.

 

             

« Redescendus sur la plus haute pierre du sommet, deux mètres sous l'arête sommitale, nous prenons quelques photos des drapeaux et des fanions que nous avons apportés et qui nous rappellent notre pays. » (HA)

 

                À force de vouloir idéaliser son « roman vécu », de vouloir la contrôler, Maurice Herzog n’a-t-il pas vu sa propre histoire finir par lui échapper ?

 

« Ce paysage diaphane n’est pas ma montagne... C’est celle de mes rêves. »

 

 

- - - - - - - - - -

 

Notes :

 

 Le haut du couloir est flanqué, sur l’arête, de deux corniches. Le sommet est caché par les rochers se trouvant juste en face des alpinistes.

 

 Oh Eun-Sun quelques mètres sous le sommet.

 

 Le sommet et la corniche gauche. Le sommet et les corniches peuvent être très clairement identifiés dans la vidéo de João Garcia.

   

   Edurne Pasabán.

   

   Jean-Christophe Lafaille, en rouge, et Alberto Iñurrategi, en jaune.

 

  Yannick Graziani au versant Sud du sommet, vues vers l’Est et vers l’Ouest

 

 Maurice Herzog

 

 Erhard Loretan

 

 

 

Crédits photographiques et liens :

 

« Annapurna », de Maurice Herzog : traduction anglaise de l’essentiel du texte publié dans la revue « La Montagne », numéro 350 d’octobre-décembre 1950, du Club Alpin Français, sur la page  http://archive.is/eT61A

 

Cliché Xavier Arias (avril 2010)

http://www.xaviarias.cat/node/66

        

  Clichés « Al filo de lo imposible » - RTVE (sommet : 17 avril 2010)

http://www.rtve.es/alacarta/videos/al-filo-de-lo-imposible/filo-imposible-annapurna-clave/1038007/ (vidéo)

 

  

Clichés João Garcia (sommet : 17 avril 2010)

http://www.youtube.com/watch?v=cZK4s-j4Ejw (vidéo)

 

 

Cliché KBS (sommet : 27 avril 2010)

http://www.youtube.com/watch?v=4MUtdo723zY (vidéo)

 

       

Clichés cordée Jean-Christophe Lafaille - Alberto Iñurrategi (sommet : 16 mai 2002)

http://www.mountainsoftravelphotos.com/Annapurna/References.html

http://www.k2news.com/a02/a02jcldis16.htm et http://www.k2news.com/a02/a02jcldis18.htm

http://www.tvmountain.com/video/voyage-expe/7237-jean-christophe-lafaille-alberto-innurategi-annapurna.html  (vidéo)

 

  

Clichés Stéphane Benoist (sommet : 24 octobre 2013)

http://www.camping-outdoor.fr/les-succes-de-l-ascension-de-lannapurna-par-la-face-sud

http://www.voyager-magazine.com/2013/12/lannapurna-ete-atteint-par-sa-face-sud.html#more

 

Cliché Louis Lachenal (sommet : 3 juin 1950)

http://www.franceculture.fr/emission-une-histoire-de-la-montagne-34-2006-02-22.html

 

Cliché Norbert Joos (sommet : 24 octobre 1984)

http://archive.is/cRfy0