Je vous propose deux documents intéressants.

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Le premier est la préface de l’ouvrage « Um die Eigernordwand » cosigné par les quatre « vainqueurs » de la (tristement) célèbre face nord de l’Eiger Heckmair, Vörg, Harrer et Kasparek. Publié en 1938 par les presses du régime nazi, il s’ouvre sur un hommage aux victimes qui ont payé de leur vie les tentatives précédentes : Max Seldmyer, Karl Mehringer, Toni Kurz, Andréas Hinterstoisser, Edi Rainer, Willy rngerer, Bartol Sandri, Marie Menti : « Votre but et votre action jusqu'à la mort furent pour nous une obligation sacrée nous vous remercions pour votre victoire sur le mur. Ce livre est donc, dédié à votre mémoire ».

Vient ensuite le prologue du docteur Ley « reichorganisationleiter », chef de la propagande nazie : « Je suis fier que deux membres de l’équipe de base du château de notre ordre de SANTHOFFEN aient vaincu en tant qu'alpinistes, la face nord de l’EIGER. Je suis fier et heureusement ému pour les raisons suivantes :

1°) Le fait de vaincre le destin sous une forme quelconque est l'expression de chaque virilité. Si on voulait peser la valeur matérielle, technique ou scientifique d’une telle action, on pourrait la considérer comme superflue, légère ou même dénuée de sens car au sommet de l’EIGER on ne peut ni trouver ni exploiter un quelconque trésor. Cependant, de telles entreprises téméraires valent mille fois mieux pour l'égalité d’un peuple courageux que toutes les suppositions et considérations calculatrices. Si notre peuple ne possédait plus d'hommes aussi téméraires, la jeunesse n'aurait plus aucun exemple sur lequel s'orienter, car enfin, l’ensemble de la vie forme une telle victoire et seules les performances de haut niveau en matière de témérité de courage peuvent réveiller l'être assoupi et qui ne s'intéresse à rien, et l'inciter à faire front au destin et à la vie afin de lui arracher si nécessaire ce que l’on désire. C’est en cela que se situe la valeur inestimable de telles actions. C'est aussi ainsi que s’explique cette poussée toujours renouvelée d’êtres humains téméraires risquant le tout afin de vaincre la nature.

2°) En tant que chef Organisateur de la NSDPA, et partant comme responsable des château de l'Ordre, je suis particulièrement heureux de savoir que c’est deux membres de l’équipe de base du château de l'Ordre qui ont en risquant leur vie vaincu la face nord de l'EIGER. Le Führer disait "les chefs politiques des partis d'avant nous ont porté des parapluies et des chapeaux haut de forme ; les chefs politiques actuels sont des soldats politiques". C'est en cela que l'on constate clairement le changement de notre temps. Le Chef politique de la NSDPA doit être plus que d'autres chefs l’expression de la témérité et du courage dans son peuple. Pour cela, le système d'éducation politique des jeunes cadres de notre parti a comme principal objet de vaincre. Au centre de l'éducation de chaque château de l'ordre se situe la victoire sur la nature sous une forme quelconque. A Grossinsee il s'agit de l'eau, à Vogelsang le climat est dur et brutal. L'EIGER fait partie des régions aux conditions climatiques les plus dures. A Santhofen, c'est la montagne, l'alpinisme et le ski en hiver.

Je salue donc le fait que les membres de l'équipe de base Vörg et Heckmair, de concert avec les deux camarades de la Ostmark Harrer et Kasparek ont vaincu la face Nord en tant qu'expression de notre volonté et en tant qu’expression de notre système d'éducation pure et dure des jeunes cadrer de la NSDPA.

Ce livre dont je suis fier et heureux d’écrire le prologue a été écrit de façon simple et modeste par des hommes d'action qui ont supprimé toute fioriture et se sont contentés d’aligner des faits et c’est pour cela qu'il sera bien reçu par notre peuple. Je souhaite et j'espère que nos chefs politiques le liront plus particulièrement et qu'ils l'étudieront parce qu’il témoigne de façon brillante du sens de la victoire en tant qu’expression de notre temps héroïque ».

Munich. Novembre 1938

Dr. R. LEY

 

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Le deuxième document est un article de la revue « Signal », publiée en 1944 par la propagande nazie. Sous le titre « La muraille infranchissable », l’article revient sur la première ascension de 1938 : « Les chasseurs alpins de l’Eiger : les moniteurs de l’école de combat des chasseurs alpins sont souvent des alpinistes de renom international. Ils se sont distingués dans l’Himalaya, dans l’Atlas ou dans le Caucase. «Signal» raconte ici comment l’un de ces hommes a triomphé, il y a quelques années, de la muraille la plus abrupte des Alpes suisses, le versant nord de l’Eiger dans le massif de la Jungfrau ».

Le caporal Heckmair est instructeur d’alpinisme dans l’armée allemande. On le voit en uniforme grimper dans les Dolomites.

Le journal lui donne la parole : « La meilleure performance d'Heckmair, dont il parle volontiers, fut l'escalade qu’il fit de l'Eiger dans le massif de la Jungfrau. Cette muraille se dresse presque verticalement à 1.600 mètres au-dessus de la vallée. Nul rayon de soleil ne vient la toucher. Sa paroi friable est recouverte hiver comme été d’une cuirasse de glace le long de laquelle les avalanches roulent avec fracas. En été 1938 sept alpinistes y avaient déjà laissé leur vie. Le canton de Berne avait interdit son escalade et il semblait que nul ne s’y hasarderait plus. Puis l'interdiction fut levée et bientôt les alpinistes se rassemblèrent de nouveau à Grindelwald pour tenter un nouvel assaut.

 Un matin de juillet le bruit courut que des hommes avaient commencé l’ascension de la muraille. Dans le demi-cercle décrit par la haute vallée de Grindelwald et d'Alpinglen ainsi que de Scheidegg, longues-vues et jumelles furent braquées des terrasses des hôtels et des refuges, vers le mur de glace. D’innombrables spectateurs de l’Oberland bernois et des autres cantons suivirent avec anxiété les quatre petits points noirs qui avançaient lentement et péniblement sur le roc et la glace. Deux cordées, d'abord séparées, puis réunies avaient osé donner l'assaut: elles se composaient des alpinistes munichois Heckmair et Vörg et des Viennois Kasparek et Harrer.

Des envoyés spéciaux de la presse internationale étaient arrivés en avion. Les indications météorologiques étaient attendues fiévreusement, car le temps jouait un grand rôle pour ne pas dire le rôle essentiel, dans l'expédition. La nervosité s'accrut encore quand, le deuxième jour, le temps se gâta. Les alpinistes durent passer deux nuits sur d'étroites corniches de la muraille, leur sac de couchage déplié sur leur tête. Au bout de 61 heures d'efforts surhumains le but était atteint: la muraille nord de l'Eiger était vaincue.

Andréas Heckmair fait le récit de l'expédition à partir du deuxième matin après une nuit passée sur la muraille: « A cinq heures nous frictionnâmes nos membres engourdis. A sept heures nous bûmes du cacao brûlant qui nous parut excellent et nous poursuivîmes notre route. Nous suivions une crevasse du côté gauche. L’ascension devenait de plus en plus difficile. Nous arrivâmes à un endroit qui nous rappela la crevasse du Dülfer. Il y a dix mètres à gravir verticalement. Nous rassemblons toutes nos forces pour vaincre cet obstacle plus pénible que tout ce que nous avons rencontré jusqu'à présent. Soudain, je manque une prise. Heureusement, je suis solidement assuré. La pierre à cet endroit est particulièrement friable. Nous essayons alors de tourner l'obstacle que nous n'avons pas pu aborder de front.

La crevasse devient de plus en plus étroite. Au bout, elle est fermée par un toit de glace d'où pendent de longues stalactites. Je me hisse jusqu’à atteindre ce toit en saillie. Les parois sont de glace noire et lisse. Il est impossible d'abandonner la crevasse et il paraît également impossible d'escalader ce toit. Impossible! Nous sommes déjà parvenus trop loin; il ne peut être question de retourner. Nous devons vaincre! Avec ma pioche, j'écarte derrière moi des morceaux de glace et j'enfonce profondément un piton dans la glace. Je passe une corde dans le piton, m'attache solidement, et en avant. Au prix de mille difficultés j'arrive à me hisser. Pourvu que le piton tienne; tout mon poids y est suspendu. De ma main libre je saisis un saillant de glace. Comment arriver à exécuter un rétablissement? C'est de la folie. Le morceau de glace cède et je retombe lourdement dans la crevasse.

Je repars en avant. Il faut arriver. Je m'étends aussi loin que je peux et parviens à saisir une autre aspérité. Cette fois-ci ça tient bon. De mon autre main j'abandonne la corde. Deux, trois secondes de tension surhumaine s’écoulent. J'arrive enfin à me hisser sur le toit. Haletant je me dresse sur le plan incliné. L'impossible est réalisé! Je creuse deux trous où mettre mes pieds et j’assure mes camarades. La position clef de la muraille nord est tombée! »

Les deux cordées continuent à progresser lorsqu’un orage se forme.

Heckmair raconte: « Des nuages se rassemblent. Il est trois heures 45 et il fait aussi noir qu’en pleine nuit. Nous avons la chance de nous trouver en dehors du couloir principal des avalanches. Nos camarades nous dépassent et nous les perdons de vue dans l’obscurité. De la poussière de glace commence à tomber; je regarde en l’air et j’aperçois une avalanche qui dévale en grossissant sans cesse. Elle arrive avec une vitesse prodigieuse. Nous sommes à découvert sans aucune protection. Je plante ma pioche dans la glace, entoure de mon bras le cou de Vörg et m’arc-boute. La pression de l'avalanche se fait de plus en plus forte. Nous n'y voyons plus du tout. Combien de temps pourrons-nous encore tenir? L'avalanche se partage sur ma pioche et sur moi-même. Pendant des minutes interminables nous résistons à son passage terrible, menacés d'être emportés.

La violence de la tempête finit par décroître. On commence petit à petit à y voir. Nous osons à peine regarder l'endroit où nos camarades se sont arrêtés. Miracle! Ils sont toujours là. Rapidement nous progressons de quelques mètres et appelons les Viennois pour leur demander s'ils sont sains et saufs. Nous attachons deux cordes ensemble et nous hâtons vers Kasparek et Harrer. Kasparek est blessé à la main par laquelle il se tenait agrippé pour lutter contre l'avalanche. Nous le pansons.

A neuf heures du soir nous sommes encore en chemin. Nous trouvons alors une étroite corniche, large d'un pied à peine et protégée par un léger saillant. Nous passerons la nuit ici. Dans l'obscurité nous nettoyons la place de quelques pierres et morceaux de glace, nous enfonçons des pitons de sûreté dans le mur, suspendons nos sacs de couchage à ces pitons et nous asseyons l'un à côté de l'autre à l'abri de cette tente fragile. Ici la cuisine n'est pas commode à faire. Nous avons à peine la place d'installer notre réchaud. Notre deuxième nuit commence. Le froid devient vif de nouveau. De petites avalanches roulent par-dessus nos têtes. J'appuie ma tête sur le dos de Vörg. Nous sommes tous terriblement fatigués et je ne tarde pas à m’endormir. Il est minuit. A six heures nous nous préparons de nouveau une boisson chaude. Vörg frictionne ses membres, car il n’a pas dormi une seule minute, me laissant m'appuyer sur lui toute la nuit sans que je m'en rende compte, de sorte que je me trouve quelque peu reposé et prêt à la dernière escalade de 300 mètres. Je prends de nouveau la tête et nous quittons l'endroit où nous avons dormi pour rejoindre la crevasse principale d'où nous gagnerons le sommet. »

Heckmair 78 M100 05Heckmair cinquante ans plus tard...