Claude Dufourmantelle France 2 Veurey 18_redimensionner

Claude dufourmantelle est non seulement l'un des acteurs majeurs du drame Vincendon et Henry, mais il en est également l'un des derniers survivants. Il n'en tire aucune gloire, bien au contraire. S'il a jusqu'ici accepté de répondre aux nombreuses sollicitations dont il a été l'objet, s'il a même bien voulu préfacer la réédition de "Naufrage au Mont Blanc", c'est sans doute par amitié, mais c'est également pour honorer un devoir de mémoire et peut-être aussi par courtoisie. Car Claude Dufourmantelle est un homme courtois et... discret. En soixante ans, il n'avait jamais pris l'initiative de s'exprimer sur ce sujet. Il a commencé à le faire récemment :

"Il est des faits-divers qui deviennent des affaires. La renommée aux cent bouches fait passer en pleine lumière certains  drames ordinaires, ceux de tous les jours, quand ils ont plus de charme. La société qui consomme la sensation comme une drogue s’en empare et s’y observe. Les médias entrent en résonnance sur ces objets d’actualité.

Il arrive que ces faits divers attirants prennent une véritable dimension culturelle comme des témoins d’une époque ou des signes annonciateurs de changement et même les causes immédiates de ces changements.

Telle est l’affaire Vincendon et Henry.

Elle est bien connue : deux jeunes alpinistes pendant les vacances de Noël sont échoués au pied de la face nord du Mont Blanc après quelques jours passés sur la montagne. Ils sont miraculeusement en vie. Les secours mis en place tardivement se terminent en catastrophe dans une cacophonie aéronautique, par l’abandon des jeunes gens et une retraite piteuse des sauveteurs courageux mais impuissants.

Le Destin, les Dieux et les Démons se sont emparés de ces deux garçons –encore des enfants- pour construire sur leur martyr une incroyable tragédie.

Le retentissement de ce drame fut immense et difficile à imaginer dans les temps présents qui sont saturés par la violence permanente des guerres de religions qui s’installent. De nos jours, comme il est normal dans la guerre que nous vivons sans le savoir, le drame est du consommable et il s’use vite.

Difficile à imaginer aujourd’hui, ce qu’était la France d’il y a soixante ans : c’est si loin déjà ! La télévision était encore une jeune fille et l’hélicoptère, comme l’histoire l’a démontré, balbutiait et faisait ses premiers pas militaires dans une Algérie maintenue en ordre.

Paris match triomphait et les journalistes italiens préféraient souvent le dessin à la photographie : point n’était besoin d’y être, imaginer suffisait.

Tout a été dit, tout a été écrit, des dizaines d’articles, de très belles évocations cinématographiques, un excellent livre, des émissions de télévisions, des piqures de rappel dans la presse à intervalles régulier ; une pièce de théâtre ou peut-être deux…

Mais moi, je n’ai rien dit. Ou presque."

Quelques mois plus tard, Claude Dufourmantelle s'est décidé, sinon à tout dire (il n'avait pas de révélations particulières à livrer en pâture aux amateurs de controverses), du moins  à jeter sur le papier quelques réflexions sur l'affaire Vincendon et Henry. Il l'a fait dans la langue de Shakespeare qu'il maîtrise avec une aisance qui confine à l'élégance. Outre des précisions nouvelles, ce texte qui n'est (évidemment) pas sans rapport avec un article publié au même moment et dans la même langue, s'interroge sur la mémoire et ses défauts (à bon entendeur...). Il n'était pas destiné à être publié. Après me l'avoir communiqué, Claude a bien voulu m'autoriser à le mettre en ligne. Et il a validé la traduction que je lui ai proposée.

Introduction, conclusion ou dernière impression ?

"Les circonstances, c’est-à-dire les mêmes émois médiatiques maintenant très édulcorés, me font  revenir sur ce passé déjà lointain.

Je disais  récemment à une amie qui évoquait cette période que les questions qu’elle me posait s’adressait à un jeune homme de vingt-trois ans qui, je le crains, est resté lui-aussi, il y a 60 ans quelque part sur les pentes d’un Mont Blanc d’il y a 60 ans.

 Enfin, sans plus y penser et je dirais machinalement, j’ai écrit, sans intention éditoriale, un texte très court, en anglais sur les seuls souvenirs auxquels je puisse me raccrocher. Pourquoi en anglais ? Je ne sais pas.

 

 Ça aurait pu être comme ça, ça aurait dû être comme ça, il aurait fallu que ça soit comme ça. De nos jours, ces triangles - certains disent trilemme - sont à la mode.

Cela signifie qu'un souvenir, une évocation, une réminiscence est sans cesse reconstruit par votre pauvre esprit dans des tentatives futiles pour retrouver ce que vous avez réellement fait, ce qui s'est réellement passé et d’imaginer ce qui aurait pu arriver si…  ou ce que vous auriez dû faire si…si quoi ? Pour changer le passé? Pour expliquer le passé? Pour comprendre le passé ou simplement pour s’exonérer du passé ?

Je suis tenté de laisser le passé reposer. C’est ce qu'il fait le mieux.

Certains semblent être attachés à leur passé. Ils bâtissent une relation particulière avec les choses qui ont influé le cours de leur vie. D'où l’expression "Faire son deuil" qui, pour moi, est un peu comme appliquer du Cilitbang sur une plaie. Un évènement fâcheux doit rester bien en vue et être valorisé à propos, pour mettre en évidence combien votre vie est devenue misérable. Et tant mieux si vous pouvez refiler la responsabilité à quelqu’un d’autre : c’est tout benef.

D’autres pensent différemment : ils estiment que le mieux est d'oublier.

Je suis très bon dans cet exercice.

Lorsque j’étais jeune – je l’ai été pendant un certain temps – gravir les montagnes était pour moi quelque chose de très important. Je crois qu'un nouveau venu dans une société, dans notre société, doit révéler ou tout au moins devrait avoir envie de révéler une certaine vertu guerrière qui lui ouvrira les portes du monde adulte.

Les générations qui ont connu les Grandes Guerres n'ont pas eu à chercher bien loin pour trouver  le terrain de ces nécessaires baptêmes. Il a été fourni gratuitement et en abondance.

Leurs successeurs, ont dû se tourner vers le sport, et de préférence les plus virils, et donc à mon humble avis vers l'alpinisme. L'alpinisme, cet Art de gravir les montagnes, couvre tout : l'aventure que vous épicez à votre goût. Il exige des compétences et peut devenir un métier, et pour les plus doués, il peut faire surgir la conscience narcissique de votre élégance sur le rocher.

Ces belles années... Quelle chance nous avions, Xavier et moi, deux étudiants partageant les mêmes bancs, le même emploi du temps, les mêmes vacances, le même appétit pour les mêmes montagnes, sans fil à la patte, sans réel problème d'argent, des pères indulgents et une 2CV Citroën  fidèle et fiable.

Des années de liberté alpine, quatre mois de vacances chaque année: nous avions de la chance et nous le savions.

Nous avons grimpé la plupart du temps en Dauphiné, collectionnant les premières répétitions des voies négligées par les Grands Guides de l'après-guerre, trop occupés à démocratiser l'éperon Walker, tout en ajoutant à notre palmarès une touche d’exotisme dans les Pyrénées. Nous étions un peu des David Thoreau d’une montagne amicale et bienveillante.

Nous étions confiants mais respectueux et tout à fait conscients de nos limites. Pour nous l'alpinisme est resté (et reste toujours) ce que je crois que cela devrait être: l'aventure que vous taillez à votre dimension et à celle de votre époque.

Nous avions donc gravi un certain nombre de choses mais jamais le Mont Blanc.

Notre standing nous imposait le versant italien et l'hiver mais, comme je l'ai dit, taillé à notre mesure. D'où l'éperon de la Brenva.

L’ascension de Noël en 1955 avec notre ami André fut un périple très agréable depuis Chamonix le long de la voie ferrée du Brévent jusqu'à la cabane Torino en survolant  une multitude de crevasses sous des chutes de neige persistantes et… moins agréables. Agréable,  mais pas de tentative et sans la gratification du sommet. Deux conclusions ont été tirées de l'expérience: d'abord, ne jamais skier encordé avec André et ensuite disposer de plus de temps pour attraper la bonne fenêtre météo.

Vint ensuite le truc de la pleine lune: monter côté est de la montagne et descendre côté ouest donnait au grimpeur malin une autonomie totale et aucun problème de choix de nuit ou de jour; la possibilité  de vaquer à ses occupations de jour comme de nuit ...

Et la flexibilité est sœur de la vitesse.

Nous voulions que ce soit une ascension « one shot ». Léger : un sac de couchage et un pied d'éléphant supplémentaire, un demi-litre d'alcool à brûler et le Gédéon * obligatoire, et quelques amuse-gueule, pour ce qui ne devait pas durer plus d'une douzaine d'heures. Le Bon Génie de la Montagne nous inspira la bonne idée de prendre une corde supplémentaire de 30 m, juste pour le cas où : c’est grâce à elle qu’aujourd’hui,  je suis en mesure de ré-imaginer ces évènements  et d'en parler. Sans ces 30 m de nylon, je serais dispersé dans les débris du glacier des Bossons sans la moindre possibilité d’identification médico-légale.

La stratégie de la pleine lune eut une autre conséquence: elle a fixé la date de l'ascension aux 17 et 18 décembre.

Comment avons-nous réussi à obtenir une semaine de congé ? Une fois encore, laissons le passé  reposer pour éviter d’avoir à révéler quelques faux en écriture…

Vincendon qui avait plus ou moins été conduit à penser qu’il viendrait avec nous ne pouvait pas se libérer. Et c’était bien comme ça : Xavier était inflexible sur ce point, il ne voulait pas que quelqu'un nous retarde. Pour moi aussi c’était clair : nous savions ce que nous faisions et nous ne voulions pas faire l’expérience d’une autre cordée.

En fait, Vincendon n'était pas mon ami. Je le  connaissais, mais je n'avais  jamais eu de relations étroites avec lui. C'est à l’occasion de rencontres banales après les réunions banales du jeudi soir au Club Alpin qu'il avait eu connaissance de notre projet. Banalement.

Quand j'ai dû commencer à demander et même à supplier de l’aide pour son sauvetage, j'ai endossé une amitié de circonstance qui depuis a été prise pour acquise mais qui n'a jamais vraiment existé. Mais ne pas être l’ami proche d'un grimpeur ou de n'importe qui n'est pas une raison pour le laisser mourir de froid en montagne.
Et je crois que c'est toute la philosophie de l'Affaire V et H.


L'histoire de notre ascension n’a guère d'intérêt. Elle s'est bien déroulée et malgré une couche de neige plutôt épaisse dans la partie inférieure, nous sommes allés vite. Une petite journée pour atteindre la cabane de La Fourche. Une journée complète pour gravir l'éperon, dont nous avons atteint le sommet au coucher du soleil. Je me souviens seulement de quelques passages sur un mur de glace assez raide qui, à notre soulagement, était agrémenté d’une bonne fissure, presque une cheminée. Ce morceau de choix - pratiquement sans sérac - avalé rapidement, nous franchîmes la barrière de 4 300 m. Nous fumes très heureux de rejoindre le Corridor et de reprendre haleine en perdant l'altitude si durement gagnée. De tout ça, je me souviens précisément, au sommet de l'arête des Grands Mulets, une crique minuscule, petit lac de glace, luisant sous l'énorme lune, propice à un bivouac bien mérité. Xavier ne voulait rien savoir, et il avait raison. Nous avons donc continué à descendre. Il est curieux qu'une telle vision fugitive m’ait marqué à ce point, alors que tant d’épisodes importants du drame se soient effacés de ma mémoire. Nous sommes des machines étranges.

Comment suis-je sorti de la crevasse dans laquelle je suis tombé le jour suivant : un cristal de miracle. À peu près le même scénario que celui écrit par Bonatti quelques jours plus tard. Il est de peu d'intérêt dans l'histoire V et H. Mais cela a eu un impact majeur dans mon expérience de montagnard, et de ce que j’en ai retenu. Je suis devenu maniaque sur la longueur de corde entre deux grimpeurs sur un glacier couvert de neige – corde bien tendue. Et croyez-moi, pour un guide, ce n'est pas toujours facile de l’imposer à tous les gens que vous emmenez sur les voies normales dans les montagnes normales.

De retour à Chamonix, nous avons dîné avec Jean Vincendon et François Henry.
Henry, nous ne nous étions jamais rencontrés et je ne l'ai plus revu. Ni Vincendon.

Xavier a quitté Chamonix pour passer avec sa famille les fêtes de Noël.

Trois jours plus tard, j'ai débouché l’amphore de Pandore et mis en mouvement ce qui est devenu vraiment l'affaire.

Tout a été raconté, re-raconté, analysé, critiqué, imprimé, photographié, filmé, radiodiffusé et télévisé. Le seul endroit où il ne reste plus aucune trace de cette affaire, aucun nouvel élément de preuve, aucune information inédite c’est la feuille blanche de ma mémoire. Tout ce que je sais, c'est ce que j'ai lu par la suite et les réponses que j'ai données à contrecœur aux journalistes à des moments où, peut-être, j'avais encore des souvenirs.

Un dernier flash : je dirige la cordée de secours sur la route des Grands Mulets. Il fait beau, nous avançons bien et Lionel est juste derrière moi. Une conversion et je découvre entre mes deux skis un trou profond - bleu profond. Enfer sans flammes. Je ne bouge pas et un petit avion nous survole. Un cri: « Ils sont tombés ! ». Dans mon esprit le rideau tombe. Je fais demi-tour et je ne suis plus en montagne. Je suis de retour à Paris où la famille m'attend.
J'ai fait ce que je pouvais. J'aurais probablement pu faire plus. La plupart des gens ont fait moins.
A partir de cet instant, l'avion qui nous survolait à basse altitude a étendu un voile d'oubli sur moi et ces événements.
C'est comme ça que je suis construit.
Le voile du pardon s'est étendu plus tard. Les jeunes ne sont pas enclins à l’indulgence et au pardon.
C’est beaucoup plus tard que je me suis rendu compte que le destin avait été l'acteur principal, sinon le seul acteur de cette tragédie.
 
* Le Gédéon: tel était le nom que les alpinistes parisiens donnaient aux deux pièces coniques du récaud en aluminium qu'ils utilisaient dans ces époques de pré-gaz. Le poêle à essence Primus était seulement utilisé pour des séjours plus longs dans des endroits plus sûrs.

Juin 2017 et relu en octobre 2017

 Et voici le texte original :

"An afterword, which sounds very much like a foreword. Indeed a last word

 It may have been like this, it must have been like this, it should have been like this. Nowadays, these triangles –some say trilemme- are fashionable.

It means that a recollection, a recall, a souvenir is constantly reconstructed in your silly mind by futile attempts at remembering what you actually did, what actually happened and comparing the outcome to what could have happened if or to what you should have done to… to what? To change the past? To explain the past? To draw conclusion from the past or simply to exonerate you from the past.

I am tempted to let the past rest which is what it does best.

Some people seem to be past-bound. They built a special relationship with things that deflected the course of their lives. Hence the very French “Faire son deuil” which, to me appears like a Cilitbang spray applied on a wound. Something bad which happened must be kept in full view and made a good usage of to enhance how miserable your life has become and if you can ascribe a responsibility somewhere else, it is all benefit.

Some others are different: they think that the best alleviation is to forget.

I am very good at that.

As a young man and for quite some time, climbing mountains was very important for me. I believe that a newcomer in a society, in our society has to display or should wish to display a certain warrior hue, an achievement of a sort which opens the doors of the adult world.

The generations that have lived through the Great Wars did not have to look far to find out the field of these necessary baptisms. It was provided free and the matter was ample.

Their followers had to resort to sports, preferably the very virile ones and in my humble view Mountaineering comes first. Mountaineering, the French call it Alpinism, covers everything: adventure which you seasoned up to you taste. It requires skill and becomes some sort of a trade and for the gifted ones it can flash the narcissist feeling of just how elegant you are on the rock.

 Those years. How lucky we were, Xavier and I, two students sitting on the same bench, with the same timetable, the same ample vacations, the same appetite for the same mountains, with no strings attached, no real money problem, full acceptance by the fathers and a very faithful and dependable  2CV Citroen.

Years of alpine freedom, four months each year: we were unbelievably lucky and we knew our luck.

We climbed mostly in Dauphiné, collecting second ascents that had been neglected by the afterwar Great Guides, who were too busy democratizing the Walker spur, and we added an exotic touch of Pyrénées. We felt like the Thoreaus of amicable and benevolent mountains.

We were confident but respectful and quite aware of our limitations. For us mountaineering remained (and still remains) what I believe it should be: the adventure that you cut to your size and to the time you live in.

So we had been up a certain number of things but never on Mont Blanc.

Our dignity implied both Italy and winter but, as I say, cut to the right size. Hence the Brenva spur.

 The 1955 X’mas climb with our friend André was a very pleasant trip up from Chamonix along the Brévent railway track up to the Torino hut across a multitude of crevasses with a very persistent and not so pleasant snowfall. Fun but no attempt and no summit gratification. Two conclusions were drawn from the experiment: first, never ski down roped up with André and second you need more time so as to catch the right weather window.

 Then came the full moon concept: climbing up the east side of the mountain and climbing down the west side gave the shrewd climber full timewise autonomy and no problem of night or day choice; you could choose to do your stuff by day or by night…

 And flexibility is sister of velocity.

We wanted it to be a fast one, a one shot thing. Light: a sleeping bag and an extra pied d’éléphant, a half a litre of alcohol and the compulsory gédéon*, and some titbits, for what could not last more than a dozen hours. Adequately Fate instructed that we took an extra 30 m rope, just in case: we had it and I am in a position to re-imagine those days and talk about them. Without these 30 m of nylon I would be scattered in the debris of the Bossons glacier past any forensic identification.

 The full moon ploy had another consequence: it gave the date of the ascent, December 17th and 18th.

How did we manage to get a week out of school? Here again let the matter rest lest some forgery be disclosed.

Vincendon who had more or less been led to think that he could come along with us was unable to make it. Xavier was adamant and did not want anybody dragging along, so that was fine. And fine with me: we knew what we were up to and we did not wish to run a test with any other team.

 The fact is that Vincendon was no friend of mine. I knew him and never had any close relationship with him. It was through casual encounters after casual Club Alpin Thursday night meeting that he knew of our intentions. Casually.

 When I had to begin asking and even begging for rescue I endorsed a temporary friendship which ever since has been taken for granted but which never really existed. But not to be a close friend to a fellow climber or to anybody is no good reason to let the chap freeze to death on the mountain.

And this I believe is the entire philosophy of the “Affaire V et H”.

 The story of our ascent is of little interest. It went smoothly and despite a rather dep snow trail in the lower half it went fast. One short day to reach the small hut of La Fourche. One full day to climb the spur, which says the chronicle we reached at sun set. My only recollection is of a couple of pitches on a rather steep ice wall which to our satisfaction was illustrated by an accommodating crack, almost a chimney. That piece of cake –practically no sérac- rapidly swallowed and crossing the 4.300 m barrier we were very happy to glide down the corridor, catching breath and dissipating the hard-won altitude. I remember clearly, of all things, at the top of the Grands Mulets ridge a tiny cove, pure ice, glistening under the enormous moon, calling for a well-earned bivouac. Xavier would have none of it and he was right. So we glided on. It is strange that such a fugitive instant should have stuck to me while so many important parts of the drama went unrecorded. We are strange machines.

 How did I get out of the crevasse I fell in the following day: pure miracle? Just about the same scenario that Bonatti wrote a few days later. It is of little interest in the V and H story. But it had a major impact in the pursuance of my climber’s expertise. I became manic on the matter of adequate rope length and no slack –not even a little bit- on a snow covered glacier. And believe me, for a guide, this is not always easy to get from all the people you ferry across the normal routes up the normal mountains.

 Back to Chamonix, we had dinner with Jean Vincendon and François Henry. Henry, we had never met and I did not see him again. Nor Vincendon.

 Xavier left Chamonix and went back to his Xmas family gathering.

 Three days later I uncorked the Pandora amphora and set to motion what became really the “Affaire”.

 Everything has been told, retold, analyzed, criticized, printed, photographed, filmed, radioed and televisionized. The one place where a trace cannot be found, a piece of evidence discovered is on the blank sheet of my memory. All I know is what I have read afterwards and the answers I gave reluctantly to the news men at times when, maybe, I still had some recollections.

 One last flash: I am leading the rescue party up the Grands Mulets route. The weather is fine, we are making good progress and Lionel is just behind me. A kick turn and between my two skis a deep blue deep hole. Hell without flame.  I don’t move and a tiny plane flies right over us. A shout: Ils sont tombés. In my mind a shutter falls. I undo my kick turn and I am no longer on the mountain. I am back in Paris where the family waits for me.

I have done what I could. I could probably have done more. Most people did less.

From that instant, the plane on its low altitude passage extended a veil of oblivion over me and these events.

That’s the way I am built.

The veil of forgiveness was extended later. Indulgence and pardon are not young men inclinations.

But then, much later, I came to realize that Fate had been the main actor, if not the only actor in this tragedy.

 *The gédéon: such was the name the Parisian climbers gave to the two conical pieces of the aluminum stove they used in these pre-gas canister eras. The explosive primus gasoline stove was only for longer stays in safer places.

 Juin 2017 et relu en octobre 2017"

Claude Dufourmantelle France 2 Veurey 04_redimensionner