Mélodie annapurnienne
Le nouvel opus d'Yves Ballu: crimes sous les cimes
Article paru dans le Dauphiné, le 4 janvier
Il dispose d'un fonds d'archives historiques parmi les plus fournis concernant la montagne. C'est dans le puits de cette science, a priori inoffensive, qu'il puise l'inspiration d'un genre atypique: le polar des sommets.
D'autres sont tout fiers d'exhiber leur dernière Ferrari ou leur cave à vins qui pèse lourd en kilos euros. Lui vous tarabuste avec ses autographes d'alpinistes célèbres et tricentenaires, ses gravures de glaciers, affiches de sports d'hiver, cartes postales et autres "incunables" de Chamonix qu'il collectionne religieusement. Et pour vous attirer dans son antre de 400 m², immense maison bourgeoise de Veurey (Isère) ayant appartenu à une cantatrice, Yves Ballu ne lâche pas l'affaire. Coriace comme un grimpeur à l'attaque d'un surplomb. Ses enfants, son épouse, lèvent les yeux au ciel devant passion aussi envahissante; d'autres doivent crier au "raseur!"
N'empêche, dans le milieu de la montagne, Yves Ballu s'est imposé comme
un érudit. Ce "Pic de la Mirandole" a retracé la grande histoire de
l'alpinisme et s'est damné pour le piolet de Jacques Balmat -
conquérant du mont Blanc -, la correspondance conflictuelle
des premiers ascensionnistes ou une série de plaques de verres
du photographe Couttet immortalisant les touristes en goguette sur la
mer de Glace en 1893. Les états d'âme de Gaston Rébuffat ont provoqué
en lui une excitation telle que bien de l'encre a jailli de sa plume.
Il écrit la nuit et se pose de drôles de questions: pourquoi ne
s'est-il rien passé entre la conquête du mont Aiguille en 1492 et celle
du mont Blanc en 1786? Qu'est-ce qui a donc poussé les hommes à se
hisser soudainement?
Il en suscite également. Toutes ces archives où va-t-il les dénicher?
"Je chine", répond-il elliptique, à Paris, Bruxelles et ailleurs. Et
aujourd'hui il y a e-bay, la vente par internet.
Il avait 23 ans quand un copain savoyard lui a mis entre les pattes les mémoires de Whymper et autres pionniers expansifs. L'élève ingénieur rêve alors de ces parois. À Fontainebleau, en 1965, il a la révélation pour l'escalade et le voilà alpiniste, collectionneur d'ascensions puis de récits d'ascensions. "Collectionner sans but n'a aucun sens. Moi je veux faire partager", assure le grimpeur parisien devenu écrivain en oeuvrant d'abord pour l'encyclopédie de la montagne Atlas ou la revue du Caf avant de dispenser sa science jusqu'au sommet de... l'Etat.
L'homme qui a torpillé le ministère du Temps libre
Quand il farfouille dans ses malles, Ballu nostalgique exhume une tribune libre au Monde
signée d'un haut fonctionnaire anonyme. C'était du temps où il était le
monsieur montagne de la ministre des Sports, Edwige Advice sous la
tutelle du ministère du Temps libre, invention de François Mitterrand
que la missive publiée par le grand quotidien du soir descendait en
flèche. Un large sourire fend son visage et Ballu se fait cabotin : "Je
vous donne un scoop. C'était moi l'auteur".
Au remaniement gouvernemental de 1983, le ministre du Temps libre,
André Henry, expérimentait à son tour les vertus de la disponibilité et
disparaissait avec son portefeuille gadget. Mais dans son rôle de
conseiller ministériel, Ballu estime avoir réalisé des choses
constructives: co-rédacteur de la loi montagne, on lui doit la
prolifération de murs d'escalades, les compétitions de grimpe, la
réforme du monitorat de ski, la création de celui d'escalade et le
conseil supérieur des sports de montagne... Son CV, fort disert, relève
de l'autobiographie.
Série noire sur les versants du Pic de la Mirandole
C'est en retraçant le drame de Vincendon et Henry dans Naufrage au mont Blanc, minutieux travail d'enquête, que cet ex-patron de la communication au CEA, prend goût à l'écriture romanesque en 1997. Après une dizaine d'ouvrages, l'historien des sentes dominicales s'est mis à faire son miel des grands et petits faits de la conquête des cimes, empruntant aux icônes de l'alpinisme pour tricoter des romans policiers, des histoires haletantes de meurtres dans l'univers où l'oxygène se fait rare. Et ça marche. "Je suis maître du destin de mes personnages", se régale le démiurge.
Avec Mourir à Chamonix, comme
Frison-Roche avant lui, Ballu a planté son accroche romanesque grâce à
ce fait-divers hors normes de 1934: Guy Labour, l'homme qui passa sept
jours dans une crevasse et qu'un incroyable concours de circonstance
ramènera sur les berges de la vie. "Je suis parti d'un contexte
historique pour adosser ma fiction et la crédibiliser."
Son dernier bébé, la conjuration du Namche Barwa,
prend encore plus d'altitude, et revisite un autre mythe: la conquête
de l'Annapurna, premier 8000, apogée de l'alpinisme colonial. Vendeur.
Dans ce "remake", pure fiction, il est question de conquête patriotique
du dernier des 8000 himalayens. D'entrée de livre, une citation
authentique de Gaston Rébuffat, héros frustré de l'Annapurna, donne le
ton et jette le trouble. Selon le témoignage du guide, Lachenal,
compagnon oublié de Maurice Herzog, aurait été l'objet de censure,
empêché de livrer sa version de l'ascension au risque de perdre son
poste de professeur à l'école nationale de ski et d'alpinisme.
Forcément toute comparaison avec des faits réels est loin d'être
fortuite. "Je ne prétends en aucun cas réécrire l'histoire. La question
n'est pas de savoir si Herzog et Lachenal sont allés au sommet. Mais
qu'est-ce qui aurait pu se passer s'ils n'y avaient pas été." Jusqu'à
preuve du contraire...
Car Ballu connaît cette engeance. Les alpinistes, comme tous les autres
hommes, peuvent mentir. Et là-haut, ils sont bien souvent seuls témoins
de leurs actes. Même les photos peuvent tromper. En l'occurrence dans
sa fiction, la cordée n'atteint pas la cime et la préservation de son
mensonge va entraîner meurtres et intrigues avec en toile de fond un
complot mystico barbouzard et une ambiance à la Grangé.
Pour Ballu, la censure imposée aux autres membres de l'expédition de
l'Annapurna en 1950, dont le récit fait la part belle à Maurice Herzog,
a instillé un doute. "Dès lors qu'un témoin a été empêché de parler, on
peut tout imaginer sur ce qu'il avait à dire." L'imagination
s'engouffre dans les non-dits de l'aventure. Ce livre qui ébrèche le
piédestal du "héros de l'Annapurna", il l'a envoyé à Maurice Herzog
avec cette dédicace: "Variante sur une mélodie annapurnienne qu'il
siffle depuis 50 ans". Comme il dit: le roman commence là où les trois
petits points suspendent l'Histoire. Et à ce petit jeu Ballu n'est pas
ballot.
L'article, paru le 4 janvier dans le Dauphiné
a été rédigé par Antoine Chandellier, chef
d'agence à Chamonix, suite à une longue interview qu'il est venu faire à la
maison. Je n'ai pas lu l'article avant diffusion. Si j'en avais eu l'occasion,
j''aurais suggéré quelques corrections. Par exemple la dédicace à Maurice Herzog
n'était pas : "Variante sur une mélodie annapurnienne qu'il siffle depuis 50
ans". Mais "Variante sur une mélodie annapurnienne qu'il "fredonne depuis
58 ans". C'est plus élégant. Et moins agressif. Yves Ballu
LA REACTION D'ANDRE HENRY ANCIEN MINISTRE DU TEMPS LIBRE
Monsieur,
Le
Dauphiné Libéré du 4 janvier dernier publie une « révélation » de votre part.
Vous auriez, par un article anonyme dans le Monde, « torpillé » le Ministère du
Temps Libre ! Quelle révélation ! 48 h après, je savais qui était l’auteur –
vous – et deux personnes étaient prêtes à confirmer. J’ai décidé de me taire
pour ne porter aucun tort au Cabinet d’Edwige Avice. Même si nos relations
n’étaient pas chaleureuses, je ne suis pas du genre à profiter d’une
imbécillité qui qualifie son auteur. Mais, voyez-vous, j’ai toujours gardé sur
moi, votre nom… et même vos adresses. Témoignages d’une petitesse.
En
réalité, vous n’avez rien torpillé du tout. Au contraire, les témoignages de
soutien qui ont suivi, y compris à l’Élysée et au gouvernement m’ont plutôt
conforté.
Mais
à quoi bon vous dire tout cela. Ce misérable secret était encore trop lourd
pour vous, vingt-cinq ans après ! Vous avez du avouer, à vous-même, et à un
journaliste sans doute trop heureux du scoop ! Et quel scoop !
Monsieur,
je vous assure de tout mon mépris.
André
Henry
(Ancien
ministre du Temps Libre)
******************************
Ma
réponse :
Je
regrette qu’un journaliste ait monté en épingle une anecdote que je lui avais
confiée en feuilletant divers documents relatifs au ministère Jeunesse et
Sports. Vous avez raison, c’était une « imbécillité ».
En
retour, je reçois de vous une émouvante révélation : « J’ai toujours gardé sur
moi votre nom… et même vos adresses », me confiez-vous. Bigre !... J’aurais
mérité cet excès d’honneur ou… cette indignité ! Et vous auriez décidé de «
taire » le « misérable secret » pendant de si longues années « pour ne porter
aucun tort au cabinet d’Edwige Avice » ?... Cette retenue confine à l’héroïsme,
quant on sait les relations détestables que vous entreteniez avec votre
ministre délégué. J’ai du mal à croire que si vous aviez eu la preuve que ce
texte émanait du cabinet d’Edwige Avice, Matignon et l’Élysée n’en auraient pas
été informés immédiatement ?... La grandeur d’âme a des limites… Au demeurant,
ce cabinet a cessé d’exister en 1984. Dès lors, quelles raisons aviez-vous de
continuer à taire le « misérable secret » tout en conservant sur vous mon nom
et mes adresses - pendant 25 ans ?
Je
pense que la vérité est différente. Moins noble. Rappelez-vous… Cette lettre
ouverte parue dans « Le Monde » du 6 novembre 1982 vous a mis dans une rage
épouvantable. Vous avez remué ciel et terre pour débusquer son auteur. Vous
avez menacé le journal, enquêté dans votre entourage, suspecté jusqu’à vos plus
proches collaborateurs – tandis que les photocopieuses des ministères – y
compris le vôtre - tournaient à plein régime, et que ce texte passait de mains
en mains ! Mais évidemment, vous n’avez pas trouvé. Pourquoi ?... Parce que je
m’étais bien gardé d’en parler à qui que ce soit. Trop risqué (pour Edwige
Avice). En d’autres termes, les « deux personnes qui étaient prêtes à confirmer
» qu’elles m’avaient identifié vous ont menti. Si toutefois elles existent.
Mais
revenons un instant sur cet article du Monde, dans lequel je ne mettais pas en
cause le Ministère du Temps Libre, mais le ministre du Temps
Libre. Vous, monsieur Henry. Parce que vous étiez en train de torpiller le
Ministère du Temps Libre. Par votre mégalomanie. Vous aviez convoqué les
directeurs de votre administration pour exiger, sous peine de révocation
immédiate, une voiture et un chauffeur pour chaque membre de votre cabinet,
vous inondiez 3 ministères d’une revue de presse hebdomadaire vous montrant
dans la presse des familles comme dans celle des célibataires, dans les buts du
stade d’Epinal comme dans les manifestations encravatées. Vous aviez créé une
administration du temps libre, avec une direction du loisir social ( !) ouvrant
des conflits stériles. Vous aviez entrepris de rebaptiser les établissements du
ministère des sports, et même le corps des inspecteurs Jeunesse et Sports à
l’effigie du Temps Libre. Pour en arriver où ?... A cette performance
extraordinaire : être le ministre le plus impopulaire du gouvernement (après le
ministre de l’Intérieur), alors que, ministre du Temps Libre, vous étiez, comme
le suggérait mon papier, le « ministre des bons côtés de la vie ».
A
lire votre livre, on pourrait penser que vous avez eu raison, contre tout le
monde, avant tout le monde, et que votre action portait en germe toutes les
évolutions heureuses de notre société. Qu’en somme, vous avez été un bon
ministre, incompris, victime de cabales et persécuté par une presse
malveillante dont les « méchancetés » vous sont restées en travers de la gorge
(« je ne parviens toujours pas à [en] sourire aujourd’hui »).
Mais
alors, pourquoi un ministre aussi exemplaire aurait-il disparu de la scène
politique ? Pourquoi ne lui a-t-on plus jamais proposé le moindre strapontin
ministériel ?... Les « témoignages de soutien de l’Élysée et du gouvernement »,
que vous avez pris pour argent comptant, semblent vous avoir fait défaut
lorsque, quatre mois après la parution de cet article du Monde, vous avez perdu
votre portefeuille ministériel (au profit d’Edwige Avice !).
Et
si vous n’aviez pas été un bon ministre, monsieur Henry ? Et si cet échec
personnel avait été fatal au Ministère du Temps Libre ? Ministre de l’Education
Nationale, de la Justice ou des Finances, votre échec n’aurait jamais été qu’un
avatar personnel – une erreur de casting. On vous aurait simplement remplacé.
En aucun cas, vous n’auriez été le fossoyeur de votre ministère. Mais le
Ministère du Temps Libre, c’est vous qui l’avez créé. Votre responsabilité
première – très lourde, j’en conviens, face à une opinion publique qui ne lui
était pas acquise d’emblée – était de démontrer que le Ministère du Temps
Libre n’était pas un « ministère gadget ». Le moins qu’on puisse dire, c’est
que votre démonstration n’a pas été convaincante. J'ai vainement cherché dans
votre livre "Le ministre qui voulait changer la vie" l’esquisse d’un
regret, voire d'une autocritique. Je n’y ai rien trouvé qui laisse à penser que
vous assumez une part de responsabilité dans la disparition - sans doute
définitive - de ce ministère original, et au-delà, de son concept. Il me semble
que cela devrait vous poser un vrai problème de conscience.
En
tout état de cause, le journaliste du Dauphiné se trompe lorsqu’il affirme que
j’ai torpillé le Ministère du Temps Libre. Je pense qu’au moins sur ce point,
nous devrions tomber d’accord.
Yves BALLU
*******************************
Voici
l'article du Monde :
Tribune
libre parue dans le journal Le Monde du samedi 6 novembre 1982
LETTRE
A UN MINISTRE
Comment ne pas gâcher le temps libre?
Le ministère du temps libre,
où la jeunesse côtoie le tourisme et où les sports flanquent la culture
populaire, n'a jamais trouvé son équilibre. Est-ce dû à ce ministère-gadget que
l'opposition dénonçait dès sa naissance ? Est-ce à cause d'un manque de moyens
budgétaires? Le haut fonctionnaire dont nous préservons, à sa demande,
l'anonymat et dont nous publions ci-dessous la lettre, pense que le coupable
est le ministre lui-même : M. André Henry.
Monsieur le ministre,
Un sondage récent vous place en
deuxième position derrière le ministre de l'intérieur, au hit-parade des
ministres indésirables.
Il est vrai que les sondages valent
ce qu'ils valent et que le ministre de l'intérieur peut raisonnablement
s'attendre, compte tenu du caractère ingrat de certaines de ses attributions, à
figurer en haut de cette échelle de l'impopularité.
Mais vous êtes en quelque sorte,
monsieur le ministre du temps libre, le « ministre des bons côtés de la vie »,
et ce sondage n'est pas un test de popularité dans lequel les inconnus se
retrouvent habituellement en dernière position, c'est un test d'impopularité,
Vous n'êtes donc pas inconnu ; et
vous êtes indésirable.
Commentant ces sondages accablants et
têtus, vous répétez à l'envi que Léo Lagrange — auquel vous vous identifiez
volontiers — avait, lui aussi, été la cible des moqueurs, lesquels voyaient en
lui le ministre des paresseux ; et vous laissez entendre que si depuis toujours
vous passez pour la tète de turc des journalistes, c'est que vous êtes victime
d'une campagne, malveillante et organisée, de la part des médias.
Et pourtant... vous avez toujours
accepté, avec une émouvante bonne volonté, de vous laisser photographier : dans
tes buts du stade d'Épinal comme dans tes manifestations officielles, par la
presse des familles comme par celte des célibataires (interview dans « Lui »),
et le recueil de vos allocutions, distribué dans vos services, prouve à
l’évidence que vous parlez volontiers — et bien — en public.
Alors, pourquoi votre image est-elle
si mauvaise dans l'opinion ?
D'aucuns prétendent que votre
portefeuille ministériel, dernier fleuron d'une carrière exceptionnelle, faute
d'être le sel d'une action gouvernementale efficace et Imaginative, est plutôt
la vitamine de votre mégalomanie.
D'autres, en pensant à vous, évoquent
ce roitelet cosmique rencontré par le Petit Prince dans la région de
l'astéroïde 325 :
«Sire... sur qui régnez-vous ?
— Sur tout, répondît le roi avec une
grande simplicité (...)
— Et les étoiles vous obéissent ?
— Bien sûr, lui dit le roi. Elles
obéissent aussitôt. Je ne tolère pas d'indiscipline.
Mais ce monarque sidéral était en
définitive plein de bon sens :
« Ton coucher de soleil, tu l'auras.
Je l'exigerai. Mais j’attendrai, dans ma science du gouvernement, que les
conditions soient favorables. »
Et, lorsqu'il commandait le lever du
soleil, il avait la sagesse de le faire au moment opportun…
Ministre du temps libre, vous auriez
pu choisir d'être un ministre d'idées, ayant un rôle de proposition et
d'incitation dans les domaines de la jeunesse, des sports, des loisirs, du
tourisme, mais également dans ceux de l'éducation, de la communication, de la
culture, des transports, etc. Vous auriez pu convaincre les Français qu'avoir du
temps libre, c'est bien, mais que n'en pas avoir est quelquefois mieux (les
passions se vivent souvent à crédit...!).
Vous auriez pu peser sur les
ministères dont vous aviez la tutelle (jeunesse et sports, tourisme) pour les
inciter à mener une politique d'ouverture des loisirs (loisirs actifs de
préférence) en direction de toutes les catégories sociales. Bref, vous auriez
pu être le ferment d'une part importante de l'action gouvernementale.
Au lieu de cela, qu'avez-vous fait?
Côté tourisme, vous avez simplement annexé le champ de
compétences d'un secrétaire d'État peu jaloux de ses prérogatives et vous êtes
devenu un super ministre du tourisme.
Côté Jeunesse et Sports, il vous a
fallu batailler davantage pour soustraire à la tutelle d'un ministre réputé pour
son dynamisme et ses compétences celles de ses attributions sur lesquelles vous
souhaitiez exercer directement votre tutelle.
Vous avez exigé — parfois avec
violence — que les papiers à en-tête, les inscriptions aux frontons des
bâtiments et même la dénomination de certains syndicats professionnels soient
frappés à l'effigie du temps libre.
Des thèses 1930
Et puis, vous avez créé la «
direction du loisir social, de l'éducation populaire et des activités de pleine
nature » avec un directeur, des sous-directeurs, des chefs de bureau, tous
bardés de substantifs et d'épithètes.
Plus tard, vous avez jeté votre
dévolu sur les CREPS, ces établissements régionaux anciennement dévolus à
l'éducation physique et sportive, sur lesquels vous vous proposez d'établir votre
tutelle, et dans un récent discours vous avez manifesté quelque intérêt pour
l'INSEP (Institut national des sports et de l'éducation physique).
Monsieur le ministre, permettez-moi
de vous dire que vous êtes tombé dans le piège.
Ministre du temps libre, il vous
fallait inciter, imaginer, inventer, rayonner.
Vous avez préféré administrer. Quelle
erreur... et quel gâchis !
En caricaturant les thèses
socialistes des années 30, non seulement vous avez fait perdre à la notion de
temps libre toute crédibilité, mais vous avez gaspillé un formidable potentiel
de curiosité, de bienveillance et d'intérêt.
Vous avez également découragé
quelques milliers de fonctionnaires — les vôtres — dont l'indignation —
pardonnez-leur — ne peut s'exprimer qu'en des occasions rares et anonymes.
Yves Ballu, la conjuration du Namche Barwa
(Article paru sur le blog Exigeant, le 12 décembre 2008)
---o@o---
Jamais facile de parler du plaisir tiré à la lecture d'un livre écrit par
quelqu'un que l'on connait bien.
Yves est un passionné de la montagne et
un passionné tout court.
Je devine qu'il a tiré un plaisir jouissif à
construire l'intrigue, à faire référence, pour s'en moquer, à la vague
ésotérique qui déferle sur les polars. A faire apparaître les coulisses du
pouvoir (présidentiel) pour mieux s'en jouer et souligner combien il est facile
de faire prendre des vessies pour des lanternes...
Il ose aussi instiller le
doute sur les valeurs sacrées des hommes de la Montagne. Et si le mensonge était
possible ? Et si la raison d'état était supérieure à tout ? Et si c'était ainsi
que se construisaient les héros ?
Son livre est un travail ciselé à
l'image de ces montagnards qui passent l'hiver dans les alpages en sculptant le
bois.
Bouffée de fraîcheur, envie croissante d'arriver au dénouement,
Yves nous prend, mine de rien, pour nous emmener très loin. Il nous encorde
soigneusement pour nous hisser au sommet de nos illusions.
J'avais déjà
beaucoup aimé "mourir à Chamonix" et si vous cherchez une idée de cadeau, ce
livre tombe à pic !
Je ne résiste pas au plaisir de vous dévoiler l'image d'Yves dont le regard sans cesse pétillant et malicieux est un réel plaisir.
Pour en savoir un peu plus sur Yves Ballu, c'est ICI.
Pour la vilaine, lien du livre à la FNAC au prix de 18,96 euros
---o@o---
Commentaires
Envie pressante de le
lire!
Merci de nous le faire découvrir par ta présentation!
too banal : je suis content de savoir que tu erres ici parfois. Sourire. J'espère que tu auras autant de plaisir à le lire que j'en ai eu. Tu nous le diras ?
Ca donne envie !
On le trouve à la Fnac ? A quel prix ?
(encore quelques progrès à faire dans ton métier d'agent littéraire ;-)
Et puis quoi encore ?
vilaine : agent littéraire, surveillant d'écrivaine, je vais bientôt pouvoir quitter l'ANPE :p. Je t'ai mis le lien de la Fnac et le prix en bas de l'article. Bises
नमस्ते
Namche Barwa avec une référence à la FNAC, on ne peut s'empêcher de penser à Namche, heu pardon, au sacré Bazaar ;)
Namasté
N'est pas laid : merci pour ce commentaire abscon (dire que c'est du chinois pour moi serait une faute de goût), si tu veux bien nous proposer une grille de compréhension, j'en serais ravi ! ;)
Plaisir
J'ai viens de passer la nuit avec le livre d'Yves Ballu, incapable
de le lâcher... J'ai eu froid dans la montagne, j'ai été épuisée, j'ai
été émue, j'ai eu peur, j'ai souri, j'ai réfléchi, j'ai tremblé, je me
suis indignée, mais je ne l'ai pas lâché avant d'arriver au bout...
Bref j'ai adoré.ce livre, qui emmène sur des chemins escarpés, tortueux
et haletants à souhait.
Merci pour le conseil de lecture, je file acheter l'autre ! :)
NB : Pour Namcha Bazar, c'est à la page 476 ;)
Posté par Nerilka, 06 janvier 2009 à 10:00
Nerilka : promis, juré, je me renseigne auprès d'Yves Ballu pour savoir quand il dédicace son livre dans ton coin !!! ;)
Posté par Exigeant, 06 janvier 2009 à 19:27
d'Yves Ballu
Extrait d'un mail reçu d'Yves Ballu :
"Je t'adresse également des
remerciements, car non seulement tu as écrit des belles choses sur ton
Blog, mais tu as, semble-t-il, fait partager ton enthousiasme à
d'autres. J'ai particulièrement apprécié le dernier commentaire de
Nerilka : elle a trouvé dans mon bouquin ce que j'y avais mis, caché
parfois. Quand on écrit une lettre, on l'adresse à quelqu'un. Un livre,
on l'adresse à tout le monde, c'est à dire à personne. On ne choisit
pas ses lecteurs... Alors, quand au détour d'un blog, on a l'impression
d'avoir partagé des émotions, d'avoir fait un bout de chemin, avec l'un
d'eux (ou l'une d'elles), c'est magique ! Un peu comme si on avait
écrit le livre pour lui (ou pour elle). Dans "Mourir à Chamonix", j'ai
essayé de montrer combien les autres sont indispensables - simplement
pour savoir si on existe ("Que vont devenir les autres quand je n’aurai
plus besoin d’eux ?"). C'est quelque chose à quoi je crois profondément
dans ma vie. Pour l'écrivain, c'est peut-être encore plus évident.
Alors, quand on a réussi à épuiser, à émouvoir, à faire peur, sourire
ou réfléchir, à susciter l'indignation... on se dit que ça valait le
coup de se creuser la cervelle, le cœur et les tripes. Et on se
remotive pour... continuer. C'est ce que je suis en train de faire..."
Posté par Exigeant, 14 janvier 2009 à 02:59
merci
Que du bonheur vous m'avez donné quel suspense digne d'un Agatha Christie et tellement humain. On a du mal à vous quitter le matin fatiguée j'attends avec impatience le prochain livre. J'espère que je vais pouvoir trouver vos précédents livres, car la curiosité est l'un de mes plus gros défauts encore un grand merci pour ces moments de pur plaisir je vous dit à très bientôt
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