Vincendon et Henry en film fixe
C'est par l'intermédiaire d'un fidèle lecteur de ce blog - merci Philippe R. - que j'ai découvert ce qu'est un "Film fixe". Comme vous pourrez le voir en cliquant sur le lien précédent ou sur celui-ci, le film fixe était un moyen de diffusion très populaire d'information, notamment utilisé dans les écoles comme support pédagogique. Il se présente comme un film 24X36, mais les images (Net B) sont positives, pour être projetées sur un écran. Si Philippe R. m'a signalé l'existence de ce film, c'est parce qu'il comportait un reportage sur le drame Vincendon et Henry (bien vu, Philippe R. !). Je l'ai donc immédiatement scanné, pour le mettre sur ce blog. En notant que ce reportage en 9 diapos (une sorte de diaporama), réalisé par Paris Match en janvier 1957, soit quelques jours après le drame, a été diffusé dans les écoles françaises, au titre des actualités mondiales. Il figure en premier sur ce Film fixe, avant d'autres informations de portée internationale comme le mariage de la fille du Comte de Paris, la mort de Toscanini et d'Umphrey Bogard, la victoire de l'Australie en coupe Davies et de Toni Sailer en ski (à Wengen). C'est dire l'impact que cette tragédie a eu à l'époque.
Naufrage au Mont Blanc : avis de lecteurs
Je suis
tombé par hasard sur l’avis d’un lecteur (« Michel, Les Soldanelles Chamonix)
posté sur le site Amazon.fr à propos de « Naufrage au Mont Blanc ». Le voici :
"Naufrage au Mont-Blanc" est bien écrit. C'est en quelque
sorte un roman qui plaira aux amateurs de ce type d'aventure, pourtant bien
réelle, et que les passionnés doivent acheter pour un devoir de mémoire envers
tous les protagonistes de cette lamentable épopée de deux gars qui,
aujourd'hui, seraient qualifiés de "zozos". Les faits sont vrais, la
chronologie des évènements exacte. Je regrette que, l'appréciation de l'époque
de deux vieilles familles chamoniardes ne soit pas rapportée, mais peut-être
l'ont-elles refusée..., et surtout une certaine "mayonnaise" qui
permet de remplir plus de 425 pages sans lesquelles ce bouquin ne serait pas
"vendeur".
Je témoigne à deux titres :
1er) Jeune chamoniard à l'époque résidant dans un grand chalet implanté au pied
du Brévent, le long de la piste du Savoy-Hôtel, je descendais régulièrement en
ville par la grande Mollard ce qui me faisait passer devant le PGHM et le
bureau des guides ; de plus un membre d'une des familles citées plus haut nous
commentait tous les jours les faits réels. A la sortie de la messe de minuit,
il n'y avait pas de neige dans cham. par contre, plus d'un mêtre est tombé dans
la nuit de la St Sylvestre. Je pense que la position des vrais guides
chamoniards était la meilleure (dans les connaissances du moment, depuis la
vallée), des faits précédents et ultérieurs leurs donnent encore raison
aujourd'hui, sans parler de l'avalanche au village du Tour et la cata du tunnel
éponyme. Etant précisé que, l'un des deux gars avait rencontré la veille du
départ un guide de cham., lui avait demandé un complément de matériel et ce
dernier lui avait indiqué "qu'il ne fallait pas tenter une hivernale sur
le MB à cette époque et le lui interdisait même" ; le quidam de répondre
"que les gens de Chamonix allaient prendre une belle leçon d'escalade"...
J'ai encore sous les yeux mes photos des hélicos (Alouettes et Sikorsky) ,
prisent à l'époque, en attente sur un terrain de fortune contigu à la
patinoire, et non pas dessus...
2ème) Affecté dans un Etat major de l'armée de l'air, durant mon service
militaire, j'y ai rencontré dans le courant le l'année 1961 le commandant
SANTINI et l'adjudant BLANC avec lequel j'avais reparlé de
"l'affaire" à plusieurs reprises. De mémoire, quelques propos
d'importance divergent de certains du bouquin qui ne sont qu'une interprétation
libre de l'auteur et devraient être signalés comme telle... Il ne faut pas
oublier que SANTINI et BLANC agissaient sur ordre de deux autorités qui
n'avaient pas conscience, et la connaissance, des risques de la haute montagne,
de l'utilisation des hélicoptères concernés. BLANC n'a pas cassé un hélico
comme il est dit à la page 283, c'est lui qui a été cassé par des ordres
stupides. Je l'ai vu en 1961 très marqué physiquement (entre autres, plusieurs
amputations, dont des doigts...) et il recevait encore des soins à l'hôpital
militaire, Dominique Larrey, de Versailles. Quant au retard des Alouettes
venant de Mt de Marsan, il semble me souvenir qu'elles appartenaient à
l'aviation légère de l'armée de terre et tout le reste dépendait de l'armée de
l'air avec la coordination de deux esprits de corps différents... Enfin, les
divers intervenants dans la construction des Alouettes (successivement A1, A2,
A3) n'avaient pas besoin de cette publicité (pages 372 et 400) pour vendre du
matériel "prévendu" aux nombreux organismes militaires et civils. La
romance des pages 339 et 340 est bien inutile et ressemble plus à la légende
ténue du temps de la guerre d'Algérie de : "la chasse à la gazelle"
avec une Alouette. Quoique ! ... "
Michel - Les Soldanelles, Chamonix -
*************
J'ai pensé
qu'il serait intéressant de citer cet avis afin de réagir sur 2 ou 3 points qui
me semblent contestables. Éventuellement, d'ouvrir une discussion.
D’abord
:"la position des vrais guides
chamoniards était la meilleure... l'un des deux gars avait rencontré la veille
du départ un guide de cham., lui avait demandé un complément de matériel et ce
dernier lui avait indiqué "qu'il ne fallait pas tenter une hivernale sur
le MB à cette époque et le lui interdisait même" ; le quidam de répondre
"que les gens de Chamonix allaient prendre une belle leçon
d'escalade"
Il faut se méfier des témoignages non vérifiés. Celui-là me paraît très douteux. Je n'ai jamais eu connaissance de cette conversation entre "l'un des deux gars" et un guide. Au demeurant fort improbable, compte-tenu des relations... peu amènes entre les grimpeurs parisiens et les guides à l’époque. Si Vincendon et Henry avaient eu besoin d'un complément de matériel, c'est plutôt à leur copain Dufourmantelle, rencontré la veille de leur départ, qu'ils l'auraient demandé, plutôt qu'à un guide de la vallée. Quant à affirmer que les guides avaient raison d’interdire cette ascension aux deux alpinistes ( !)... Cette même ascension du Mont Blanc par la Brenva avait été réussie l'année précédente par Jean Couzy et André Vialatte, et deux jours auparavant par Dufourmantelle et Cazenave, sans problème. Donc, elle était possible -évidemment. D'autre part, les guides de l'époque n'étaient pas des spécialistes de l'alpinisme hivernal. Ils ne le pratiquaient pas du tout. Donc, leur avis pouvait être discutable. Et puis... quand bien même ils auraient "interdit" cette ascension (ce qui n'est pas exact), est-ce une raison pour laisser mourir ces deux malheureux, en les accablant de reproches ! ("Des jeunes imprudents qui ne connaissent rien à la montagne et qui mettent en jeu la vie de guides pères de famille etc.")
*
Enfin, l’accident du Sikorsky. J’ai une copie des rapports officiels, et j’ai recueilli les témoignages de Valérie André, épouse de Santini (qui était présente à Chamonix au moment du drame) de Jacques Pétetin (qui pilotait l'autre Sikorsky, au-dessus de celui de Blanc et de Santini au moment du crash). La décision de tenter le sauvetage en hélicoptère a été prise par Santini (sous la pression des média, sans doute), mais par lui seul. Et l'accident est bien dû à une erreur de pilotage (le malheureux adjudant Blanc n'avait encore jamais effectué une telle manœuvre avec un tel appareil à une telle altitude, avec une telle épaisseur de neige, ce qui évidemment explique l'accident qui était presque inévitable). Blanc et Santini n'ont pas décollé pour obéir à des "ordres stupides". La décision a été prise par Santini, qui, d'ailleurs l'a clairement assumée par la suite.
*
Dernier point, la publicité des Alouettes :
"Ils n'avaient pas besoin de cette publicité (pages 372 et 400) pour vendre du matériel "prévendu" aux nombreux organismes militaires et civils. La romance des pages 339 et 340 est bien inutile et ressemble plus à la légende ténue du temps de la guerre d'Algérie de : "la chasse à la gazelle" avec une Alouette.. ".
Peut-être qu'ils n'en avaient
pas besoin, mais j'ai sous les yeux un document de 8 pages A4 publié par
Sud-Est Aviation (constructeur des Alouette), en janvier 1957, reprenant les
titres de journaux, dont celui de L'Aurore "L'alouette au tableau
d'honneur du sauvetage" et celui de Paris Match "A l'aube du 3ème
jour, apparaît l'Alouette du salut". Suivent deux pages de photos des
Alouette légendées style roman photo, et une dernière page intitulée
"Quelques renseignements sur l'Alouette II" qui, après avoir donné
les caractéristiques techniques termine par cette phrase :"Sud-Est
Aviation s'est donné pour objectif de vendre et de livrer, tant en France qu'à
l'étranger, un minimum de 500 Alouette". Peut-être que ça n'est pas de la
publicité, mais ça y ressemble ! C'est même une évidence, si on lit bien le
document : l'Alouette n'avait évidemment pas été conçue au départ pour le
sauvetage en montagne, mais pour des besoins militaires. L'affaire Vincendon et
Henry démontrait de façon éclatante les qualités de cet appareil merveilleux
pour cet usage nouveau. D'où l'intérêt de communiquer sur ce sujet. Pour
autant, ce document me paraît quelque peu indécent. Le triomphalisme dont il
fait preuve -"A l'aube du
3ème jour, apparaît l'Alouette du salut" - est choquant compte tenu
de l'échec, du fiasco, du ratage - il faut bien appeler les choses par leur nom
- du sauvetage de Vincendon et Henry. Vincendon et Henry ont passé six jours le
cul sur la neige par moins trente degrés, et pour eux, l'Alouette n'a
malheureusement pas été "l'Alouette du salut". D'ailleurs, le
document n'évoque pas les deux malheureux ! Il est vrai qu'après le crash du
Sikorsky, et le mauvais temps qui avait bloqué les guides sauveteurs au refuge
Vallot (pendant 3 jours), ont avait oublié Vincendon et Henry. Et on n'a même
pas utilisé les "Alouette du salut" pour aller vérifier s'il n'y
avait pas encore un vivant dans la carlingue du Sikorsky. Voici ce document :
*
Il y avait un autre avis de lecteurs sur le site Amazon.fr. Tant qu'à faire, je le cite aussi :
"C'est un livre qui envoute dès le début. Un drame, de Noel 1956, où
deux jeunes garçons sont morts dans une montagne qu'ils aimaient tant,
où la France a été émue et où l'existence du "Secours en Montagne" tel
que nous le connaissons maintenant a fait cruellement défaut !!
Une histoire vraie, un hymne aux hommes qui sont morts, qui meurent, qui mourront pour cette montagne si fascinante." Par Romuald Jabard de St Laurent du Pont

























