Maurice Herzog taclé par Gaston Rébuffat
Voici le texte d'une lettre que m'a écrite Gaston Rébuffat, qui n'appréciait pas vraiment les célébrations annapurniennes. C'est le moins qu'on puisse dire...
Aux conférences salle Playel, je me souviens de Maurice tirant de sa poche une lettre « d’un petit garçon de France » et lisant cette étrange missive : « Cher monsieur Herzog, vous êtes le plus grand héros du monde ».
J’ai toujours eu pour mes compagnons une forte amitié, une saine considération ; mais qu’ils acquiescent à ces compliments grotesques et inexacts, ou en tous cas qu’ils les mentionnent, m’effondrait et m’irritait.
Accepter d’être qualifié de héros, après l’Annapurna, pour ma part m’a toujours révolté, et d’une manière générale m’apparaît comme un grave manquement, par ailleurs lourd de conséquences car il a faussé beaucoup de choses, à la déontologie de l’alpinisme.
Après l’ascension de l’Annapurna, il y a eu les conférences à Pleyel – il y en a eu 33 – puis il y a eu les conférences en province. La FFM avait alors donné, pour servir de schéma au commentaire que nous devions faire, le texte des conférences de Pleyel qu’Herzog avait faites. Il disait : « Cher monsieur Herzog, vous êtes le plus grand héros de France ».
Le public (faut-il dire bien sûr) acceptait cela, non seulement sans sourciller, mais avec force applaudissements. Être héros pour avoir perdu des gants, et ne pas en avoir de rechange ! Cela passait comme une lettre à la poste – c’est bien le cas de le dire - et même bien mieux !
… les grands pionniers devaient bien rire dans leur tombe !
Gaston Rébuffat