La promotion de certains produits commerciaux, voire de campagnes prophylactiques utilise parfois la notoriété des grands de ce monde transformés pour l'occasion en hommes sandwich.

Comme en témoignent certains documents curieux tels ce buvard vantant le "destin exemplaire de Maurice Herzog" qui, "comme tous les grands alpinistes est toujours resté sobre".

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Maurice Herzog est-il toujours resté sobre ? Dans tous les cas, il n'a jamais eu une réputation d'alccolique, et le choix de son nom pour une telle campagne semble plutôt judicieux .

Les grands alpinistes ont-ils toujours été sobre ? Hum !... L'hôtel de Paris résonne encore de certaines fêtes bien arrosées organisées par les alpinistes parisiens des années soixante... Et puis les guides chamoniards du temps jadis ne buvaient pas tous que du lait.

Par exemple, ces guides et leur porteur qui vident deux bouteilles de blanc avant d'emmener leurs clients en montagne (gravure extraite, avec autorisation, de l'excellent ouvrage de Jean-Pierre Gallay et Christian Mollier "Au pays du Mont Blanc" (2002)) :

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Même résistants, même habitués, il arrivait parfois que certains dépassent leur limite, témoin le registre des réclamations sur lequel des clients se plaignaient de l'intempérence de certains guides:

« M. W. Pardic m’a chargé de porter plainte contre Jean Carrier qu’il avait engagé durant son séjour ici, pour faire le tour du Mont Blanc à Courmayeur et de Chatillon à Zermatt. Il fut cependant obligé de le renvoyer au Col de Voza peu de temps après avoir quitté cet endroit, en raison de son état d’ébriété, et de son insolence » (W. Backer 1865)

« Je soussigné J. Baldi déclare avoir demandé un guide à Chamonix le 7 juillet 1875 pour se rendre au glacier des Bossons. Arrivé au chalet qui domine le glacier, le guide Favret Michel Auguste s’absenta un instant, puis revint pour nous guider au passage du glacier. Arrivé au milieu, il s’assit sur le glacier et déclara ne pouvoir marcher plus loin. Sa marche, du reste, ne laissait aucun doute sur son état d’ébriété très avancé. Nous fûmes forcés de l’abandonner à la cascade des Pèlerins après avoir eu une certaine peine à sortir du glacier. Des ouvriers qui rentraient à Chamonix nous furent très utiles pour revenir à notre gite » (Baldi, 1875) 

« Le guide Favret Michel Auguste que l’on m’a donné n’a pas prouvé pendant mon excursion qu’il était un guide sûr. Après une halte d’environ une heure de temps au Montenvers, je fus obligé de le faire appeler par ses collègues pour me conduire plus loin, lorsqu’il arriva un peu pris de vin. En continuant notre route sur la Mer de glace jusqu’au Chapeau, il me laissa tout à fait seul, de manière qu’il m’a fallu chercher mon chemin moi-même. Aussitôt que j’étais arrivé dans la vallée, il fut de nouveau à côté de moi » (J.H. Wolff 1878) 

« Le guide qui m’a accompagné hier au glacier des Bossons, Claret Tournier Edouard est indélicat dans sa conduite devant des dames et il n’était pas entièrement sobre. Pendant le trajet au glacier et au retour, il montrait les signes habituels de l’ivresse » (Van Vorden 1878) 

« Je prends la liberté de vous importuner pour vous signaler un fait qui doit être du ressort de votre administration. Le 7 août étant parti de Genève avec ma femme pour Chamonix ; en arrivant – 5h du soir, je me suis présenté au bureau des guides où j’ai demandé si je pouvais de suite avoir deux mulets et un guide pour partir de suite à la Flégère. Le chef des guides me répondit affirmativement et à ma question de la période du temps, il me répondit qu’il fallait 2 heures. Nous prenons donc 2 mulets et l’on nous donna un guide nommé Ernest Paccard. Ne connaissant nullement les usages, je prends le guide que l’on m’offre, mais au bout de 2 kilomètres, je m’aperçois qu’il est complètement ivre. Je prends patience, malgré sa conversation insupportable, mais en route, et au milieu du chemin, après plusieurs faux pas causés par son absence de sobriété, il fait un tel saut qu’il tombe, menace d’entraîner le mulet sur lequel était ma femme, qui a eu une émotion que vous devez comprendre. Je descends de mulet, et je préviens le guide de bien vouloir cesser toute conversation et continuer sa route. Arrivés au chalet proche de la Flégère, je lui ai offert de se rafraichir, mais sur sa demande de prendre un cognac, j’ai refusé, et je me suis vu forcé de le sommer d’avoir à continuer son service, ou je porterai une plainte au chef des guides. Nous avons pu enfin arriver, mais la route s’est passée en invectives. Le maitre d’hôtel de Chamonix m’a engagé à vous écrire pour vous signaler le fait. Je vous prie donc de faire réformer ce guide dont, du reste, la réputation est fort mauvaise, et pour preuve, vous pouvez questionner la personne qui tient le chalet sur la route de la Flégère et l’hôtelier de la Flégère. Je tremble en pensant à la peur qu’aurait pu éprouver une dame seule, comme il en voyage souvent dans ces passages. Il ne faut pas que les étrangers emportent mauvaise opinion des guides de Chamonix. Je dois dire que le lendemain, j’en ai pris un au Montenvers dont je n’ai eu qu’à me louer de la politesse » (Antoine Sourd 1882) 

« Je certifie que le guide Favret Michel Auguste qui m’a conduit ma femme et moi avec une monture au Brévent s’est enivré à cet endroit, est parvenu à Bel Achat et sous la conduite de son mulet avec beaucoup de peine. A cet endroit, il absorba une certaine quantité d’eau de vie et finit par se trouver dans un état atroce qui lui ôta complètement le restant de ses forces et tomba à plusieurs reprises et une dois entre autre en bas de la route qu’il ne put plus se relever. Alors, nous le quittâmes pour demander à Chamonix les réclamations justifiées par la présente » (Ollivier Danziger 1882) 

« Le guide Favret Ernest que nous avons pris pour nous conduire avec deux mulets à Vernayaz s’est enivré au Chatelard et à Finhaut où il a bu de nouveau. Son état est devenu intolérable, je dirais même dangereux pour ma mère, dont il tenait le mulet par la bride. Nous sommes descendus de nos montures et nous avons été à pied jusqu’à Vernayaz par un temps déplorable depuis Salvant. Vous pouvez juger de la fatigue de ma mère après une pareille marche forcée. Je n’insisterai pas sur les grossièretés de cet homme qui ne sont que la conséquence de son ivresse » (René Chaparade 1883) 

« Je soussigné déclare que le guide François Boissonnet, en m’accompagnant aujourd’hui à la Mer de glace et au Mauvais pas, est toujours resté derrière nous, ce qui équivaut à ne pas nous guider du tout, et a trouvé le moyen en route de se griser et de nous traiter de la façon la plus inconvenante. Il serait heureux que ce guide soit puni sérieusement dans l’intérêt des voyageurs ». (Ch. Vasteau 1884)

 « Plainte formée par des voyageurs à l’hôtel du Mont Blanc contre le guide Charlet Julien des Frasserands. A leur retour de la Mer de glace et du Chapeau, les dits voyageurs vinrent déclarer que leur guide Charlet s’était enivré en route et qu’arrivant au-dessous de l’hôtel du Mauvais pas, il causa la chute d’un mulet monté par une dame et par suite, la dame fut jetée par terre et roula sur le chemin avec le guide qui était dans un état d’ivresse complet. Les voyageurs furieux ne voulurent pas payer sa course » (Akula de Venezolano 1887) 

 « Le révérend H.B. George, à son retour d’une ascension au chalet de Lognan, vint déclarer au guide chef que son guide Balmat Michel des Barats s’était enivré au dit chalet, au point de ne pas pouvoir tenir l’équilibre et qu’il fit plusieurs chutes en descendant. Le voyageur très mécontent ne voulu point tenir compte du prix de la course du guide » (H.B. George 1887) 

« Madame Mathilde Prévert est venue me déclarer que le 11 juillet, elle avait eu le guide Couttet Joseph des Praz, qu’elle était très mal contente de ce guide, qu’il était ivre et qu’il avait de la peine à tenir l’équilibre et qu’ils n’avaient pas osé traverser le glacier des Bossons à cause qu’il n’aurait pas pu les aider à traverser, par conséquent, ils ne voulaient pas le reprendre pour traverser la Mer de glace » (Mme Mathilde Prévert 1894)

« Balmat Michel s’est enivré à Bel Achat. Il n’a pas pu finir la course jusqu’au Brévent quoiqu’il était engagé pour toute la course. Nous sommes redescendus seuls et à pied à Chamonix » (Mr et Mme Hanz de Suède 1897) 

«Favret Alphonse s’est enivré depuis le Chapeau » (Ruth Cunningham 1899) 

« Quand mes enfants, deux filles, arrivèrent au Montenvers, elles étaient accompagnées par deux hommes et avaient un mulet. Les deux hommes se dénommaient Couttet. Après le déjeuner, l’un d’eux était manifestement complètement ivre. Incapable de marcher, ni de parler correctement. Ses yeux étaient vitreux, et il affirmait qu’il voyait deux mulets alors qu’il n’y en avait qu’un. Je lui ai dit qu’il était saoul et que je le renvoyais. Il en a convenu » (A.G. Sadgwide 1899) 

« Je soussigné déclare avoir constaté que le guide Devouassoud Jean Albert, que j’avais pris à Chamonix pour faire la traversée de la Mer de glace après avoir été au Montenvers, se trouvait dans un état d’ivresse manifeste en arrivant au Montenvers, et qu’il n’était pas en état de pouvoir nous faire traverser la Mer de glace sans chute, il faisait en un mot des zigzags. En présence de cet état de chose, nous avons été obligés de prendre un autre guide à l’hôtel du Montenvers pour traverser la Mer de glace et nous accompagner jusqu’au Chapeau. (Maurice Crépy 1899)  

« Le guide Pierre Carrier envoyé pour conduire madame Simmons et moi en trois jours à Courmayeur par les Contamines. Il s’est si sérieusement mal conduit que nous fûmes obligés d’abandonner le voyage. Hier, à Bionnay, il était si ivre qu’il roulait sur le chemin. Sur la route de Bionnay, il essaya de nous faire prendre une fausse direction. Heureusement, nous avions une carte de la route et après beaucoup de peine, nous insistâmes pour le faire continuer jusqu’aux Contamines. Là, nous restâmes la nuit dernière, et ce matin, nous avons payé à Carrier 16 francs et nous lui avons donné un paquet pour renvoyer à Chamonix en lui disant que nous abandonnions le voyage en raison de sa mauvaise conduite. Nous allâmes jusqu’au Fayet, en arrivant là, nous avons rencontré l’interprète de Cooks qui nous a dit que Carrier était allé à la Station, le matin, dans un tel état d’ivresse, qu’il a emporté mon paquet qui n’était pas le sien, et l’a envoyé à Chamonix. Nous sommes très étonnés qu’un tel homme ne soit pas exclu des fonctions de guide. Nous avons fait une dépense considérable dans cette affaire et nous sommes obligés d’abandonner le voyage que nous nous proposions d’entreprendre. (William Benvers 1900) 

« Le guide Eugène Couttet qui nous a très bien conduits le 30 juillet au Montenvers etc. nous a conduits aujourd’hui au plan des Aiguilles et sur le glacier des Bossons. Sur l’après-midi, il donnait cause de croire qu’il avait trop bu mais à la fin, il chancelait, était très difficile à comprendre quand il parlait et était tout à fait hors d’état de fonctionner comme guide » (Emile G. Balde 1902)

 « Monsieur et madame Hanser de Lucerne se plaignent de leur guide Edouard Comte. En descendant de la Flégère il avait trop bu et a tellement mal conduit les mulets qu’ils ont dû faire tout le chemin à pied » (Hanser 1902) 

« Cette après midi, le propriétaire de cet hôtel a engagé pour moi un guide pour conduire ma femme au glacier des Bossons. Le nom du guide était Alphonse Fanet. Il avait bu avant de partir, et au restaurant du Glacier, il a certainement bu encore de trop. En traversant le glacier, il nous a été d’un très petit secours, et paraissait trouver son chemin avec difficulté. Au restaurant de l’autre côté du glacier, il a bu encore de plus et pouvait à peine se tenir sur ses jambes, et il était incapable de parler correctement. Il nous ramena cependant à la maison sans accident. (Henry Guenbas Pearson 1902) 

« Le guide Simond Joseph Romain s’est mis au Chapeau dans un état d’ivresse qui ne lui a pas permis de conduire les dames qui lui étaient confiées et qui n’ont pu revenir à mulets que grâce aux gamins » (S. Metter 1902) « Le guide Cachat Edouard que j’ai pris le 18 août 1903 au Montenvers pour me conduire à Pierre Pointue était tout à fait ivre. Il chancelait tout le temps, il trébuchait sur les pierres, marchait tantôt trop vite, tantôt tout lentement etc. Je l’ai laissé au Plan de l’Aiguille craignant de passer avec lui les ravines et le glacier » (Paul Schlesinger 1903)

 « Le guide Tournier Jules qui conduisait la mule le 9 août dernier à la Flégère était tellement ivre que la cavalière trouva la situation très désagréable et dangereuse, et qu’elle a fini par descendre à pied depuis le pavillon du Praz » (H.H. Grining)

 « Le guide Eugène Couttet qui nous accompagnait aujourd’hui à l’excursion de la Mer de Glace nous a laissés partir seuls du Chapeau pour continuer à boire, bien que nous ayons fait à cet endroit une station prolongée. Il nous a rejoints une vingtaine de minutes après notre départ, dans un état d’ébriété manifeste, qui l’empêchait absolument de conduire son mulet » (G. Seeburn 1904)

 « Je déclare que le guide Jules Alexandre Cupelin s’est enivré au Chapeau[1]. Il est tombé trois fois entre le Chapeau et la Mer de Glace. J’ai été obligée de le renvoyer » (Ida Lich 1906)

 « Je dis que le guide Jean Devouassoux n’était pas très bien, je crois qu’il était ivre » (A.A. Waterhouse 1906)

 «Je déclare que le guide Tournier s’est trouvé pendant l’excursion et plus particulièrement dans le trajet de l’hôtel du Montenvers à Tines (passant par le Chapeau), dans un état d’ébriété tel qu’un de nos jeunes gens a été contraint de le conduire par le bras, après une chute significative » (Professeur H. Eugataz le 22 juin 1909) 

« Le 14 juillet à 8h du matin, nous sommes arrivés au Montenvers avec l’intention de faire une course au Jardin de Talèfre. Suivant l’usage, nous avons demandé au guide chef de nous fournir un guide. Une dame devant nous accompagner, nous avons exprimé le désir d’avoir un homme absolument sûr. Cette demande a été faite à 8h ½, l’heure du départ étant fixée à 9h10 (l’heure de l’arrivée du train de Chamonix). A l’heure convenue, aucun guide n’était désigné. C’est alors que le guide chef voulut contraindre le guide Gust Balmat à nous accompagner. Ce dernier était visiblement sous l’influence de la boisson. Il protesta que son tour n’était pas venu, qu’il n’était d’ailleurs pas équipé pour cette course. Finalement, il céda. Comptant sur sa connaissance des lieux, nous espérions qu’il serait en état de nous conduire, mais en cours de route, il nous déclara n’avoir jamais été au Jardin. Arrivé au passage des Ponts, le guide perdait une première fois sa route, confondant les conduites d’eau avec le sentier. Il finit par s’arrêter, regardant le glacier d’un air hébété, complètement incapable de retrouver sa route. Nous protestons énergiquement contre la conduite inqualifiable du guide chef. A lui seul incombe l’entière responsabilité d’un pareil fait. Imposer aux voyageurs un guide manifestement incapable et pris de boisson constitue de sa part un manquement exceptionnellement grave à ses devoirs. Le règlement de Chamonix ne laissant pas aux voyageurs le libre choix de leur guide, il est de toute nécessité que ce choix ne puisse être exercé que par un guide chef présentant toutes les garanties de capacité. Nous estimons que le maintien du guide chef du Montenvers dans l’exercice de ses fonctions constitue un véritable danger pour la sécurité des voyageurs. C’est dans leur intérêt que nous demandons sa destitution » (Ch. et F. de Visscher 1913)

 



[1] Une buvette était installée au « Chapeau », dominant la Mer de Glace, sur le versant opposé au Montenvers.

 

Pendant longtemps, le modèle du guide viril, robuste, et tirant ses forces de la dive bouteille a été en vogue, au point que cette image associant la robustesse en montagne avec la capacité à ingérer de l'alcool, boisson virile par excellence a été utilisée par une célèbre marque de vin :

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